‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernementChapitre 82 sur 195 · APPARENCES ACCIDENTELLES · texte numérisé non relu

APPARENCES ACCIDENTELLES

est destiné à YasW gauche, les reliefs de Tobjet dessiné paraissent en creux, et réciproquement. Par exemple, le tronc de cône ( fig. 1603) devient un vase dont on voit l'intérieur. On a ainsi ce que M. Wheatstone appelle une figure inverse. Il n'y a pas cependant inversion complète dans tous les cas, les parties qui paraissent les plus éloignées se trouvant, dans la figure inverse, plus grandes que les plus rapprochées, quand elles sont en effet tracées plus grandes, parce qu'elles devaient être en avant dans l'image directe. Par exemple, un cube n'est pas remplacé par un bassin cubique, mais par un tronc de pyramide dont la grande base occupe le fond. Le stéréoscope fonctionne alors comme psetidoscope. On peut sans instrument obtenir Teffet du stéréoscope, en louchant de manière que les deux dessins se superposent ; mais on a ainsi la figure inverse, parce que, dans les images superposées, le dessin de gauche est vu par l'œil droit, et celui de droite par l'œil gauche, comme on peut s'en assurer en fermant un œil.

Le pseudoscope est destiné à donner des inversions quand on regarde des objets réels, c'est-à-dire à faire paraître en creux ce qui est en relief, et en relief ce qui est en creux. Il suffit pour cela d'employer le système des prismes P P' de la figure 1687, en les inclinant de manière k rapprocher les points a, a' et à éloigner c, c'. Chaque œil verra alors l'image, rendue symétrique par la réflexion, de l'objet placé en D ; ces deux images étant superposées^ et la partie qui serait vue à droite, à l'œil nu, étant à gauche, et réciproquement, on voit une image inverse de l'objet. Avec cet instrument, un globe semble être une coupe hémisphérique, une médaille paraît gravée en creux ; au lieu d'une statue, on croit voir son moule. Cependant, comme le sentiment du relief dépend d'autres conditions que du concours des deux yeux, il peut arriver que les objets soient vus dans leur état réel, puis ils se transforment subitement, pour changer de nouveau ; produisant ainsi les effets les plus étranges, et d'autant plus surprenants, que n'étant pas soumis à la volonté, les renversements se manifestent au moment où l'on s'v attend le moins.

YI. AppféeUtioB dos oonleiirs. ~ Couleurs aooidenUilos.

Sivs. Jugement des coulears. — Il est facile de concevoir que les rayons de couleurs différentes impressionnent la rétine d'une manière différente. Mais ce n*est encore qu'après de nombreuses comparaisons que l'on finit par sentir les différences qui existent entre les couleurs, et à en graver les impressions dans la mémoire, de manière à pouvoir les reconnaître par la suite. L'aveugle de Cheselden ne put, pendant quelque temps, trouver de différence entre les couleurs.

Des impressions de couleurs différentes faites dans les deux yeux par un objet en plaçant des verres de couleur différente devant les yeux, se fusionnent de manière à présenter la nuance qui résulte du mélange des couleurs. Cela se

voit facilement aussi avec le stéréoscope, au moyen de deux disques de papier de couleur différente. M. Dove < a remarqué que, si les disques sont des verres colorés éclairés par transmission, on ne voit ordinairement qu'une seule couleur. Il y a donc une différence entre la lumière colorée réfléchie et celle qui est transmise. Si Ton place dans le stéréoscope un double dessin linéaire, représentant les arêtes d'un solide, et que les lignes des deux dessins soient de couleur différente sur fond noir, on voit le relief; mais les arêtes, au lieu de présenter la nuance résultant du mélange des deux couleurs, se montrent formées en deux lignes contiguës présentant chacune la couleur du dessin qui se trouve du côté opposé. En même temps les faces du solide, au lieu d'être noires, sont comme glacées et d'une teinte résultant du mélange des deux couleurs des arêtes. Par exemple, en mettant un verre bleu foncé devant un œil et un verre rouge devant l'autre, les deux dessins étant en traits blancs sur fond uoir, les faces sont illuminées d une lumière violette. Si l'un des dessins est en lignes noires sur fond blanc, les arêtes sont formées d'un trait blanc contigu à un trait noir, et les faces présentent l'aspect de la plombagine. M. Dove attribue ces effets singuliers au chromatisme des yeux, qui tendent à se mettre dans un état différent pour voir chacune des couleurs (2143)

Si 98. Aefaromatopsie. — Il y a des personnes qui ne peuvent distinguer les couleurs : la plupart leur paraissent grises, brunes ou jaunes. Tantôt cette inaptitude s'étend à toutes les couleurs, excepté peut-être au jaune ; tantôt eUe n'est relative qu'à quelques couleurs seulement; tantôt, enfin, il n'y a que les nuances différant peu qui sont confondues. Les annales de l'Académie des sciences font mention de toute une famille qui ne distinguait pas le rouge du vert; pour elle, les fleurs du grenadier, les fruits du cerisier ne différaient des feuilles que par la forme. Dalton était dans ce cas, d'où le nom de daltonisme donné souvent à Yachromatopsie, Herschel cite un individu qui voyait tous les corps colorés, jaunes ou bleus ; les rayons les plus réfrangibles produisaient la sensation qu'il nommait le hleu, et les moins réfrangibles, celle qu'il nommait le jaune. M. Seebeck jeune et M. d'Hombres Firmas ^ ont fait beaucoup d'observations sur ce défaut de la vue, qui paraît être inné et souvent héréditaire ; il est plus commun qu'on ne croit; car on a vu des individus arriver à un âge assez avancé sans se douter qu'ils ne voyaient pas comme tout le monde. — On a cherché à expliquer l'achromatopsie, en supposant que ce ne sont pas les mêmes fibres nerveuses de la rétine qui sont impressionnées par les divers rayons colorés; de même que, dans une harpe, ce ne sont pas les mêmes cordes qui vibrent sous l'influence des sons produits à proximité. L'achromatopsie serait alors due à l'absence partielle ou complète , de la sensibilité des fibres qui correspondent aux couleurs qui ne peuvent être distinguées.

SiV4. conuBUBS ACGIDBHTKLLBS. — On nomme ainsi des apparences visuelles

I Bibi unit, de Genève (Arcb. des Se.), t. XY, p. 219; et t. XVI, p. 209.

^ Comptes-rendt» de l'Académie des sciences , t. XXIX, p. 475 ; et XXX, p. 57 et 376.

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