‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 10 sur 119 · EXPOSITION DES LIEUX · texte numérisé non relu

EXPOSITION DES LIEUX

Le sol, quant à sa position, se distingue en terrains bas et humides, secs et élevés ou montueux; plaines et surfaces sans inégalités très - sensibles ; terrains inégaux, présentant des vallées sèches ou humides, des monticules et des petites plaines ; bords de la mer ou contrées maritimes.

PREMIERE SECTION

Lieux bas et humides.

L’air des lieux bas et humides est peu agité , dense, nébuleux; la fertilité du sol vient de ce que la terre végétale des hauteurs y est entraînée par des alluvions. La température y est douce,

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molle et débilitante, parce que les élévations environnantes y mettent à l'abri des vents : que la chaleur des rayons solaires se trouve concentrée, et que les eaux, coulant à peine, sont croupissantes et bourbeuses. Mais l’art, donnant un libre cours aux eaux, changeant les stagnantes en courantes et desséchant les marais, diminue l'humidité de l’air dont il favorise le renouvellement, et rend les émanations putrides moins abondantes. D’ailleurs , des plantations bien entendues empêchent les miasmes de se répaüdre , les détruisent et absorbent l’humidité.

Cet état presque continuel de l’atmosphère donne aux habitans une constitution lymphatique qui produit un embonpoint factice, et les rend impropres à supporter de grandes fatigues; Beaucoup ont les articulations gonflées; ils sont lâches, paresseux, dormeurs, et n’ont point d’aptitude aux sciences.

Les lieux marécageux , dont la constitution atmosphérique et les saisons modifient 1 influence sans l’anéantir, vieillissent l’homme de bonne heure, le rendent stupide, détéi’iore son physique et son moral.

Les bords de la Somme, principalement dans lePonthieu, où il y a des marais vaseux et des tourbes, sont très-mal sains.

En parlant des lieux bas et humides , puis - je m’abstenir de m’occuper un instant de la nature de l'eau qui, dans les années où il y disette de

pommes , fait la principale boisson de la majeure partie des habitans de notre département.

L’eau est le grand dissolvant d’une infinité de corps solubles , tels que l’air atmosphérique , différens gaz et arômes, des substances acides, alcalines, calcaires, métalliques, des sels, des extraits de végétaux et d’animaux. L’air et le gaz acide carbonique la rendent salubre et lui donnent une saveur agréable quelle perd par l'ébullition.

La salubrité des eaux de rivières ou courantes dépend de la nature du terrain sur lequel elles fluent. Celles dont le lit est formé par du carbonate ou du sulfate calcaire, et qui ne reçoivent que les vents nord, nord-est, sont dures, crues; bouillent difficilement ; ne dissolvent pas le savon et le décomposent ; ne cuisent pas les légumes à gousses, tels que pois, haricots, lentilles. Elles sont insalubres de meme que celles qui séjournent sur la tourbe; donnent un dépôt calcaire par l'ébullition. Quoique diaphanes ou limpides , leur froideur, qui ralentit la digestion, doit les faire rejelter comme boisson. Elles nuisent à la végétation, et ne sont propres qu’à faire mouvoir des machines hydrauliques. De ce nombre est l’eau de la rivière de Selle, qui prend sa source audessus de Conty, à cinq lieues sud-ouest d’Amiens. Les truites et les écrevisses sont les êtres qui s’en accommodent lè mieux. Cependant il faut convenir que les eaux dures , lorsque l’exposition des lieux est favorable, n occasionnel! t pas le goitre

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et les écrouelles qu’on leur attribue, mais quelles allèrent l’émail des dents et les carient.

La meilleure eau est celle qui , légère à l’aréomètre , est claire , limpide , incolore , inodore , agréable au goût, dissout le savon, n’offrant pas de précipités par les réactifs, et dans laquelle les légumes cuisent parfaitement. L’eau pluviale est, sans contredit, la plus salubre, vu qu’elle est douce , claire et très-aérée. Celle qui nous vient ;par orage, chargée de substances délétères qui se sont élevées de la terre dans l’atmosphère, est moins pure que celle d’une pluie douce de longue durée*

Les eaux abritées des vents du nord et du midi , dont le lit est en grande partie sablonneux ou quartzeux, qui sont bien exposées au contact de l’air, à l’action des rayons solaires et dont le courant est rapide, approchent, quan,t à leurs bonnes qualités, des eaux de fontaines qui sourdent à travers le sable et les cailloux. Elles sont bien supérieures à celles qui reposent sur de la tourbe ou sur un sol vaseux, qui leur donnent un goût désagréable et les rendent pesantes, amères et malsaines.

Les eaux des marais et des étangs sont les plus insalubres, par rapport aux animaux et végétaux en putréfaction quelles renferment, ce qui les rend troubles et d’autant plus mal saines, qu’elles sont plus souvent exposées à faction des vents du midi; elles exhalent sans cesse de l’ammoniaque et du gaz hydrogène azoté, carboné, sulluré ,

principalement

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principalement lorsque le soleil darde ses vifs rayons. Dans la nécessité de s’en servir, afin de les rendre potables, on enlève les substances putréfiées; on les agite de toutes les manières pour vaporiser les gaz nuisibles, combiner les molécules aqueuses avec l’air atmosphérique, et précipiter les corps étrangers, en réunissant les parties ténues. On les purifie aussi en l°s faisant passer au travers de vaisseaux garnis de sable, de charbon de bois ou d’éponge; ou on jette, dans trois litres et demie d’eau, une once et demie de poudre de charbon de bois, et vingt gouttes d’acide Sulfurique ; ou on emploie l’ébullition avec uile petite * quantité de potasse ou de cendre de bois. Ces moyens, pour sanifier l’eau, sont bien supérieurs Æu vinaigre, au sucre, aux aromates, qui ne lui enlèvent pas ses mauvaises qualités provenant des molécules étrangères à sa composition, et qui ne font ([ue les masquer en substituant une saveur à une autre.

L'eau est utile à la jeunesse contre l’érétisme des vaisseaux; elle tempère la chaleur des humeurs et convient parfaitement aux bilieux. A l’état de ghi ■ ce , elle est tonique ; tiède , elle relâche les fibres ; chaude , elle purge et fait vomir; bouillante, elle crispe les tissus et les corrode.

DEUXIÈME SECTION

Lieux secs et élèves ou montueux.

Il existe dans ces lieux , lorsque la saison est sèche, une atmosphère très oxigénéc et électrique,

pure, sèche, froide, vive, agitée, raréfiée, qui influe sur le physique et le moral des habitaus doués d’un tempérament bilieux-sanguin , exercés aux travaux pénibles , exposés à des changemens brusques de température ; ils sont musculeux, robustes, industrieux, pleins de courage, et présentent chez nous la bonté, la franchise et le caractère belliqueux dont Jules-César gratifie les anciens Picards.

Dans l’été , la chaleur du jour est tempérée par la fraîcheur des nuits; la transpiration de la terre, et la présence des bois diminuant l’ardeur du soleil, rend l’air frais. Les terrains les plus nus sont les plus secs et les plus chauds dans le jour; et la nuit, l'impression du froid y est plus vive.

TROISIÈME SECTION

Plaines.

Les hommes ont, dans les plaines, des qualités moyennes entre ceux des terrains bas et des lieux élevés. Leur constitution est modifiée, tant, par la différence de la nature et de l’exposition du sol, que par les eaux qui l’arrosent.

Les plaines entrecoupées de rivières sont fertiles et riches en pâturages , en moissons et en plantations d’arbres fruitiers. Une santé florissante, une gaieté franche sont l’apanage de leurs paisibles liabitans, ordinairement d’un tempérament mucososanguin.

La salubrité de l’air des plaines diffère, généra-

lemcnt parlant, selon la sécheresse et l’humidité du sol ; les vents dominans , eu égard aux lieux d’où ils viennent ; le voisinage des hauteurs , des vallées, des rivières, des marais, des bords de la mer.

Le pain est généralement bon dans notre département : il se fait partout avec du bled pur ou mêlé d’un peu de seigle. Lia boisson la plus ordinaire est, pour les personnes dans l’aisance, le cidre, du coté de la Normandie , et la bière, du côté de l’Artois. Quelques mots sur ces deux boissons nutritives 11e peuvent paraître ici déplacés.

Le cidre est une liqueur fermentée fournie par les pommes et les poires, fruits qui contiennent moins d’acides tartareux que les raisins.

Toutes les espèces de cidres présentent comme principes conslituans, en plus ou moins grande quantité , du sucre , de l'alcool ou esprit de vin , du mucilage ou gomme , de l’extractif amer , une matière colorante, du gluten, beaucoup d’acide carbonique , de l’acide malique et quelques subs tances salines et terreuses.

Les cidres doux sont d’autant plus pesans, venteux et difficiles à digérer pour certains estomacs faibles, qu’ils sont plus voisins de l’époque de la fermentation tumultueuse, et par conséquent de l’état du moût : ils sont laxatifs et purgent comme la manne. Cependant , à mesure que la fermentation secondaire a détruit le mucilage sucré , celte

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boisson devient spiri tueuse , plus piquante , moins

agréable, et plus facile à digérer.

Les cidres moyens , plus légers que ceux obtenus par la seule expression des pommes, sont peu nourrissans , rafraîchissent et font couler les urines. Us conviennent aux bilieu.y et aux hypocondriaques.

Les cidres troubles , que l’on boit dans certains cantons, donnent des coliques, des maux d’estomac, des aigreurs, comme ceux passés à la fermentation acéteuse.

Les mauvais cidres, coupés avec le poiré, peuvent donner la goutte. Ceux auxquels on ajoute de l’ eau-de-vie aeacent les nerfs.

Ceux passés au brun ou vulgairement tués , perdent seulement de leur saveur agréable, de leurs qualités toniques et nutritives , mais ils ne nuisent pas à la santé.

1 .a bière est une liqueur fermentée obtenue de la décoction des graines céréales et particulière ment de l’orge, de la pamelle, de l’avoine. Sa qualité varie en raison des différentes proportions de sucre, de mucilage, (qui y est en plus grande quantité que dans le cidre ) , d’alcool , d’acides carbonique, acétique, malique, d’extractif amer et huileux , provenant surtout du houblon ou des amers qui entrent dans la composition de la bière.

Les bières fortes et généreuses, dans lesquelles tons les principes sont combinés, qui ont subi" une longue cuisson et une fermentation suffisante,

nous offrent une boisson d’autant plus précieuse quelle remplace, pour l’artisan, le vin (i) dont ses moyens ne lui permettent pas de faire un usage habituel.

Mais quelquefois la cupidité des brasseurs, ou la disette des graines céréales , la cherté du houblon, influent beaucoup sur la qualité de la bière qui, par défaut de cuisson et de fermentation, et par le trop peu de houblon, passe facilement à l’aigre et devient très-désagréable.

(i) Les vins sont des liquides d’une saveur agréable, chaude et un pen amère , d’une odeur aromatique et plus légers que l’eau. Plus ils sont vieux plus ils sont meilleurs. Leurs diverses qualités ou vertus viennent des proportions variées des principes que fournit, par la fermentation , le suc de raisin. Ces principes présentent de l’alcool en esprit de vin pur, des acides malique , tartareux, acétique, carbonique, (ce dernier existe quand ou arrête la fermentation vineuse) du tartrite acidulé de potasse, des matières mneoso-suerée, extractiye-colorante , plus ou moins amères, et en partie résineuses.

Ceux de Bourgogne , où les parties constituantes se trouvent dans de justes proportions, sont toniques.

Ceux de Roussillon, d 'Espagne, à' Italie, où l'alcool domine, sont stimulans et cordiaux.

Ceux de Borcleaua; , contenant beaucoup de tartre et de matière exti active-colorante, sont toniques et astringent.

Ceux de Champagne , à'Arbois , de Franche-Comté, oh dominent les acides, surtout le carbonique, sont diurétiques.

Ceux du Rhin, ne la Moselle, d Orléans avec excès d acides malique , acétique, servent à faire du vinaigre,

Les nouvelles bières produisent des gonflemens gazeux avec colique, l’ischurie , des blennoragies cl des retentions d’urine chez les personnes qui n’en font point un fréquent usage ou qui en boivent avec excès; ces accidens paroissent dépendre de la levure qui n’est pas encore précipitée.

L’éther sulfurique est le meilleur calmant dans l’ivresse de la bière.

QUATRIÈME SECTION

Terrains inégaux.

Ici les variations de température sont innombrables et subites ; aussi, que d’anomalies dans les constitutions individuelles, que d'inconstance et d’originalité dans les esprits! le régime, la nourriture et la boisson, impriment, dans certains cantons, un caractère particulier aux mœurs, aux habitudes, aux usages, a l’industrie de la population; ce qui prouve que les qualités physiques et morales des hommes sont dans une étroite dépendance des localités de tout ce qui peut y avoir rapport.

L’observateur pourra vérifier la vérité de ce que j’avance, s’il parcourt les cantons de Picquigny, de Doniart en Ponthieu, de Yillers-Boccage, de Moreuil, d’Ailly-sur-Noj'e , de Sains, de Molliens- Vidame, etc., dont les communes diffèrent presque toutes , quant aux sites.

Les eaux pluviales, qui doivent être regardées comme la source de nos boissons, en traversant

ccs sortes de terreins, y acquièrent, dans quelquesuns, de mauvaises qualités, comme potables, el des propriétés médicamenteuses, comme minérales. ( Voyez page 7 ).

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