‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 9 sur 119 · ÉTAT ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT ATMOSPHÉRIQUE

L’air est un fluide invisible, transparent ou diaphane, inodore et insipide aux animaux qui, s’y trouvant plongés dès leur naissance, n’ont aucun terme de comparaison pour reconnaître son odeur et sa saveur; extrêmement mobile; condensable par le froid, et raréfiable par la chaleur (i); perceptible aux sens seulement lorsqu'il est mis en mouvement; compressible et élastique (2); pesant (5); perméable à la lumière, aux sons, aux molécules odorantes; conducteur du calorique ou fluide de la chaleur et de l’électricité ; environnant notre globle, et pénétrant tous les corps poreux

(1) Ce que tait connaître le Thermomètre , instrument de physique, indicateur des divers degrés de la chaleur et du froid de l'atmosphère.

(2) Comme le prouve le fusil-à-vent.

(3) Ce que démontre le Baromètre, servant à mesurer les

variations du poids de l’air, et marquant les chaugemens de temps. *

PHYSIQUE. g

qui offrent des petits trous. Sa couleur propre paraît être le bleu d’azur qu’on apperçoit au ciel, lorsque le temps est beau. Sa composition chimique donne à l’analyse 78 parties d'azote, et 21 d’oxigène, fondues dans le calorique latent ou caché.

L’air ne se présente jamais ici dans cet état de pureté élémentaire : il contient presque toujours du gaze acide carbonique, de l’eau dissoute ou suspendue; et il est souvent altéré par beaucoup de principes étrangers; tels que des émanations de substances animales et végétales en putréfactions , etc.

L’air est surtout remarquable par sa température variable, ses météores et son action sur nos corps.

PREMIÈRE SECTION

Sa température variable.

Outre le calorique latent ou caché , l’air contient une quantité plus ou moins grande de calorique libre, qui est la source de sa température; les saisons, les intempéries, les diverses directions des vents, la nature et l’exposition du sol la font varier très-souvent.

N ^ u général , 1 air est , quant à sa température , froid , sec ou humide , chaud , sec ou humide. Sa chaleur dépend de la plus grande quantité de calonque libre. Sa sécheresse vient de 1 augmentation de la lacullé dissolvante de l'eau qui, quoi-

TOPOGRAPHIE qucii grande quantité , y est si bien combinée , quelle ne peut être annoncée par l’ hygromètre (i).

Dans notre climat, le thermomètre de Réaumur, dans les étés les plus chauds , ne s’élève guère audessus de 26 d j et dans les plus grands froids, ne descend le plus ordinairement qu’à i5J au-dessous de zéro de glace. Sa température irrégulière, généralement humide et froide, est relative au grand nombre de rivières et de ruisseaux qui le traversent en plusieurs sens.

Les intempéries de notre atmosphère viennent encore des vicissitudes des vents, dont nos monticules changent la direction ; du voisinage de la mer, et du grand nombre de marais d’où s’élèvent de fréquens brouillards.

Les contrées du centre, du sud, de l’est et du nord, sont un peu moins humides que celles de l’ouest, contiguës à la mer.

Les saisons , ou les quatre divisions de l’année , dépendent du rapport du soleil avec notre planète. Sous l’équateur et les tropiques , il n’y a que deux saisons , l'une sèche et l’autre humide , ou celle des pluies correspondantes au deuxième passage du soleil. Dans notre climat, elles sont très inégales, et n’ont pas le caractère tranché de diverses températures que l’on remarque dans les régions voisines des tropiques, où elles sont régulières.

(l) Instrument de physique, servant à marquer les degrés de sécheresse et d’humidité de l’air.

Nos Printemps sont fréquemment froids et humides dans le principe; ce n’est guère qu’en mai que nous commençons à jouir de quelques beaux jours. S’ils paraissent plutôt, l’hiver reprend son empire au détriment de la végétation.

La température des Etes est variable, la chaleur y est rarement excessive et de longue durée; les derniers jours de juin et les premiers de juillet sont assez souvent les plus chauds.

Les Automnes sont plus ordinairement froids et humides que chauds et secs : quelquefois cette saison est assez belle, si l’on en excepte quelques bourrasques, de courte durée, souvent mêlées de pluies ; son égalité est plus durable que celle du Printemps : vers la fin de celle saison la constitution de notre climat est pluvieuse, brumeuse, trèsventeuse ; les fortes gelées y sont peu fréquentes.

Les Hivers sont rarement secs : leur durée est de cinq a six mois, parce que la fin de l’automne et le commencement du Printemps , sont presque toujours froids. L humidité de nos hivers favorise une multiplication prodigieuse de mulots, qui dévorent les semences, et détruisent les espérances des cultivateurs.

Notre pays offre encore des variations dans l’état de température de chaque mois et de chaque jour ; les intempéries en modifient la constitution atmosphérique : le plus souvent,

Janvier est humide et froid ;

février offre des jours chauds ;

topographie

Mars, quelquefois des jours très-sereins 5

Avril, variable, jouissant peu de la douce influence du soleil ;

Mai, souvent froid et sec ■

Juin et Juillet, modérément chauds ;

-Août, chaud et sec, le plus souvent ;

Septembre , chaud et humide ordinairement;

Octobre est fréquemment humide et froid ;

Novembre et décembre sont presque toujours humides et froids , rarement secs.

Chez nous les transitions du froid au chaud dans le même jour, au printemps et en été, sont trèsfrequentes, et ces intempéries nous sont préjudiciables.

In temporibus quando eâdem die , modo calor, modo Jn gus , fit , aulumnciles morbos expectore opportet. Hipp.

DEUXIÈME SECTION

Ses météores.

On appelle météores ce qui s’observe dans l’atmosphère : ils se distinguent en aériens, aqueux , lumineux et ignés.

§ Ier Météores aériens ou vents.

Les vents sont des agitations plus ou moins grandes de l’air, produites par la chute de l’eau qu’il abandonne, la chaleur du soleil qui le raréfie ; par le fluide électrique qui s’échappe des nuages ou de la terre; par le mouveme^Ldes eaux de la

mer que détermine le cours du soleil et de la lune; par le changement de direction des vents, effet de la résistance des montagnes ou monticules, et des forêts ou bois; enfin par les vallées qui, en resserrant l’air, en augmentent la rapidité.

Lorsque l'air, environnant la terre, se meut et tourne avec elle, par un mouvement égal , un calme parfait existe : alors l’air jouit de tout son poids, et l’élévation du mercure, dans le baromètre, est au plus haut ; mais quand les couches d'air sont interrompues dans leur pesanteur par des vents horizontaux, le mercure descend plus ou moins.

Dans les climats tempérés , les vents sont libres ou variables ( aussi sont - ils regardés comme le symbole de l'inconstance ) ; ils ne suivent aucune règle pour la durée , la vitesse et la direction : on les distingue en cardinaux et en collatéraux.

Les cardinaux , ou ceux qui viennent des quatre points principaux de la sphère, sont : les vents nord, sud, est, ouest. Les collatéraux , ou ceux qui se trouvent chacun entre deux vents cardinaux, sont : les nord ouest , nord est , sud est, sud-ouest.

Dans les climats tempérés, les vents d'ouest régnent presqu aussi régulièrement que les vents alizés ou d’e.Sf dans la zone torride ; mais le voisinage de la mer rend chez nous dominans , ou très-fréquens, les vents d 'ouest, sud-ouest , nord ouest.

I orsque le nord est, au printemps, est de longue durée, il arrête la végétation et porte un grand dommage aux fruits. Le nord-ouest , dans cette

l4 TÔI*0 GRAPHIE,

saison , fait aussi beaucoup de tort, aux vergers et aux potagers. Le vent d 'est nous procure les plus beaux jours -, mais nous jouissons rarement de ses faveurs.

Les vents des équinoxes et des solstices sont ici des abrégés des moussons ou vents périodiques des régions voisines de l’équateur.

Les vents accidentels, tels que les ouragans, ne doivent pas être uniquement attribués à de simples ruptures d’équilibre dans les différentes parties de l’ atmosphère, puisqu’ils peuvent être l’effet des attractions et des répulsions qui se manifestent dans les grandes opérations chimiques de la nature.

Les vents établissent les dispositions générales de l’air, décident sa température, et rendent les différences des saisons plus ou moins sensibles. Leurs qualités habituelles, résultat de leur direction , sont liées à celles des lieux dont ils touchent la superficie.

§ IL Météores aqueux .

Les météores aqueux sont produits par l’eau, qui s’élève de la terre à l'état de vapeurs suspendues dans l’atmosphère.

L 'Ectu, proprement dite, est un liquide transparent, sans odeur, sans couleur, d’une saveur appréciée des buveurs d’eau, pesant, compressible, élastique, condensable et solidifiable par le froid , raréfiable par la chaleur, rarement pur, eu égard à sa faculté dissolvante.

Ce liquide est composé de i5 pai'ties d’hydrogène, et de 85 d’oxigène; ses molécules sont séparées par le calorique interposé et combiné avec une portion d'air atmosphérique. L’eau en vapeur contient o,Go de calorique interposé plus qué celle à l’état liquide.

La plus ou moins grande saturation d’eau par l’atmosphère, constitue ses divers étals de sécheresse et d’humidité qui présentent chez nous de grandes variations. Tant que l’eau atmosphérique n’excède pas la capacité que l’air a de s’ensaturer, elle n’est pas visible; mais, par le refroidissement de l’atmosphère, le contraire a lieu : les vapeurs se condensent, reprennent l’état liquide et restent suspendues en l’air sous forme de brouillard ou de nuage, ou se précipitent en pluie, serein, rosée, gelée blanche , givre, neige , grêle.

I.° Les Brouillards , opacité de la partie la plus basse de l’atmosphère, occasionnée par un refroidissement subit qui rend apparente l’eau que le calorique avoil combinée avec l’air, les brouillards sont très-fréquens dans les lieux bas et humides, marécageux le long des rivières et des étangs, et sur tout dans les saisons et les climats froids.

Les brouillards, mêlés d’exhalaisons fétides, sont irritans , nuisent aux fruits, aux grains, produisent la nielle et la rouille du blé , en facilitant le développement des œufs d’insectes que le grain renferme avant qu’on l’ensemence , et que la liqueur alcaline, dont les cultivateurs se servent, a la propriété de détruire.

2. ° Les Nuages sont des amas de molécules aqueuses rendues opaques par le froid ou l'impression des vents, suspendues et flottant dans une région supérieure de l’atmosphère , en raison de leur affinité pour l’air ambiant.

3. ° I,a Pluie se compose de particules de l’eau constituant les nuages ; condensées par le froid ou abandonnées par la raréfaction de l’air, ou rapprochées les unes des autres par des vents contraires , elles tombent sous forme de gouttes. La pluie est plus ou moins abondante, suivant la quantité des petites masses d’eau capables de vaincre la résistance que l’air oppose à leur chute.

Après une pluie qu’amène souvent le vent sud, l’air, devenu serein, se rafraîchit parce qu’une partie des molécules qui troubloient sa transparence, passant a l’état de gaz, lui enlève du calorique.

Les pluies d’orage sont des produits de l’eau, ou formée de toute pièce dans l’atmosphère par la réunion des gaz hydrogène et oxigène au moyen de l’étincelle électrique, ou déterminée par une commotion imprimée aux molécules aqueuses disséminées dans l’air, et qui, réunies spontanément, se précipitent vers la terre. Les masses d eau sont plus abondantes sous l’équateur et les tropiques , et la fréquence des pluies est plus soutenue dans les pays tempérés, ce qui est en raison directe de la force dissolvante de l’air.

La Bruine, ou pluie très-fine , çst une condensation

lion lente des particules aqueuses , qui ne sc réunissent et ne tombent que parce que 1 air qui les soutenait les abandonne en se dilatant.

La pluie influe sur la végétation et la germination, en raison de l’oxigène quelle tient en solution.

4.0 Le Serein et la Ilosée viennent à l'approche du soir et pendant la nuit, du refroidissement de l’atmosphère , qui abandonne alors une partie de l’eau quelle tenait en dissolution. Des physiciens pensent que l’état d’électricité négative des vapeurs aqueuses est la cause principale de leur ascension dans l’atmosphère, ou elles sont attirées par l'électricité positive de l’air, qui augmente en force à mesure qu’on s’élève davantage au-dessus de la terre. On doit donc considérer les vapeurs montantes comme électrisées en moins, et celles qui descendent par l’effet de leur condensation en gouttelettes, comme électrisées en plus. La quantité d’eau versée par la rosée, le serein, les brouillards , ne peut être appréciée : car les meil leurs hygromètres nous laissent beaucoup à desirer sur ce fait.

5.° La Gelée blanche est ( vers la fin de l’automne ) le serein et la rosée attachés aux plantes et condensés, eu petits glaçons, par la fraîcheur qu’occasionne l’évaporation terrestre pendant les nuits , et qu’augmente l’apparition du soleil sur notre horison.

G,0 La Neige est une congélation en flocons très-

légers , offrant peu de niasse et beaucoup de surface, des particules aqueuses des nuages, avant quelles aient eu le temps de se réunir en gouttes.

La neige ne contient pas des sels propres à féconder la terre; elle n’offre que de l’eau combinée avec l’oxigène. Elle agit sur la végétation en retenant par ses couches épaisses, quand elle est tombée en grande quantité, la chaleur intérieure du globe, qui, jointe à l’humidité, influe sur l’accroissement des végétaux ; de plus , son oxigène favorise la germination des semences.

7.0 Le Givre ou Frimas est une congélation du brouillard , adhérent aux corps qu’il rencontre , différente de la gelée blanche, en ce quelle n’a lieu que lorsque la température de l’air est a zéro de glace et au-dessous.

La neige et les frimas sont produits par le vent nord-ouest.

8.° La Grêle. Il est vraisemblable que la grêle qui , presque toujours , tombe dans les temps d’orage, est l’effet de la combinaison de l’oxigène (air vital ) et du gaz hydrogène ( air inflammable ) , d’une part, fourni par la décomposition de l’eau ; et de l’autre, dégagé en grande quantité, pendant les chaleurs, des matières animales et végétales, par la foudre et l’électricité des nuages. Cette eau, formée de toute pièce, se congèle par un vent froid qui la prive tout-à-coup de 60 d de calorique nécessaires à sa liquidité. Ce vent froid cir-

il Ÿ S I Q t È; 1Q

ouïe (tans l'interstice des nuages, et le noyau de glace, très-petit dans son origine, s’accroît des molécules qu'il rencontre dans sa chute. l a grosseur de la grêle est en raison de l'espace quelle a parcouru jusqu’à nous.

On ne voit que trop souvent nos cantons ravagés par ce funeste météore.

9.0 La Trombe est un nuage épais en forme de colonne Verticale, ou d’un cône dont la base est tournée vers le ciel. 11 en sort des torrcns d’eau , mêlés de grêle, accompagnés d'un vent impétueux qui déracine les arbres et renverse les édifices. On explique la trombe ascendante , et la trombe descendante de la mer, des étangs, des lacs, et vice versd , par l’opposition d’un nuage électrisé positivement avec la terre dans un état négatif.

§111. Météores lumineux.

Us sont formés par des particules d’un fluide très-subtil , dit lumière, émanant du soleil et des étoiles fixes, ou mis en mouvement par la rotation de ces astres. Le fluide lumineux se répand avec tant de vitesse, que le feu des armes se voit long - temps avant que le bruit de l explosion ne v enne frapper nos oreilles. C’est à la lumière unie au calorique qu’il appartient de vivifier la nature, qui lui doit aussi toute limmense variété de couleurs dont elle compose sa parure.

Ces météores sont :

i.° L’ arc-en-ciel , bande semi- circulaire , ornée des sept couleurs, provenant de la réfraction et de la réflexion des rayons lumineux sur les gouttes d’eau répandues dans l’air, ou sur un nuage léger formé de ces gouttes. Les couleurs les plus remarquables de l’ arc-en-ciel sont le rouge éclatant, le vert et le jaune qui, se mêlant par leurs limbes, en produisent de moyennes telles que le jaune orangé, le bleu, le pourpre ou indigo, et le violet. Nous voyons quelquefois cette zone briller dans les nuages quand nous avons le dos tourné vers le soleil ou vers la lune.

2.0 Les ceicles colorés ou couronnes , ou anneaux que l’on appereoit autour du soleil, de la lune, des autres planètes et des étoiles, sont dus aussi à la réfraction de la lumière par des gouttes d’eau , quand un léger brouillard se trouve vis-à-vis ces astres dans la partie supérieure de l’atmosphère.

5.° Les pharélies et parasélènes sont produites par la réfléxion des rayons solaires et de la lumière de la lune, au moyen de nuages épais qui deviennent en quelque sorte autant de miroirs. Ces images, effets des rayons réfléchis ou réfractés par des vapeurs condensés par le froid , ont souvent une queue très-longue et sont presque toujours environnées de couronnes. On ne les voit qu’en hiver dans les pays froids.

§ IV. Météores ignés.

Ce sont des phénomènes électriques , dont les causes génératrices sont encore un mystère. On ne connaît que les effets de ce fluide très-subtil et très -rapide, qui attire ou repousse les corps légers , lance des étincelles et des aigrettes lumineuses, enflamme les substances combustibles, et, par des commotions plus ou moins fortes, excite le système nerveux. L’ambre jaune, récemment frotté, paraissait, dans le principe, jouir lui seul de la vertu électrique. On la reconnut ensuite dans la tourmaline , le jayet et quelques pierres précieuses. Bientôt les physiciens, par l’observation et l’expérience, apprirent que toutes les substances naturelles partagent cette singulière propriété d’une manière inégale et différente.

Le verre, les résines, l’ambre, le soufre, le bois séché au four, les bitumes, la cire, la soie, la laine, le coton, l’air sec, les huiles, acquièrent la vertu électrique par le frottement ; on les nomme idio-électriques ou mauvais conducteurs.

Les métaux, tous les liquides , à l’exception de 1 huile, la fumée, la vapeur de l’eau bouillante , la neige, la glace, les sels métalliques s’ appèlent etnéle étriqués ou non électrisables par frottement , ou bons conducteurs, parce qu'ils se répandent d une manière sensible sur les corps environnant de la même espèce. L’air sec n’en est pas conducteur j il perd de sa propriété isolante par l’hu-

nudité. Dans un temps clair et serein ou de ge? lée, l’atmosphère est presque toujours a l’état d’électricité vitrée ou positive. Les météores aqueux sont presque toujours à l'état électrique résineujç ou négatif.

Les météores ignés se distinguent en ceux qui peuvent embraser, et en ceux qui n’ont que l’apparence des corps enflammés.

I. Parmi les météores ignés qui peuvent embraser, la foudre tient le premier rang : elle est le feu allumé et lancé dans le choc de deux nuages, dont l’un est électrisé en plus par communication de l’électricité que l’agitation des vents, contre la surface de la terre, en fait sortir, et l’autre dans un état naturel ou négatif. Au moment ou le fluide électrique s’élance avec rapidité du premier nuage sur le second, il jaillit une Iut mière brillante et éblouissante dite éclair. Lorsqu’un nuage orageux ou surchargé d’électricité passe sur un arbre ou un édifice qui sont dans un état négatif, la matière électrique, qui tend à se mettre en équilibre, part brusquement du nuage, et s’élance comme un trait de feu appelé alors foudre descendante. Elle se dit ascendante lorsque le fluide électrique abandonne la terre pour s’élever dans l’air : le bruit occasionné par ce phénomène électrique dans le sein des nuages, s’appelle tonnerre. Ses coups répétés paraissent être les résultats des échos formés par les divei’ses couches des nuages.

Les orages et le tonnerre sont liés à la propriété isolante et dissolvante de l’air, et suivent le cours des pluies dans les climats équatoriaux. Leur intensité et leur fréquence sont en raison inverse chez nous, puisqu'ils ont lieu au printemps et en été, et qu’il y en a peu en automne.

II, Les météores qui ont l’apparence de corps enflammés sont :

1. ° Les globes de Jeu. Leur couleur est ordinairement rouge; ils ont une queue très -longue, terminée en pointe , se dirigent du nord au sud , et se dissipent quelquefois avec une forte explosion.

2. ° Les étoiles tombantes , petits globes de feu ressemblant à des étoiles qui se précipitent vers la terre, dans les belles nuits d’été, en traçant un sillon lumineux, et dont le mouvement progressif est le plus souvent du nord au sud avec une vitesse qui n’excéde pas quelquefois celle d’une fusée d’artifice. Ce phénomène est attribué à l’air inflammable des régions supérieures, ou au fluide électrique rencontrant des vapeurs hydrogénées.

5.° Les feux follets : flammes bleuâtres que l’on voit voltiger dans l’air, surtout pendant les nuits d’été, et au commencement de l’automne, particulièrement dans les pays chauds, près des marais, des cimetières et autres lieux renfermant des matières animales ou végétales en putréfaction. Ces flammes sont l’effet du gaz hydrogène carbone , quelquefois sulfuré, allumé par l’éleclri-

cite, ou de 1 hydrogène phosphore qui a la pro-prieté de s allumer spontanément dans l’air. Celui qui parut sur la tête du jeune Servius Tullius , pendant qu’il dormait, fut cause de sa fortune et de son élévation.

Dans les nuits obscures d’été, il n’est pas rare de voir les oreilles des chevaux surmontées d’une aigrette assez vive, ce qui occasionne de grandes frayeurs aux gens de la campagne qui croient opiniâlrémenl , malgré les meilleures raisons, qu’il y a dans ce phénomène électrique quelque chose de surnaturel.

En parlant des météores qui ont l’apparence de corps enflammés , je ne puis passer sous silence une chose surprenante pour sa rareté. En juin dernier, la température étant très - sèche et chaude , au coucher du soleil , le sommet du clocher de la pension de St.-Acheul-lès-Amiens , situé sur un sol un peu élevé, a présenté plusieurs fois un nuage dont la lumière était si forte, que l’on a cru d’abord que le feu était dans le clocher 5 mais en approchant, ce phénomène n’a offert qu’une volée de moucherons, dont les ailes réfléchissaient les rayons solaires expirans.

4-° Le Jeu Saint- Eh ne , lueur, phénomène électrique qui voltige sur la surface de la mer, s'attache quelquefois aux vergues d’un navire , et paraît d’ordinaire après une tempête.

5.° L } auréole boréale. Ce phénomène lumineux, paraissant fréquemment en hiver, quelques heures

après le coucher du soleil , dans les régions polaires, rarement dans les zones tempérées, et jamais entre les tropiques, ressemble bien plus aux flammes irrégulières et tourbillonnantes d'un incendie qu’à la lumière égale, douce et tranquille de l'aurore. On remarque, quand le phénomène est dans sa plus grande magnificence, une espèce de couronne lumineuse qui se forme vers le zénith (point du ciel perpendiculaire à chaque point de la terre). La cause en est dans l’inflammation , au moyen d’une étincelle électrique, de gaz combustibles entraînés par la rotation du globe , et accumulés en grande quantité aux deux pôles, pendant l'été, lorsque les colonnes d’air de la zone torride s’élèvent verticalement au dessus du tropique où règne le soleil.

TROISIÈME SECTION

Action générale de Fuir sur les corps ,

L air est le plus puissant agent qne la nature emploie pour opérer quelques changemens dans notre économie. Aer maximus , in omnibus qaee. corpori accidunt , vitre et morborum dominus , ldip. 11 n agit pas sur nous seulement par sa sécheresse ( qui augmente 1 action de nos organes ) ou son humidité (qui diminue le ressort des solides et accroît les sécrétions des membranes muqueuses), mais encore par sa température, d’une manière sensible.

i.' L air sec et Jroid , lorsqu’il est excessif, coni-

promet singulièrement les fonctions vitales, en enlevant l’humidité et le calorique nécessaires à leur entretien. Modéré , il augmente le ton des organes de la locomotion , de la circulation, de la respiration et de la digestion, chez ceux d’une bonne constitution, et à qui l’aisance permet de se prémunir contre ses intempéries , par des vôlemens chauds.

2.0 L’air sec et chaud modéré, est le plus favorable à l’esprit; il stimule l’action contractile de nos organes sans fortifier les tissus ni augmenter leur énergie, accélère la circulation des humeurs et relâche les solides en épuisant l’excitabilité , ce qui le rend nuisible aux personnes chez lesquelles le système nerveux prédomine; à un très-haut dégré, il dessèche, par sa trop grande faculté dissolvante de l’eau. Un trop grand exercice augmente la transpiration et diminue beaucoup la sérosité du sang. Mais l’air sec, modérément chaud, est le plus agréable de tous, et le plus propre à la santé , parce qu'il soutient l’excitabilité des organes.

5.° L’ humide - chaud , vent sud-ouest dont la pesanteur et l’élasticité sont diminuées , affaiblit les propriétés vitales, en pénétrant sans peine par les orifices des vaisseaux absorbans, rend le corps lourd et incapable de penser, et, en augmentant la laxité de la fibre, il occasionne des morts subites.

4-° U humide -froid débilite, cause la stupidité ; relâche, s’oppose à la l’cxalation cutanée; occa-

sienne des congestions; produit des fluxions en excitant les membranes muqueuses, 11e diminue point 1 action des vaisseaux absorbans , et lacilite l'introduction des émanations morbifiques dont il est le véhicule.

Si l’air, quand à sa sécheresse, son humidité et sa température, mérité de fixer notre attention, il exige aussi nos réflexions sur les effets de la transition brusque d’un de ces étals a un autre , de ses grandes agitations, de ses décompositions et combinaisons chimiques, de sa stagnation, et de ses altérations par des corps inflammables ou des émanations putrides.

Le passage brusque du sec à 1 humide affaiblit et énerve les forces vitales; celui d’un air humide et doux, ou sec et froid, les active. Quand l’air est agité , ses impressions , eu égard à sa température, sont bien plus vives. Les vents, qui ne sont que de violens courans d’air, agissent sur nous d’une manière très -sensible. Celui du nord , longtemps continué, est le plus salubre par la sérénité qu’il procure, et la purification des émanations nuisibles des corps terrestres. Ce vent, lorsqu’il est sec , donne de la vigueur aux personnes fortes ; il est défavorable à celles d’une faible constitution. L 'est, quoiqu’ animant moins les ressorts de la vie que le nord, est ici très salubre, mais nuisible aux atslnnatiques. Le sud, soufflant des pays chauds, renferme un principe caché d’humidité, quj peluche les tissus organiques, et dispose aux

affections adynamiques. L’ ouest, très -humide, produit les affections calliarrales et celles du système lymphatique.

Les effets des décompositions et combinaisons chimiques des principes constitutifs de l”air, sont démontrés par sa salubrité au printemps et dans les beaux jours d’été. Dans ces bienfaisantes saisons, le principe vital, surabondant par l'influence solaire, agit merveilleusement chez tous les êtres Organiques.

Des substances inflammables , sulfureuses et électriques, transportées à une très - grande hauteur dans l’atmosphère, et concentrées par l’action des vents dans les nuages, il résulte des orages. Alors les vives commotions que produit leur explosion, rendent a l’atmosphère son élasticité, la purifient, font cesser l’état de stupeur qui engourdit nos fonctions, occasionnent souvent de graves açcidens dans les maladies aiguës dont elles exaspèrent les paroxismes, et donnent lieu quelquefois à des morts subites.

Piien n’est plus dangereux que l’air non renouvelé d’un lieu renfermant beaucoup d’individus réunis, surtout lorsqu’ils sont malades et qu’on y entretient continuellement des corps en ignition, répandant beaucoup de calorique,

J./ expérience ne nous prouve-t-elle pas journellement combien est nuisible l’air long - temps en stagnation, comme celui des puits, des celliers, des caves peu fréquentées, des lieux d aisance, des

citernes de savonneries ? Dans ces circonstances , son impression subite produit 1 asphyxie, effet de la circulation , de la respiration , de la locomotion et autres.

Les personnes délicates doivent éviter l'atmosphcre des grandes villes qui renferment tant de principes de nature si differente. Les alshmaliques et ceux attaqués de consomption en sont très- incommodés.

Mais pour bien apprécier les effets de 1 air , il faut connaître la situation des lieux, la position des hauteurs, celles des vallées sèches ou humides, celle des plaines, etc.

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