TABLEAU SYNOPTIQUE DU CHAPITRE SECOND
/ . , ( Simple
AnGIOTENIQUE I
ou /
Inflammatoire J
Ou influence de l'exposition des lieux ( sous la domination de l’état atmosphérique ) sur les maladies régnantes , d'où naissent les
Constitutions MÉDICALES distinguées en :
Gastrique
ou
Bilieuse
continue , vulg. synoquç.
( L’éphémère , ne durant que 24 à 36 heures, n’en est qu’une variété ).
Dans les lieux secs et élevés
A la fin de l’automne et au commencement du printemps, sous une température sèche et froide.
t Gastrique ou bilieuse .
Simple
continue
rémittente
intermittente
Muqueuse ou Pituiteuse Musculo-adynamique (1) , vulgairement Putride
Nervoso-ataxique (x) vulgairement
Maligne.
Dans les lieux secs et élevés, inégaux et dans les plaines.
Dans les lieux bas,
— humides ,
— marécageux ,
- Quand l’été et le commencement de l’au- / tomne sont secs et 'chauds, le vent soufflant t sud-est.
Au milieu et à la fin du printemps, et surtout en été , lorsque le vent sec et tempéré d'est exerce depuis long-temps son empire.
A la fin d’un été et au commencement d’un automne chauds et humides, quand les vents sud-ouest et ouest régnent.
Muqueuse
ou
Catarrheuse
( continue
Simple l rémittente
( intermittente
Musculo-adynamique ou Putride N erv os 0- ataxique ou Maligne
Dans les lieux bas ,
— humides,
— marécageux ,
— maritimes-
Toutes les fois que la température est douce , ou chaude et humide, et que les vents nord-ouest , ouest , sont dominons.
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MED-ICALE. 53
l’air, agissent singulièrement sur les individus. On sait aussi qu’il existe, clans chaque saison, des rapports sensibles entre la constitution de l’air et celle des maladies suivant la position des lieux : quoiqu’il en soit , nous convenons que les observations météorologiques les plus exactes n’ont pu jusqu'ici faire apprécier positivement les effets des qualités physiques de l’atmosphère sur les saisons et sur les maladies régnantes, modifiées et non changées, ou perverties par l’âge, le sexe, l’idiosyncrasie et le tempérament de chaque individu.
Dans les contrées où les saisons sont légitimes ou régulières, c’est à dire, non sujettes aux intempéries et aux variations subites de l’air, la constitution médicale est constante ; on y prédit avec plus de certitude le retour des épidémies • les maladies sporadiques y sont, le plus souvent, dues ou à des erreurs de régime, ou à des vices de constitution individuelle.
Mais chez nous il faut toujours être sur ses gardes, pour trouver quand une constitution médicale commence à décliner et à faire place à une autre, parce que notre climat n’a point de saisons régulières, et qu’il n’offre le plus ordinairement , chaque année, que deux constitutions atmosphériques, l’automnale et la printanière, l’estivale et l’hyémale s'y montrant rarement de longue durée.
Quoique nous ne puissions prédire la durée des constitutions médicales, dans le cours de l’année,, on connaît cependant d’une manière certaine l’or-
54 topographie
dre de leur succession el leur complication par
différentes causes.
11 conviendrait assurément d’étendre davantage nos observations sur un objet si important; mais les bornes que nous assignons à notre travail ne nous le permettant pas, nous allons, en suivant la marche établie dans le ier chapitre, à l’article de l’exposition des lieux, considérer rapidement l'influence des localités et de l'air ambiant, sur les constitutions médicales ou rapports qui existent entre les maladies régnantes et l étal atmosphérique.
§ IPr Lieux bas et humides.
Dans les lieux bas et humides , à la lin de l’automne, en hiver, au commencement du printemps, sous les vents froids el humides ( nord-ouest , ouest ) qui affaiblissent notre organisation, paraît la constitution catarrhale très nuisible aux vieillards,, aux petits enfans, aux personnes atteintes d’affections chroniques de la poitrine, de paralysie, d’hydropisie.
Le froid et l’humide ( le premier, en crispant par sa tonicité les orifices des vaisseaux exhalans, et le deuxième , en pénétrant les absorbaus ) occa-# sionnent à 1 intérieur des surcharges qui, par excitation, produisent les phlegmasiës (catarrhes ou fluxions ) muqueuses, cutanées, séreuses, musculaires, articulaires ; le scorbut, les ulcères atoniques; les scrophules et les engorgemens abdominaux
accompagnés fréquemment d'hydropisie. Les catarrhes attaquent principalement les sujets pléthoriques au-dessous de trente ans : la fausse-péripneumonie affecte par préférence les personnes grasses et replettes, après 1 âge de quarante ans, et souvent elle succède à la constitution bilieuse.
Le refroidissement et l'humidité de l’air sont en raison directe des surfaces des rivières, ou de la hauteur des monticules avoisinantes, disposées à absorber le calorique. Ils rendent les crises irrégulières. Celles-ci se font rarement dans celte circonstance par les sueurs, et le plus souvent les maladies se terminent par les crachats, les urines, les hémorrhagies passives.
Lne température douce, à la fin du printemps et au commencement de 1 automne ( les vents sud, sud-ouest soufflant), y détermine toutes les maladies par relâchement, et les affections du système hépatique et de la veine-porte. Les crises se font par l’organe cutané, comme en automne. Les miasmes des marais y produisent les fièvres muqueuses de différons types. Quand la température est élevée, les fièvres (i) rémittentes et intermittentes s’observent fréquemment dans les marais .et les lieux inondés. Si la chaleur est excessive, en été ( les vents sud, sud-est dominant ), la consli-
(i) La fièvre n’est pas une maladie . elle n’est qu’un sy mptôme d'une lésion organrque , comme je le prouverai ultérieurement.
50 T O P X) G n A P II I ï!
lution gastrique rémittente y devient putride ou maligne, avec éruption miliaire ou tâches pour* prées ; la suelle et la dysenterie s’y fout voir épidémiquement.
Sous cette température, les molécules aqueuses suspendues dans l’air, nuisent, non-seulement par l’humidité quelles lui impriment , mais encore par les émanations auxquelles elles servent de véhicule, et qui, portées au loin, propagent des principes morbifiques d’autant plus dangereux que la disposition individuelle en favorise le développement.
Dans les lieux marécageux de la vallée de la Somme, on a souvent lieu d’observer qu’une humidité excessive arrête, aussi bien qu’une grande sécheresse, les progrès de la putréfaction des substances animales et végétales qui peuvent y être accumulées. Les épidémies ne paroissent, le plus souvent, que lorsque les nappes d’eau sont beaucoup diminuées d’étendue.
Les lieux humides voisins des bois, ou des vallées ouvertes dont l'air n’est pas chargé de principes délétères, ne sont pas ordinairement nuisibles ; ils conviennent aux tempéramens secs , irritables, disposés à la phthisie pulmonaii’e, comme l’air des étables où l’azote domine.
Les habitans des pays humides doivent, pour en éviter les inconvéniens , recourir à un régime plus substantiel que celui des montagnards, se couvrir de laine, se donner beaucoup d’exercice, boire
MEDICALE. 5j
des liqueurs fermentées, ou de l'eau aromatisée avec des haies de genièvre.
Les lieux fangeux et marécageux, si funestes à la santé, ont de tous temps fixé l’attention des autorités. Aussi ont-elles souvent proposé des moyens d’assainissement; et parmi ces moyens, nul n’est préférable au dessèchement , ce que prouve évidemment , entre plusieurs faits, celui que je tiens de M. Déçu , du Ilamel.
Cet estimable chirurgien, par respect pour la mémoire de feu M. Lefort, qui était Maire et principal propriétaire du lien , se fait un devoir de publier les belles actions de cet homme bienfaisant si justement regretté. Parmi celles qui honorent le plus M. Lefort, se trouve le dessèchement des marais du Ilamel et de Bouzencourt, villages du canton de Corbie. Depuis que ce vrai philantrope, en vertu d’autorisation légale, est parvenu, par des saignées artistement faites, à donner un libre cours à des eaux croupissantes, les fièvres intermittentes stationnaires ont disparu, et la santé des habitans s'est sensiblement améliorée.
On ne saurait trop conseiller de sanificr les marais fangeux de la haute-Somme, depuis Sailly- Laurette jusqu au dessus de Péronne, puisque l’air y est vicié par des exhalaisons nuisibles , provenant d’eaux retenues en stagnation par des barrages formés, soit de bouzins ou entrelacemens d’une infinité de plantes à racines très - chevelues , soit par les voies de César, qui sont des amas de craie
formés pour faciliter les communications , soit par
des clayonnages qui. retiennent le poisson.
11 serait à désirer qu’on exécutât le projet conçu il y a dbuze ans, de dessécher les étangs, dont les plus infects cl les plus étendus sont ceux qui existent depuis Cappy- jusqu’à Ham. Mais il paraît que l’intérêt particulier, cet éternel ennemi du bien général , s’est opposé à celte sage mesure , et qu’il a prévalu sur l’avantage inappréciable de détruire ou du moins de diminuer des fièvres intermittentes souvent dangereuses, surtout quand il fait chaud, et des maladies lymphatiques devenues endémiques ou particulières à certains lieux.
Déplorons donc cet égoïsme opiniâtre qui résiste même à l'exemple donné depuis quelquetemps par plusieurs amis de l’humanité, qui, ayant établi des canaux de déversement dans la haule- Somme , sont parvenus, non-seulement à obtenir les avantages sanitaires ci-dessus indiqués, mais aussi à rendre à la culture, des terrains fangeux dont ils retirent actuellement un profit considérable, par le soin qu’ils ont eu dy faire des plantations de prompte venue et des prairies artificielles.
Mais 1 avouerai-je ? l’insouciance qui résulte de la légèreté de nos mœurs ne tient aucun compte des services que rendent clandestinement à 1 humanité ces vrais philosophes, qui trouvent la récompense de leurs nobles actions dans leur propre conscience.
En parlant d’assainissement, puis-je passer sous
MÉDICAI.E.
silence la dangereuse pratique du rouissage du chanvre dans les marres des communes où on le cultive? En effet, la fermentation putride qui résulte de la macération de cette plante dans une eau stagnante, occasionne souvent des fièvres pernicieuses ; mais le rouissage à l’eau courante n’a pas les mêmes inconvéniens , parce que les principes nuisibles se trouvent continuellement entraînés et disséminés : cependant il faut, empêcher que les hommes et les bestiaux ne fassent usage de cette eau.
Je crois devoir terminer ce paragraphe des lieux bas et humides par la topographie d’Amiens, cheflieu de notre département.
Cette capitale de la Picardie est située sur une ancienne chaussée romaine , allant de Soissons à Boulogne, dans une vallée agréable, fertile et ouverte de l’est à l’ouest ; à 28 lieues nord de Paris ; 1 4 sud-est d’Arras ; 7 sud de Doullens ; 1 o est d’Abbeville, 12 ouest de Péronne; 9 sud ouest de Montdidier, et 24 nord-est de Rouen.
Amiens est d’une antiquité très - reculée : O11 ignore même quels en furent les fondateurs. Avant Jules- César, celte ville s appelait cunbianum , du nom du peuple quelle commandait. Les empereurs Antonin le pieux et Marc-Aurèle, en la fortifiant, la rendirent une des places les plus considérables de la Gaule -Belgique j mais elle perdit ensuite de sa splendeur. Ce ne fut qu’après trois aggrandissemens successifs qu’elle parvint au point
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où elle sc trouve aujourd’hui, et quelle reçut à la longue des einbellissemens qui font oublier la laideur de quelques parties.
Sa position contribue à rendre sa teippérature froide et humide. Son sol est formé de terre végétale, de tourbe, d’argile et d’oxide de fer, dans la partie basse ; de sable , de cailloux et de beaucoup de craie dans la partie la plus élévée.
I/air d’Amiens, quoique souvent brumeux, dans sa partie basse, n’est pas mal sain, parce qu’il n’est contenu par aucune montagne. Sa partie haute est plus salubre j l’air y circule très - librement , dans des rues larges et bien percées, surtout depuis que les remparts, au sud-ouest, ont été aplanis et plantés d’arbres de rapide croissance. Ce point, jadis doutable par ses fortifications, présente actuellement un de nos plus beaux boulevards.
Parmi les bâtimens publics que la partie élevée de la ville possède, le plus digne de fixer l’attention des curieux est, sans contredit, la Cathédrale, chef d’œuvre unique d’architecture gothique, qui commande sans cesse l’admiration des’ amateurs des arts.
La Somme entre dans Amiens à l’orient, et se divise en cinq bras , dont quatre passent sous les ponts du Cange, de Baraban, des Célestins et de la Barettc; le cinquième se porte au dehors dans le fossé en avant et au pied de la citadelle. Les quatre premiers se distribuent, dans la partie basse et au nord, depuis le pont de la plaine jusqu’à la
MEDICALE. Ol
rue du bloc , en onze canaux d’une grande utilitépour les teinturiers, les tanneurs, les brasseurs et les meuniers. Tous ces canaux ( qui firent donner à cette ville, par Louis XI, le surnom de petite V enise ) se réunissent à l’ouest, passent sous le pont St. -Michel, et forment un port qui reçoit journellement de grands bâteaux nommés gribanes. Ces bâteaux nous apportent de Saint -Valéry les substances indigènes et exotiques propres à alimenter nos manufactures et nos fabriques qui font la richesse du pays.
En sortant de la ville à l’ouest, se voit une des plus belles promenades de France ( la Hauloie ) , qui attire les regards des étrangers -, mais son terrain tourbeux et marécageux, sous une température humide et froide, ne permet pas de jouir, aussi souvent quon le désirerait, de ce lieu si recherché par sa fraîcheur, lorsque l’atmosphère est embrasée des feux du soleil.
L’eau de nos canaux varie, quand à sa salubrité : la meilleure est celle qui contient en dissolution le moins de chaux carbonatée ou sulfatée , ou nitratée, provenant du sol qu’elle parcourt. L’eau qui contient beaucoup de ces sels est lourde, pesante, donne heu, à la longue, à des engorgemens lymphatiques. La plus mauvaise est celle des puits et des canaux de la partie la plus basse de la ville, où la tourbe se trouve presque à chaque pas.
De tout temps ou s’est occupé de la. salubrité de elle ville liés - importante par son commerce et son industrie, ce que prouvent :
topographie
i.° La fondation d'un Hôtel-Dieu en i ioo, appelé alors Hôpital Saint-Jean, construit sur la rivière du hocquet, et s’étendant jusqu’à la ci-devant église de Saint Firmin - le - Confesseur. Trop circonscrit et nuisible aux habitàns, en ce que toutes les immondices qui en sortaient gâtoient la qualité de 1 eau, souvent en stagnation, de la petite rivière y attenante , et causoient des maladies , cet hôpital fut transféré, en ia56, rue Saint-Leu, où il existe encore ;
2.0 L 'établissement d'un lieu de santé proche la ferme de la Magdeleine, bâti en i65i, pour y séquestrer des ladres et de prétendus pestiférés, et y réfugier ensuite des malades.
3.° Le Dessèchement des marais infects situés au nord-est de la ville, au moyen duquel ils furent métamorphosés ( ainsi qu’on l’a vu page 46) en un lieu utile et agréable; aussi, depuis lors, l'état sanitaire de celte populeuse cité s’est-il singulièrement amélioré.
4-° La construction d'un Château - d’Eau qui fournit, dans les quartiers les plus élevés, de 1 eau amenée par un long aqueduc , de la fontaine dite des Frères, sourdant dxin terrain sablonneux dans le fossé sud-ouest de la ville, et qui est alimentée par la rivière de Selle, ainsi que l’a démontré un barrage fait il y a quelques années à cette rivière qui coule à 400 pas de là ;
5.° L’ abolition , en 1791, du Cimetière St. -Denis qui , dans l’intérieur de la ville , servait à onze
paroisses. Cette sage mesure fut complétée en 1817 par la fermeture des cimetières encombrés qui, sur différens points , étaient trop voisins de la ville; et ils furent remplacés par le vaste cimetière de la Madeleine, agréablement situé au nord ouest cl à une distance <pii ne permet plus la moindre inquiétude. Ce complément, auquel s’opposait un ancien préjugé , ne pouvoit manquer d’exciter l’attention de M. le Vicomte Blin de Bourdon, alors Maire d’Amiens, qui n échappe aucune occasion d’être utile à ses semblables, cl dont le souvenir sera toujours cher aux malheureux ; récompense bien douce et surtout digne du Magistrat qui, dans i année la plus calamiteuse que l'on ait vue, consacra, pour les secourir, tous ses momens et une partie de sa fortune. La modestie de cet homme de bien, qui ne» pouvait être mieux remplacé que par le respectable M. Dargent , chevalier de la Légion d’honneur, souffrira sans doute de ce faible tribut d’éloges ; mais je trouverai mon excuse dans les registres du conseil municipal qui, mieux que moi, s’est rendu l’organe de l’opinion publique pour lui payer le même tribut ; ■>
6.° La création, en 1804, d! un Comité central de Vaccine pour accélérer la propagation de cette inappréciable découvertc.^Qu il me soit permis de rappeler a ce sujet quelques circonstances qui me sont, en partie, personnelles, et que je tairais si elles n’avaient eu pour objet le bien public, et si j'y avois seul concouru.
04 T O r O G R A 1’ II I E.
D'abord comme membre, et ensuite comme secrétaire de ce comité , j'eus la satisfaction d’être un de ceux qui contribuèrent le plus à répandre dans nos murs la vaccine. Par des expériences répétées , nous lûmes les premiers .à en procurer le bienfait. Quoicjuc des inoculateurs critiquassent clandestinement nos succès, et malgré les préjugés qu ils cherchaient à entretenir en faveur de leur lucrative pratique, nous parvînmes à faire à celle que nous voulions lui substituer beaucoup de prosélytes. INous prêchions d’exemple en soumettant à la vaccination nos enfans et ceux des personnes à qui nous tenions par les liens du sang.
Sortie de notre capitale, les campagnes ressentirent bientôt les heureux résultats de la vaccination, étant alors puissamment secondés par des ecclésiastiques respectables et de riches propriétaires pour qui la charité est un besoin.
Loin de m’appliquer l'un de ces vers d’un des plus illustres poètes de l'antiquité : Sic vos non vo~ bis mellificatis opes , je me réjouis bien sincèrement que l'on ait récompensé ceux qui , par l’effet d’une excitation qui ne m’est point étrangère, n’ont pas laissé éteindre, en 181G, le feu saeré de la vaccine que nous avions allumé.
7.0 Enfin, la J'ondntion*, aussi en 1804, des cours de médecine, à l’ilôtcl Dieu d’Amiens, pour l’instruction des jeunes gens qui se destinent à la profession d’officiers de santé. J’ose me flatter d’avoir contribué à la confection du réglement de celte
école
école où j’ai professé successivement l’Anatomie, la Physiologie , la matière médicale et l’Hygiène.
Je sens combien il est pénible et difficile de parler de soi-même; mais des circonstances impérieuses me forcent à ces disgressions , sans lesquelles beaucoup de personnes ignoreraient les titres que je crois avoir à la bienveillance que la plupart de mes concitoyens me témoignent. Combien il m’est précieux de compter parmi eux les personnes les plus distinguées de la ville et du département ; particulièrement MM. les Officiers de la garde nationale qui m’en ont donné des marques bien flatteuses et capables, sinon de me déJ dommager , du moins de rue consoler des peines cruelles, non méritées, qui m'ont été suscitées par quelques ennemis implacables dont la conscience, que je veux bien leur supposer, me vengera tôt ou tard, mieux que je ne pourrais le faire, si je m’abaissais ii récriminer.
Maintenant que j’ai satisfait h ce besoin, ou plutôt a ce devoir qu’il m’était si doux de remplir, je reviens a mon sujet.
Les vents les plus domînans à Amiens sont ceux d ouest, sud-ouest, nord-ouest; ils y entretiennent presque habituellement, surtout dans lapartie basse, la constitution catharrale , qui éprouve cependant des modifications par les vents nord, nord est, est, qui n’y soufflent que passagèrement en automne , en hiver et au printemps.
Les Amiénois sont d’une constitution générale-
nient forte, d’un tempérament le plus ordinairement bilioso- nerveux, rarement sanguin dans la jeunesse, et pituiteux dans un âge avancé. Ils sont doués d’un caractère vif et ardent; mais leur emportement est de courte durée. Ce léger défaut est balancé bien avantageusement, par une franchise et une loyauté qu’aucune province n’a pu jusqu’ici disputer à l’ancienne Picardie.
Les mœurs y sont, comme presque par -tout, moins simples et par conséquent moins pures qu’il y a trente ans.
Les principales époques de la vie, telles que les naissances, les mariages et les décès, n’offrent point, dans notre ville, de circonstances dignes d'attention. Les usages sont à peu près les mêmes que ceux des grandes villes voisines.
On parle français avec assez de pureté parmi les gens bien élevés ; ils n’ont point d’accent particulier, si ce n’est une prononciation très- brève. Le langage du peuple est fort lourd. Le patois picard est le vieux français plein de mots d’origine celtique ou latine : il offre quelques variations d’un canton à l’autre.
Nos habillemens diffèrent peu de ceux des parisiens. Les fréquentes vicissitudes de l’atmosphère devraient rendre chez nous presque continuel l’usage du drap. L’habit des ouvriers est ordinairement en ratine pour l’hiver, et d’une toile moitié coton et moitié fil pour l’été. La toilette des femmes est très-recherchée. Le goût des nouveautés
domine beaucoup ici. Les mousselines, les linons, les batistes, composent en grande partie leur habillement. Cependant, c’est dans ce pays que l’extrême variabilité du climat aurait du proscrire ces modes si funestes à la santé. Malgré le grand nombre de victimes quelles font depuis quelques années, peu se corrigent, et il sera généralement dif* ficile d’obtenir que le beau sexe abandonne les étoffes légères et leur substitue, en hiver, nos cscots ou mérinos , capables de rivaliser de réputation avec nos superbes casimirs.
Si la légèreté des vêtemens porte de funestes atteintes à la santé, les corsets balainés et busqués, destinés à procurer des tailles élégantes à nos jeunes personnes , ont aussi quelquefois de graves in* convéniens. En effet, peut on, sans danger, comprimer et gêner les organes de la respiration, de la circulation et celles des viscères du bas ventre ?
La déviation de la colonne vertébrale, les hémopthysies et, par suite, la phtisie pulmonaire, les digestions pénibles, les obstructions, les pâles couleurs qui sont souvent le résultat de ce ridicule ajustement, devraient rendre les mères moins irréfléchies, et plus dociles aux sévères leçons de l’expérience.
Amiens et sa banlieue offrent 40,000 habitans, dont 1 5,ooo sont occupés dans les fabriques de coton et de laine, les ateliers de teinture, les blanchisseries, etc.
Cette ville est l’entrepôt de toutes les manufac-
turcs du département. Le canal d’ Angouléme y augmentera indubitablement celui des denrées coloniales, que nos négocians transmettent depuis long -temps à beaucoup de cantons du département de l’Aisne.
La température froide et humide, presque habituelle, de la partie basse de notre ville, y fait régner le plus fréquemment, comme dans les lieux bas, des fièvres pituiteuses ou bilieuses continues, rémittentes et intermittentes , souvent compliquées d’adynamie et d’ataxie ; des phlegmasies muqueuses ou affections catarrhales; des érysipèles cath arreux, surtout lorsque les canaux n’ont point été curés, ou que dans les temps de sécheresse, l’eau y coule en petite quantité et avec peine. Les phlegmasies essentielles, ou vraies inflammations, sont rares, même dans la partie haute de cette ville.
J’ai toujours remarqué que la saignée et l’abus des purgatifs violens produisaient chez presque toutes les personnes attaquées de phlegmasie muqueuse ou bilieuse, des symptômes d’adynamie, quand les malades sont d’une forte constitution ; et des symptômes nerveux lorsqu’ils sont faibles, ou dans un état de pauvreté qui ne leur permet pas de se défendre contre les intempéries de l’air, et de se procurer des alimens de bonne nature. Les affections comateuses, l'apoplexie, la paralysie, sont plus souvent séreuses que sanguines. La répercussion de la transpiration produit le rhumalis-
médicale. 69
me et la goutte aigus, qui attaquent particulièrement les personnes vivant dans 1 aisance.
Les pluies abondantes, la cherté et la mauvaise qualité des vivres y ont développé la construction catarrhale qui, stationnaire depuis près de trois ans ( jusqu’à la fin de mai 1818 ), a nuancé toutes les maladies intercurrentes ou sporadiques , et a produit un grand nombre de fièvres mucoso ou bilioso-vermineuses plus ataxiques ou nerveuses qu adynamiques ou putrides.
Les maladies chroniques qui se remarquent le plus ordinairement dans les quartiers humides , sont : les obstructions du pylore, des glandes du mésentère ( qui reconnaissent souvent pour cause l’excès de l’eau-de-vie chez les ouvriers ); les hernies ; l'astlnne humide ; les phlegmasies cutanées , effet de la mal-propreté 3 le sécrouelles; le scorbut; l’hypocondrie; la goutte et les rhumatismes irréguliers; les fièvres intermittentes anomales. Le goitre ( tumeur développée entre la peau et la trachée-artère sur la partie antérieure du cou, par le gonflement de la glande thyroïde ) le goitre est très rare chez nous. On pourrait douter s’il est l’effet de 1 habitation dans un lieu bas et humide, puisque celte maladie ne s’y rencontre pas toujours.
On ne peut facilement croire qu’il ait existé à Amiens, dans les temps reculés, autant de maladies pestilentielles que Lamorlière et le Père Daire, qui ont écrit l’histoire de notre ville, le prétendent. Ces épidémies n’étaient point la peste proprement
dite, c’étaient probablement des typhus contagieux occasionnés par des guerres très-fréquentes alors. L’insalubrité de la ville , dont la majeure partie n’était point pavée, la mal propreté des maisons, enterrées au rez -de - chaussée^ l’insouciance des magistrats et des médecins, ont rendu comme stationnaires et très-dévastatrices des fièvres njuqueuses ou gastriques qui , avec des symptômes d’anynamie ou d’ataxie, produisirent justement beaucoup d’effroi. Mais depuis qu’ A miens est pavé en entier, que l’on surveille le nétqiement des rues, que les canaux qui arrosent la partie basse sont soigneusement curés, les exhalaisons de celte ville populeuse sont moins nuisibles a la santé. On n’y a pas vu depuis long temps d’épidémies désastreuses ; d’ailleurs, dans les grandes villes, le mouvement continuel des habitans, celui des voitures, le feu des maisons ne permettant pas la stagnation de l'air , sont une des principales causes de salubrité.
§ II. Lieux secs et élevés.
Dans les lieux secs et élevés, la fin de 1 automne et l’hiver, sous la domination du vent nord, qui donne du ton à la fibre , y développent la prédominance des phlegmasies du système artériel, ce qui donne naissance à la constitution médicale inflammatoire ou angioténique. De là, hémorrhagies actives nasale et pulmonaire , pleurésie , péripneumonie, esquinancie, toux sèche, fièvre inflammatoire, rhumatisme aigu. La faculté tonique de
MED rCALE. 7 I
l’air fait cesser les épidémies , les dysenteries et les fièvres intermittentes.
Le vent d'est sec, tempéré et salubre y procure de très beaux jours et occasionne , par sa trop longue durée , au mois d’aoul , la constitution gastrique ou bilieuse ( irritations vives ou plilegmasies assez intenses des membranes muqueuses du tube intestinal et do tout le système biliaire ) ; alors accidens plus ou moins graves, affections biliaires très intenses, comme j’ai eu occasion de l'observer à la pension de Monldidicr, h la fin du printemps de 1809, l’atmosphère étant restée sèche et chaude pendant six semaines.
Le vent d’est nuit aux asthmatiques, aux pulmoniques et à tous ceux d’un tempérament bilieux chez qui prédomine le système biliaire ; il produit des maladies de peau dépendantes des altérations du système digestif, et l’ophlhalmie.
Ces lieux, au printemps et dans les beaux jours de lélé, lorsque l’atmosphère est surchargée du principe vital qu’y répandent, avec profusion, les végétaux pendant le séjour prolongé du soleil sur 1 horison • ces lieux, dis-je, sont utiles aux individus d un tempéramment lymphatique, par conséquent aux ecrouelleux. En été et au commencement de 1 automne, sous l’empire des vents sud, sud-ouest , qui sont chauds et humides, on y voit des fièvres bilieuses quelquefois putrides, compliquées d esquinancie , d éruption miliaire ou pour-prée, de vers, d’hémorrhagies; la diarrhée bilieuse
avec éruptions, la fièvre lente nerveuse ; la fièvre intermittente tierce; l’entérite; la dysenterie; la scarlatine; la petite vérole.
Un printemps sec et froid , après un hiver froid et sec, y produit les maladies inflammatoires de poitrine , en proportion du vent nord-est qui souffle ordinairement dans cette saison ; des hémorrhagies actives; des affections cutanées, telles que érysipèle à la face, dartres aux oreilles, furoncles. Les crises sont fréquentes, la marche des maladies est vive , et la convalescence courte. Les constitua lions inflammatoires et leurs complications composent toutes les maladies du printemps.
L’été sec et chaud ( vent sud-est ) stimule nos organes par la réunion du calorique et de la lumière solaire et exaspère la prédominance biliaire; de là des érysipèles bilieux, des coliques bilieuses, des fièvres gastriques simples ou bilieuses , ensuite les fièvres gastriques angioléniques vulgairement fièvres ardentes, accompagnées de symptômes d’adynamie et d’éruption miliaire , de lâches pourprées par l’effet des saignées et des médicamens ü’op échauffans.
La constitution bilieuse commence ordinairement en juillet ou en août. Dans les pays élevés, on la voit quelquefois durer depuis ce temps jusqu’au second hiver sans que le froid du premier y ait apporté des changcmens sensibles. Outre les fièvres gastriques continues, cette constitution produit des lièvres rémittentes et des intermittentes
d'automne qui sont souvent des terminaisons de continues.
Vers le mois d’octobre et le commencement de novembre, la constitution bilieuse, par son intensité, produit des gouttes vagues, des hémorrhoïdes , la mélancolie , 1 hypocondrie , la suppression des règles , les dartres et les autres éruptions cutanées, l’hystérie, la fausse péripneumonie selon les constitutions individuelles.
Si le commencement de l’automne jouit d’une température sèche et chaude; choléra-inorbus en proportion de la chaleur des mois précédons, lièvre bilieuse souvent adynamique et épidémique. Dans cette saison, nos organes étant faiblement stimulés par le calorique et la lumière, leurs fonc> tions s’énervent. Par un temps humide et doux, on voit fièvres muqueuses-vermineuses-adynamiques, la dysenterie, des lièvres pernicieuses. Lorsque l’atmosphère est humide et froide , les maladies out une marche irrégulière; elles offrent des complications souvent fâcheuses, les convalescences sont longues et pénibles : et si la constitution bilieuse persiste, les lièvres continues ne se jugent point par des sueurs et se compliquent facilement d’aphtes.
Concluons que les lieux secs-élévés, bien aérés et exposés le plus possible à faction solaire, influent le plus avantageusement sur notre organisme, excitent son action, parce que la lumière, jointe il la chaleur, corrige , comme tonique ou sli-
roulant, le relâchement causé surtout par une at-
mospère humide et très-chaude.
En parlant de la constitution médicale des pays hauts, je ne puis mieux faire que de citer pour exemple la ville de Montdidier.
Ce chef- lieu d’arrondissement est bâti sur une montagne calcaire à neuf lieues sud est d’Amiens. L’air y est sec cl salubre ; il n’est pas altéré par les émanations des prairies voisines qu’arrose , au sudest, la rivière du Don. Les habit ans, d’une cons* tilution furie, d’un tempérament musculeux- sanguin , n’ont pas l’embonpoint ni la paresse des habitans des vallées ; ils sont industrieux et vifs; leurs têtes se montent facilement; leur bon cœur ne peut toujours maintenir la fougue de leur emportement. Leur principal commerce est en grains, bonneterie, et en étoffes laites au métier.
Les maladies régnantes dans la ville, les faubourgs et les villages voisins , sont pour la plupart aiguës ; les chroniques s’y voient bien moins souvent.
Lorsque le printemps est sec, sous la domination des vents du nord , et qu’il a été précédé d un hiver froid et sec, il y règne des pleurésies, des péripueumonies aiguës. C’est alors que la saignée est avantageuse : en diminuant la masse du sang et
en modérant l’exaltation des propriétés vitales du système sanguin, elle modère les oppressions et empêche ordinairement des congestions presque toujours funestes, puisqu'il est rare de voir la na-
tare détermiüer une expectoration réellement critique.
Un printemps chaud et humide produit, h Montdidier, des pleurésies et péripneumonies hausses ; dans ce cas, un médecin, un peu exercé, ne se laisse point abuser par une apparence de symptômes inflammatoires. Un pouls mou , la langue couverte d’un enduit jaunâtre , l’état de faiblesse du malade, lui indiquent l’emploi de 1 émétique ou d’un éméto - cathartique qui, diminuant l’anxiété, facilitant les mouvemens critiques, font en peu de temps, cl presque toujours, cesser les accidens. La saignée, si avantageuse dans les vraies phlegmasies, devient ici nuisible, parce quelle amène bientôt à sa suite les symptômes d’adynamie.
Lorsque l’été est pluvieux, que les vents dominans soufflent du. sud, et que celte saison succède à un printemps humide , la maladie régnante est la fièvre muqueuse, ou bilieuse - adynamique , compliquée quelquefois d'ataxie. Le neuvième jour, des évacuations bilieuses ont souvent lieu lorsque le ventre n’est pas météorisé. Les hémorrhagies nasales sont de bon augure ; celles des intestins sont presque toujours mortelles. S’il doit paraître une éruption pourprée ou miliaire, elle se déclare du treizième au quinzième jour. ( Le pourpre trèsfoncé annonce une mort prochaine. Le millet, ac compagne d’une sueur excessive , termine bientôt les jours du malade ). A cette époque, il sort aussi quelquefois des vers par haut et par bas; il y a
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même des sujets qui en rendent depuis le commencement de la maladie jusqu’à la lin. Il peut survenir des parotides avantageuses dans le cas d’abcession. La surdité, surtout Vers la fin, est d’un bon présage. La saignée, les purgatifs violens aggravent les symptômes d’adynamie et d’ataxie, et donnent la mort avant le quatorzième ou vingtunième jour, durée la plus ordinaire de cette maladie.
Si l’été est sec et chaud , la constitution bilieuse existe avec intensité , et la fièvre bilieuse angiolénique ne tarde pas à paraître.
Dans les automnes qui succèdent à un été trèschaud et sec, il règne, à Montdidier et dans ses environs, le choléra - morbus et la fièvre bilieuse dysentérique.
Les hivei’s secs et froids , sous la domination des vents nord, nord-est., développent la constutition inflammatoire qui porte son cachet sur toutes les maladies intercurrentes ou sporadiques, et nécessite souvent la saignée chez les jeunes gens vigoureux; car, n’oublions pas que la force des maladies est relative à l’âge, au sexe, au tempérament et à la constitution de l’individu, à la température et aux localités , et qu’une médecine empirique , une routine aveugle, sont très -dangereuses pour l’espèce humaine.
Les maladies chroniques de Montdidier sont les affections du foie , les rhumatismes goutteux , les engorgemens lymphatiques , et le goître chez les
personnes du sexe. Elles sont, heureusement, trèsrares et toujours produites par l’eau des puits, seule boisson des indigens. Cette eau tient en dissolution beaucoup de carbonate , sulfate et nitrate de chaux. Les catarrhes , les rhumatismes ne s y développent que par les changemeus brusques de la température, qui attaquent le plus souvent les personnes mal- vêtues et habitant des caves, lieux toujours humides et où l’air se renouvelle difficilement.
J’ai remarqué que, dans les pays élevés, les obstructions du pylore provenaient souvent de l’abus de l’eau-de-vie.
§111. Plaines.
Dans les Plaines, chez les individus jouissant d’une certaine aisance et doués d’un tempérament sanguin, les affections inflammatoires des membranes muqueuses et séreuses sont fréquentes en hiver, ainsi que les rhumatismes aigus et la goutte, lorsque les vents soufflent du nord.
Au printemps, le vent d'ouest, humide et froid, nuit beaucoup aux arbres fruitiers et aux légumes;, en refoulant la transpiration, relâchant la fibre et condensant les pores de la peau , il produit les affections catarrheuses. Si le nord-est, sec et moins froid que le nord , souffle dans cette saison, il arrête non-seulement la végétation , mais encore détruit en un instant les belles espérances de nos vergers : ce vent, qui favorise la constitution inflam-
matoire, est nuisible aux phthisiques. La constitution inflammatoire règne dans les plaines sèches, comme dans les lieux montueux sous un ciel serein, le mercure du baromètre étant au-dessus de 28°, et les vents nord, nord-est dominans ;ellc attaque, dans noti’e climat , depuis la mi-décembre jusqu’en juin , les sujets jeunes et forts et d’un tempérament sanguin. Chez ceux d'un tempérament lymphatique et dans les lieux un peu humides, la constitution médicale tient le milieu entre l’inflammatoire et la catarrheuse.
Au commencement du printemps et à la fin de l’automne, les vents sud, contrastant pendant quelques jours avec ceux du nord, donnent naissance à des péripneumonies bilieuses souvent putrides, à la dysenterie, à des catarrhes pulmonaires, aux érysipèles, dans les lieux avoisinant les vallées humides.
Les plaines les plus remarquables de notre département sont celles du Sanlerre et du Vimeux.
Celles du Sanlerre, quoiqu élevées, sont humides, parce que 1 argile, constituant la majeure partie du sol, retient, presqu à la surface, les eaux pluviales; aussi les puits sont-ils peu profonds. Dans les temps pluvieux, ces plaines, en apparence salubres , présentent les maladies des pays bas et humides.
La plupart des communes du canton dOisemont (centre de l'ancien Vimeux) sont situées dans une plaine, la plus haute de la basse- Picardie, et re-
marquable par sa fertilité et sa salubrité. On y voit beaucoup de vieillards. Dans les villages trop boisés et dont les rues sont étroites, une humidité presque habituelle développe la constitution pituiteuse qui, dans les chaleurs de l’été, modifie les affections bilieuses. En effet, on voit dans les temps humides, comme à la Neuville-au-Bois, à Forceville, communes du même canton, des fievres intermittentes qui n’existent que très-rarement dans celles où l’air a une libre circulation.
§ IV. Lieux inégaux.
Les lieux inégaux , suivant leur position, à l’abri de tel ou tel vent, offrent de grandes différences, quant à la température et aux maladies régnantes. Nous ne saurions trop répéter que la salubrité d’un pays résulte de tout ce qui contribue à modifier l’air qu’on y respire : ainsi, la situation d'un lieu, la nature du sol, les vents, les bois, les marais , les eaux superficielles et souterraines y influent considérablement. Les eaux stagnantes (provenant du débordement des rivières, occasionné par la fonte des neiges, et, du côté de Saint- Valéry, par la résistance des eaux, que déterminent le flux et le reflux ) peuvent beaucoup influencer 1 atmosphère et dune manière d’autant plus dangereuse, que les étangs et les marres sont peu profonds et qu’il y croît des végétaux.
Dans les endroits abrités des vents chauds, et où le vent souffle le plus nord-est , les habitans
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sont d’un tempérament bilieux et d’une forte constitution.
Dans les lieux inégaux, les maladies régnantes varient suivant l’exposition du site. Si les petites vallées sont arrosées d’eaux stagnantes, dans les temps de pluie ou de fonte de neige, elles présentent les mêmes affections que les pays bas et humides, telles que la vallée de Conty, de Poix, arrondissement d’Amiens ; de Fieffes et Montrelet, arrondissement de Doullens.
Les vallées sèches, abritées des vents ouest, nordouest, sud-ouest, comme Frenoy-au-Val , Nampsau-Val, Moyencourt et Coure elles, St. Sauf-Lieu à mi-côte, arrondissement d’Amiens, sont salubres. On y observe les maladies des pays élevés. L’eau des puits y est bonne.
Les plaines que ces |pays présentent ça et là ne sont pas d’une grande étendue , mais elles sont , quant à la nature du sol où l'argile domine le plus ordinairement, très-productives en graines céaréles , comme à Oresmeaux, Sains,. etc.
Les monticules de nature crayeuse sont stériles. Ce n’est que dans les années pluvieuses, et lorsqu’elles ont été bien fumées, quelles peuvent indemniser des frais de culture. La constitution bi- Koso-inflammatoire s’y établit dans les temps secs; mais dans nos contrées elle est de courte - durée. Je citerai, pour exemple, Ferrière, Fourdrinoy, Cavillon, arrondissement d’Amiens.
Dans le Ponthieu et le Yimeux, la fièvre muqueuse
MÉDICALE. ‘ 8l
queuse ou bilieuse ataxique avec sueurs excessives et diarrhée colliquative , vulgairement appelée la suelte, et l’esquinancie gaugréneuse , y régnent épidémiquement.
Dans les lieux humides , la constitution catarrhale est la grande maladie. F.llc arrive rarement avant le commencement de l’hiver, le plus souvent en février, et dure jusqu’à la lin de Juin. Chez les jeunes sujets, elle présente, sous l'influence des vents nord, des symptômes inflammatoires. Le catarrhe ou fluxion est une phlogose des membranes muqueuses, qui, par suite d’irritation, fournit un liquide âcre et délié, ne se convertissant pas en pus comme dans la péripneumonie essentielle.
§ V. Contrées maritimes.
Dans les lieux voisins de la mer, aux approches du sosltice d’hiver, le long des côtes de la Manche, domine le vent d ouest, humide et froid, qui rend la navigation très-périlleuse , occasionne sur terre des ouragans et produit , par une impression vive , momentanée , des affections catarrhales , quelquefois l’apoplexie séreuse. Sous la domination de ce vent, les codions sont lentes, difficiles, et les crises incomplètes et rares. Dans les lieux où se trouvent des eaux stagnantes, tels que les environs du Crotoy, du Marquenterre , on observe la cachexie scorbutique, les infiltrations séreuses, les affections cutanées , la phthisie pulmonaire aiguë ,
•Sa T O P O G R A P lî I K
par rapport aux brouillards qui contiennent toujours du gaz acide muriatique.
Au printemps, durant la constitution catarrhale cl pendant la constitution bilieuse de l’automne, le voisinage de la mer, comme tout lieu humide, présente des lièvres intermittentes ou d’accès. Ces lièvres , qui paraissent avoir leur siège dans les grands viscères, se voient rarement dans le plus haut période des constitutions inflammatoire et gastro-adynamique. Celles du printemps cessent en Juillet.
Récapitulation .
D'après ce qui vient d’être dit de l’influence des saisons, des vents et des localités sur les maladies régnantes, il est facile de voir que quand la constitution atmosphérique est humide et froide, elle développe, dans toutes les saisons, la constitution catarrhale ou muqueuse ( type de toutes les maladies sporadiques et épidémiques ); elle essuye cependant des modifications de la saison ; ce qui donne lieu à des complications, en été particulièrement, delà catarrhale avec la bilieuse jointe aux symptômes d’adynamie. Si cet état atmosphérique pèse sur un pays d'une grande étendue, celui-ci sera en proie aux mêmes maladies. C’est ainsi que le catarrhe, dit la grippe , est devenu plusieurs fois épidémique dans une partie de 1 Europe. Tl faut observer que les constitutions annuelles, soit catarrheuses ou muqueuses, soit mucoso - gastriques , soit gastro ou mucoso-adynamiques, qui sont chez
nous les plus fréquentes, ne viennent pas toutes du chaud ou du froid, du sec ou de l'humide ; car des émanations infectes de la terre , élevées dans l’air , rendent souvent celui-ci propre à occasionner diverses maladies. D’après cela, peut -on soutenir que les causes efficientes des épidémies soient toutes connues ?
Dans notre climat, qui est très-variable, quant à sa température, les maladies intercurrentes ou sporadiques peuvent, chaque année, se compliquer avec une grande constitution épidémique ou stationnaire dominante, comme depuis septembre i8i5 jusqu’en mai 1818, oh l’on a vu la dysenterie, la petite-vérole, la pleurésie, la péripneumonie se compliquer avec la constitution catarrhale régnante et celle propre à la saison oh elles se sont présentées. Souvent la constitution médicale, propre à une saison, anticipe ou se prolonge selon l’état de l’atmosphère. Tonie maladie, dit Hippocrate, qui passe les tenues ordinaires pourra durer toute l'année. C’est pour avoir oublié ce précepte, que l’infatigable observateur Sydenham appela nouvelle fièvre, en septembre i685, un catarrhe pulmonaire ou fausse péripneumonie, produit par la constitution bilieuse de i684.Cetle constitution bilieuse, n’ayant pas été abattue, comme de coutume, par les gelées de l’hiver qui avait été fort doux, continua tout le printemps de 1 685. Elle augmenta a la fin de l’éfcé, et ne fut réprimée que par une forte gelée en Janvier 1686.
I.es maladies intercurrentes produites, dans une saison quelconque , par les changefnens brusques cl passagers de l’atmosphère qui les influence , attaquent, comme les épidémies, dans le même temps, mais ça et là, un grand nombre d’invidus. Leur marche, leur durée, n’ont ni régularité, ni caractère général • elles sont différemment modifiées par chaque constitution individuelle.
Je dois dire qu’il n’est pas de constitution essentiellement inflammatoire dans toute la vallée de la Somme, ou les vents d 'ouest sont fréquens, oh le voisinage de la mer, les nombreux marais quelle présentent, produisent beaucoup de brumes, et ou les changemens subits de température font souvent, du soir au matin, varier le thermomètre de 20 °. 11 n’est pas rare, en été, de compter des jours où la chaleur, assez forte depuis neuf heures du matin jusqu’à cinq heures du soir, fasse place loul-à-coup à un froid assez vif pour forcer à faire de l’exercice ou à se retirer des promenades, afin de se garantir des rhumes, fluxions, catarrhes, rhumatismes, etc., que produit la suppression de la transpiration , et relatifs à la constitution individuelle. La constitution inflammatoire n’allaque ici que momentanément et passagèrement les sujets vigoureux et jeunes, et toujours dans un temps sec et froid.
Le plus ordinairement , à la fin du printemps et au commencement de l’été, naissent 1 angine, l’hémorrhagie nasale, l’hémoptysie, la ménorrhagie, le
flux hémorrhoïdal el les rhumatismes quelquefois faussement regardés comme inflammatoires. Au printemps, à la fin de l’été et au commencement de l’automne ( chauds et secs ), les brouillards fréquens qui s’élèvent dans nos vallées marécageuses soir et matin ; la fraîcheur que procurent les matinées cl les soirées, modifiée par la chaleur qu excitent, au milieu du jour, les brillans rayons du soleil, etc., développent la constitution rnucosogastrique.
Cette constitution peut, aux yeux des savans superficiels, simuler \ injhwwiatoire et les faire recourir, malheureusement pour leurs malades, à la trop préjudiciable saignée qu’ils employent si souvent avec peu de discernement et une bien coupable légèreté.
J’ai observé depuis long -temps que, dans ce pays, les maladies, le plus souvent, sont en rapport avec l’état de l’atmosphère. Sa température froide et humide, presque habituelle, fait que les fièvres intermittentes, les continues muqueuses et gaslr pies, les adynartiiques et nerveuses, les catarrhes pulmonaires , les diarrhées , la paralysie , les rhumatismes , la goutte , les hydropisies , régnent presque continuellement. Les maladies chroniques y sont aussi très communes. Je dois m’élever contre les gens déjà campagne qui négligent de changer d’habits, ou de faire de l’exercice lorsqu ils sont mouilles : cette négligence occasionne souvent, même chez les sujets robustes, à la fleur
(le l'age, des fièvres et des rhumatismes.
Que de choses à dire sur la mauvaise distribution des habitations des campagnes ! leur mal-propreté, le défaut de circulation de l’air, le voisinage des marres , l’entassement de plusieurs personnes dans un lieu très -étroit, etc., y développent les germes des fièvres adynamiques, nerveuses, exanthémantiques, dysentériques, vermineuses, qui, par la fréquentation, devenues bientôt épidémiques, puis contagieuses, font d’autant plus de ravages, que les maisons sont plus amasces, moins aérées et placées sur un sol bas et voisins d'eaux stagnantes,
Je ne saurais trop répéter que la constitution médicale stationnaire dépend de l’état atmosphérique, des localités et de la complcxion individuelle 5 et que celle de la vallée de la Somme et de nos autres petites vallées est la mucoso bilieuse qui règne presque constamment chez nous et qui est modifiée par les saisons en raison de leur prédominance, et non pervertie par les variations subites de l’ atmosphère.
De nombreuses observations me font un devoir de recommander aux jeunes gens de ne point se laisser entraîner par le style emphatique d'un docteur qui, dans ce moment, per fas et nefas, tend à la célérité, et qui se fait un malin plaisir de se moquer des médecins observateurs qui n ont, ditil, dans la bouche que les mots constitutions medicales, maladies intercurrentes, maladies station-
noires, et qui, avec une complaisance et une crédulité surprenante , voient un génie ou élément bilieux, catarrheux inflammatoire, rhumatismal , intermittent, qui exerce, selon les saisons, son empire sur le genre humain, et marque de son cachet toutes les maladies qui paraissent dans cette fiériode. Il est étonnant qu’un praticien tienne à ses élèves un pareil langage. Peut-il nier de bonne loi l'influence de la constitution atmosphérique fur les maladies, et les grandes modifications qu’elle y apporte? Les médecins des épidémies n’ignorent pas, comme il parait l’insinuer, qu’une saison froide et humide donne naissance à un grand nombre de pldegmasies dont le siège varie d’après la prédisposition particulière d’un organe. Us savent que dans une épidémie, ayant pour cause l'humidité de l'atmosphère, on voit des péripneumonies . des pleurésies, des gastrites, des entérites, des ophthalmies, des rhumatismes, des fièvres intermittentes; aussi, dans leur rapport, ont-iîf soin d’en faire la remarque, de ne point parler uniquement de l'affection qui prédomine, et de lui faire tous les honneurs d’une qualification exclusive. Ce prétendu sectaire, croit-il en imposer en s’écriant avec pédanterie : Rien de plus faux et de plus insignifiant que les épidémies in globo ! Rien d< plus ridicule que r importance quon donne à des gemes imaginaires ! Le sarcasme n’en impose pas à ceux qui, abstraction faite de toute théorie, lisent journellement dans le grand livre de la na-
oo topographie médicale.
lure, observent sur le terrain, étudient les caractères d’une maladie régnant épidémiquement, en recherchent scrupuleusement les causes, en comparent les' diverses modifications produites par le climat, les localités, 1 exiguïté des maisons, leur de faut d air, leur mal-propreté et la misère des habitons. Certes, ces observateurs ne sont pas à ranger dans la classe de ceux que cet enthousiaste accuse Rhabiller et façonner à leur guise , dans leur cabinet, leurs prétendues observations. Celte diatribe est tellement absurde que j’aime à croire qu'il n’avait pas réfléchi lorsqu’il s’est permis d’insulter des hommes qui font journellement le sacrifice de leur existence pour garantir celle d’autrui, puisqu’enveloppés souvent de miasmes délétères, ils courent les plus grands dangers. Ce soidisant réformateur, en attaquant aussi des professeurs respectables, qui ont fait preuve du plus grand savoir, et qui illustrent les principales écoles de la médecine française, aurait dû calculer les effets de son imprudence. Loin de se regarder comme un docteur extraordinaire, loin de se faire prôner par quelques jeunes gens sans expérience et qui ne sont pas à même de juger des effets dangereux de ses idées, souvent incohérentes, qu’il ci'aigne que nos maîtres ne fassent, d’un seul mot, sauter les plumes dont il cherche à se parer : car nihil novi sub sole.
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Les ÉPIDÉMIES doivent être envisagées quant à
Leurs causes.