SENSIBILITE DE LA RETINE
Fig. \ 596.
moins émoussée. On peut alors sentir la faible lumière de Tobjet, mais on n*en distingue que confusément la forme.
SiS8. Panetam eœctnm. — Il y a un petit espace de la rétine, sur lequel la lumière n*agit que très faiblement. Cet espace n'est autre chose que l'extrémité du nerf optique, au point où il pénètre dans Foeil. On le nomme punc/um cœcum, Mariotte , qui l'a découvert , en démontrait l'existence par l'expérience suivante : on trace sur un plan, deux points n, n' {fig. 1596) situés à une distance de 10«" environ l'un de l'autre; puis, fermant un œil, on place l'autre sur la perpendiculaire no , de manière que la ligne des yeux soit parallèle à nn\ Rapprochant ou éloignant ensuite l'œil peu à peu, tout en le maintenant sur la perpendiculaire no, quand CD arrive à une distance de 25 à 30""" , on voit le point n' disparaître subitement. C'est que l'image a' de ce point se déplace sur le fond de Tœil À, en s'écartantde l'image fixe a formée par le point n, et finit par tomber en b' sur l'extrémité du nerf optique. L'image du point n' reparaît dés que l'œil se rapproche ou s'éloigne de nn'« Mariotte avait conclu de là que, le nerf optique n'étant pas sensible à la lumière, la partie impressionnable de l'œil n'était pas h rétine, mais la choroïde. Aujourd'hui, l'insensibilité du nerf optique n'a rien qui étonne; car on sait que les nerfs ne sont très sensibles que là où ils sont très divisés.
Si64. Sensibilité poar des impressions saperposées. — Quand deux impressions se superposent sur la rétine, la plus faible disparaît devant la plus forte , quand la dernière est 64 fois plus forte que la première ; car, comme nous l'avons vu, une ombre portée sur une surface éclairée ne se distingue plus, quand son éclat ne diffère que de -^ de celui de la surface. La lumière 64 fois plus faible ne peut donc ajouter un éclat sensible autour de l'ombre qu elle porte sur la surface. Cependant, quand on fait mouvoir l'ombre, son image se déplace sur la rétine et devient alors sensible (1889).
Visibilité des étoiles. — On ne voit pas les étoiles pendant le jour, parce que l'éclat de l'atmosphère est au moins 64 fois plus grand que celui de ces astres. Mais un fait qui paraît bien établi, c'est qu'on peut distinguer certaines étoiles en plein jour, quand on est au fond d'un puits très profond. Ce fait curieux, cité par Aristote, admis par Scheiner et J. Herschel, ne paraît pas facile à expliquer ; car chaque point de la rétine ne reçoit, dans tous les cas, que les rayons qui viennent des points de l'atmosphère situés sur Taxe optique qui lui correspond. Pour en rendre compte, Arago admet que la rétine reçoit de la lumière diffusée par l'œil lui-même. Or, quand on regarde à travers un tube, la quantité de lumière ainsi diffusée est d'autant plus petite que l'espace visible de la voûte céleste est plus étroit; l'éclat de l'étoile peut donc alors se trouver plus grand que ^ de la lumière totale que reçoit la rétine. Quant à la cause de la diffusion, Arago l'attribue à des stries ou autres inégalités de la cornée ; nous IV ti
verrons qu'elle peut s'expliquer, en outre, par Texistence de corpuscules disseçiinés dans les humeurs de Toeil.
«iss. irrMiatUn. — Quand on regarde d'une certaine distance, un corps très brillant, il semble empiéter sur le fond plus sombre qui Tentoure, de manière à paraître plus grand qu'il n'est réellement. Pour le prouver, il suffit de dessiner un rond blanc sur un fond noir, et un rond noir de même dimension sur un fond blanc, d'exposer le tout au soleil, et de le regarder d'une distance de 2 ou 3 mètres ; le disque blanc parait plus grand que le noir. Si môme ce dernier est très petit, le fond blanc, en empiétant sur lui, le fera disparaître à une certaine distance. — Si l'on place devant une bougie un écran noir qui la cache à moitié, le bord de l'écran parait échancré à l'endroit où il coupe la flamme. — Quand la lune, dans son premier octant, ne montre qu'un mince croissant, tout en laissant apercevoir le reste de son disque, au moyen de la lumière cendrécy on remarque que le croissant déborde notablement le disque, beaucoup moins éclairé.
M. Plateau a constaté, entr'autres, que l'irradiation est d'autant plus étendjue que l'éclat de l'objet est plus grand, et qu'on le regarde plus longtemps ; elle varie suivant les individus, et, pour le même individu, d'un jour à l'autre ; les lentilles convergentes la diminuent, et les lentilles divergentes l'augmentent.
On explique généralement l'irradiation, en admettant que l'impression produite sur la rétine par les rayons intenses, se propage au-delà du contour de l'image formée. Telle est la théorie développée par M. Plateau ' ; et nous verrons, en parlant d^s couleurs accidenielLes, qu'une semblable propagation existe évidemment dans certains cas. M. Trouessart, dans un remarquable - trayail sur la vision ^, trouve une autre cause de l'irradiation, dans la formation d'images multiples qui se dépassent un peu les unes les autres, de manière à augmenter l'étendue de l'image résultante. Ces images multiples, dont l'existeftce a été prouvée par un grand nombre d'expériences, sont très distinctes pour les yeux myopes, mais plus difficiles à apercevoir pour les vues ordinaires, et disparaissent à la distance de la vision distincte ; ce qui explique pourquoi l'irradiation n'est plus sensible à cette distance. Quant à la cause des iaiages multiples, qui ont été aussi observées par Lahire, Mile, Dugés ; M. Trouessart la trouve dans la présence de points opaques ou transparents distribués sur la cornée, ou dans des corpuscules disséminés dans l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps vitré, et observés par Lewenhoek. Ces corpuscules forment une espèce de réseau qui multiplie les images, comme on peut l'observer en regardant à travers une fine toile ou à travers une carte criblée de petits trous. Certains faits, décrits et expliqués par Peclet, viennent confirmer l'existence des points obscurs de l'œil.
Raies dans one fente. — Quand on regarde une surface lumineuse, à
1 Mémoires de l'Acaiémie des sciences de Bruxelles^ t. ÎI.
^ Recherches sur quelques phénomènes de la vision, etc. \ Brest, 1854.