RAPPORT DU JUGEMENT AVEC LA SENSATION
sur les deux rétines, quoique placés symétriquement, n* étant pas ceux, très voisins de Taxe, qui sont habituellement affectés simultanément. Par la même raison, on voit aussi double, les objets plus éloignés ou plus rapprochés que ceux que Ton regarde directement, et vers lesquels convergent les axes des jeux. Si 1 on kxmt un cûl et qu cm Touvre brusquement, au premier moment, on voit double Tobjet que Ton regardait, Toeil fermé n'ajant pas son axe dirigé vers cet objet ; mais cet œil se dirige aussitôt, et les deux images se confondent. Quand on ferme et qu*on ouvre alternativement les deux ^eux, on voit l'objet osciller en se portant du côté de l'œil qu'on ouvre , ce qui montre que son axe se place pendant qu'il est fermé, sous l'influence de l'élasticité des muscles droits, dans une position normale à la ligne des deux yeux.
Du reste, cet effet de l'habitude se manifeste dans d'autres sens, par exemple dans le toucher, et l'on ne sent pas 10 objets quand on palpe un même corps au moyen des extrémités des 10 doigts. Mais si l'on vient, comme l'indique Aristote, à toucher un même corps au moyen des deux doigts croisés l'un sur l'autre , de manière que ce corps les touche en des points qui , d'habitude , ne sont impressionnés simultanément que par deux corps différents, on sentira double, et malgré la certitude que l'on a
àe la présence d'un seul corps, on aura quelque peine à se
défendre de l'illusion.
Voici deux autres expériences très curieuses, qui montrent bien la fusion des
images faites sur les points identiques. On regarde une bougie s (fig, 1597)
avec les deux yeux, puis on interpose un prisme p ayant un angle de 2 à 3°>
dans le trajet des rayons qui vont à
l'un d'eux, o ; aussitôton voitdouble.
Mais l'œil o, en se déplaçant, amène
bientôt l'image réfractée au point
correspondant à celle de l'autre œil,
et les deux sensations se confondent. ^
Si alors on place une autre bougie
en s\ sur le prolongement du rayon
dévié par le prisme, et si l'on place Fig. 4598.
un écran e qui la cache à l'œil o', au
moment où l'on enlèvera brusquement le prisme, les images des deux bougies
se confondront en une seule K La seconde expérience est due à M. Wheatstone : on regarde un point
lumineux a (fig, 1598) à travers deux tubes noircis, auxquels on applique
chaque œil, et qui sont dirigés vers le point a. Si l'on place deux objets
1 Herscbel, Traité d'optiqve, traduction française , t. I, p. 490.
Fig. 4 697.
identiques en b el b\ ou en c ei c\ sur les directions oa, o'a\ on ne ?oit qu'un objet, qui semble situé en a; les ima|çes des deux objets 6, 6' ou r, c' se confondant, parce qu'elles se font en des points correspondants des deux rétines.
tetftS. H«roptre. — ^Les points symétriques voisins des axes optiques des yeux ne sont pas les seuls dont les deux images se confondent, pour un même état de Tœil ; les points placés symétriquement plus loin de ces axes, peuvent donner aussi une sensation unique, seulement Timage est trouble, parce qu*elle sort du champ de la vision nette (2144). Le lieu des points lumineux qui jouissent de la propriété de former dans les deux yeux des images symétriques, et qui par conséquent sont vus simples à la fois, se nomme horoptre. Agulonius, Porterîield, pensaient que cette ligne était une droite parallèle à la ligne des
yeux ; mais M. Vieth et M. Muller ont trouvé que, si l'on suppose le centre optique de Tœil confondu avec le centre de la sclérotique , ce qui a lieu approximativement , rhoroptre n*est autre chose que la circonférence passant par les centres optiques c, e' ( fig. i 599 ) et par le point de convergence A des axes des yeux. En effet, soit M un point de cette circonférence, et m, m' les images de ce point; les arcs am^ a'm' étant égaux , comme mesurant des angles égaux McA, Me' A, ces images sont également dis- Fig. 4 599. tantes des extrémités a, a' des axes optiques,
et par conséquent les sensations se confondent. On voit aussi que les angles cMc', cAc', ayant la même mesure, ^rc', rhoroptre est une courbe telle que les axes des yeux convergeant vers un de ses points forment toujours le même angle. On voit enfin que le déplacement ma de Timage sur la rétine, quand le point passe de A en M, est, en degrés, la moitié du déplacement de ce dernier; car Tare AM contient deux fois plus de degrés que am, puisqu'il en faut prendre la moitié pour mesure de Tangle McA , qui est égal à mra. — Si nous faisons tourner. le plan de la figure autour d'une droite passant par les points c, c nous obtiendrons un tore, dont tous les points jouiront des propriétés de Thoroptre dans le plan rAMc'.
On a objecté à cette théorie de Thoroptre, que les divers points d'un même objet ne devraient être vus simples qu'autant qu'ils seraient distribués sur la surface d'un tore. Mais , comme le fait remarquer M. Brewster, la vision n'étant nette que pour les points situés sur les axes des yeux, ou pour ceux qui sont très près de ces axes, la perception des autres est trop confuse pour qu'on puisse reconnaître s'ils sont vus simples ou doubles. On peut même, quand il s'agit d'un corps très brillant éloigné de l'axe, reconnaître, quoiqu'elle soit