SIMO.NS (PIERRE
Nous avons eu le bonheur de connailre Simons; il nous a accueilli avec une grande affabilité, lorsque, jeune encore, nous venions étudier ses travaux, et nous a donne de précieux conseils. Nous acquittons, par conséquent, une dette de reconnaissance tout en accomplissant un devoir.
Nous avons emprunté les détails qui suivent à une notice rédigée par H. Quetelet, membre de l'Académie royale de Belgique.
Simons est né en 1797. 11 appartenait à celte classe d'hommes si nombreuse aujourd'hui qui ne doivent leur fortune qu'au travail, à I énergie et au talent.
Né dans une condition modeste, débutant dans la carrière des travaux publics par l'emploi à*aide temporaire^ il ne tarda pas à se distinguer par une aptitude toute particulière.
Dans un pays où les voies navigables jouent un si grand rôle, où il n'existait pas encore de chemins de fer, Simons eut à s'occuper d'abord de travaux de navigation, dont l'exécution mit ses talents en évidence.
Il n'avait pas atleintl'àge de trente ans que déjà il était ingénieur ordinaire de première classe et que le gouvernement des Pays-Bas, appréciant sa capacité, se proposait de l'adjoindre à une mission (les plus importantes à Tétranger. Il s'agissait de réunir l'océan Atlantique à la mer Pacifique au moyen d'un canal. C'était une grande entreprise de nature, non*seulemcnt à honorer le nom belge, mais encore à étendre les relations commerciales de la Belgique dans cette partie de l'Amérique.
La révolution de 1830, dit M. Quetelet, fit oublier cette grande entreprise, mais donna naissance à une autre non moins brillante et qui touchait plus directement aux intérêts matériels du pays. Le roi Léopold et M. Ch. Rogier avaient les premiers compris le rôle politique que les chemins de fer étaient appelés h jouer et tout le parti qu'ils pouvaient en tirer pour affermir une couronne encore chancelante. Us entrevoyaient le moyen de fixer ainsi la position de ce peuple, petit par le nombre de ses habitants et par retendue de son territoire, mais devenu bientôt un grand peuple |)ar l'excellence de ses institutions, la sagesse de son souverain et l'intelligence de ceux qui le composent. Le réseau belge fut dès ce
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moment arrête dans leur pensée, et Sinions Tut appelé avec sou beau-frère de Ridder à en faire les premières éludes.
Une incroyable actWité, dit M. Queteiet, une grande facilité de conception et surtout l'habitude de diriger des entreprises, mirent en peu de temps le jeune ingénieur à même de présenter les plans (les grandes voies de communication qui devaient unir les différentes partias de la Belgique entre elles et avec les pays voisins. Quand il fut question de soumettre aux Chambres le projet de loi relatif a ces travaux, il regut une récompense tiatteuse de son zèle et fut spécialement chargé de le défendre comme commissaire du gouvernement.
Un arrêté royal ne tarda pas à le eharger de la direction des iravaux du chemin de fer (54 juillet 1834). Un second arrêté, qui suivit de près celui-ci, le promut au grade d'ingénieur en chef de deuxième classe. Cet arrêté fut pubKé le 6 mai 1839, jour de l'inaugoration du premier chemin de fer, celui de Bruxelles à Haiines. Simons donna dans cette occasion un exemple bien remar* (|uable de générosité et de véritable modestie.
Il avait eu connaissance que le gouvernement ne destinait de ravancement qu*à lui seul; dès lors il crut devoir refuser un avanlage que ne partagerait pas le compagnon de ses Iravaux et de sed âiiccès. H le (it avec une noble simplicité, mais en même temps avec celle fermeté qui prend sa source dans une profonde conviction.
I:in 1836, nouveau triomphe de noire jeune ingénieur. On ouvre le chemin de Malines à Anvers. Il fut nommé chevalier de Tordre «io Léopold, bientôt après officier, puis il reçut l'étoile de la Légion ^riionneur.
L'Académie de Bruxelles se l'associa. Simons était donc comblé li'iionneurs. Sa réputation était devenue européenne; mais souvent c'est au moment où l'homme semble n'avoir plus rien ù désirer (|ii*il est frappé par l'adversité. M. Rogicr, le protecteur de Simons, avait quitté le ministère des travaux publics. Son successeur n'eut \m pour Simons tous les égards qu'il méritait. Du moins Simons, îuut modeste qu'il était, le pensa ainsi, et il refusa d'accepter un emploi qui ne lui paraissait pas en rapport avec les services >|n il avait rendus. Il fut mis en disponibilité. La Belgique tout en-
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lière s'émut de celte mesure frappant un hoiimie qui s'était fait remarquer par sou zèle et sa rare probité autant que par son intelligence, mais le coup était porté. Simons était blessé au cœur. Il quitta la Belgique pour se rendre en Amérique comme directeur d'une compagnie qui avait formé le projet de consolider une colonie dans rÉtat de Guatemala, d'exploiter tout le pays et de le féconder par des voies de communication ; mais il avait trop compté sur une santé déjà bien aiïaiblie par les veilles, les travaux de toute nature et les chagrins auxquels la mort de sa femme venait de mettre le comble. Quand arriva le moment du départ, il fallut le porter au vaisseau qui Tenleva pour toujours à sa patrie et à ses amis. De ce moment son existence uo fut plus qu'une longue agonie, mais ce courage indomptable qui Tavait animé ne devait s'éteindre qu'avec son dernier souffle de vie. Il expira le 14 mai 1843, à bord de la goélette de TEtat la Louise-Marie.
Ainsi mourut prématurément un ingénieur chez lequel on ne sait trop qu*admirer le plus, du talent, du dévouement ou du caractère. Le 28 août 1859, M. Ch. Rogier, ministre de Imtérieur, le même qui, vingt-cinq ans auparavant, avait signé le rapport au ro*! qui proposait de charger MM. Simons et de Ridder de la rédaction du projet du premier chemin de fer belge, signait un nouveau rapport au même sou verain pour lui soumettre un projet d'arrêté décidant que le buste de Pierre Simons serait exécuté aux frais de l'État et placé dans la principale station du chemui de fer à Bruxelles, sa ville natale. L'arrêté approuvé par le roi Léopold lui fait honneur sans doute ainsi qu'à M. Rogier, car il est beau, il est grand pour un gouverne* ment de se montrer reconnaissant des services rendus au pays. Disons toutefois que le buste de Simons n'eut-il pas été placé dans la gare de Bruxelles, que le chemin de fer belge dans son entier n'en eût pas înoins été un magnifique monument à la mémoire de celui qui en avait arrêté les bases, qui en avait posé le premier rail, et ajoutons que ceux qui, comme nous, ont blanchi au service des chemins de 1er, ne mettront jamais les pieds dans un v^agon belge sans que le souvenir de Pierre Simons, du savant, du bon^ de Texcellcnt Pierre Simons, ne se présente à leur esprit.
IKAITIi; KLEMEiNTAIRIi;