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DES MARCHÉS A PASSER

Le matériel de ces différents chemins est faible, comparé au traûc. Il convient, du reste, en général, de commander un matériel excédant les besoins plutôt que de s'exposer à se trouver renfermé dans des limites trop restreintes. Toutes nos grandes Compagnies ont perdu des recettes considérables faute de matériel.

Il nous reste maintenant, pour compléter l'analyse que nous avdns entreprise des dépenses qui composent le prix de con^ruction des chemins de fer, à parler du montant de celles qui concernent les approvisionnements, le contentieux et l'imprévu.

ApprovisiowMafteBt». — La dépense pour approvisionnements ne peut donner lieu à des erreurs bien graves. On la calculera facilement, en admettant qu'il suffit de posséder en magasin ou sur les chantiers la quantité de coke et de matériaux néœssaire aux be* soins d'un service actif pendant plusieurs semaines.

Cantentieu. — Les frais de contentieux, souvent considérables, sont beaucoup plus sujets à variations.

Frais tatprém. — Les frais imprévus doivent être estimés à un dixième de la dépense totale; ce n'est pas leur faire une part trop large dans un devis aussi difficile à établir que celui d'un chemin de fer.

La revue que nous venons de passer des éléments du prix d'établissement des chemins de fer confirme ce fait énoncé en commençant ce chapitre, que si quelques-uns peuvent être facilement calculés d'avance, d'autres, au contraire, et ce sont les plus importants, ne sauraient être appréciés avec exactitude. Comment donc s'étonner des erreurs commises par les ingénieurs dans des estimiitions aussi difficiles et aussi variées, lorqu'on voit si souvent les architectes se tromper dans le simple devis d'une maison?

DES MARCHÉS A PASSER POUR l'ÈXECUTION DES CHEMINS DE FER.

* forikit. — Bien des personnes pensent qu^on peut Mr ter des mécomptes en passant des marchés à forfait pour la totalité de t exécution.

Il est très-important de combattre cette opiniony dont la pratique a démontré la fausseté.

Les administrateurs des Compagnies sont, en général, foii enclins

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à passer des marchés à forfait, parce qu'ils croient, de celte manière, se mettre à i*abri de toute responsabilité. * C*est un moyen commode pour eu\ de se décharger des soins de Icxécutiou, mais très-préjudiciable, selon nous, aux intérêts bien entendus des actionnaires, et par lequel on les induit souvent dans de très-graves erreurs.

Qu'aiTivera-t-il, en effet, si Ton traite à forfait avec un entrepreneur unique pour Texécution d*un chemin, dont le capital est considérable, comme Ta été, par exemple, celui du chemin de Strasbourg à Bâle ? Ou Tentrepreneur se sera donné une grande latitude dans Testimation de la dépense, et il réalisera d'énormes bénéCces; ou, trop hardi dans sa soumission, il aura dépassé de beaucoup ses prévisions: ou, enfin, la dépense s'éloignera peu de ses devis, et son bénéfice sera modéré ou sa perte lolérable.

Dans le premier cas, les actionnaires éprouveront un préjudice que Ton aurait pu éviter.

Dans le second, la fortune de l'entrepreneur deviendra insuffisante, et il abandonnera les travaux, ou, ce qu'il y a de plus probable, il suscitera à la Compagnie de tels embarras, qu'elle se trouvera conduite à la résiUation du traité sans indemnité et avec restitution du cautionnement, car il est toujours dangereux d'enlamer un procès avec un entrepreneur puissant . Le succès est fort problématique, les travaux en sont toujours retardés, et les Compagnies sages évitent, à tout prix, de pareils débats devant ks tribunaux.

Dans le dernier cas, le traité peut être considéré comme avantageux pour la Compagnie et pour l'entrepreneur; mais on conçoit que, vu l'incertitude que présentent les estimations des travaux d'un chemin de fer, ce ne sera pour ainsi dire que par hasard el bien rarement que, plus habile que les ingénieurs les plus expérimentés, l'entrepreneur sera parvenu à déterminer, à peu prèsexacl(>ment, les frais de construction. Un entrepreneur prudent esconq>tera toujours cette incertitude à son pi*ofit, et ne consentira à traiter qu'à des prix fort élevés.

Ce que nous avançons , il nous serait facile de le prouver par de nombreux exemples. Nous n'en citerons cependant qu'un petit nombre.

Le chemin de Strasbourg à Bâle a été entrepris par M. Nicolas

DES MARCHÉS A PASSER. 5 il

Kœcliliii, au prix de 40 millions. Il est impossible de savoir exaclement quel a été le bénéfice de M. Kœchlin sur celte affaire; mais, à considérer la nature des travaux à exécuter et le prix accordé pour ces travaux, on croira diflicilement que le bénéfice n*ait pas été considérable ; et cependant le chemin livré à la Compagnie était loin d'être parfait, loin surtout d'être complet. Les contestations entre M. Kœchlin et la Compagnie ont été nombreuses : nous ne prétendons pas nous en faire juge; encore moins critiqueronsnous une œuvre qui sous tant de rapports fait honneur aux ingénieurs qui Font accomplie ; mais nous ne pouvons nous empêcher de nous poser cette question :

Les administrateurs du chemin de Baie à Strasbourg auraient-ils passé un marché à forfait pour Texécution de ce chemin, s'ils russenl prévu que, malgré ce marché, ils auraient à créer, ù côté du capital souscrit primitivement par les actionnaires, un nouveau capital d'emprunt, pour compléter leurs ateliers, loger leurs employés et reconstniire une partie de leur matéiiel? Il est permis d'en douter.

Le chemin de Blesmes à Gray a été entrepris à forfait. La Compagnie de l'Est, qui a fait un traité à forfait en achetant le chemin, s'est trouvée forcée de le résilier par la crainte dé voir l'exécution de ses travaux considérablement retardée et par celle des procès dont les entrepreneurs la menaçaient. Elle les a évinces en leur payant une indemnité considérable.

H en a été de même de la Compagnie de TOuest (Suisse) pour le chemin d'Yverdun à Morges et à Lausanne.

Ces deux chemins, celui de Blesmes et celui de Lausanne, auront, tous comptes réglés, coûté fort cher.

Il y a deux manières de traiter à forfait pour Texéculion d'un chemin de fer.

1** On annexe au traitéun devis explicatif des travaux n exécuter;

2** On traite sans devis explicatif, à cette seule condition que le chemin sera reçu par l'administration des ponts et chaussées comme satisfaisant aux obligations du cahier des charges.

Le premier mode a été adopté pour l'achèvement du chemin de Versailles (rive «rauche).

Dans ce cas, tout ouvrage qui n'est pas prévu au devis est payé séparément, et le principal avantage que l*on prétendait retirer do traité à forfait disparait.

Peut-être objectera-t-on qu'il est focile d'éviter ce surcroît de dépense en stipulant dans le traité que tout ouvrage non prévu au devis, et cependant nécessaire à rétablissement du chemin, sera exécuté aux frais de Tentrepreneur.

Les arbitres nommés pour décider des contestations entre U Compagnie et l'entrepreneur à forfait ne s'arrêtent jamais i la lettre des conventions ; ils les interprètent toujours en bveur de l'entrepreneur, surtout si celui-ci est assez adroit pour leur persuader que l'opération lui est onéreuse. Les Compagnies, en cas de procès, sont presque toujours sacrifiées, et l'entrepreneur a toutes les chances de bénéCces en sa foveur sans courir les chances de perte.

C'est ce qui est arrivé à la Compagnie de Versailles (rive gauche), qui a dû payer 800,000 fr. à M. Séguin pour travaux imprévus, bien que le traité stipulât formellement que ces travaux devaient être à la charge de l'entrepreneur.

En vain les administrateurs du chemin, qui s'étaient rendus personnellement garants de toute dépense excédant le chiffre dû forfiiit, avaient-ils consulté pour la rédaction du traité trois de nos plus eélèbres avocats, MH''* Chaix d'Est-Ange, Ph. Dupin et Bethmont.

La Compagnie du chemin de fer de Lyon à Genève avait divisé ses travaux en plusieurs lots, et traité à forfait pour chacun de ces lots. Elle a été forcée de résilier tous ces marches à son grand préjudice, à rexception d'un seul, celui passé avec MM. Parent et Brassey, pour l'exécution du souterrain du Credo.

Le traite a forfait avec devis descriptifs aussi l'inconvénient d'exposer à des procès souvent très-graves, lorsqu'il devient nécessaire d'apporter en cours d'exécution des modifications à des plans qu'il est bien diiTicile d'arrêter, complètement. Ces modifications sont, dans tous les cas, payées fort cher à l'entrepreneur, et ont pour conséquence le surcroit de dépenses que l'on voulait éviter en traitant à forlàit.

Pour le chemin de Bàle à Strasbourg, c'est le second mode de traité à forfait qui a obtenu la préférence.

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Il ne présente cependant pas moins d'inconvénients que le précédent.

Quelles garanties ofTre-t-il en effet à la Compagnie de la bonne exécution des travaux?

Toutes les fois qu'un chemin est construit à forfait par un entrepreneur unique, riche et tout-puissant, à qui les moyens ne man* quent pas pour séduire les employés subalternes de la Compagnie, il est bien difficile, quelles que soient les conventbns faites, d'échapper a la fraude, de se préserver des malfaçons, et cda deviml pour ainsi dire impossible si le traité n'est pas accompagné d'an cahier des charges indiquant tous les travaux à exécuter et ëélerminant leur mode d'exécution.

La réception des chemins par les ingénieurs de l'État se frit ordinairement avec une indulgence excessive. Elle ne porte d'ailleurs que sur des ouvrages dont on ne peut visiter que Textérieur. Que les terres composant un remblai glaiseux aient été imparfaitement desséchées, et qu'on ait négligé de les piloner, que la chaux employée pour la construction d'un travail en maçonnerie soit de mauvaise qualité, que les bois invisibles d'une charpente soient vicieux ou qu'ils aient été mal assemblés, les ingénieurs chargés de la réception des travaux ne peuvent pas évidemment s'en apercevoir.

L'entrepreneur, nous dira-t-on, garantit ses ouvrages pour une année, pour deux années même. Garantie illusoire! L'expérience a prouve que, sur la plupart des grandes lignes de chemins de fer, les éboulements des talus glaiseux mal établis ne s'étaient manifestés que trois ou quatre ans après l'ouverture du chemin ; et des ouvrages en maçonnerie ou en charpente, bien que manquant de soUdité, peuvent résister plusieurs années de suite.

Le tracé deschemms de fer ne pouvant être déterminé à l'avance, puisque la Compagnie doit le soumettre à l'approbation de l'Etat, il arrive quelquefois que l'entrepreneur à forfait combat auprès du gouvernement les tracés proposés par la Compagnie, donnant toujours la préférence aux tracés les plus économiques de construction, tandis que la Compagnie recherche les plus productifs. Ce cas s'est présenté pour le tracé du chemin de Blesme à Gray, aux aborda de

la ville de Chaumont. Les raisons abondent par conséquent |M>ur repousser les marches à forfait.

On nous opposera peut-être encore, comme argument en trreuv des marchés à forfait, l'exemple du chemin de Rouen, construit à forfait avec le double avantage de la rapidité et de l'économie.

Nous répondrons que le marché passé pour l'exécution du chemin de Rouen n'est pas un véritable marché à forhit, puisque l'ingénieur en chef était libre d'accorder aux entrepreneurs toute indemnité qui lui paraissait équitable, et que les entrepreneurs <acceptaient l'arbitrage suprême de cet ingénieur. Le conseil d'administration s'était, dans ce cas, tout simplement démis de son pouvoir en faveur de son ingénieur, avec lequel les entrepreneurs ont euxmêmes traité de confiance. La Compagnie ne se trouvait en aucune manière garantie de tout mécompte par ce marché; et, si Ton consulte le tableau des prix de revient, en se souvenant que le chemin de Rouen n'a pas été dans l'obligation de construire une tète de gare coûteuse comme celle d'Orléans, on reconnaîtra que les travaux, bien que moins soUdement exécutés que ceux du chemin d'Orléans, n'ont pas été moins dispendieux.

Si, du reste, le traité à forfait doit être repousséj c'est miiout lorsquil est proposé par les fabulateurs d'une Compagnie à leurs associés, ces fondateurs devenofU eux-mimes entrepreneurs tout en restant administrateurs.

Quelque honnêtes que Ton suppose les administrateurs d'une entreprise, il est impossible qu'ils se dérobent à Tinfluence qu'exercent sur eux des collègues plus adroits et plus expérimentés.

Quelques lignes (Râle, Montcreau, Lyon à la Méditerranée, Dijon à Besançon, Rlesmcs à Gray) exécutées à forfait ont été, pour une partie des administrateurs, un objet de spéculation.

En Angleterre, on n'a généralement exécuté a forfait que des travaux partiels et assez limités. H en a été de même en Belgique.

En Allemagne, les travaux de chemins de fer ont été exécutés sur séries de prix.

Marckés mot aérics de prU. — Le mode exclusivement adopté pour lexéctUion des travaux par r administration y en France, et

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