‹ Traité élémentaire de rhétorique et d'éloquenceChapitre 9 sur 27 · Livre en vaes faibles mains ses /»«?««n^ ennemis · texte numérisé non relu

Livre en vaes faibles mains ses /»«?««n^ ennemis

Racine.

RHETORIQUE. 3i

'Le riche et Vindigent, Vimprudent et le sage Soninis à même loi subissent même sort.

J.-D. Rousseau.

J Icieux , pénitent , courtisa jz , solitaire ,

Il prit , quitta , reprit la cuirasse et la baire.

Voltaire.

'<■ Uai'arice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité Vai'arice. » La Rochefoucaidt.

t Des mauvaises mœurs sont nées les bonnes lois. )' Plutarque , trad. à'Amyot.

D. Quelles règles prescrit-on dans l'emploi de l'antithèse.^

R. On prescrit de n'ejnployer cette figure qu'avec sobriété , et d'éviter toutes celles qui sont froides , de mauvais goût ou puériles , ou qui ne sont pas exigées par le sujet même.

D. Qu'entendez-vous par gradation ?

R. Par gradation, j'entends ime suite de mots ou de propositions qui se succèdent dans l'ordre indiqué par leur force ou leur intensité respective. Ces vers, qu'Hermione prononce dans l'Andromaque de Racine, forment une admirable gradation :

Adieu, tu peux partir. Je demeure en Epire ; Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire,

A ma famille

Un seul mot, un soupii-, un coup-d'œil nous trahit.

T'oltaii-e.

« C'est un crime, dit Cicéron , de jeter dans les fers un citoyen romain; c'est un attentat de le frapper de verges; c'est presqu'un parricide de le mettre à mort ; que sera-ce de le crucifier? «

D. Quel est le caractère de la figure appelée ironie ?

R. C'est d'attribuer à un être quelconque une qualité, un sentiment, une pensée en opposition avec sa nature morale ou physique, ou de provoquer, sous forme de conseil ou de commandement, une action, un langage contraire au désir ou au devoir de ceux à qui nous parlons.

D. Donnez des exemples de cette figure.

R. Boileau pour tourner en ridicule les médians auteurs de son époque, s'écrie toutà-coup avec l'ironie la plus mordante :

Je le déclare donc . Quinanlt est un Virgile , Pradon comme un soleil en nos ans a paru , Pelletier éait mieux qu'Ablancourt ni Patru , Cottin à ses sermons tramant toute la terre , Fend des flots d'auditeurs pour aller à sa chaire.

La Bruyère, parlant d'un homme qui est possédé d'une manie ridicule pour les pruniers, fait ainsi ressortir la nullité du personnage :

« O l'homme dwin en effet ! homme qu'o/i ne peut jamais assez louer et admirer , homme dont il sera parlé dans plusieurs siècles !

que je voie sa taille et son visage pendant quil vit. »

Z). Qu'est-ce qu'on nomme concession?

R. Une figure par laquelle on accorde officieusement ou par nécessité à un adversaire réel ou fictif, ce que l'on est en droit de lui refuser, pour s'en prévaloir contre lui, ou obtenir un aveu dont on a besoin : ainsi Antoine parlant du meurtre de César, dit :

Ponr forcer les Romains à ce coup détestable , Sans doute il fallait bien que César fut coupable; Je le crois, niais enfin César a-t-il jamais, De son pouvoir sur vous ap[-.esanti le faix?

P^okaire.

« Un homme riche, dit La Bruyère, peut manger des entremets , faire peindre ses laaibris , jouir d'un palais à la campagne et d'un autre à la ville , etc. ; mais il appartient à un autre d'être heureux. >j

D. Qu'est-ce que c'est que la prétention ?

R. C'est une figure par laquelle on semble ne pas vouloir dire ce qu'on dit réellement, d'une manière vague , indirecte, équivoque ou abrégée.

Dans Athalie, 3Ialhan dit à son confident :

Qa'est-il besoin, Nabal , qu'à tes yeux je rappelie De Joad et de moi la fameuse querelle .'

Dans la Henriade, cette description du massacre de la Saint-Barthélemi est imeprétérition :

Je ne vous peindrai pas le tnmulte et les cris ,

Le sang de tous côtés ruisselant dans Paris,

Le fils assassiné sur le corps de son père ,

Le frère avec la sœur, la tille avec la mère ;

Les époux expirans sous leurs toits embrasés.

Les enfans au berceau sur la pierre écrasés :

Des fureurs des humains c'est ce qu'on doit attendre.

D. Définissez la figui e nommée réticence ?

R. La réticence est une figure qui consiste à laisser deviner sa pensée plutôt qu'à l'exprimer; cette pensée est présentée d'une manière obscure et ambiguë en apparence, mais claire et inieliigible pour les personnes dont on désire être compris , ou bien on suspend tout-àcoup sa phrase pour laisser deviner la pensée qui vous agitait. Athalie , irritée contre Joad , lui dit :

.... Te voilà séducteur. . . .

Je devrais sur l'autel, où ta main sacrifie, Te.... mais du prix qu'on m'offre il faut me contenter.

Cicéron, plaidant pour Ligarius devant César vainqueur, veut faire entendre que la clémence n'est pas la vertu des partisans de César; il veut flatter le vainqueur, mais il craint d'offenser des hommes puissans : « Si , dans ta haute fortune, César, dit-il, tu ne montrais pas cet esprit de douceur qui te caractérise, toi per-

mnellement, et je dis toi, elje ni entends , la \ ictoire serait le signal des scènes les plus douloureuses et les plus sanglantes. »

Dans la Henriade, Henri HI assassiné prédit le même sort à son successeur ;

Tous connaissez la Ligue , et vous voyez ses coups ; Ils ont passé par moi pour aller jusqu'à vous. Peut-être un jour viendra qu'une main plos barbare... Juste ciel, épargnez une vertu si rare.

D. Quel est le but de la figure appelée coirection?

R. C'est d'exciter l'attention ou de peindre un combat violent des passions de l'àme. Pour atteindre ce but, l'auteur ou le personnage qu'il met en seène feint de s'être trompé, d'avoir employé une expression impropre, trop forte ou trop faible; il s'arrête pour en substituer une autre plus conforme à l'idée qu'il veut rendre.

«. Saint Louis, dit Fléchier, va chercher et combattre ses ennemis; je me trompe, il va soulager ses sujets. »

Où me cacher? Fuyons dans la nuit infernale; Mais que dis-je , mon père y tient l'urne fatale.

Racine.

D. Quel est l'usage de la suspension?

ïx. On emploie la suspension pour éveiller l'attention ou irriter la curiosité de l'auditeur.

en différant plus ou moins long-temps l'achèvement d'une phrase par une interruption ou par l'énumération de plusieurs attributs du même sujet :

Une femme.,, peut-on la nommer sans blasphème.^

Racine,

La Fontaine débute, dans sa fable des Animaux malades de la peste, par cette suspension : ^

Un mal qui répand la terreor.

Mal, que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crir.ies de la tei're , "La peste, puisqu'il faut l'appeler par son nom, etc.

D. A quoi serlV allusion?

R. JJ allusion sert à rappeler par identité, similitude , ou analogie le souvenir d'une action, d'une parole ou d'une pensée sans en parler expressément. L'allusion peut porter sur un fait historique ou fabuleux, ou avoir rapport à des mœurs et des usages des temps passés ou présens, à un préjugé, à une erreur, à une maxime ou à un principe; elle sert quelquefois à louer ou à blâmer avec adresse.

D. Donnez-nous des exemples de ces différens genres d'allusion ?

R. Bourreau de votre fille , il ne vous reste enfin Que à^ en faire à sa mère un horrible festin.

Racine.

RHÉTORIQLE. 3;

Par allusion à Thyeste^ qui servit, dans un festin, à son frère Atrée, Je fils de ce dernier.

Quand Fléchier dit en parlant de Turenne : « Ses cendres seront mêlées à celles de tant de rois; » c'est une allusion à l'usage où étaient les anciens de brûler les morts, et de recueillir leurs cendres.

Tout couvert de lauriers, crciignez encor la foudre.

Comédie.

Par un préjugé vulgaire, on croyait ipie la foudre ne tombait jamais sur le laurier.

3Iassillon, dapres un précepte de l'Écriture, a pu dire : « La médisance est un orgueil secret qui nous découvre une paille dans Vœil de noire frère , et nous cache la poutre qui est dans le nôtre. »

D. Quest-ce que vous nommez allégorie?

R. J'appelle allégorie une figure qui consiste à dire une chose pour en faire entendre une autre, de manière que le sens caché de la phrase soit très différent du sens littéral. L'allégorie s'offre aussi souvent sous la forme dembléme ou de symbole.

D. ye distingue-t-on pas plusieurs sortes d'allégorie?

R. L'allégorie peut être simple , isolée ou incidente : tels sont les adages, les proverbes, etc. Une proposition entière, une suite

continue de phrases peuvent être allégoriques: tels sont certains passages de tous les auteurs, les fables, contes, paraboles, etc. Enfin il existe des ouvrages dont le sujet entier est une allégorie, et dont toutes les phrases sont allégoriques.

D. Quelles sont les qualités propres de l'allégorie?

R. L'allégorie peut être présentée avec toutes les qualités essentielles ou accidentelles du discours; mais ses qualités propres sont la clarté, la justesse dans la correspondance des choses exprimées et de la chose sous-entendue.

D. Donnez des exemples?

R. « La sagesse, dit Horace à Licinius en lui conseillant de se défier des faveurs de la fortune; la sagesse veut que vous resserriez vos voiles enflées par un vent trop favorable, w

Lebeau, dans l'éloge du comte d'Argenson , parle ainsi du fameux système de finances de l'écossais Law, qui avait ruiné la France, et avait converti toutes les fortunes mobilières en papier. '( Un vent iiApétueux , changeant à chaque instant, et soufflant au gré d'un seul homme, emportait les fortunes les plus solides réduites en feuilles légères. »

Dans ses Harmonies de la nature. Bernardin de Saint-Pierre se sert de cette allégorie symbolique, a Quelquefois une cantharide nichée

(Jaiisla corolle d'une rose, en relève le carmin par son vert d'émeraude; c'est alors que cette fleur semble nous dire que, symbole du plaisir par ses cbarmes et par sa rapidité, elle porte comme lui le danger autour d'elle, et le repentir dans son sein. »

Z>. Qu'est-ce que la prosopopce?

R. L.a. prosopopée est une figure de pensée pleine de force et de chaleur, par laquelle l'orateur, hors de lui-même, et transporté par l'énergie de ses émotions ou de ses passions, évoque tout-à-coup les êtres inanimés, absens ou iiraisona'oles, les morts, les objets bmts de la création, et même les êtres spirituels, et leur prête de l'intelligence, l'usage de la parole ou la faculté d'entendre,

D. Quelles règles prescrit-on dans l'usage de la prosopopée?

R. Ou prescrit de ne remployer que quand on veut peindre ou mettre en jeu de grandes passions ; de ne pas la prolonger trop longtemps de peur d'en affaiblir l'effet; de ne jamais faire un appel à un objet bas , ou de personnifier une chose sans dignité, dont le souvenir pourrait détruire cet effet puissant que cette figure est destinée à produire.

D. Donnez des exemples de prosopopée?

R. Dans l'éloge funèbre de Montausier, FUchier, pour peindre la probité et la sévérité

4o RHETORIQUE.

du caractère du défunt, se sert de cette prosopopée : « Oserai-je, dans un discours où la franchise et la candeur sont le seul sujet de nos éloges, employer la fiction et le mensonge? Ce tombeau s'ouvrirait, les ossemens se rejoindraient, et se ranimeraient pour me dire : Pourquoi viens-tu mentir pour moi, qui ne mentis jamais pour personne ? Ne me rends pas un honneur que je n'ai pas mérité, à moi qui n'en voulus jamais rendre qu'au vrai mérite ; laisse-moi reposer dans le sein de la vérité, et ne viens pas troubler ma paix par la flatterie que j'ai haïe ; ne me dissimule pas mes défauts , et ne m'attribue pas des vertus. »

Philoctète, dans Sophocle, ne pouvant fléchir Pyrrhus qui lui a ravi ses flèches , et veut s'éloigner, s'écrie dans son indignation :

O roobei's! o rivages!

Vous, mes seuls corapagnons, ô vous, monstres sauvages ; Car je n'ai plus que vous à qui ma voix , hélas ! Puisse adresser des cris que l'on n'écoute pas; Témoins accoutumés de ma plainte inutile. Voyez ce que me fait le fils du grand Achille.

« Conscience! conscience! dit J.-J. Rousseau, juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu; c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions. >-

DE LA CO:VSTRLCTION DtS PHRASES ET DES PÉRIODES.

D. Qu'est-ce qu'on nonune style?

R. On appelle style la manière particulière dont chacun exprime ses idées au moyen du langage. Le style a toujours une couleur spéciale qui dépend du génie de l'écrivain et de la manière plus ou moins forte, claire ou méthodique, dont il conçoit les objets.

D. Ne distingue-t-on pas deux sortes principales de style ?

R. On distingue le style simple ei coupé, où le discours est forme de plusieurs propositions courtes, indépendantes et complètes en elles-mêmes ; et le style composé et périodique , où les phrases sont composées de plusieurs membres liés ensemble, dépendans les uns des autres, et unis par des pronoms et des conjonctions, mais dont le sens demeure suspendu jusqu'au dernier membre ou jusqu'à la dernière proposition.

D. Donnez un exemple du style simple ou coupé.

R. Fléchier, dans l'oraison funèbre de Turenne, pour peindre le trouble et la confusion qui suivirent tout-à-coup la mort de ce grand homme, fait ainsi un emploi merveilleux du stvle couné

42 ÎIHÉTORIQUE.

« Je me trouble , messieurs : Turenne meurt : tout se confond; la fortune chancelle; la victoire se lasse; la paix s'éloigne; les bonnes intentions des alliés se ralentissent ; le courage des troupes est abattu par la douleur et ranimé par la' vengeance ; tout le camp demeure immobile ; les blessés pensent à la perte qu'ils ont faite , et non aux blessures qu'ils ont reçues. Les pères mourans envoyent leurs fils pleurer sur leur général mort. L'armée en deuil est occupée à lui rendre les devoirs funèbres , et la renommée , qui se plaît à répandre dans l'univers les accidens extraordinaires, va remplir toute l'Europe du récit glorieux de la vie de ce prince et du triste regret de sa mort. »

D. Combien une phrase doit-elle avoir de membres divers ?

R. Ce nombre est entièrement arbitraire, et on trouve dans les bons auteurs des périodes à deux, trois ou quatre membres, et même davantage.

D. Donnez des exemples de phrases périodiques.

R. 1° A deux membres. « Qui parmi nous a jamais été plus éloquent queBossuet? — Qui mieux que lui a parlé de la vie, de la mort^ de l'éternité et du temps? « TTiomas.

1° A trois membres. « Je marche à la tète de ceux que j'ai comblés de louanges , de ri-

chesses ; — De ceux dont je fus le disciple avant d'être le général; — Contre des ennemis fiui ignorent leurs chefs et s'ignorent eux-mêmes. M Tite-Lwe, discours d'Annibal.

3° A quatre membres. « Insensés, quavezvous fait ? — Vous les maîtres du monde, vous vous êtes rendus esclaves des hommes frivoles que vous avez vaincus; — Ce sont des rhéteurs qui vous gouvernent ; — C'est pour enrichir des architectes, des peintres, des statuaires, des historiens , que vous avez arrosé de votre sang la Grèce et l'Asie. ^ J.-J. Rousseau.

D. Quelles sont les qualités essentielles d'une bonne phrase ?

R. Ces qualités sont d'abord toutes celles du discours ; mais en outre la phrase doit avoir d'autres qualités qu'on a désignées sous lesnoms de unité , force et harmonie.

DE L UMTE.

D. Qu'est-ce que vous entendez par unité d'une phrase ?

R. Par unité, j'entends qu'une phrase ne doit contenir qu'une seule proposition. La phi'ase peut bien être composée de plusieuis membres, mais ceux-ci doivent être si bien lies ensemble, qu'ils n'oftrent à l'esprit qu'une idée simple qu'il puisse aisément embrasser.

D. Comment parvient-on à conserver l'unité d'une phrase ?

R. On y parvient au moyen de quatre règles principales.

D. Quelle est la première règle relative à l'unité ?

R. La première règle est que dans le cours de la phrase, il faut autant que possible ne pas changer le lieu, le temps, l'objet ou la personne, qui fait le sujet delà phrase, et ne point embarrasser ses lecteurs ou auditeurs par des transitions brusques d'une personne ou d'un sujet , à une autre personne ou à un autre sujet.

D. Faites connaître la deuxième règle de l'unité.

7i. La deuxième règle défend d'accumuler dans une même phrase desobjets qui ont si peu de liaison ou de ccnnexité, qu'ils demanderaient, pour être clairement compris, à être traités dans deux ou plusieurs phrases différentes.

D. Enseignez-nous la troisième règle relative à l'unité.

R. La troisième règle prescrit d'éviter , excepté dans des cas très rares, de jeter des parenthèses au milieu d'une phrase. Cette règle s'applique aussi à certaines phrases incidentes qui é.Mervent et obscurcissent le discours.

D. Dites-'. ous enfin quelle est la quatrième règle de l'unité.

R. Cette règle apprend qu'on doit toujours amener sa phrase a une conclusion bien nette, (ju'il ne faut pas la laisser en suspens ou l'allonger par une proposition inattendue, superflue ou mal encadrée, qui trompe et dégoûte le lecteur.

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