I. — CARACTÈRES D'UN SYSTÈME D'UNITÉS ABSOLUES
Les unités de mesure, qu'on appelle aujourd'hui unités absolues, se distinguent des autres unités de mesure par trois caractères principaux :
1° Quoiqu'elles représentent des grandeurs de nature distincte et sans connexité apparente, toutes les unités absolues dérivent d'une façon très simple de trois unités particulières, savoir : l'unité de longueur, l'unité de masse et l'unité de temps.
Ces unités s'appellent unités fondamentales et l'on donne à toutes les autres le nom d'unités dérii^ées. En raison de cette origine commune, elles forment dans leur ensemble un système bien défini, unique, dans lequel on peut considérer chaque unité dérivée comme dépendant de toutes les autres. D'ailleurs les trois unités fondamentales sont arbitraires et peuvent recevoir des valeurs différentes ; suivant leurs variations, les unités dérivées changeront elles-mêmes de valeur, sans que leur mode de formation et leurs relations respectives soient modifiés. On peut ainsi constituer autant de systèmes différents que l'on adoptera de bases différentes.
2^ Pour un système déterminé, les unités absolues ont partout et toujours une valeur fixe ; c'est de ce caractère que vient leur nom. Considérons, par exemple, les unités non absolues,
qui servent communément à la mesure des forces et des iravaux mécaniques, c'est-à-dire le poids du gramme et le gramme-mètre. La masse-gramme a un poids variable suivant la latitude : par suite, Tunité de travail a elle-même une valeur variable avec la latitude. Le même nombre de kilogrammes ou de chevaux-vapeur ne représente pas la même force ou la même quantité de travail aux divers points de la Terre. Des mesures établies avec ces unités n'ont rien d'absolu. Dans le système des unités absolues, on adopte, pour Tune des unités fondamentales, non le poids du gramme ou du kilogramme, mais leur masse, qui est la même en tout lieu, et l'inconvénient signalé disparaît.
Ainsi les unités absolues ont toujours et partout une valeur parfaitement flxe et déterminée, telle que le serait une valeur purement théorique, et dont aucune circonstance contingente ne troublerait la constance. C'est ce que M. Jenkin a fort bien exprimé dans le passage suivant de son célèbre Rapport :
(( Par mesure absolue, on ne doit pas entendre une mesure exécutée avec une précision particulière, ni par unité absolue une unité d'une construction parfaite; en d'autres termes, en faisant usage des mots mesures ou unités absolues y on ne veut pas dire que les mesures faites ou les unités de mesure sont absolument parfaites, mais seulement que ces mesures, au lieu d'être établies par une simple comparaison de la quantité à mesurer avec une quantité de même espèce, sont rapportées à des unités fondamentales dont la notion est admise comme un axiome. »
S*» Pour composer les unités absolues au moyen des unités fondamentales, il suffit d'élever celles-ci à certaines puissances et de former les produits; c'est ainsi, par exemple, que les unités de surface et de volume s'obtiennent en élevant au carré ou au cube l'unité de longueur. Si l'on désigne par
les trois unités fondamentales de longueur, de masse et de temps, il ne sera pas nécessaire de recourir à aucun autre symbole ni à aucun nouveau facteur pour exprimer les autres unités.
CARACTÈRES D'uN SYSTÈME d'uNITÉS ABSOLUES. 3