ASPECT GÉNÉRAL ET NATURE DU SOL
L’aspect général de notre département est irrégulier; il présente plusieurs plaines assez vastes, quelques masses de forêts ou bois, principalement au nord, vers la côte et au sud; mais le plus souvent on ne voit que des monticules et des vallées. Parmi ces dernières , les plus remarquables sont celles de la haute et basse Somme , de la Noyé , île l’Avre, de la Maye , d’Amboise et de l’Authie , ou serpentent des rivières ou des ruisseaux. Du côté de la haute Somme sont de grandes nappes d’eau , qui s’étendent très - loin dans la partie de 1 est, dont les terres sont presque toutes marécageuses.
Notre sol est très -inégal, et pauvre en minéraux; il se compose de craie, d’argile, de cailloux, de galets, de grés, de sable, le plus ordinairement par lits ou couches, qui vai’ient beaucoup par leur épaisseur et leur position. Ces couches sont recouvertes de terre végétale, ou humus ou lerx'eau, produit de la décomposition des substances végétales.
Le grès des paveurs se trouve dans plusieurs endroits, et particulièrement à Hérissart, Touttencourt, Mirvaux. 11 est dur, le plus souvent gris, quelquefois veiné de jaune. 11 se présente en masses informes de 4 à 5 mètres d'épaisseur, disposées sans ordre depuis 4 centimètres jusqu'à 5 mètres de profondeur dans l'argile.
Les cailloux soiit très-abondans; on les trouve partout, principalement dans les terres marneuses et argileuses, formant des lits horizontaux. On en voit de 4 à 5 mètres d’épaisseur au Petit-Saint- Jcan et à Monliers-lès-A miens.
Le Sable est blanc, rouge, jaune et brun. Celui du Petit-Saint Jean et du Pont -de-Melz est d’une mauvaise qualité. Celui de Tillolov lès-Roye est beau et très fin. Entre Rovc et Monfdidier, et em tre Abbeville et Rue on trouve des bancs de sable de 46 à Go mètres d’épaisseur, contenant des coquillages màrins univalves, tels que sabots, buccins, nérites, etc. et des bivalves, comme huîtres, manches de couteau, etc;, ce qui prouve incontestablement que les eaux de la mer ont jadis couvert la Picardie. Cette preuve se tire aussi des couches parallèles superposées, et formées peu à peu par le sédiment ou dépôt des eaux* Dans les plaines , ces couches sont exactement horizontales * dans les montagnes , elles sont inclinées.
L 'Argile ici n’est jamais pure ; elle est mélangée de silice, de craie et de fer. Sa Couleur varie du blanc au gris blanc , du brun au rouge , du jaune
au noir, suivant les diverses proportions de ses principes constiluans. La blanche et la grise servent au potier; la noire, la rouge et la jaune servent au briquetier et au tuilier; les terroirs de Beaucourt, dans la vallée d’ Ancre, de Yignacourt, des faubourgs d’Amiens et d’Abbeville, en offrent des couches dp 20 à 5o mètres ; à Lihons, en Santerre , 1 argile, au-dessous de la terre végétale, est si compacte, que les puits dégorgent lorsque les pluies sont abondantes.
La Marne ( mélange d’argile et de craie ) se distingue , quant à la matière dominante, en argileuse, qui corrige la sécheresse et l’aridité des terrains crétacés, et en crayeuse, que l’on emploie pour diviser un sol imperméable à l’eau.
La Terre calcaire ou craie (carbonate calcaire) est très - commune. Elle diffère par rapport à sa couleur, à sa dureté et à l’épaisseur des couches.
Les meilleures craies sont celles de Conly, de Breilly, de Corbie, de Bray, de Canaples, de la Faloise et de F ollevillc.
On voit quelquefois des concrétions, des incrustations de carbonate calcaire ou chaux carbonatée, sous différentes formes. Elles portent le nom de stalactites , quand elle* sont suspendues aux pa rois des souterrains , cl de stalagmites, lorsqu’elles sont tonifiées sur le sol. C’est ainsi quelle se re marque à la voûte de plusieurs caves d’Albert, et dans tout le voisinage de la rivière d’ Ancre , qui, à la sortie d’Abert, présente le spectacle impo-
sant d’une cascade d’oii l’eau tombe de 10 mètres ( 5o pieds ) de hauteur.
Le Qypse ou terre à plâtre ou sulfate de chaux, vulgairement séléuile, est très rare.
Le Nitre calcaire ou nitrate de chaux, le salpêtre, ou nitrate de potasse, se trouvent sur les murailles et dans les vieux plairas.
Le Muriale de soude, vulgairement sel commun ou sel marin, et le muriale de chaux, abondent sur nos côtes submergées momentanément par les eaux de la mer.
En creusant la montagne de Collines, ou a découvert une couche de terre houille ou charbon de terre incombustible, indice certain de la présence du charbon de terre. Ou a trouvé de ce dernier dans les environs de Montdidier.
La Tourbe est très-commune. On en exploite dans tous les arrondissemens. 1.11e est le chauffage exclusif de la plupart des cantons. La meilleure est la plus compacte et la plus noire. I odeur désagréable qu’elle répand quelquefois vient du sulfure de fer qu’elle contient.
I.e Fer n’est point natif. 11 se présente ou uni à l'oxîgène , ou minéralisé par le soufre. A Pélat d oxide , sa couleur varie d’autant plus qu’il est brûlé par l’oxigène. Presque toutes les terres contiennent du fer oxidé. Sa plus ou moins grande quantité, son plus ou moins grand dégré d’oxidation leur donnent un aspect différent , qui influe sur leur qualité. Les bancs d’argiles offrent sou-
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souvent des pyrites martiales ou sulfures de fer, dont le volume et la forme varient. Elles sont cristallisées en masse, sphériques, mamelonnées, et de couleur de rouille. On en trouve au pied des falaises ou côtes escarpées de la mer , dans le Marquenlerre et la montagne de Collines, etc. A Piollot , les pyrites martiales s’eflleurissent à 1 air, et donnent naissance à la couperose verte ou sulfate de fer, que l'on obtient sans beaucoup de peine.
Dans quelques endroits on brûle les terres vitrioliques, et ou les fait servir à la fécondation des autres.
Pétrifications. En faisant des fouilles , il n’est pas rare de trouver des morceaux de bois -, des coquillages, tels que des cornes d'ammon , des tellines, des vis, des oursins, des dents d'homme et de poissons, à l'état crayeux, siliceux et même pyriteux. Dans ces pétrifications, les substances végétales et animales ont fait place à la minérale, qui a pris la forme des premières.
Rivières et ruisseaux. Ces principales rivières, grossies par des ruisseaux, sont la Somme et l’Authie.
i.° La Somme -• le cours de cette rivière, eu égard à scs nombreuses sinuosités, est de plus de 56 lieues. Elle prend sa source à fond - Somme , distant de trois lieues nord>est de Saint-Quentin, coule au sud-ouest en se portant de l’est à l’ouest, monte au nord au sortir de Harn, traverse Péronne,
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retourne à l’ouest, baigne Bray, où elle commence à être navigable, passe à la gauche de Corbie, reçoit l’Avre , qui arrose* les villages de Contoire , Castel, Merisel, Moreuil, de l’arrondissement de Montdidier, et que gonflent, chemin faisant, le Don, la Craches, la Luce, la Noyé où aboutit le ruisseau de l’Echault. La Somme entre dans Amiens sous quatre ponts. En quittant celte ville, elle admet dans son lit la Se/le , qu’augmentent les E vois sons , où se jette la rivière de Poix; arrose Picquigny; détourne au nord-ouest, où viennent se rendre au village d ' Hangest, le Landon ou le
Riencourl; à l’Etoile, X A irai sues ; et à Abbeville, la Mareuil, qui prend sa source à Belli-Fbntaine, La Somme, après avoir ensuite traversé Abbeville et reçu à droite la Maje , se perd dans la Manche, entre le Croloy et Saint- Valéry.
2.° L ' Authie : elle naît au village d’Authic, h deux lieues et demie ouest de Doulleus, coule au nord, puis au nord-ouest, arrose Doullens, où elle reçoit la petite rivière de Lucheux ; tourne à l’ouest, et, après ce cours de seize lieues, se jette dans la Manche , a trois lieues sud-ouest de Montreuil.
Eausc minérales. Notre département ne présente que des eaux ferrugineuses et salines froides. Celles de Corbie, Péronne, Saint Christ, Fontaine-sous- Catheux , Saint - Mard - les - Roje , contiennent, du carbonate et du sulfate de fer, du sulfate et carbonate de soude. Un goût d’encre , une pellicule irisée à leur surface , lorsqu, elles sont exposées à l’air,