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TRAITEMENT PARTICULIER DE LA FIÈVRE MUQUEUSE ÉPIDÉMIQUE

i.re Période. Invasion et commencement.

Dans le commencement de la maladie, il faut empêcher tout mouvement du corps; recommander la paix de l’âme et la tranquillité d’esprit; faire garder le lit; prescrire les délayans (tels que la tisane d’orge miellée, le petit-lait) qui > augmentant insensiblement la liquidité du sang et des autres humeurs , produisent le relâchement de nos organes , sur tout lorsqu’ils sont associés aux émolliens où dominent les principes mucilagineux , et aux rafraîchissans comme tous les acides végétaux étendus d’eau. Les diaphoniques (i) ne con-

(i) Les diaphoréliques et les sudorifiques excitent l'exhalation cutanée. Les premiers ( tels que les boissons chaudes , les infusions aromatiques avec fleurs de sureau , de tilleul , de coquelicot , les bains tièdes, les frictions) provoquent la transpiration. Les seconds ( comme le gayac, la salse-pareille, le sassafras, le soufre, le sulfure de potasse , 1 ammoniaque , l’esprit de minJérérus ) déterminent la sueur qui

viennent que dans l’invasion lorsqu il y a suppression de transpiration. Les frictions, les pédiluves, les bains chauds, les lotions, sont aussi avantageux en pareille circonstance. Chez les femmes, la nature fait quelquefois tous les frais de la guérison par le flux menstruel. Febres acutœ rnenstruis erumpentibus, soU’untur. Hipp.

Lorsque l’embarras gastrique est caractérisé par la langue couverte d’un enduit plus ou moins blanchâtre (i) et produisant des nausées ou des vomissemens muqueux spontanés, un vomitif est de rigueur (2).

Des Vomitifs.

Les deux substances dont on se sert le plus ordinairement pour faire vomir, sont le tarlrate anlimonié de potasse ou émétique, (5) et l’ipécacuanlia ou écorce du Brésil.

diffère de la perspiration ou exhalation cutanée dite transpiration insensible, en ce que le liquide, fourni en plus grande quantité par les vaisseaux très-déliés qui naissent des capillaires artériels, ne se vaporise pas de suite, niais se condense eu gouttelettes sur la peau.

(1) Lingiui dernonsirat stalum visceriim aldominis. Crise.

(2) Per morborum initia , si quid movendum videtur, nioi’elo ; ciun vero vigenl, quiescere prœstal. Hipp.

(3) Le Parlement de Paris, en i566, fit défense de se servir de ce moyen, et le docteur Coulmier, pour avoir

contrevenu à son arrêt, fut chassé de la Faculté, en 1600.

Jean Charger, Ensile Renaudot , furent, en i65o, les

Dans les affections muqueuses ou gastriques, on préfère à l’ipécacuanha Yémétique qui ne borne pas uniquement son action à l'estomac : il agace d’abord les libres de cet organe , puis , x'éagissant par sympathie sur le diapbragmo et les muscles abdominaux . il produit secondairement Je \omissemenl par lequel il le débarasse de la cause matérielle qui l’opprime et lui fait recouvrer l’énergie* qu’il a perdue. L’émétique, en agissant aussi sympathiquement ou par absorption sur tous les autres organes , produit des évacuations alvines , augmente la sécrétion des urines, et excite la transpiration insensible.

Quelle arme ce puissant moyen n’offre-t-il pas à celui qui s ait en apprécier les effets! Que de prodiges réopère t-il pas dans tous les cas où la turgescence muqueuse ou gastrique existe ! Les détracteurs de l’é uétiquesont de mauvaise foi quand ils lui reprochent d’occasionner des perturbations ou troubles qui peuvent, disent-ils, compromettre la vie ( ce

apologistes de l’antiuioine. Jacques Perreau , peu après, écrivit contre, et donna à son ouvrage le titre de Rabat- Joie île V Antimoine ; et le célèbre Guy-Patin avait un gros registre fies malades tués par 1 antimoine, qu’il appelait le Martyrologe de l’émétique. Enfin ,1a contestation s’écbaufla si loi l que le Parlement fil assembler la Faculté de Médecine de Paris, en 1666 , pour délibérer à ce sujet. L’cinétique sortit victorieux de la lutte ; et depuis, il est permis, par arrêt suprême, aux docteurs eu médecine, de sc sente d antimoine, d’en écrire et d’en disputer.

qui ne peut arriver que lorsqu il est employé à trop grande dose). Au contraire, la perturbation , qu on redoute tant, ne peut être qu’avantageuse, non seulement en changeant la manière d’être des organes dont il rectifie les écarts par une secousse donnée à propos , mais encore , connue le disent les Humoristes , pour expulser des matières qui, par leur séjour prolongé, feraient naître de grands maux.

L’étonnement de Sydenham sur la disparition subite des symptômes graves dans 1 invasion des maladies aiguës, par suite de l’emploi de l’émétique qui avait occasionné peu d’évacuation de matières sans mauvaise qualité , provenait de ce qu'il attribuait exclusivement les maladies à un vice des humeurs. Cet illustre médecin , regardant la fièvre comme l’agent dont la nature se sert pour dépurer le sang, n’employait absolument rien pendant quatorze jours pour ne point la troubler; mais combien cette expectation peut devenir dangereuse dans beaucoup de circonstances !

Convenons, cependant, que si les vomitifs pro? (luisent de grands avantages dans le principe des maladies avec inertie du tube intestinal par surabondance ou déviation de la bile et de la lymphe, ils sont nuisibles dans le cas d’exaltation dos propriétés vitales des organes gastriques, caractérisée par la langue sèche et d’une couleur plus vermeille que dans l’état naturel , comme on l’observe dans les affections inflammatoire^.

L’émétique doit être employé avec prudence chez les individus d’un tempérament hilioso - nerveux, parce que les irritans , en augmentant les accidens inflammatoires, donnent naissance, par suite, à l'adynamie. Il- est également contraire, ainsi que les purgatifs et les irritans, dans les cas d’extrême faiblesse.

J’ai eu fréquemment lieu d’observer que l’émétique en lavage, ou de légers sudorifiques, dans l’invasion de la fièvre muqueuse par température froide-humide , en provoquant l’action du système cutané, arrêtent tout-à-coup les effets de la maladie, ou du moins en diminuent la gravité.

L’âge, le sexe, la constitution individuelle, en règlent la dose.

Quand on néglige l’émétique dans le commencement, la diarrhée est ce qui peut survenir de plus heureux; mais lorsque le flux du ventre est trop fort, on donne lipécacuanha comme vomitif, et ensuite la teinture aqueuse de rhubarbe.

A p rès l’effet du vomitif, lorsque l’embarras du tube intestinal existe, on a recours aux purgatifs.

Des Purgatifs.

On entend par purgatifs (i) les substances qui

(i) Chrysippe et Erasistrale désapprouvaient l’usage des purgatifs; Thessalus les rejettait entièrement. HipPocrcile > qui n’était le plus souvent qu’un observateur attentif auprès de ses malades, connaissant le danger des remèdes, ordon-

DE r.A FIEVRE MUQUEUSE. 4^9

produisent des évacuations alvines, soit en relâcliant la membrane muqueuse des intestins, soit en excitant et augmentant l’action des organes secréteurs et exhalans.

L’action première des purgatifs ne se borne pas seulement à l’organe qui les reçoit; elle se propage sympathiquement ou par absorption de molécules à d’autres parties, et donne lieu à divers phénomènes.

La purgation se provoque, ou pour combattre un embarras intestinal et une constipation, ou pour agir secondairement et par sympathie sur le cerveau , les organes loco moteurs et les membranes séreuses.

Les purgatifs se distinguent en laxatifs , cathartiques et en drastiques.

i.° Les laxatifs ou eccoproliques, sont les substances qui contiennent un ou plusieurs des principes mucilagineux, sucré, extractif, huileux, unis quelquefois à 1 acide tarlareux ou au larlrate de potasse. Parmi ces substances on compte la manne, les tamarins, la casse et l’huile de ricin. Les laxaliis excitent faiblement le tube intestinal et occasionnent peu de douleur, de chaleur locale et de phénomènes sympathiques évidens. Ils semblent produire des évacuations alvines plutôt en relâchant les fibres qu’en les agaçant vivement.

naît très-peu de purgatifs. Celse était d'avis d’en user rarement. Asclcpiadc tournait tous scs soins et son application du côté du régime.

/|6o TRAITEMENT RAISONNE

Les laxatifs sont usités dans les phlegmasies aiguës oii il est indispensable d’expulser les matières dont la présence peut augmenter l’irritation existante.

2.° Les cathartiques ou minoralifs sont des substances nofi-nulrilives qui purgent ( administrés h dose suffisante ) sans produire ni douleur ni chaleur locale, et qui augmentent la sécrétion des urines et la transpiration, tels :

Le tartre stibié à petite dose;

Le sel de glauber, sulfate cle soude;

Le sel d’epsom , sulfate de magnésie ;

Le sel de duobus, sulfate de potasse;

La crème de tartre, tartrate acidulé de potasse ;

Le tartre soluble ou sel végétal , tartrate \ de potasse ;

Le sel de seignette, tartrate de potasse et de soude ;

Le mercure doux (sous -chlorure de mercure) ou muriale de mercure douoc.

Les sels sont employés dans les maladies aiguës ( à moins que les intestins et l’estomac ne soient trop irrités ) quand il s’agit d’exciter la sécrétion des surfaces muqueuses ou l’exhalation des membranes séreuses. Ce ne sont point des rafraîchis sans spécifiques, puisqu’ils n’agissent ainsi qu en provoquant la sortie de matières âcres susceptibles d’occasionner une inflammation. Leur emploi doit toujours être précédé, autant que possible, comme le recommande Hippocrate , de relàchans

DF. FA FIEVRE MUQUEUSE /,f>f

tels que bouillons de veau ou d herbes et petitlait, pour faciliter les excrétions.

Ils sont nuisibles lorsqu’il y a crise par Iles sueurs ou les urines , pendant l’écoulement des menstrues ou règles, dans l'entérite et sur - tout la péritonite , comme j’ai eu occasion , plusieurs fois, de l’observer chez de nouvelles accouchées auxquelles je n ai pu être utile , ayant été appelé trop tard.

Les purgatifs, dans la convalescence des maladies aiguës, quoiqu’en dise Sydenham , sont nuisibles, donnent lieu à des rechutes ou à des lièvres intermittentes opiniâtres.

Hippocrate n’ordonnait jamais aucun remède dans le plus haut point de la maladie , ou lorsqu’il voyait approcher la crise : Quibuscumque crisis , id est , judicatio fit /iis nox gravis ante accès sionem.

3°. Les drastiques excitent l’action des capillaires du tube intestinal , mettent en jeu sa contractilité musculaire, et provoquent l'action de l’appareil biliaire; ils occasionnent de la chaleur, des coliques et, par suite, la constipation; ils produisent des phénomènes généraux très - notables , et peuvent déterminer 1 inflammation de la membrane muqueuse.

Us doivent leur action à des résines, ou à des huiles volatiles unies à de l’extractif. Ceux qui ont plus de vertu sont :

Les feuilles et follicules de séné ( senna orienta lis ).

La racine de rhubarbe de Chine ( rheum palmatum ) qui agit particulièrement sur le système biliaire ;

L’aloès ( aloe perfoliata ) qui excite principalement les gros intestins ;

La scammonée ( convoh’ulus scommonia ).

Les racines de jalap ( convolvulus jalappa ).

d’ellébore noire ( elleborus niger).

de bryone ( brjonia alba ).

La gomme gulle ( cambogia gulta ou gui t if cru vera ).

La pomme de coloquinlhe ( cucumis coloquint/iis ).

Si les drastiques sont avantageux dans le croup , l’angine tonsillaire, l'asphyxie, l’apoplexie, la paralysie, les hydropisies, combien ne sont-ils pas pernicieux dans les fièvres muqueuse, gastrique et inflammatoire, la péritonite, l’entérite, la pleurésie , la péripneumonie où ils produisent les plus grands accidens !

En général, dans les maladies aiguës, il ne faut employer les purgatifs , et sur tout les répéter , qu’avec la plus grande circonspection (i). Leur abus a été judicieusement démontré par Hecquet d’Abbeville (2).

(1) In morbis acutis rarb , et per initia medicamentîs purganlibvs utendurn ; idque diligenti antè adliibitd circumspectione faciendum. Hipp.

(2) Ce célèbre doyen de la faculté de médecine de Paris

Quand il y a en même temps embarras gastrique et intestinal, dans le principe, on prescrit un émélo cathartique.

Des Éméto-Catharliques.

Les éméto - cathartiques se composent de substances vomitives unies à des purgatives, tels sont:

Les feuilles de graliole ( gratiola officinalis ).

Les baies de sureau ( sambucus nigra ) , et plus particulièrement le tartrate antimoine de potasse, à la dose d’un grain , uni à deux ou quatre gros de sulfate de soude ou de magnésie et fondu dans quatre verres d’eau, administrés de demi-heure en demi-heure, et dont l’effet est facilité par une légère infusion de fleurs de camomille romaine.

I .es éméto-cathartiques conviennent dans le début des fièvres muqueuse et gastrique. En évacuant les matières muqueuses ou bilieuses qui ta-

était persuadé que beaucoup de maux se guérissent sans qu’il faille sans cesse tourmenter la nature; et, d’après les principes des dogmatiques anciens que la médecine est la science de peu de remèdes, paucarum herbarum scientia , il soutenait que la meilleure pratique était de maîtriser la nature ou de la soutenir au besoiu. 11 échappa à cet homme illustre quelques idées systématiques qui , quoique soutenues de très-bonne foi, lui firent beaucoup d’ennemis, sur-tout parmi les polypharmaques. Cependant un savoir profond , des mœurs très-pures , une vraie religion , ne lui concilièrent pas moins l'estime des personnes les plus respectables et les plus distinguées de son temps.

pissent les voies digestives, et qui, sympathiquemcnt, occasionnent des troubles dans les appareils sanguin et cérébral , ils diminuent l’intensité des symptômes et arrêtent quelquefois la maladie dans son cours. Leur répétition dans la durée de ces lièvres ne peut être justifiée que toutes les fois qu’il y a une turgescence; autrement , comme débilitons, ils peuvent produire des symptômes d’adynamie et d’ataxie. Malgré les accidens qui en sont fréquemment la suite , je n'ai pu jusqu’ici vaincre les préjugés sur l’abus de leur emploi.

La méthode de Fise , médecin distingué de Montpellier, qui est de purger de deux jours l’un ( altérais du bus purgantur ), ne réussit pas chez nous , parce que les chaleurs sont moins communes que dans le midi de la France, où elles donnent lieu à des embarras gastriques très prononcés.

Les vers qui existent le plus souvent dans les lièvres muqueuses, même dès l’invasion, sont les lombrics ( ascarides lumbricoides ); on les expulse par des substances excitantes dites anthelnuntiques ou vermifuges dont la vertu spécifique est justement contestée.

Des Vermifuges.

Parmi les moyens regardés comme vermifuges les uns agissent en provoquant la purgation (i), et

(T) Très-souvent dans le principe des maladies compliquées de vers , Xts vomi tifs agissent comme antlielmintiques.

d'autres paraissent ne faire qu’exciter la contractilité des intestins et déterminer, par suite, la sortie des vers qui y sont contenus.

Le choix des purgatifs est déterminé par le degré d’irritation du tube intestinal. Les laxatifs ( tels que les huiles d'olives, d’amandes douces ou amères, de Ricin ou de patina C/iristi ) et les minorai fs salins, doivent, quand les intestins sont douloureux, être employés de préférence aux drastiques dont la vertu trop active occasionnerait des accidens.

On met au rang des toniques vermifuges, particulièrement :

La mousse de Corse ( fulcus helmintocorton ).

La coralline officinale ( corallina q/Jicinalis ).

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