ES TROPES
D. Combien comptez-vous de tropes ?
R. Les rhétoriciens admettent huit espèces de tropes : i° La métaphore; i° la catachrèse; 3° la métonyinie ; 4° la synecdochc ; 5° Vhyperbole; ô'^la litote; 7^ \ antonomase ; 8*^ la métalepse.
D. Qu'est-ce qu'une métaphore?
R. On appelle métaphore un trope entièrement fondé sur la ressemblance , les rapports ou l'analogie d'un objet avec un autre. La métaphore diffère de la comparaison en ce que dans la première le parallèle entre les objets comparés n'a lieu que dans l'esprit.
D. Donnez des exemples de la métaphore.
R. On dit par métaphore, les moiwemens de Vame^ la rapidité de la pensée, parce qu'on compare implicitement l'ame à un objet
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matériel qui serait mis en mouvement et agité par les passions, et la pensée à un corps qui se transporterait avec rapidité d'un point à un autre. Les^o/j du peuple , le comble du bonheur ^ les ondes des chei^eux , les lumières de V esprit sont autant de métaphores ; en voici encore des exemples :
Dans la tragédie d'Alzire, Ah ares dit à Gusraan :
Totre hymen esl le /jcrf/^f qui joindra les deux mondes. Et dans Zaïre :
Le Dieu qui rend la force aux plus faibles coorages, Soutiendra ce roseau plié p?.r ]es orages.
D. Quelles sont les rèiiles à obser\er dans l'emploi de la métaphore ?
R. Ces règles sont : i<^ d'approprier la métaphore à la nature du sujet que l'on traite; 2° de ne la tirer jamais d'objets bas ou dégoûtans; 3° de la baser sur une analogie ou une ressemblance évidente et facile à saisir dans ses rapports; 4" d'être claire et naturelle; 5" de ne pas la composer partie en style figuré , partie en style ordinaire; 6° enfin de ne pas la prolonger trop loin de peur de fatiguer, ou d'obscurcir le discours.
D. Quel est le trope que vous nommez catachrèse ?
R. J'appelle catachicse un trope qui cou-
siste à employer le nom, la propriété, ou les qualités d'un objet pour les appliquer à un autre auquel le langage usuel refuse ces qualités, ces noms ou ces propriétés , ou qui ne l'exprime pas d'une manière aussi claire, frappante ou énergique.
D. Donnez des exemples de calachrèses ?
R. Lue feuille de papier, déflorer unliire , et ces expressions de La Fontaine : V ^4— lexandre des chats , V Attila des rats, sont autant de catachrèses. Bossuet s'est encore servi de cette figiue dans ce passage : « Sortez du temps et du changement , et aspirez à l'éternité. » Pour dire renoncez aux choses temporelles et incertaines de ce monde, pour ne songer qu'aux choses éternelles.
Enfin Boileau d'après Ju vénal emploie ce trope dans ce vers :
Bâtir de ses cheveux le galant édifice.
D. Qu'est-ce que la métonymie?
H. Dans la iiiétonymie on nomme la cause pour l'effet, le contenant pour le contenu, l'état moral pour l'état physique, etc. , et réciproquement; ainsi on dit d'un grand écrivain , c'est une bonne plume , d'un grand orateur , c'est un Démosthcne. On appelle une femme jeune et jolie, une jeune beauté. Boileau a dit par métonymie :
Rien n'est beau que le ^>rai ^ le vrai seul est aimable.
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Le poète latin Lucile, selon le même auteur , a
Vengé l'humble i^erlu de )a richesse a'tière.
C'est par métonymie qu'on dit la ville poulies habitans de la ville, le camp pour les soldats, le trésor pour le lieu O'à on dépose les deniers de l'état. Le cabinet des 'Tuileries , le cabinet de Saint-James , pour désigner les chefs de l'administration politique en France et en Angleterre.
La n)ème figiue est encore employée quand on dit d'un héros qui combat : La mort est dans ses mains , ou bien d'im homme qui boit une liqueur dans une coupe : // at-'ale la coupe Juneste.
Enfin la métonymie emploie souvent le signe pour la chose signifiée ; ainsi Vépée et la robe se prennent l'un pour la profession militaire et l'autre pour la magistrature,
D. Définissez la sjnecdoche.
R, La sj'necdoche énonce la partie pour le tout, le genre pour l'espèce et réciproquement. Ainsi dans ce vers de Boileau :
Foaler au pied l'orgueil et du Tage et du Tibre.
Le Tage et le Tibre sont ici pris pour l'Espagne et l'Italie , que ces fleuves arrosent. On dit encore par synecdoche, une tête chérie ,
iLiie bonne tcte , pour une personne qui nous est chère, ou qui a un esprit vaste et cultivé.
La synecdoche prend encore le singulier pour le pluriel , et le nom de la matière pour marquer la chose qui en est faite.
Le Français né malin créa le vaudeville. Boileaii,
Pour les Français nés malins. On dit par synecdoche le fer pour l'épée , cent feux pour cent'maisons, vingt voiles \iO\\Y vingt vaisseaux.
D. Qu'est-ce que V hyperbole?
R. JJhyperbole sert à exagérer une chose pour en donner une idée plus grande, plus imposante, plus terrible, plus agréable ou plus triste, enfin meilleure ou pire qu'elle n'est en effet.
D. Donnez-nous des exemples de Vhrperhole.
R. « Il marche h pas de tortue. » — Mille actions glorieuses distinguent ce grand homme, » — « Léonidas tomba sous une i^rele de traits. ^) Barthélémy . — «Comment pourrais-je arrêter ce torrent de larmes. » Bossuet. — « C'est un déluge de sang. y> — « Tout nage dans le sang, w Bossuet. — « On voyait flotter au tour de son cou plus blanc que la neige ses longs cheveux noirs. » Fénelon. Toutes ces phrases offrent autant d'hyperboles; il en est de même de ce vers de Racine :
Toi-inêuie de ton saiiiî devenir le bourreau.
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D. Qu'est-ce que la litote?
R. La litote est un Irope qui consiste à dire moins pour faire entendre plus; elle affaiblit l'expression, affirme avec modestie, et est en usage pour adoucir des avis ou des remontrances à des personnes que nous voulons ménager ou que nous devons respecter.
Andromaque, sur le point d'épouser Pyrrhus, s'exprime ainsi :
DoI^-je oublier Hector fjrivé de funérailles, Et tiaîné sans hofineur aiUtoar de nos luurailles?
Haci/ie.
Sans honneur est pris ici pour ignominieusement, et sert à voiler adroitement tout ce qui pourrait abaisser la gloire d'Hector,
(Philosophe d'un jour, dit J.-J. Rousseau, ignore-,-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans trouver quelque devoir à remplir ? M
Fléchier emploie cette figure dans l'Oiaison funèbre de Turenne.
"■ Qui fit jamais de si grandes choses? Qui les dit avec tant de retenue? P».emportait-il quelque avantage, à l'entendre ce n'était pas qu'il fût habile, mais l'ennemi s'était trompé. Piendait-il compte dune bataille; il n'oubliait rien , sinon que c'était lui qui l'avait gagnée. Racontait-il quelques unes de ces actions qui l'ont rendu si célèbre; on eût dit qu il n'a\ait été
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que le spectateur, et l'on doutait si c'était lui
qui se trompait ou la renommée. »
D. Qu'entend-on par antonomase?
R. On entend par antonomase le trope qui met un nom commun pour un nom propre et réciproquement , ou qui donne une courte périphrase à la place du nom propre. Dans les anciens on trouve le poète, V orateur, le philosophe, pour Homère, Démosthènes , Àristote ^ le destructeur de Carthage , le vainqueur de JS'umance, pour Scipion l' Africain. On dit, un Sardanapale, un Néron, pour un prince voluptueux ou un tyran sanguinaire.
D. Qu'est-ce que la mctalepse?
R. C'est le trope qui exprime l'antécédent pour le conséquent, et vice versa; ainsi c'est par métalepse qu'on dit mort, trépas, poiumeurtre ou supplice; triomphe pour victoire, entendre pour comprendre, écouter pour croire, oublier une faute \iour pajdonner.
Achille va combattre , et triomphe en courant.
jRacine.
Où le conduisez- vous ? — A la inortf à la gloire !
Corneille.
Je condamnais Burrhns pour écouter Narcisse.
Racine.