POPULAIRE
AVIS AUX CULTIVATEURS
Sur la terre végétale ; — la chaux ; — le plâtre ; — les marnes ; — les cendres végétatives ; ■. — l'écobuage ; — Turate ; — et le chauiage.
La terre wéî^étale recouvie les rocher:
qui forment la partie solide du globe ; elle lentoure dune couche mince et friable qui suffit au développement de tous les végétaux , et à la nourriture de tous les animaux qui vivent à sa surface. C'est cette même couche de terre qui, travaillée et labourée en tous sens, modifiée et stimulée par les amendemens et les engrais , produit ces brillantes récoltes qui influent d'une manière si puissante sur la civilisation et sur le bonheur de lespècc humaine.
La nature de la terre végétale d'une contrée dépend, en général , de la nature des roches qu'elle recouvre ; car, assez ordinairement, elle n'est autre chose que le produit
imiijédiat de la ctécoiijpoh'itiou de ces me nies loches mélangée à de l'humus.
ÏMaut donc distiii{;uer deux choses dans toute terre labourable, la partie minérale et l'humus. La première appartient au sol; elle est argileuse, sablonneuse, crayeuse ou granitique, suivant que le terrain qu'elle recouvre est lui-même argileux , sablonneux, crayeux ou granitique.
La seconde, Vhiimus, est la partie nourrissante, celle qui sert à l'accroissement des plantes; elle n'a rien de commun avec le sol , et provient de la décomposition des végétaux et des animaux qui croissent ou qui vivent à sa surface. Les engrais ou les fumiers sont destinés à remplacer l'humus absorbé par les récoltes qui prennent beaucoup à la terre et qui ne lui rendent rien , et les amendemens , tels que le sable , la chaux, la marne , les cendres, etc. , sont destinés à aide;- les végétaux à absorber l'humus, soit en donnant un passage plus aisé à leurs racines, soit en rendant Ihumus plus facilement dissoluble dans l'eau. Il faut donc bien se garder de confondre le rôle des engrais avec celui des amendemens : les premiers produisent l'humus, et les seconds en facilitent l'absorption. IMaintenant aous savez tous qu'il y a des terres trop fortes et des terres trop légères, qu'il y a des terres grasses et des terres maigres, et que l'on bonifie ces différens terrains en divisant les unes, et en donnant du corps
aux autres au liioyeii du saLie et des mai- Des ; mais , ce que vous ne savez pas tous , c'est le bon parti que l'on tire aujourd'hui, dans diliérens pays, de l'usage de la chaux vive, du plâtre, des cendrées et des urates. Je veux donc vous raconter ici ce qui se fait ailleurs, afin que vous puissiez profiter de ces bonnes découvertes si vous êtes à portée de vous procurer à bas piix de la chaux, du plâtre ou des cendrées.
La chaux , qui ^ emploie partout où l'on bâtit, que ion fait cuire et dont on fait du mortier, cette même chaux, dont vous vous servez déjà pour chauler les blés de semence, est un des meilleurs amendemens connus. Depuis long-temps on s'en servait en Angleterre, et Ion s'en trouvait bien -. et maintenant dans plusieurs provinces de la France , particulièrement aux environs du 3Ians , de Laval et d'Angers , on est parvenu à tripler la valeur des terres en les chaulant à peu près de la même manière que Ton emploie la marne, c'est-à-dire en disposant cette chaux par petits tas régui èrement espacés, que Ion étale ensuite , quand cette substance est fusée , au moyen de la pelle, de la fascine ou du râteau.
Il y a des provinces en Angleterre où chaque cultivateur a son four à chaux ^ comme sa fosse à fumier ; mais on a remarqué dans ces pays que la chaux qui contient trop de magnésie est très-nuisible à la végétation , et qu'elle a fait le plus grand mal aux terre*
sur lesquelles on avait eu le malheur d'en semer. Rassurons-nous toutefois , car nous ne connaissons point de pareilles chaux en France , et jusqu'ici, l'on n'en a ressenti les pénibles effets qu'en Angleterre et aux environs du mont Saint-Gothard. La chaux vive, répandue dans les étables , s'oppose au développement des maladies des animaux, et surtout aux épizooties , en même temps qu'elle augmente l'énergie du fumier. La chaux dont on se sert pour blanchir le tronc des arbres languissans ne tarde point à les rendre vigoureux , et si l'on prenait la bonne habitude de blanchir tout l'intérieur des maisons de la campagne dans les premiejs jours du printemps, On y gagnelait de la propreté, du jour et de la salubrité.
(Voyez, pour les moyens de reconnaître les pierres à chaux, rÀ.\is aux Maçons.)
Le plâtre est plus rare que la chaux ; il y a cependant des pays où l'on trouve le gypse ou la pierre à plâtre en très-grandes masses, et il suffit de la cuire avec des broussailles ou des fagots pour la rendre susceptible de se réduire facileaient en une poudre toujours blanche qui est du plâtre. Yous savez que les maçons s'en servent pour sceller les gonds des portes et des fenêtres , que l'on en fait des plafonds, et que l'on en moule des figures , car le portrait du roi , que vous v6yez chez M. le maire de votre commune , et qui est d'un
si beau blanc, est fait avec du plâtre. Il n'y a pas encore quatre-vinizts ans que des soldats dauphinois, en revenant de faire la guerre au roi de Prus-e, rapportèrent chez eux la mode de plâtrer les prés et surtout les trèfles, ainsi qu'ils lavaient vu faire en Allemagne: depuis ce temps, l'usage de plâtrer les prés semés s'est étendu sur presque tous les points de la France , en Suisse , en Angleterre, jusqu'en Amérique ; et partout on s'en est toujours bien trouvé. Il y a plusieurs manières de plâtrer les terres ; mais, lorsqu'il s'agit de prairies artificielles , il suffit de les poudrer un moment avant la pluie ou durant la rosée du matin. Ou a remarqué que le plâtre employé pendant la sécheresse était préjudiciable aux trèfles. On a calculé qu'une dépense de vingt francs de plàtje rapporte autant de bénéfice qu'une dépense de deux cents francs de fumier. L'on estime assez généralement comme proportion moyenne, qu'il faut dix quintaux de plâtre pour un arpent de pré semé. ; A oyez, pour les moyens de reconnaître le gypse ou la pierre à plâtre, l'Avis aux Maçons. )
Les marnes ne sont autre chose que des )ierresàchaux mélangées d'argile ou de sa- • le en plus ou moins grande quantité : aussi les cultivateurs doivent-ils en distinguer trois espèces par rapport a leur composition , savoir :
Les marnes calcaires ,(^'\^ox^\.Q\à^\ïi?ÀxQ-
ment blanches ou jaunâtres, qui tachent les doigts, dont la consistance est assez solide , mais qui ont la propriété de s'émietter à l'air, au soleil et à la pluie ; elles î-ifflent assez long -temps lorsqu'on en jette un morceau dans un verre d'eau , et elles sont susceptibles de donner de la chaux par la calcination : telles sont celles de la Normandie.
Les marnes argileuses , qui sont presque toujours d'un gris verdâtre, dont l'aspect est terreux , la consistance assez solide , et souvent susceptibles de former une pâte assez tenace avec l'eau et de se mouler en briques et en carreaux; ces marnes absorbent Thumidité avec tant d'avidité qu'elles s'attachent à la langue quand on vient à en porter un fragment sur le bout de cet organe ; elles exhalent une forte odeur terreuse quand on souffle dessus, et sont douces et savonneuses au toucher.
Enfin les marnes sablonneuses , qui ne sont pour l'ordinaire que des marnes calcaires mélangées d'une forte dose de sable , sont blanches comme elles , mais seulement plus sèches et plus graveleuses au toucher; elles sont friables , s'imbibent d'eau av^c facilité, et s'émiettent aisément à l'air; elles donnent de la chaux par la calcination.
Vous devez bien penser que Ton ne doit point marner indistinctement toutes les terres avec ces trois sortes de marnes; qu'il serait au moins inutile, si ce n'est même nuisible, de se servir de marne argileuse dans
un terrain gras, et par conséquent argileux lui-même, et ainsi des marnes calcaires et sablonneuses , quil ne faudrait point employer dans des terrains calcaires ou légers. Cela étant, il faut donc, avant de se hasarder à employer une marne qui n'est point encore connue, s'assurer de sa nature, de sa composition, et par conséquent du terrain qu'elle est susceptible de bonifier ; et voici comment vous devez faire cet essai :
Faites sécher un morceau de marne au four, prenez-en une once, par exemple, pilez-la bien, afin qu'elle soit réduite en poussière fine comme de la farine, jetez cette poudre au fond d un verre, versez dessus quelques gouttes d'eau-forte (ou acide nitrique) que vous trouverez chez le pharmacien ou apothicaire, et continuez jusqu'à ce que la marne ne bouillonne plus ; laissez reposer cette liqueur jusqua ce qu'elle soit bien claire, faites-la écouler alors en penchant le vase très-doucement, afin que ce qui reste au fond du verre ne s'échappe point avec elle, faites -écher ce reste de la poudre, et pesezle quand il sera parfaitement >ec; la différence entre le poids de la marne et celui de ce résidu, sera le poids de la chaux que cette marne contenait.
Maintenant reprenez ce même résidu, lavez-le avec de l'eau ordinaire dans un verre, remuez cette eau avec une cuillère ou toute autre chose, laissez reposer quelques secon-
des, jetez cette eau avec pre'caution, et re'pe'tez ce petit lavage jusqu'à ce que l'eau sorte parfaitement claire; et votre essai sera terminé.
En effet, l'eau-forte aura enlevé la chaux ; l'eau ordinaire , l'argile; et ce qui aura résisté à l'eau-forte et au lavage sera le sable siliceux.