‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 101 sur 119 · DES ANTIDOTES OU CONTRE-POISONS · texte numérisé non relu

DES ANTIDOTES OU CONTRE-POISONS

On appelé antidotes toutes les substances qui ont la propriété d’anéantir ou de diminuer les effets des corps qui portent; plus ou moins énergiquement , de funestes atteintes à la vie , en raison de leur manière dêtre physiquement ou chimiquement.

Ce que je vais donner ici est l’extrait d’une ins-

I nie lion que j ai faite, il y a six ans, pour les officiers de sanlé, les jurés et les magistrats.

liéeédé par le docteur Orjila, honorablement distingué par de savans ouvrages qui lui ont mente, à juste titre, 1 estime des plus célèbres médecins, j ose , cependant, par l’obligation où nous sommes quelquefois de donner des avis ou de prononcer sur des empoisonnemens par l’arsenic, le vert-de gris et le sublimé corrosif qui sont des poisons du premier ordre, j’ose, dis -je, publier quelques fragmens d’un travail dont l'impression a été retardée par d’autres occupations qui, en grande partie , n’étaient point étrangères à l’intérêt public.

Des Poisons en général.

L’empoisonnement est un attentat à la vie de l’homme au moyen de substances , ou introduites dans l’estomac, ou absorbées par la peau ulcérée cl même saine, ou injectées par quelque orifice.

Toute mort précédée d’accidens contraires aux lois de l’organisme, doit donc donner lieu à la recherche de sa cause et de ses symptômes.

La nature des poisons varie : les uns détruisent les tissus, comme les caustiques ou corrosifs ou cathérétiques ; d’autres suspendent le cours des fluides en les coagulant ou en resserrant violemment les vaisseaux, tels que les astringens ; plusieurs s’opposent à l’influence du principe vital sans lé-

ou contre-poisons. 5a5

ser les üssus, comme les préparations de plomb ; enfin il en est qui engourdissent la sensibilité, tels que les narcotiques; ou qui suffoquent, tels que les gaz délétères.

Quand on est appelé auprès d’une personne soupçonnée d'être empoisonnée', il faut s’informer de quels alimens elle a fait usage a scs derniers repas; car les champignons, les substances glutineuses ( comme les têtes et pieds de veaux ) , les écrevisses, les huîtres, les escargots, les moules, les vins troubles avariés ou frelatés avec des baies de sureau, et d’autres substances, produisent quelquefois des accidens d’empoisonnement, d’après la constitution individuelle, lia dysenterie, le choléra morbus, la fièvre gastro-adynamique ou ataxique, des vers dans le tube intestinal, une congestion cérébrale , peuvent aussi occasionner des symptômes analogues.

Mais ces signes rationnels ne suffisent pas pour former la preuve complète d’un empoisonnement , puisque, comme on vient de le voir, les symptômes généraux ne sont fort souvent que des indices très-équivoques, et que des semi-preuves qui, sans d’autres circonstances, ne doivent point être admises. L’existence de la substance vénéneuse, et ses effets, en constituent seuls la preuve matérielle; car ce crime, étant obscur, prête plus qu’aucun auti'e à la calomnie contre laquelle on

ne salirait être trop sévère, parce qu'un assasinat juridique est incomparablement plus atroce que tout autre attentat a la vie de son semblable. Aussi, le législateur a-t-il pris soin de laisser à la sagesse du magistrat la faculté de scruter 1 intention et de rechercher X intérêt que peut avoir un prévenu pour commettre l’horrible crime d’empoisonnement j en effet, à combien d’erreurs fatales la justice ne serait- elle pas exposée, si la preuve morale ne venait à l’appui de la pi’cuve matérielle pour écarter toute espèce de doute sur l’existence du crime !

Je pourrais à ce sujet citer une tentative de quelques méchants pour perdre , par la plus odieuse calomnie, un médecin objet de leur haine implacable 5 mais puisqu’un acte authentique les a confondus et que , grâce à la trop généreuse indulgence de celui qu'ils voulaient immoler , ils ont eu le bonheur d’échapper au châtiment des hommes, laissons-les en proie aux remords, s’ils en sont susceptibles, ce qu’on doit bien leur souhaiter pour, qu’au moment suprême, ils se trouvent dignes de la miséricorde du souverain juce qu’ils ne méconnaîtront peut-être pas toujours.

11 est bon d’observer que les symptômes du même poison et ses effets sont relatifs à la quantité qui en a été prise, à l’âge, au sexe, à l’idiosyncrasie, à la force, à l'habitude, à la sensibilité, à la santé et a la ténacité de la vie de l’individu j que

le poison , dans un estomac plein , produit moins de ravages que quand cet organe est vide, et que son action peut varier suivant le véhicule dans lequel il a été pris.

Les rapports en justice , étant l'exposition médicale et raisonnée des recherches voulues et réclamées par la loi, doivent être faits avec la plus scrupuleuse attention. Leur protocole ou formule peut varier à l'infini , mais on doit toujours y comprendre :

i.° L’état apparent de l’empoisonné, ou de la matière soupçonnée vénéneuse, ou les ustensiles qui la contenaient ;

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