RAPPORT DU JUGEMENT AVEC LA SENSATION
très confuse, qne rimpression est généralement double, ou du moins on ne peut affinner si elle est simple ou double. On peut se demander alors à quoi servent les images confuses qui se font autour de Taxe de Toell ; elles servent à le guider dans les dépfacements rapides (21^1) par lesquels il va explorer successivement les différents points de Fobjet. Sans celte indication confuse de la position de ces points , l'œil devrait chercher au hasard les divers détails qu'il doit voir successivement avec netteté.
S#64. Demi-déeassatloB des ■•rfe optique*. Hénlopsle. — Wollaston a essayé d'expliquer la fusion des sensations dans les deux yeux, et la convei*gence spontanée de leur axe vers le point que Ton regarde, parla manière dont les fibres nerveuses partant des deux côtés du cerveau se distribuent dans les nerfs optiques. Il remarqua un jour qu'il ne distinguait que la moitié des objets , ainsi ; en regardant, avec un seul œil ou avec les deux yeux, le milieu d'un mot, il n'en distinguait que la dernière moitié. Ce phénomène, connu sous le nom A'Kémiopsie, avait été observé déjà par plusieurs personnes, entr'antres par Arago. Il se manifeste assez souvent dans le cas de migraine, comme nous l'avons éprouvé nous-méme ; le côté frappé d'insensibilité est opposé au côté où siège la douleur. Cet état anormal disparaît ordinairement au bout de quelques quarts d'heures. Wollaston cite un cas d'hémiopsie permanente; le côté droit des objets était invisible, et cet état s'était déclaré après une douleur aiguë à la tempe gauche
Pour expliquer ce phénomène, Wollaston remarque que les nerfs optiques partant des deux moitiés du cerveau se réunissent et semblent se confondre, puis se séparent de nouveau pour aller à chaque œil. On a cru longtemps que les fibres se croisaient au point de jonction, et que tontes celles qui forment le nerf qui part du côté droit du cerveau continuaient à rester réunies pour former le nerf optique de l'œil gauche, et réciproquement; comme cela a lieu, du reste, chez certains animaux. Mais, pour expliquer l'hémiopsie, Wollaston admet que chez l'homme, les^nerfs n'éprouvent qu'une demi-décussalton ; chacun d'eux se bifurque; une partie se porte dans l'œil du môme côté, et forme la moitié de la rétine de ce côté; l'autre partie va à l'autre œil et forme la moitié de la rétine qui est aussi du même côté ; de manière que les moitiés des deux rétines qui sont du même côté, sont insensibles simultanément, si la partie du cerveau d'où part le nerf qui, en se bifurquant, donne naissance à ces deux moitiés, se trouve dans un état anormal.
La séroi-décussation qui a été prouvée directement, depuis, par des dissections attentives, chez l'homme et les vertébrés supérieurs, a pour premier effet d'intéresser les deux moitiés du cerveau dans la vision avec un seul œil. En outre, les images d'un même point M (fig, 1599) se forment du même côté sur les deux rétines, c'est-à-dire sur des parties composées de fibres nerveuses ayant leur origine dans les mêmes points du cerveau ; ce qui donne
1 AmuHes de chimie ei de phytiquê, 3« série, t. ÎXY1I, p. 402.
â32 DE LA VISION.
Texplication de la imon des deux sensations. Wollaston trouve aussi, dans la demklécussation, la cause qui dirige les axes optiques sur le point himinem : les yeux cherchant à éprouver l'impression des images d'un même point extérieur, sur des fibres ayant la même origine dans le cerVeau. Cependant, on peut aussi attribuer rorientation des axes, à la tendance des yeux à chercher la position pour laquelle on voit nettement, c'est-à-dire pour laquelle les images se forment au point où les axes des yeux rencontrent la rétine (ai 52).
Quant à Tutillté de la vision binoculaire, il est à remarquer d*abord qu'elle rend l'impression plus vive, comme on peut s'en assurer par divers moyens, entr'autres en déplaçant un des yeux avec le doigt, de manière que les images d'une feuille de papier soient séparées et se superposent en partie ; on reconnaît qu'il y a plus d'éclat dans les parties superposées. Si la feuille est colorée, la couleur est plus vive dans ces mêmes parties. Nous verrons, en outre, que l'action simultanée des deux yeux joue un rôle important dans le jugement de la distance et l'appréciation de la forme et du relief des objets.
Si66. JUUBKBVT DE LA DUTAMGB. > — Le jugement que nous portons de la distance des objets est fondé sur des éléments très complexes, et n'est un peu certain que pour les petites distances.
Cas des petites «istanees. — Quand l'enfant en bas &ge commence à discerner les impressions de la lumière, tous les objets lui semblent toucher à ses yeux ; aussi, le voit-on tendre la main pour saisir les objets éloignés, et la porter au-delà de ceux qui sont très rapprochés. Ce n'est qu'à la suite d'une longue expérience qu'il peut rapporter à une cause extérieure l'ébranlement produit au fond de son œil. L'aveugle de Cheselden, qui a pu rendre compte de ses impressions, crut pendant longtemps que tout ce qu'il voyait touchait ses yeux, comme les objets qu'il palpait touchaient ses doigts, et ce n'est qu'à la longue qu'il arriva à voir les corps dans leur véritable position. L'éducation de l'organe se fait, à cet égard, par la comparaison fréquemment répétée entre les données du tact, qui permet d'apprécier les distances, et celles de la vue. On finit par avoir conscience du degré de convergence des axes des yeux, et de l'effort que chaque œil doit faire pour s'adapter à chaque distance, et l'on en déduit cette distance. Le concours des deux yeux joue ici le rôle le plus important, comme il est facile de s'en assurer en regardant avec un seul œil ; alors on se trompe gravement, même pour les distances assez petites. Par exemple, ce n'est qu'avec incertitude qu'on peut, en fermant un œil, poser la plume sur la lettre qu'on vient de quitter, et ce n'est qu'après plusieurs tâtonnements qu'on parvient à faire passer une baguette dans un anneau vu de profil. Cependant les borgnes finissent par acquérir, au moyen de l'adaptation de l'œil, l'habitude de juger avec quelque précision des petites distances ; mais leur adresse à cet égard est toujours inférieure à celle des individus qui voient des deux yeux.
Ce que l'œil apprécie, en définitive, c'est le degré de divergence du faisceau qui entre par la pupille, degré de divergence qui détermine l'état que doit