CHAPITRE I DIVISION DU RÈGNE ANIMAL
D'après les travaux les plus récents, le nombre des especes animales vivantes, à l'époque actuelle, dépasse le chiffre de 360,000. En outre, on porte à 400,000 le nombre des espèces d'animaux propres aux anciens âges du monde. 1lsuftit d'indiquer cette énumération pour faire voir qu'il n’y aurait pus d'étude possible du règne anmmal, si l'on n'établissait un certain ordre dans cette immense série des êtres unimés, On «a donc réparti tous les animaux en divers groupes constitués d'après leurs principaux caractères distinctifs. Et c'est là ce que l'on appelle Classification.
L'utilité de ees groupements des espèces animales se démontre facilement. “Si le porteur d'une lettre, dit Milne- Edwards (1), n'avait, pour se diriger dans lu recherche de la personne à qui elle est destinée, que le signalement de celleci, sa tâche serait probablement presque interminable : ruais si l’adresse de cette lettre lui indique d'abord le pays, puis successivement la province, la ville, le quartier, la rue, la
maison, et enfin l'étage que cette personne habite, il saura facilement s'acquitter de sa mission, Or il en est de même
[1]—/Zvologie, 10e édit,
ion du règne animal appartient l'espèce dont il veut déterininer le nom, puis à quel groupe secondaire, à quelle sulslivision de ce &roupe, et ainsi de suite, en restreignant de plus en plus à chaque épreuve le champ de la comparaisOn, »
l'individu, c'est-à-dire considéré isolément de
que l'ordre comprend des familles ; la classe, des ordres ; l'emdranchement, des classes,
En résumé, pour Timmensité du RÈGN
Benres en espèces, celles-ci compren à l'ensemble de ces dénominations q NOMENCLATURE.
En histoire naturelle, il est d'usage de désigner chaque individu par deux mots, dont le premier est le nom du genre, et fautre celni de l'espèce dont fait partie cet individu. En outre,
Mai 1908.
142 LE NATURALISTÉ CANADIEN
par un accord général, ce nom composé s'écrit toujours en latin et se trouve par là à être compris chez tous les peuples. Enfin, on a coutume d'ajouter à cette dénomination le nom de l’auteur qui l'a imposée. On dit, par exemple: Hirundo horreorum Barton (Hirondelle des granges), pour désigner l'une de nos espèces d’Hirondelles. Et pour ce qui est de cette espèce particulière, il suffit d’un peu d'étude pour reconnaître qu'elle appartient à l'embranchement des Vertébrés, à la classe des Oiseaux, à l'ordre des Passereaux, à la famille des Hirondinides, et au genre Hirondelle.
La plus ancienne nomenclature que nous connaissions fut l'œuvre d'Aristote, qui partageait les objets de la nature en deux catégories: les corps vivants ou organisés, et les corps bruts ou sans vie, la première de ces catégories se subdivisant en deux règnes, les animaux et les végétaux. Quant aux animaux, il les partageait en raisonnables (Homme) et irraisonnables, divisant ceux-ci en animaux pourvus de sang ou ersangues.
Linné, illustre naturaliste suédois du 18° siècle, partagea le règne animal en six classes: les mammifères, les oiseaux, les amphibies, les poissons, les insectes et les vers.
C'est à Lamarck (1744-1829), naturaliste français, que l'on doit l'institution des deux grandes divisions du règne animal: animaux vertébrés et animaux invertébrés, correspondantes aux deux grandes catégories établies par Aristote.
En 1812 parurent deux nouvelles classifications, proposées par deux célèbres naturalistes français: Cuvier et de Blainville.
Cuvier exposait que le règne animal, étudié au point de vue de son organisation, doit se partager en quatre groupes principaux qu'il appela embranchements. Voici la suite de ces embranchements et des dix-neuf classes qu'ils comprennent :
1° Vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles, poissons).
2° Mollusques (céphalopodes, ptéropodes, gastéropodes, acéphales, brachiopodes, ‘cirrhopodes ou cirripèdes).
3° Articulés (annélides, crustacés, arachnides, insectes).
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4° Zoophytes ou rayonués (échinodermes, intestinaux, acalèphes, polypes, infusoires).
Quant à de Blainville, il établit sa classification non seulement d'après les dispositions anatomiques des animaux, comme faisait Cuvier, mais aussi, et à la fois, d'après les particularités extérieures de leur corps. Il trouva de la sorte que le règne
animal doit se partager en cinq grandes divisions, qui sont les suivantes :
1° Vertébrés : 2 Articulés : 3% M 5° Hétéromorphes.
ilusques: 4 Rayonnés ;
Comme on voit, la classification zoologique avait subi déjà bien des modifications dès le commencement du 19° siècle. Et,
depuis cette époque jusqu'à nos jours, de nouvelles transformations se sont produites, Ce
la tient à la connnissance plus approfondie que l’on acquiert chaque jour de l'organisation et des particularités des espèces animales, Cette Connaissance étant, même aujourd'hui, loin d'être parfaite, il se produira encore dans l'avenir plusieurs modifications de la nomenclature. Du reste, même à notre époque, il n’y a pas de système de classitication qui soit communément agréé par tous les adeptes de la zoologie ; chaque auteur fait son choix parmi les nomenclatures établies ou corrigées par ses devanciers, et modifie suivant ses idées particulières le système qu'il a cru devoir accepter. (1) Cet état d'indétermination de la classification est d'un notable embarras pour les débutants dans l'étude de la zoologie. Toutefois, les systèmes de nomenclature quiont cours aujourd’hui, soit en Amérique, soit en Europe, et qui ne sont guère que le développement des systèmes établis par Cuvier et de Blainville, ne diffèrent pas tellement entre eux que l’on soit complètement dérouté en passant de l’un à l’autre. 11 faut
(1) Notre grand naturaliste, l'abbé Provancher, traitant de la zoologie en 1869 (Vor, I du Naturaliate canadien), snivait la classification de Cuvier. Or, une dizaine d'années plus tard, préparant le texte des Tableaux d'histoire naturelle qu'il projetait de publier, il décida d’aa- pter, pour le Tableau destiné à la Zoologie, les cinq embranchements Que voici: 1° Vertébrés : 2° Artioulés ; 3° Mollustes; 4° Annelés ; 5° Radigs : et il subdivisa cet ensemble en seize classes.
d'ailleurs reconnaître que, pour la masse des naturalistes pratiquants, il n'importe pas beaucoup que l'on suive dans ses grandes lignes tel système de classification plutôt que tel autre; pour eux, l'étude de la famille, du genre et de l'espèce est d'un intérêt bien plus immédiat. Or, pour ce qui est de ces dernières subdivisions du règne animal, on les trouve établies à peu près de la même façon chez les auteurs de tous les pays. Et cet accord général suffit pour ussurer le progrès méthodique des sciences naturelles, en attendant l'apparition de l'illustre génie qui sera capable d'embrasser d'un regard toutes les connaissances acquises à travers les siècles sur l’universalité du règne animal, et de dégager de cet ensemble immense un plan général si évidemment raisonnable, que la nomenclature fondée sur lui s’imposera à tous les esprits et entraînera leur adhésion.
Ayant nous-même à faire choix d’un système de classification pour cette revue succincte du règne animal que nous nous proposons, nons estimons qu'il vaut mieux nous inspirer en cette matière des idées qui ont cours chez les naturalistes de notre continent. Eu etfet, de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est de la faune américaine que les amateurs des sciences tiennent à s'occuper principalement ; et comme ils ne peuvent se dispenser, pour cette étude, de s'aider des ouvrages publiés au Canada et dans les Etats-Unis, il leur importe d'être au fait de la nomenclature suivie de façon assez générale chez nos auteurs ‘d'Amérique. Après tout, on comprend bien que les différences ne sont pas très considérables entre les classifications adoptées sur l'un ou l’autre continent.
Le tableau suivant expose, par embranchements et par clusses, la classitication du règne animal qui semble la plus généralement suivie par les zoologistes du Canada et des Etats- Unis.
TasLeau DES EMBRANCHEMENTS ET DES CLASSES nv RÈGNE ANIMAL
Embranchemen ts. Classes,
1. Mammifères, 2x, Lion, Baleine, | À Oireaux, Ex., Corneille, Perroquet.
18. Re sa : , Tortue, C ‘ouleuvre, Ad, Ex., Grenoville, Crapaud.