D’ordonner de fréquentes fumigations désinfectantes
io.° De faire des trous aux murs des maisons
3S4 MAI ADIES ÉPIDÉMIQUES
pour renouveler l’air des foyers contagieux ;
ii'° D’interdire la fréquentation et les visites inutiles.
J’ai défendu le camphre et les potions dites cordiales , lorsque la fièvre était forte , parce qu’ alors j'ai toujours observé que, loin d’atteindre le but qu on se propose qui est de faire cesser les accidens , ils les exaspèrent en augmentant les propriétés vitales , déterminent la sécheresse de la. langue , de la peau , et la chaleur mordicanle de celle dernière.
Le i5 novembre, il n’y avait plus que dix malades où les symptômes adynamiques étaient remplacés par des ataxiques. Tous rendaient des vers; ils avaient un délire plus ou moins fort avec céphalalgie et quelquefois surdité. Les crises ont eu lieu le plus souvent par les sueurs et la diarrhée, du 14e au 20. e jour, et rarement au de là.
La maladie s’est terminée à la fin de décembre. Un air froid et humide a rendu les convalescences longues et pénibles.
Depuis ma première visite, j’ai eu la satisfaction de ne point perdre un seul indigent, grâce au zèle et à l’intelligence de M. Barbier, qui ne s’est point écarté du traitement établi.
Cet officier de santé qui, par un dévouement sans bornes , s’est acquis des droits à la reconnoissance des habitans de Fleury, a été infecté vers la fin de l’épidémie ; mais nous avons eu le bonheur de conserver dans la fleur de l’âge , ce sujet qui
sera
de i 8 1 5 a 1819. 58:»
sera un jour honorablement distingue, s il continue de se livrer avec une si grande ardeur et autant de discernement à la pratique de l'art médical.
Parmi les personnes aisées il en est une qui, malgré mes instances , n’ayant pas voulu se soumettre au traitement établi pour les indigens, a succombé à l’âge de G5 ans et au n.c jour.
Bertangles.
Ce village, au nord et à deux lieues d’Amiens, est situé sur un terrain élevé, crayeux, argileux, et boisé au nord. On y compte 108 leux et ^02 habitans, presque tous indigens.
J’y ai reconnu, le 8 décembre 181G, une fièvre mucoso ou gastro - ataxique qui , depuis environ deux mois , avait attaqué cinquante individus. Les causes de cette maladie ne m’ont point paru provenir de la localité , mais bien de l’état atmosphérique humide et froid exerçant despotiquement son influence sur la constitution médicale qui , depuis 1 8 1 5 , a offert peu de variations, et s’est montrée constamment mucoso-gastrique avec tendance quelquefois à la putridité , et le plus souvent a la malignité.
Chez trente malades que j’ai vus, elle était rémittente et compliquée de vers:, et, chez quelques uns, de catarrhe pulmonaire. Dans presque tous , la gêne des fonctions cérébrales, le délire étaient
précédés de l’embarras gastrique et suivis d'affections nerveuses plus ou moins fortes ( signes d’ataxie ). La faiblesse du pouls, ses irrégularités, étaient les principaux caractères de la maladie.
Jusqu’alors elle se terminait heureusement , le plus souvent du 1 5 au 21 , par des déjections alvines de nature mucoso -bilieuse , des urines abondantes et sédimcnleuses , et rarement par sueurs.
Cette maladie s’est montrée spontanément pendant la moisson chez une pauvre femme qui l’a communiquée à son frère, d’où elle s’est transmise, par la fréquentation , à d’autres individus de di- • verses rues; et elle s’est propagée d’autant plus facilement que les indigens satisfaisaient à peine leur appétit avec un mauvais pain composé de farine de pamelle en partie germée et de lentillons. Ils s’estimaient même heureux quand ils pouvaient se procurer un peu de pommes- de-terre. Leur unique boisson était de l eau d’assez bonne qualité.
Sur cent quinze individus qui ont été atteints de l'infection, depuis ma première visite jusqu’à la fin de février 1817 où la maladie s’est entièrement terminée en perdant de plus en plus son caractère de malignité, trois ont succombé, dont deux convalescens : l’intempérance dans le régime fut la cause de leur mort.
Lcimotte en-Santerre et Abancourt.
Ces villages, à cinq lieues et demie nord-est
de 1 8 1 5 a i8ig. 087
d’ A miens, offrent réunis 200 feux et 1000 habilans; et sont séparés l’un de l’autre par une vallée sèche : leur situation est belle et saine : leunsol, oii domine l’argile, est très productif.
La maladie pour laquelle j’ai été envoyé le 17 décembre 181G, y existait depuis la fin d'août précédent : elle paraît s’y être développée spontanément. Dans le principe elle lit peu de progrès et se propagea insensiblement. Alors la lièvre mucoso ou gaslro- adynamique s’est caractérisée par un grand mal de tête, brisemens dans les membres, courbature, abattement général, envies de vomir, langue couverte d’un enduit mucoso bilieux, ensuite langue noire cl prostration absolue : quelques malades ont rendu des vers : dans un petit nombre, il y avait éruption pourprée ou miliaire, ordinairement le n.c jour. La terminaison avait lieu du 14 au 21 par les selles et des sueurs abondantes, des urines sédimenteuses. Sur quarante malades , quinze , de 1 8 à 4° ans ( plus de femmes que d’hommes ), avaient succombé jusqu’à ce jour.
J’ai visité vingt-neuf indigens , dont neuf allilés et vingt couvalescens.
Je nai plus reconnu de symptômes putrides; l’épidémie avait perdu de sa violence, les malades m’ont présenté les caractères d’une fièvre muqueuse rémittente avec quelques symptômes de malignité chez plusieurs ; presque tous rendaient des vers. Dans ce moment je pensai, qu’eu égard à l'atmosphère humide et froide d’une longue
588 MALADIES EPIDÉMIQtES
durée, la maladie se terminerait, comme dans
d autres lieux, eu lièvre intermittente difficile à
guérir.
A la sollicitation de l’Adjoint et de Î\I. le Curé, je me suis transporté chez le Maire, attaqué au plus haut degré de la maladie épidémique qu'il avait contractée à peu près en même temps que son épouse, morte depuis trois jours. Un délire violent, la langue noire, des soubresauts des tendons, le hoquet, un flux mésentérique abondant ( par suite de l’atonie des vaisseaux sanguins qui tapissent le tube intestinal ), une saignée et l'emploi tardif des vésicatoires me firent pronostiquer sa perte prochaine.
Alors, en présence de l’Adjoint et de M. le Curé , j’ordonnai expressément à M. Merlier, chirurgien de Bayonvillers , à qui je confiai le traitement des indigens , de ne point saigner ceux qui présenteraient les caractères de la fièvre muqueuse rémittente putride ou maligne, parce que j’ai constamment remarqué que si l’effusion du sairg dans les affections de celte nature n’était pas toujours mortelle, elle prolongeait singulièrement la convalescence. Je lui recommandai , dès les premiers jours, lorsqu’il y aurait embarras gastrique, d’employer le tartre stibié comme émétique , et ensuite comme laxatif, en cas de constipation ; d’appliquer les vésicatoires aussitôt que le délire se manifesterait, etc.
J’observerai que chez le Maire, qui, ainsi que
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sa femme, couchaient dans des appartemens remplis de bas de laine fabriqués et apportés journellement d’un grand nombre de maisons infectées, les miasmes putrides ont pu s’y introduire de cette manière et les rendre victimes de ce fléau : ce qui prouve cette opinion, c’est qu’il est notoire que l'un et l’autre n’ont fréquenté aucune maison où résidait la contagion; aussi, ai je ordonné des fumigations dans les magasins pour la prévenir.
Depuis ma visite du 17 décembre, la lièvre s’est montrée constamment muqueuse, toujours vermineuse, quelquefois compliquée de malignité, et rarement de putridité, et, sur cent quarante personnes attaquées, jusqu’en février 1817, il en est mort deux a Lamotle.
JN1. A. L. frère du Maire à qui il avait prodigué les soins les plus attentifs, est mort au i4-e jour. Chez lui les symptômes d’adynamie ont été exaspérés par un purgatif violent donné le 1 2.e jour au moment où le malade laissait entrevoir l’espérance d’une heureuse terminaison, les vésicatoires ayant été appliqués à temps et les plaies étant d’un très bel aspect. Après ce purgatif intempestif qui détermina quinze selles, le délire s’est accru, les soubresauts des tendons, le hoquet, la petitesse, l’intermittence et l’irrégularité du pouls, ont été bientôt suivis de la mort
Une femme, âgée de 64 ans, a sucçombé au 17/ jour. 1.11e avait été aussi purgée, malgré 1^ défense expresse que j’en avais faite.
390 MALADIES ÉpmrMTQDr.S
Il faut convenir qu'il est bien douloureux pour un médecin qui se sacrilie dans la vue de secourir ses semblables, d’avoir à combattre des préjugés enfantés par l'ignorance, fortifiés par la crédulité, publiés et pratiqués journellement avec audace et impunité au détriment de l'humanité , et particulièrement dans la commune de Lamotte, par un homme étranger à l’art de guérir qui, dans le cours des maladies et de la convalescence, se permettait d'administrer des purgatifs salins et même drastiques dont les effets meurtriers ne détrompèrent point les malheureux abusés par une jactance qui redoublait au contraire leur confiance.
Ces observations font voir que si les purgatifs, dans les fièvres où il y a turgescence gastrique-, sont avantageux dans le principe en évacuant les sucs viciés qui se trouvent dans l’estomac, les intestins et les conduits excrétoires, où leur séjour altère les fonctions vitales; ces mêmes moyens sont pernicieux dans le cours de la maladie, lorsque la langue est sèche et qu il y a constipation. C’est sur-tout dans le traitement des épidémies que j’ai eu occasion de remarquer combien celte pratique est funeste.
Montrelet.
Cette commune, renfermant 4° feux et ~>°° bilans, du canton de Domart, arrondissement de Doullens , est située au nord et à 6 lieues d’Amiens,
DE l8l5 A 1819. 091
dans une vallée sèche, ouverte au nord ouest et au sud ouest • au sud-est se trouve la source de la rivière de I'ieffe ou de Canaple.
M’y étant transporté le 11 décembre 1816, j’ai reconnu une lièvre muqueuse rémittente, compliquée d’adynamie, d'ataxie et de vers chez quelques uns. Cette maladie y a été apportée du hameau de Barletle près de Francqueville , mêmes canton et arrondissement. Dans le commencement elle 11’inspirait, par sa bénignité, aucune crainte; mais depuis quatre mois, sur quinze individus cinq ont succombé ( trois femmes, un homme et un garçon de i5 ans ).
J’ai visité dix individus dont quatre grièvement atteints. Les principaux symplôïues qu’ils présentaient étaient céphalalgie, bfisemens des membres, abattement général , chaleur mordicautc de la peau, langue noire, fièvre ardente dans les redoublemens , le plus souvent dévoiement dans le principe; et du 9 au 14, ventre méléorisé, délire et vers chez presque tous. La terminaison avait lieu du 30 au 5o.
Le 29 décembre 1816 je lis un second voyage , et je trouvai douze malades dont trois fortement attaques ; les neut autres entraient en convalescence. Depuis ma première visite jusqu’à ce jour, il était mort un garçon de i5 ans pour avoir pris trop de nourritures dans sa convalescence, et une fille, âgée de 26 ans, qui se trouvait au 1 7.® jour de la maladie : j’observerai quelle était d’une trèsfaible constitution.
5q3 maladies épidémiques
M. le Sous-Préfet de Doullens, justement effrayé par le rapport du Maire qui disait que trois individus avaient péri et que cinq indigens éiaient encore dangereusement malades, m’écrivit : Si votre présence peut conserver un seul homme , je vous engage à porter vos secours à Montrelet.
Aussitôt je m’y rendis. Je trouvai neuf individus attaqués dont un, qui était très - grièvement malade, a eu le bonheur de ne pas périr. Les huit autres ne m’ont présenté aucun symptôme fâcheux j mais leur convalescence, comme je l’avais dit dans ma réponse à M. le Sous -Préfet, a été longue et difficile par rapport à la prolongation de l’état humide et froid de l’atmosphère. Dans mon rapport sur la visite du 29 décembre , je lui avais annoncé , avec plaisif, que le froid qui se faisait sentir depuis quelques jours , et qui paraissait devoir durer, commençait à faire perdre à la maladie de son intensité, et que j'avais lieu d’espérer que sous l’influence de cette température elle ne tarderait pas à se terminer; mais la gelée ayant bientôt fait place à la pluie, les symptômes fâcheux ont de suite reparu et trois individus ont succombé, dont un couvert de taches pourprées, et les deux autres au moment où l’on s’y attendait le moins, puisque la convalescence s’annoncait.
Jusqu’à, la fin de février qu’a duré la maladie, sur dix individus qui en ont encore été atteints , tous ont guéri.
Si l’épidémie de Montrelet a été très-meurtrière,
oe 1 8 1 5 a i S i c>. 3q3
eu raison du peu de malades , cela vient de la plus affreuse miscre, de la mal-propreté et de la négligence h pratiquer les fumigations si propres à détruire faction délétère des miasmes que des corps attaqués de fièvre exhalent en grande quantité, sur tout dans des lieux resserrés, ou l'air circule avec peine et oii la lumière du jour ne pénètre jamais. J’ai conseillé plusieurs fois de faire des ouvertures aux murs des habitations ; mais on s’y est opposé en donnant pour excuse la rigueur de la saison.
Les signes mortels étaient la cardialgie, la lipothimie, le hoquet , la rentrée du millet, le délire permanent, quelquefois la phrénésie, l’horreur de la lumière, des convulsions, un flux de ventre abondant très - fréquent et de couleur noire, une constipation opiniâtre, la strangurie , des ténesmes faligans, des\ dépôts internes.
Le jour fatal était du 9 au 1 5 , rarement après le 14.
Pont île-Metz.
Dans ce village très-pauvre , de 1 5o feux et de 600 habitans, situe au sud-ouest et à une lieue d’Amiens, mi -partie sur une côte à X ouest, et l'autre dans une vallée ouverte du sud au nord, sur la rive droite de la Selle qui coule du midi au nord, j’ai visité, en février 1817, dans six maisons, quatorze individus de lage de 8 à 72 ans, atteints de la fièvre muqueuse compliquée, chez plusieurs ,
d adynamie; entr’aulres chez une femme de 72 ans, qui était expirante et qui a succombé le lendemain.
Cette maladie , qui existait dans celte commune depuis les premiers jours de janvier, était contagieuse puisqu’elle attaquait les individus qui habitaient sous le même toit, et quelle se communiquait à ceux qui venaient les visiter.
De quarante- six personnes atteintes jusqu’à la fin d'avril, chez plusieurs desquelles se sont montrés les caractères très - intenses d’adynamie qui ont fait craindre pour leurs jours , aucune, cependant, n’a succombé. Le traitement établi* et suivi avec intelligence par M. Flandre, officier de santé, et la constitution sèche et un peu froide de l’air atmosphérique dépouillé alors de ses principes délétères, ont été favorables à ces infortunés malades qui sont entrés en convalescence du 14 e au 20.° jour au plus lard.
Je dois observer que si j’obtiens des succès dans le traitement des maladies épidémiques, c’est que j’ai grand soin de recommander au chirurgien chargé du traitement, de ne point se laisser entraîner par la force du préjugé qui demande imr périeusement , sur tout dans les campagnes, d évacucr dans tous les temps de la maladie, et cela dans l’espoir de prompte guérison. Je combats avec avantage une pratique aussi absurde que destructive, en laissant le temps à la nature, que je livre à ses propres forces, de me faire entrevoir
de i8i5 a 1819. 3gf>
l'émonctoir qu elle a choisi pour se debarrasser de ce <jui l’ opprime. Alors j ai soin, si elle est trop faible, de la secourir; et, si elle a trop de pétulencc, de la maîtriser.
Taisnil.
Ce village, du Canton de Conty, est situé à quatre lieues sud d’Amiens, dans une vallée sèche environnée de grands bois à Y est, au sud et à Youest, qui se ressentent de la pauvreté du lieu.
Dans celte commune, où l’on compte 80 feux cl 5oo habitans, il a régné, depuis les premiers jours de janvier, jusqu’en mars 1817, uue fièvre muqueuse putride qui a attaqué peu de personnes, mais qui a été très meurtrière.
Deux femmes, âgées l'une de 5i et l’autre de 4t ans, sont mortes au 8.u jour par suite d’une hémorrhagie nasale excessive ; un homme âgé de O9 ans et une fille de 1 a , ont aussi succombé mais au 20° jour. Un enfant de 1 1 ans a été sauvé par une sueur critique, au i4-e jour, après avoir éprouvé les symptômes les plus graves.
La mortalité ayant eu lieu à de grands intervalles, et M. le Maire ne connaissant pas la gravité de la maladie, parce qu’il n’y a point de chirurgien dans cette commune, et qu’aucun du dehors n'a été appelé, M. le Préfet a ignoré jusqu’au i5 mars ce qui s y passait. Aussitôt je lus invité à me transporter en cette commune ; mais je 11e suis
596 maladies Épidémiques
point arrivé a temps pour un homme, âgé de 66 ans, qui venait de rendre le dernier soupir au g.e jour dune lièvre muqueuse putride avec complication de péripneumonie. Je trouvai aussi deux convalescens , dont un de i3 ans qui avait été. dans Je délire pendant dix jours , et un de i5 ans» qui doit la vie à un abcès critique.
Poulainville.
Ce village, de 108 feux, à. une lieue et demie et. au nord d’Amiens, situé dans une plaine, m’a présenté, le 12 avril 1817, quinze malades indigens attaqués d'une lièvre muqueuse vermineuse : la plupart se plaignaient d’un point rhumatismal qui affectait l’un des côtés de la poitrine. Je n’y ai reconnu aucun caractère de putridité et de malignité.
Cette maladie, qui existait dans la commune depuis un mois, n’avait heureusement moissonné personne , grâce à un beau site , à une température sèche et modérée succédant, tout-à-coup, a la constitution froide et humide de l’atmosphère qui avait produit la maladie. A l’aide d’un vomitif dans le principe . parce que chez tous la langue était couverte d’un enduit très-épais d’un blanc jaunâtre, et des anlhelmintiques , sur dix-huit individus attaqués, en douze maisons, jusques aux premiers jours de mai , aucun 11’a péri. 11 n’y eut qu un individu, âgé de 60 ans, dans lequel celle lièvre mu»
ue i8i5 a 181g. 897
«pense s’est compliquée d’adynamie. Deux vésicatoires furent appliqués aux jambes, et la maladie s’est terminée heureusement au i4-ejour, par une expectoration très-abondante, des urines sédimenteuses et des selles copieuses sans provocation.
Bovelles.
Cette commune , du canton de Molliens- Vidante , arrondissement et à trois lieues sud - ouest d’Amiens, est située dans une belle plaine. On y compte i45 maisons et 58o habitans. Les rues
sont larges et bien percées; lintérieur du village est planté de beaucoup d'arbres fruitiers. 11 y a un bois de cent arpens à l’esf.
Ce pays, par sa position heureuse , est salubre; aussi, y voit-on peu de fièvres intermittentes.
J ai trouvé, dans ma première visite, le 14 avril 1817, vingt- six individus attaqués d’une fièvre muqueuse vermineuse. Elle était rémittente chez beaucoup.
En recherchant la cause de celte maladie, qui existait depuis trois semaines , je 1 ai trouvée plus dans les intempéries de l’atmosphère que dans la mauvaise qualité du pain, comme on le prétendait. La réunion de plusieurs malades dans la même maison, la mal-proprété et la misère, imprimèrent, ça et la, a cette fièvre essentiellement muqueuse vermineuse, particulièrement vers Je milieu de sa
maladies épidémiques
durée, des caractères d’adynamie d’ataxie chez les sujets faillies et d'un tempérament nerveux et lymphatique.
Sur quatre-vingt-dix individus attaqués, depuis le commencement de la maladie jusqu’au 6 juillet , de tout âge, sexe et condition, qui avaient été traités par M. Flandre, officier de santé résidant à Ailly-sur-Somme , à qui je confiai le traitement, un convalescent, âgé de 5i ans, est mort au 3o.e jour par suite d’imprudence dans le régime; un de ses enfans, âgé de 2 ans, a aussi succombé.
Mais parmi les personnes aisées, qui n’ont pas voulu suivre le traitement établi particulièrement pour la classe indigente, il y cul plus de victimes : sur dix malades, soignés par un vieux chirurgien des environs qui prétendait que la maladie n’était point épidémique parce qu’il y avait des vers, trois sont morts.
La maladie aurait été plus meurtrière, si je n’avais expressément recommandé de donner des alimens avec la plus grande prudence aux malheureux entrant en convalescence et qui, imbus du préjugé qu’ils vont mourir s’ils ne mangent pas, se livrent inconsidérément à leur appétit.
Je me suis aussi refusé, dans toutes mes visites, à la demande que grand nombre me firent de les purger pour être, selon eux, plutôt guéris. Ces malheureux ignoraient que les purgatifs, loin de hâter un pariait, retour à la santé, ne font que prolonger la convalescence et occasionnent presque toujours des rechutes par trop souvent funestes.
DF. 1 8 1 5 A 1S19. DQQ
Secondé par l’Adjoint cl M. Flandre, qui ont tenu la main h ce qu’on ne fit que ce qui était prescrit, je suis parvenu, avec de la vigueur, à combattre les préjugés: et, favorisé par une température froide et sèche, je terminai heureusement l’épidémie qui se présentait sous de fâcheux auspices. Je dois dire aussi que les secours que M. de Francqueville , Maire du lieu, a fait distribuer, joints à ceux du Gouvernement, n’ont point peu contribué à ce résultat satisfaisant.
Les moyens médicaux consistaient d'abord en un vomitif selon la force de l’individu; ensuite eu minoralifs joints aux vermifuges. Les vésicatoires furent employés dans les cas d'adynamie ainsi que les toniques et les stimulans, sur- tout lorsqu’il y avait complication d'ataxie.
Les fâcheuses complications d’une fièvre muqueuse vermineuse dès son principe, m’ayant paru avoir pour cause les petites mares et les fumiers infects attenant aux maisons, j’ordonnai de suite qu’on jettùt dans ces cloaques de la chaux vive pour neutraliser les miasmes délétères.
Awnatre.
Ce village, du canton d'Oisemont, est situé sur le terrein le plus élevé de l’arrondissement cl à dix lieues sud ouest d’Amiens. On y compte i5o mai-
4 00 MALADIES EPIDEMIQUES
sons et 5oo liabitans, la plupart indigenS. Ce pays, dont l’intérieur est planté de beaucoup d’ormes et d’arbres fruitiers, est sain. Les maladies les plus communes sont les pleurésies, les péripneumonies, les fièvres bilieuses, qui y régnent sporad’quement; les épidémies y sont rares. On n’y voit de fièvres intermittentes que lorsque la constitution humide et froide y exerce long - temps son influence.
Lors de ma première visite ( 19 mars 1817 ), dix -sept malades m’ont présenté les caractères d’une fièvre bilieuse- putride qui avait été apportée, dans le mois de mars dernier, par une personne revenue récemment de soigner un de ses parens à Frette-Cuisse , commune- voisine où elle régnait alors. Dans les premiers jours de la maladie , tous présentaient les symptômes de la fièvre bilieuse, tels que céphalalgie violente, douleur à l'épigastre, chaleur piquante de la peau, pouls vite et fort, langue couverte d’un enduit jaunâtre. Du 5.° au 1 1 ,e jour : prostration , langue noirâtre , déjections très fétides ; et, chez plusieurs, symptômes ataxiques ou nerveux, comme aberration d’idées , soubresauts des tendons , carphologie. Quatre présentèrent une éruption scarlatineuse; et, chez un seul , parut, au 3.e jour, une parotide.
La- terminaison heureuse avait lieu du i4-e au 20e jour par sueur abondante, ou diarrhée bilieuse, ou hémorrhagie nasale; celle malheureuse du 14.0 au 17.°, avec tous les accidens de l'adynamie et de
l’ataxie,
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l'ataxie, par (les sueurs colliquatives excessives.
Depuis le commencement de juillet jusqu’à la fin d’août, cette maladie épidémique a moissonné quatre indigens sur quatre-vingt-six qui en étaient attaqués, et gagna ensuite les personnes aisées.
Le maître d’école, âeé de 5o ans, d’une forte constitution, au n.e jour d’invasion, et quelques heures avant d’expirer, eut des symptômes d’hydrophobie; les liquides lui faisaient horreur, et il menaçait de mordre ceux qui l’entouraient. Que l’on juge de sa cruelle position , puisqu’il avait malheureusement connaissance de son état , le délire n’étant que momentané depuis 5 ou 4. jours ! A 1 approche de la mort , il demanda à sa femme une plume, de l’encre et du papier; mais les mouvemens convulsifs qu'il éprouvait l’ayant empêché décrire, il lit connaître de bouche ses dernières volontés, et, en embrassant tout ce qu’il avait de plus cher, il expira en disant : Je vais mourir.
M. L. cure d Aumatre, âge de 26 ans, chéri et respecté, fut victime de sa charité pour les malheureux auprès desquels il était jour et nui I . Je lui prédis que s il ne prenait pas garde à lui et s’il continuait de a îsitei les malades a jeun , il pourrait se repentir de son imprudence. En effet, dans ma visite du i5 juillet, je le vis allité et aux prises, depuis huit jours, avec une fièvre mucoso -bilieuse plus ataxique qu’adynamique. Toute la peau était
4°2 maladies épidémiques
couverte d’une éruption miliaire des plus fortes , el, le 1 2e jour, il succomba en parfaite connaissance dans un bain de sueur accompagnée de mouvemens convulsifs des muscles de la face.
Le principal traitement fut ainsi établi : dans le principe, vomitif - ensuite, lorsqu'il y avait constipation, la crème de tartre (répétée au besoin) el les lavemens furent employés ; quand la diarrhée bilieuse existait , eau de riz vineuse; à l’apparition du délire, les vésicatoires aux jambes. Dans la convalescence, toujours longue et pénible chez les malheureux, les vins toniques.
bn 1795, il régna à Aumâlre une épidémie de la même nature, que celte dernière et qui fut trèsmeurtrière. Les détails que m’en a donnés M. de Vallois, Maire el Notaire du même lieu, homme estimable sous d’autres rapports que l’intérêt qu’il porte aux malheureux , m’ont démontré que l’affreuse mortalité d’alors fut produite par la dangereuse pratique de la saignée, contre laquelle on 11e saurait trop crier, malgré les vociférations de ses fougueux apologistes, dont l’aveuglement est tel qu’il ne leur permet pas de compter leurs victimes.
. Selincourt.
Celte commune, du canton d’Hornoy, arrondissement d’Amiens, est située sur un terrain élevé et sain. Son intérieur est bien planté d’arbres frui-
de 1 8 1 a 181g. 4o3
liers , les rues en sont assez larges ; on y compte 1 5o maisons mal construites, couvertes en chaume et presque toutes contiguës. L’eau de puits, qui sert de boisson au plus grand nombre , est de bonne nature. Les vents dominans sont ceux d’onesÉ, sudouest.
Le a5 juin 1817, j’ai visité vingt-trois individus attaqués d’une fièvre muqueuse vermineuse qui y régnait depuis les premiers jours de mai, produite par une constitution humide et froide de l’atmosphère, et de plus par le curage de mares infectes dont la vase restait exposée dans plusieurs rues.
Tous les malades avaient la langue couverte d’un enduit muqueux, la peau décolorée .et trèsperspirable , le pouls faible , des déjections muqueuses avec des vers, quelquefois des vomissemens muqueux, et la plupart étaient tourmentés dune toux nerveuse. Chez plusieurs, il y avait complication d’adynamie et d’ataxie. Je recommandai de faire vomir dans le principe et de débarrasser le tube intestinal par des purgatifs salins, lorsqu’il y avait nécessité ; ensuite les vermifuges et enfin les toniques , pour favoriser une heureuse terminaison qui arrivait, le plus ordinairement, du 21. e au 3o.e jour par des déjections alvines et des sueurs.
J'eus grand soin de faire enlever la vase des grandes marcs, de faire jetter dans les petites et sur les fumiers infects, de la chaux vive, et je prescrivis de repéter souvent des fumigations de gaz acides.
4°4 MAT-\r>IFS EPIDEMIQUES
Grâce au zèle, à l'activité de M. Grcuet, chirurgien d I lornoy , charge du traitement, la maladie s’est arrêtée le 25 août ; et, sur soixante deux individus de toutes les classes, nous n’avons eu à regretter que la perte de deux chez qui l’adynamie s’est montrée avec tant d’intensité, que les efforts de l’art ont été infructueux.
Sains.
Ce village, chef-lieu de canton, de l’arrondissement et à deux lieues sud est d’Amiens , est situé sur un terrain élevé , boisé à l 'est, au sud, et à Y ouest. On y compte 1 70 maisons mal-conslruites et 680 liabilans, la plupart indigens, manouvriers, ouvriers saieteurs , faisant usage d’alimens grossiers. I.es rues sont assez bien percées et larges. 11 y a très-peu de vergers. Les puits ont 65 brasses; l’eau est mauvaise, crue, parce quelle contient beaucoup de carbonate de chaux.
Ce pays est sain , les fièvres intermittentes y sont rares.
Dans ma première visite (28 juillet 1817) j’ai trouvé trente personnes attaquées; les plus fortes, d’une fièvre gastro-adynamique; les faibles, dune fièvre mucoso adynamique. Chez presque toutes, complication vermineuse. Cette maladie s’est développée dans les premiers jours de juillet et s'est rapidement propagée chez les indigens, dont la
df. i <3 1 5 A idrg. ^ü5
nourriture est mal saine, les habitations mal-propres et peu aérées.
Jusqu’au i5 septembre, jour où la maladie a cesse, quelques individus ont présenté des symptômes d’ataxie, ou ont été attaqués d’esquinancie , ou de pleurodynie, ou de rhumatisme. Il a existé chez deux d'enlr’eux une éruption miliaire.
Sur quatre-vingts individus attaqués dans tout le cours de l’épidémie, six ont succombé avec les symptômes les plus intenses d’adynamie et d'ataxie, tous du ii.e au i/f.e jour, à l’exception d'un homme, âgé de 07 ans, qui a péri au 'j.v Un enfant de (> ans, pris tout à-coup d’un violent saignement de nez, fut enlevé, dans l’espace de vingtquatre heures, au milieu d’affreuses convulsions qu’il n’a point été possible de calmer. Cette mort violente a été produite par une grande quantité de vers logés dans les intestins.
Les terminaisons heureuses se sont faites , lu plupart du 14 au 21, par sueurs, diarrhée bilieuse, urine sédimentçuse , quelquefois par une hémorrhagie nasale.
Le traitement a été relatif aux principaux symptômes et aux accidens; les vomitifs, les purgatifs salins, les vésicatoires, les vermifuges, les slimulans et les toniques l’ont composé. J'ai été bien secondé par M, Mollien, chirurgien de Saint Fuscien, qui, autant qu’il a pu, a prévenu les rechutes, en empêchant les convaLscens de se livrer trop a leur appétit et d abuser , par imprudence, des secours du Gouvernement.
4°r> MALADIES EPIDEMIQUES
Celle maladie, qui avait cessé en août 1817, a reparu en janvier 1818, et a duré jusqu’à la miavril. Sur soixante individus attaqués, dont quinze indigens , il n est mort qu’une femme âgée de 5o ans, qui était au 17.® jour, avec complication d un catarrhe pulmonaire très-violent.
Tahnas.
Celle grande commune', de l’arrondissement de Doullens et à quatre lieues nord d’Amiens, qui offre zjoo maisons et 1600 habitans, est située dans une plaine dont le sol est argileux -, il s’y développa une fièvre muqueuse - vermineuse souvent compliquée d adynamie, dont j’attribuai la cause tant aux eaux slagnantes des rues, à la mal-propreté et à 1 indigence des habi tans, qu’aux fumiers qui avoisinent les maisons. Celte maladie, qui a commencé dans les premiers jours de novembre 1817, a duré jusqu’en février 1818. Sur cinquante personnes attaquées depuis le i.cr novembre jusqu a ma première visite ( s5 décembre), six individus avaient succombé , dont quatre hommes de a 62 ans, et deux femmes de 5o à 64 ans. De quarante-neuf indigens, depuis ma première visite jusqu à la fin de l’épidémie, trois sont morts, dont une fille de 19 ans qui n’a point voulu se soumettre au traitement établi, une autre de 9, au milieu des convulsions produites par une quantilé