‹ Traité élémentaire des réactifs, leurs préparations, leurs emplois spéciaux et leur application à l'analyse. Supplément contenant les nouvelles recherchesChapitre 18 sur 19 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

LU A l’académie royale DE MÉDECINE,

LE 6 JDILLET iS/,!,

SLR LES MOYENS DE CONSTATER LA PRÉSENCE DE l’arSENIC DANS LES EMPOISONNEMENTS PAR CE TOXIQUE.

Par une Cominissiou composée de MM. Husson, Adelon, Pelletier, Chevallier et Caventou, rapporteur.

« Messieurs, à propos d’un rapport lu dans celle enceinte sur une alTaire d’empoisonnement par l’acide arsénieux, M. Orfila ayant demandé la parole pour établir qu’il n’est pas possible de confondre les véritables taches arsenicales avec celles qui en ont plus ou moins l’apparence , et que divers auteurs annonçaient avoir produites dans des circonstances où se pratiquent ordinairementles expériences ehimicolégales; 3IM. Flandin et Danger, que M. Orfila avait particulièrement cités à celle occasion , crurent voir leur travail mal apprécié par notre collègue , et, redoutant cette espèce de jugement anticipé , selon eux, sur des faits dont l’appréciation avait été déjà soumise à l’Académie des sciences, et vêtait encore pendante, ils prièrent l’Académie royale de médecine de leur accordei’ un tour de laveur pour répondre aux objections qui leur avaient été faites, et rétablir entières , devatii vous , les opinions émises par eux dans leur mémoire lu à rinslitut.

» L’Académie ayanlaccédé à la demande de ces messieurs, ils vinrent , en conséquence, vous lita; un travail intitulé: Note de MM. Flandin et Danger, sur la variêlé des taches produites avec l’appareil de Marsh , dans les cas d’ empoisonne-

igO SUPPLIÎMKNT AU TRAITÉ DES RÉACTIFS.

ment par l’arsenic , el réponse aux ohjcclïons dont leur mémoire a été l’ohjel à l’ Académie roijale de médecine de la part de i]/. Or/i/a.

» De son côté, 31. Orlila, (jui assistait ù celte séance, ayant enleiKlii iiiHrmer ou ineilre en doute plusieurs assertions émises dans ses mémoires , relatives à des faits capitaux dont il recommande la pratique dans les recherclies chimicolégales de l’arsenic, et craignant avec raison que ces doutes, publiés par les journaux , ne rallentissent le cours de la justice , en jetant de l'obscurité et de rincertilude dans sa marche , 31. Orlila, disons-nous, vint dans la séance suivante protester de l’exactitude des résultats qu’il avait publiés, et demander que la même commission qui avait été nommée pour examiner les faits annoncés par 3131. Flandin et Danger, eût également pour mission de vérifier les siens propres.

«L’Académie satisfit à la demande de notre savant collègue , et c'est celle commission, composée de 3131. Husson, Adelon , Pelletier, Chevalier et moi, qui vient aujourd'hui, à funanimilé, vous soumettre ses observations et vous en faire le rapport par mon organe.

« La question médico-légale de l’arsenic a eu , dans ces derniers temps, un gi'and retentissement; elle a régné seule un moment sur la scène du monde, parce que, en effet, chacun alors pouvait, en vue d’un grand drame judiciaire, en apprécier l'importance et la haute gravité.

I 11 ne faut donc point s’étonner des efforts qu’elle a suscités , des investigations (|u’elle a commandées , des débats souvent passionnés qu’elle a provo(iués; ce sont des conséquences naturelles et bien désirables de toute grande question d’intérêt i)ublic mise en discussion dans un but de justice et de vérité.

» Sous ce rapport , messieurs , la partie physiologique et chimique , relative à rempoisonnement par l’arsenic , a fait

RAPPORT DE I,’ ACADÉMIE DE MÉDECINE. I9I un grand pas, el l’Académie royale de médecine a quelques (h’oiis de s’en léliciler, car c’est sous son influence el sous son égide que s’esl graduellement accompli le succès ; c’est par ses encouragements , et je dirai prcsipie sous son patronage, qu’ont eu lieu ces vives controverses , ces chocs lumineux des opinions, et c’est à son jugement qu’on en appelle encore aujourd’hui pour apprécier la valeur des nouveaux doutes élevés sur l’une des parties les plus vitales de la question arsenicale.

» Les progrès de la toxicologie chimique ont été très rapides dans ces dernièi-es aimées, et on a d’autant plus de raisons de s’en applaudir, que celle science date presque de nos jours. Qu’élait-elle , en elfel, il y a quarante ans? Tort peu de chose; elle occupait une place bien humble et bien étroite dans les ouvrages de médecine légale , une centaine de pages au plus suffisaient à la manifestation de son existence ! elle n’offrait qu’un ensemble fort incomplet de caractères et de procédés insuffisants, souvent ei ronés , d’où la vérité ne devait sortir que par miracle , ou alors , aussi évidente que le jour, elle ne pouvait être méconnue par les moins experts. Quand ou parcourt les observations d’empoisonnement recueillies et publiées à cette époque, el qu’on apprécie les faits chimiques sur lesquels on se fondait dans beaucoup de cas pour tirer une conclusion positive ou négative, les médecins, les magistrats et les chimistes de nos jours auraient peine à le comprendre, el trembleraient à bon droit poui‘ la vérité, s’ils ne pouvaient invoquer d’autres gaianiies.

’> Un tel état de choses touchait à son terme, heureusement; la toxicologie chimifiue ne devait point laider à giandir et à se constituer un domaine spécial dans le vaste champ des couuaissances humaiiics : d faut bien l’avouer, messieurs, cet événement s’accomplit à l’apparition du TruUéile loxicüloijie générale , de M. üi fila. Beaucoup d’en-

102 SUPPLÉMENT AU TliAITÉ UES UÉACTIFS.

Ire vous peuvent se rappeler l’espèce d’acclamaiion qui accueillit cet ouvrage, il y a vingt-cinq ans, au sein du premier corps savant de l’époque , sur le compte qui lui en fut rendu par trois des grandes illustrations du temps, Vauquelin, Pinel et Percy !

» Rappeler cet événement scientifique à votre souvenir , messieurs, n’est point un hois-d’œuvre dans mon rapport; vous jugerez comme moi, j’espère , qu’il était juste en même temps qu’utile, pour traiter la question en litige sous toutes ses lùces, de manière à les faire bien saisir et à rendre hommage, en même temps , aux hommes qui ont plus particulièrement travaillé à son élaboration.

» M. Orfila réunit en un corps de science les documents chimico-toxicologiques disséminés de toutes parts, il les vérifia en grand nombre, réduisit à leur juste valeur une foule de faits erronés, et enrichit la science de ses propres observations; en homme compétent , il ouvrit une route nouvelle que tant d’autres ont parcourue depuis ; son oeuvre forma en quelque sorte la clef de voûte du nouvel édifice toxicologique.

» La question de l’arsenic occupe une grande place dans cel important domaine , parce qu’elle est celle que les experts ont le plus fréquemment à traiter. Qui ignore , en effet , que c’est à ce poison que le crime ou le suicide ont le plus souvent recours, et que sur cent empoisonnements, il en estait moins quatre-vingt-dix à quatre-vingt-quinze par l’arsenic?

B Les propriétés physiques et chimiques de ce poison sont aujourd’hui parfaitement établies ; les moyens de l’extraire ou de l’éliminer de ses diverses combinaisons organi- (juesou inorganiques semblent avoir atteint leur perfection. Et cependant , si ce rassurant état de choses est venu si tard, serait-ce parce que la chimie avait manqué au sujet ? Non , sans doute; et c’est en cela (pie la (jiiestion est réellement

«APPORT L>K t'aCADÉmIE CE MEDliCJNE.

curieuse à éludier. Quels sont les deux faits foiidameniaux à l’aide desquels on démoulre rarsenic dans tous les cas connus de nos jours? C’est, d’une part, la précipitation de ce métal par l’acide sulfliydrique et les sullhydraies; et d’autre part, son élimination à l’aide de l’hydrogène naissant; voilà, en définitive, les deux grands moyens analytiques les plus efficaces pour arriver à la démonstration de l’existence de ce métal , dont il est facile alors d’apprécier les propriétés caractéristiques !

» A qui est due la découverte de ces moyens analytiques? Est-ce aux modernes? Non, messieurs.

BercjmanUy W y a plus de soixante ans, trouvait dans l’hydrogène sulfuré un excellent léactif pour précipiter l’acide arsénieux , et il en proposait l’emploi dans la recherche de ce poison.

» Tromsdorjf , il y a quarante ans , annonçait qu’en mettant dans un flacon ordinaire du zinc arsenical, de l’eau et de l’acide sulfurique, on dégageait du gaz hydrogène arsénié, et que si le tube à dégagement était suffisamment long , ce gaz laissait déposer parfois de l’arsenic métallique contre les parois du tube.

» N’est-ce pas là toute la pratique chimico-arsenicale de nos jours? Oui, messieurs, point de doute; mais comment se fait-il donc qu’on l’ait méconnue ou appliquée si tard à la recherche médico-légale de ce poison?

» Cela tient à un fait capital dont les anciens n’ont tenu que peu ou point compte; il consiste dans la présence de la matière animale qui accompagne toujours l’arsenic dans les empoisonnements, et t|ui masijue souvent ses propriétés , au point de les faire complètement méconnaître , par les réactifs les plus sensibles : c’est ce fait, messieurs, (]ue M. Orfila a surtout signalé , et qui, une fois bien connu, a halé singulièrement les progrès de la question.

ig4 SUPPLÏiMENT AU TRAITÉ DES RÉACTIFS.

J» La découverlc de Ber{}manri avait pu être appliquée quelquefois avec succès; mais ou conçoit les nombreux cas où elle devait être insuffisante , à moins d’une dose liés notable de poison. M. Orfila a donc rendu un service signalé en déterminant les circonstances où l'Iiydrogène sulfuré ne précipite point l’acide arsénieux, et celle où il peut le piécipiter toujours ; M. Orfila a meme cité des faits où l’hydrogène sulfuré ne développe aucune coloration jaune , malgré la présence de doses notables d’acide arsénieux, faits dont l’observation intelligente a été d’un grand secours dans des cas d’exhumations juridiques.

» Enfin, un oubli qui serait incroyable , si l’histoire impassible n’était là pour l’attester : ni Tromsdoi ff , ni vingt ans plus tard Serulas, n’eurent l’idée de faire une application directe à la chimie légale de la propriété si caractéristique de l’hydrogène naissant d’enlever l’arsenic de ses combinaisons organiques les plus compliquées en apparence.

» Marsh eut le premier cette importante idée ; il ajouta dans le flacon de Tromsdorff, au lieu de zinc arsenical, du zinc pur , de l’eau, de l’acide sulfurique, et des matières organiques arsenicales , et il obtint du gaz hydrogène arsénié ! Connaissant la facile décomposition de ce gaz par la chaleur, il le chauffa, l’enflamma même en condensant le produit de la combustion sur un corps froid, et il obtint un dépôt d’arsenic métallique sous forme de taches brunes, brillantes et miroitantes !

»Ce fait fut de la plus haute importance; il ouvrit une ère nouvelle d’investigations médico-légales; et voilà pourquoi l’équité publique diia toujours : Méthode, appareil de Marsh , malgré les améliorations considérables qu’ont dù y apporter d’autres chimistes pour le rendre praticable.

»La découverte de 3Iarsh , dès sa publication, fil une grande sensation en Allemagne et en France; tous les chi-

RAPPORT DE l’aCADIÉMIE DE MÉDECINE. IqS

misies s’empressèrent (le la vérifier et d’apprécier les iinporiantes applicaiions qn’on en pourrait Caire à la chiînie légale.

» Morli et Liebig proclamèrent cetîe méthode d’investigation de l’arsenic la plus sensible et la plus exacte de toutes celles qui étaient connues : Elle surpasse , s’écriait Liebig, toute hnncjhiaùon. Ainsi, disaient-ils, soit un liquide organique quelconque épais , trouble ou transparent; qu’il soit bière, vin, lait, chocolat, café, soupe maigre ou soupe grasse ; qu’il tienne en suspension des matières molles ou solides; s’il est suspecté contenir de l’arsenic sous quelque forme que ce soit , soumeltez-lc à la nouvelle méthode, elle fera promptement justice du poison en signalant incontestablement sa présence ; la seule condition indispensable est que le compose arsenical soit amené à l’état de dissolution dans l’appareil ; et comme tous les arséniates etarsénites insolubles dans l’eau s’y dissolvent bien à la ^faveur de l’acide chlorhydrique , on prévoit difficilement une circonstance où la recherche de ce poison pourra vous échapper.

O Des assertions aussi absolues delà part d’hommes éminents dans la science pouvaient dès lors faire croire que lu question était résolue ; et cependant de condjien de nombreuses causes d’erreur il était nécessaire de la dégager pour éviter des conséquences déplorables, et ne laiie tomber qu’à bon droit le glaive de la justice sur la tête des coupables!

dII fut constaté en France, par les chimistes, (|uesi la méthode de Marsh faisait découvrir dos doses infinitésimales d’arsenic, elle présentait par cela même des causes d’erreurs redoutables dans sa grande sensibilité même : ces erreurs pouvaient découler de la malpropreté des vases employés une seconde ou une troisième fois à la même expérimentation, et surtout de l’impureté des réactifs propres à développer le gaz hydrogène : l’Académie n’a point oublié toutes les re-

clierclies qui lui onl élé communiquées à ce sujet par M.Orfila.

D D’un autre côté , il fut reconnu aussi que les choses ne se passaient pas aussi facilement que l’avaient proclamé les cliimisies allemands; et on retrouvait là, plus encore que dans les autres procédés, les détestables inconvénicnls de lu matière animale ou or{;ani(|ue, qui, par sa présence, mettait un obstacle insurmontable, dans beaucoup de cas. à la production et au dé{}a{ïemeni réjjulier du gaz hydrogène arsénié; il y avait formation d’une mousse abondante qui rendait l’opéiation impossible ; à la vérité, Marsh avait proposé l’addition de l’huile d’olive dans l’appareil pour annihiler ou prévenir les développements de la mousse; d’autres chimistes proposèrent aussi rem|)loi de l’essence de térébenthine, et môme celle de l’alcool dans le môme but ; mais l’expérience prouva fréquemment l’insuflisance et le danger môme de telles additions , et on sentit la nécessité d’y remédier à tout prix, au risque , dans la négative, d’être forcé à abandonner la pratique de la nouvelle méthode , dans les circonstances où sa supériorité sur toutes les autres devait paraître incontestable.

«C’est à atteindre ce but si utile , messieurs, (]ue les chimistes français s’appliquèrent, et l’Académie a pu se convaincre, dans les diverses lectures (]ui lui ont été faites par 31. OiTda (1) particulièrement, si cette dilîiculié a été heureusement vaincue. C’est, en effet, à cette importante correction (|ue nous devons la belle découverte du poison arsenical al)Sorbé et porté dans le torrent cii’culatoire , ainsi qu’au sein des viscères , partie du poison réellejuent criminel.

(1) Voye/. les divers inéinoires de M, Oïlila { mémoires de l'Académie royale de médecine, t. VIII, p. 375 et suivantes).

RAPPORT DE 1/ ACADÉMIE DE MEDECINE. I97 pnsscz-moi l’expression ; car le poison irouvé dans le liibe dijfeslif n'esl c|ue l’cxcédnnt de celui qui lue, el c’clail sur celui-là seul (pi’oii experinienlail auliel'ois.

nLors<|nc dans un flacon lubulé on met de l’eau , de l’acide suiruri(|ue el du zinc, il se d(‘{{a{To du {jaz liydro{}ène pur,(iuand Icsafjents qui l’ont produit l’élaieiK eux-uiémes ; si on enflamme ce {jaz à la |)ointe du tube effià; par où il s’échappe el (lu’on appli(|uc un corps froid sur la flamme , il se condense de l'eau pure; mais si l’on ajoute daris l’appareil quelques atomes d’acide arsénieux, à l’instant le gaz hydrogène brûle avec une flamme bleuâtre, d’odeur alliacée, et le corps fi'oid qu’on applique contre la flamme, au lieu d’eau pure , condense en même temps de l’arsenic métallique, sous forme de taches d’un brun fauve, plus ou îooins foncées, biàllantes el miroitantes.

))On s’est demandé d’abord : L’arsenic est-il le seul corps qui se présente ainsi dans de telles circonstances? n’y a-t-il pas d’autres inolaux et même des matières organiques suspectes qui pourraient produire les mêmes résultats en apparence et en imposer à un expert ignorant ou inhabile?

«Les chimistes allemands ont primitivement résolu une partie de cos graves objections, eu faisant connaître les moyens de distinguer les taches l’erriqpneuses et antimoniales des taches arsenicales ; ils ont même indi(|né le procédé propre à isoler l’arsenic de ces deux métaux, en cas de mélangés; ainsi, ils ont dit : Faites parcourir le gaz dégagé dans un long tube en verre sans l’enflammer , el chauffez le tube au rouge obscur à quelques centimètres du point de dégagement ; les métaux , tels (|ue le fer et l’antimoine , resteront sous forme d’inrrustalions dans la partie du tube chaul'I’ée, tandis (|ue l’arsenic métal!i(|ueira plus loin se condenser ave sa physionomie ordinaire.

» C’était un premier pas utile de fait; mais c’est aux chi-

ipB SUPPLÉMENT Ad TRAITÉ DES REACTIFS.

mistps (Tançais que nous devons la solution de toutes les difficuiiés que présentait cette partie capitale de la question; ainsi il lut reconnu qu’indépendainment du Ter et de l’antimoine, le zinc, le plomb, le mercure, l’étain, etc., pouvaient l’ormer des taches semblables à celles de l’arsenic, mais à la vérité dans des conditions qui n’étaient pas lout-àfait les mêmes , ainsi que l’Académie a pu s’en convaincre par le dernier mémoire de M. Orfda.

» On constata de plus que le soufre , le phosphore , le brome, l’iode, produisaient aussi des taches, et enfin , ce qui est plus jpave, M. Orfila trouva que des matières animales privées d’arsenic Iburnissaient des résultats analogues.

»Au milieu de ce labyiânthe inextricable de taches possibles, par quel nouveau fil d’Ariane pouvait-on en faire sortir avec succès , sans la moindre hésitation , les véritables taches arsenicales ?

» Il fallait, messieurs, pour arrivera ce grand résultat, s’attachera établii* parliiitement tous les caractères des taches réellement arsenicales , et à les expérimenter comparativement avec les autres, de manière à rendre toute erreur impossible.

» C’est à ces recherches délicates que M. Orfila s’est livré avec une persévérance et une opiniâtreté bien dignes d’une telle cause; les iinestigations étaient hérissées de difficultés, et nous devons tlire qu’il les a surmontées et vaincues avec bonheur.

» Pour trouver dans les taches arsenicales toutes les garanties possibles dé leur pureié , il était indispensable de les faire appai’aître libres ou isolées de toute matière organique ou inorganique, et c’est dans le but surtout d’éviter le prcmiei- iiiconvénicni , si fré(iuemment redoutable, (jue 31. Orfila a eu recoiii'S à ce procédé de carbonisation chimiquement remarquable par l’acide nitrique, ainsi qu’au procédé

RAPPORT DE l’académie DE MÉDECINE. 1 QQ d’incincraiion par le nitrale de potasse, défjagé auianl que possible des causes de perte que présentait celui de Rapp; ce sont des points capitaux de la question , soumis par leur auteur à l’Académie, et dont elle n’a sûrement pas perdu le souvenir.

» C’est par cette succession non interrompue de recherches que M. Orlila était parvenu à trouver aux taches arsenicales cinq caractères, lesquels, bien établis, devaient nécessairement faire conclure à la présence du poison.

» Ces caractères sont : i® l’apparence brune , brillante, miroitante des taches ; 2“ leur prompte volatilité sous l’influence d’un jet de gaz hydrogène pur; 5° leur dissolution instantanée dans l’acide nitrique froid; 4" le résidu blanc qu’elles laissent par l’évaporation à siccité,à l’aide delà chaleur, dans une capsule de porcelaine, de leur so/uiuni nitrique ; 5® enfin, la propriété que présente ce résidu blanc de développer une couleur roucje-briqiie , par le contact direct du nitrate d’argent, et, redissous dans l’eau distillée bouillante aiguisée d’un atome d’acide chloi hydrique, de donner un précipité jaune de sulfure d’arsenic par un courant de gaz sulfhydrique.

» Tel était le but final proposé à l’expert-chimiste , comme le seul probatoire, dans toute investigation médico-légale de l’arsenic , au moyen de la méthode de Marsh.

ï Mais, s’est-on demandé , après avoir surmonté avec bonheur toutes les causes d’erreur dans l’application des procédés indiijués; après avoir enfin condensé dans l’appareil de Marsh la preuve du crime ou de l’innocence, d’où il semble si simple, si facile, de la faire sortir évidente à tous les yeux, n’a-t-on pas à craindre, au contraire, de la laisser s’échapper sans retour et de voir l’expertise périr au port, en paralysant l’action de la justice ?...^Lors(jue l’investigation chimique est réduite à ces recherches de proportions

200 SUPPLÉMENT AU TRAITE DES RÉACTIFS, ulliines (Je poison , ainsi que cela a lieu fréquemmenl , et comme le savent tous les ex|)erts (lél(i{ju(;s par la jiisilce , est-il (Jonc si facile de condenser les taches en toutes circonstances indépendantes de l’adresse ou de l’haljileté de l’expert? Est-ce (ju’une flamme trop forte, pai- exdiiple, ou la manière même d’appliquer le corps froid sur telle ou telle partie de celte même flamme , ne sont point des causes d’erreurs graves, propices à dissiper le corps du délit et à laisser échapper un coupable?

» Ces objections, messieurs, n’étaient pas sans fondement , et nous pourrions à l’appui en citer des exemples , que nous demanderons toutefois la permission de taire; malgré l’ensemble si lassurant des actes chimi(iues commandés dans les expertises judiciaires appliquées à la découverte de l'arsenic , l’obieniiuii unique des taches présentait non pas une lacune entre des mains exercées^ mais une crainte qu’il était utile de dissiper en vue même des moins habiles.

» Déjà , sans doute, Berzélius, Liebig et 31. Orfîla luimême avaient présenté un moyen excellent et bien propre à prévenis- la plus grande partie de ces craintes; mais il ne mettait pas à l’abri de toutes chances de pertes, et nous aurions préféré celui que 31. Lassaigne est venu vous communiquer, si depuis on n’avait trouvé encore mieux , ainsi que nous le dirons plus bas. Le procédé de Lassaigne , |>romièrement indiqué par Simon de Pog(jendorf[\ est fondé sur la propriété du gaz hydi-ogène ai-.-énié de se convertir en eau et en acide arsénieux, sous l’influence d’un soluiinn aqueux de nitrate d’argent; ce procédé, dans lequel aucune parcelle d’arsenic n’échappe à l'action comburante du sel argeniiqiie, a l’avantage de condenser, sous un petit volume en acide arsénieux, tout l’arsenic dégagé des matières suspectes par la méthode de 3Iarsh ; mais il ne donne pas le métal lui-même, et après avoir précipité l’acide arsénieux à

RAPPORT DK l’aCADEMTE DE MEDECINE. 201

l’ciat de sulfure, il faut loujours en revenir à la décomposition de ce dernier pour avoir le poison métallique; condition sine (jiia non. et à laquelle on ne satisfait ici que par une série assez lonjjue de manipulations, dans lesquelles on peut l edouier des pertes ou des accidents.

» 'J’out en reconnaissant que le procédé de MM. Simon et Lassai{;ne pourra rendre des services , dans les cas surtout où il faudra réunir sous un petit volume une faible dose d’arsenic disséminée dans une grande masse de liquide, il était à désirer qu’on put tout à la fois et dans la même opération, indépendamment du jet plus ou moins rapide du gaz , et même de ki dimension forte ou faible de la flamme, obtenir à la fois un anneau d’arsenic métallique , sans préjudice de l’obtention facile des taches arsenicales , et sans la crainte même qu’elles pussent être masquées ou compliquées par des taches zinciques.

» C’est à cette combinaison si favorable et si utile qu’est arrivé M. Orfila par un moyen si simple , qu’il est à la portée de tous , et sans complication ni luxe d’appareil. 11 consiste à avoir allongé le tube à dégagement ordinaire du gaz, à l’avoii- cambré légèrement dans le tiers de sa longueur, en y introduisant un peu d’amiante, d’après le système de lu commission de l’Institut; enlin , à maintenir une lampe à esprit-de-vin allumée sur cette dernière partie : l’appareil , du reste, marche comme d’habitude; le gaz hydrogène arsénié se dégage, enfile le tube et vient traverser l’amiante, qui le divise et le déchire en quelque sorte. Là, il se trouve sous l’influence de la chaleur de la lampe, qui le décompose et force l’arsenic métallique à se déposer sous forme d’un anneau facilement reconnaissable , tandis que l’hydrogène réduit se dégage et vient sortir jtar la partie effilée du tube. Si on l’enllamme , il ne déposera que de l’eau, s’il a abandonné tout son arsenic; mais s’il est mêléd’hydro-

gène ai'sénié , qui aurait échappé à la précédente influence , celui-ci sera à son tour déconiposé et laissei a déposer sur le corps froid , présenté à cet effet , des taches arsenicales sur lesquelles on pourra facilement expérimenter. Enfin, l’amiante a , dans celte circonstance , pour but , non seulement de diviser le gaz , mais encore de retenir les parcelles de solution zincique qui auraient pu être entraînées dans le tube parle dégagement plus ou moins tumultueux de l’hydrogène, et de s’opposer par conséquent à la produpiion de taches autres que celles du poison arsenical.

n Tel était, messieurs, l’état de la science chimico-légale relative à l’arsenic, il y a quelques mois à peine; il était satisfaisant et présentait toutes les garanties désirables à la défense comme à l’accusation, dans l’intérêt social ; lorsque des doutes gravement articulés dans celle enceinte par MM. Flandin et Danger sont venus remettre en question ce qui paraissait si bien établi par les travaux longs , pénibles et si utiles de notre savant collègue.

«Comment pouvait-il en être autrement, lorsque nous avons entendu ces auteurs venir aflirmer «qu’il se forme y> généralement dùnsi l’acte de la carbonisation des matières «animales un produit soluble dans l’eau , sublimable, com- «posé en grande partie de suKiie et de phosphiie d’ammo- «niaque unis à une matière organique, produit susceptible «de fournir avec l’appared de Marsh des taches présentant , » jusqu’à un certain poini , les caractères physiques , et clon- » nant la phiparl des réactions cliimiques de l’arsenic ;

«Que la coloration de la flamme, l’odeur alliacée qit’eüe «exhale , l’aspect miroitant des taches, leur déplacement ou » leur vaporisation à l’exlrémilé du jet , l’action à Iroid ou à «chaud de l’acide nitrique, celle de l’hydrogène sulfuré, du «nitrate d’argent, et celle même du papier de tournesol «qu’on a dernièrement inyoqué; toutes réactions si faciles,

RAPPORT DE l’académie DE MÉDECINE. 2o3 «selon ces messieurs , à confondre avec celles de l’arsenic, tel «(in’oii l’obtiem des matières animales, qu’il n’y a qu’un » ch'iniste d’une liabüeié (oui exceptionnelle , selon eux , qui » dans tous les cas , et d’après de tels cai'actères , pourrait » porter un ju{jement en toute conscience. »

(1 Nous prévoyons une objection, ajoutent MM. Flandin et » Danger : on dira que dans un cas où les taches ne présente- » raient que des réactions imparfaites , incomplètes, ons’abs- » tiendrait de prononcer : mais alors la mission de l’expert ne «serait pas ou serait mal remplie. S’il importe de ne pas sa- Bcrifier l’innocent, il importe aussi de ne pas laisser échap- » per le coupable.

» Enfin, disent les auteurs, on nous a prêté une opinion que » nous n’avons pas émise en termes aussi absolus qu’on le «suppose : on nous a fait dire que dans les cas d’empoison- «nements par un composé arsenical, on ne retrouve jamais » d’arsenic dans les urines; notre pensée demande à être » mieux comprise. Pour ne laisser aucun doute à cet éfjard , «nous le rt'pétons : rècjle ijéncrale , les chiens empoisonnés «d’une manière aijjuë , c’est-à-dire violente, n urinent pas; «il se passe ici (pielque chose d’analoj^ue à ce qui a lieu «dans le choléra ; la sécrétion urinaire cesse tant que l’ani- « niai est sous l’influence d’une action toxique {jrave; ce n’est « qu’au moment où la réaction vitale s’établit , si elle doit s’é- » tablir , (|ue la sécrétion rénale repi end son cours : alorsseu- «lenient l’arsenic apparaît dans les urines. Quand les animaux «n’ont pris qu’une dose légère de poison, une dose insuffî- » santé pour produire des symptômes de prostration , il n’y a «pas ordinairement de poison absorbé, ou du moins nous » n’en avons pas retrouvé dans les urines. »

«Tels sont, messieurs, les deux assertions les plus {graves contenues dans la note (|ui vous a été lue par MM. Flandin et Danger; il m’a suffi de les rappeler textuellement

204 supplément au traité des réactifs.

pour en l’aire apprécier la liauie importance, et léjjiiimer la sensation que la première surtout dut produire sur les esprits; car de sa vérification devait résulter la consolidation ou la ruine presque complète du nouvel édifice médico-légal relatil à l’empoisonnement par l'arsenic.

• Aussi votre commission, pénétrée profondément de la sévérité des devoirs (|ue vous lui avez commandés , n'a-t-elle rien négligé pour résoudre les questions qui étaient soumises à son examen , et répondre dignement à la haute mission que vous lui avez confiée.

• Ap rès s’ètre constituée , en nommant M. Husson son président, et M. Caventou son secrétaire rapporteur, la commission entière s’est mise à la disposition de MIM. Flandm et Danger pendant dix longues séances qui ont été tenues dans le laboratoire de l’Ecole de pharmacie; les plus courtes ont duré trois à quatre heures , les plus longues près d’une demijournée ; ce qui ne surprendra point ceux qui ont l’habitude des expérimen ations chimi(|ues , et qui savent combien souvent il faut de temps pour vérifier un fait.

• Nous n’entrerons point, messieurs, dans des détails chimiques qui fatigueraient inutilement votre attention en rapportant ici les expériences nombreuses tentées dans le but de prouver les assertions émises par MM. Flandin et Danger; tous les faits relatifs à cette partie du rapport , ainsi que ceux qui furent démontrés à la commission par IM. Orfila, pour son propre compte, sont consignés dans une série de procèsverbaux signés par tous les membres présents aux expélieiices, et par M3r. Flandin et Danger eux-mêmes, pour ce ([ui les concerne; procès-verbaux qui seront joints au présent rapport et resteront dans vos archives.

• Il nous suffira donc d’affirmer que dans une liremière série d’opérations , ayant pour but de carboniser ou d’incinérer des viscères non empoisonnés, soit par les acides ni-

RAPPORT DE l’académie DE MEDECINE. ‘205

triq'ie ou sulfurique, soii par le nitrate de potasse, et d’expérimenter ces produits par la méthode de Marsh, MM. Flaiidin et Danger n’ont jamais pu produire ces taches dont ils ont signalé la laMoutable confusion avec les vraies taches arsenicales; dans ces diverses circonstances il ne s’est absolument rien produit (|ui puisse eu imposer à l’expert le moins habile ou le plus prévenu ; car le gaz eiiHammé n’a jamais déposé que de l’eau.

t Dans une seconde série d’opérations, MM. Flandin et Danger ont expérimenté comparativement les trois pi océdés de carbonisation ou d’incinération avec les viscères d’un chien moi t empoisonné par quinze centigrammes d’acide arsénieux appliqués sur le tissu sous-cutané delà cuisse.

«Dans les trois cas, on a obtenu des taches arsenicales dont il a été facile d’établir les caractères essentiels : elles étaient plus nombreuses avec le charbon sulfurique qu’avec le charbon nitriijue.

» La vergede l’animal n’avait point été liée ; on n’a pu s’assurer s’il avait uriné; cepeadant la vessie contenait un peu d’urine.

»ll avait été empoisonné le dimanche 20 avril , à neuf heures du matin, et était mort à cinq heures et demie le même jour.

«Jusqu’ici, messieurs, la commission avait pu constater un peu plus de sus(tepldjilité d’un procédé sur un autre, mais lien rien (jui pùl altérer la confiince donnée aux méthodes publiées ju>>qu’alors pour prouver l’empoisonnement par l’arsenic.

» La commission tenait donc essentiellement à ce qu’on lui fit voir , dans la pratique ordinaire des procédés de chimie légale, ces taches (|ui devaient donner la vlupart des réactions cliinii(iues de l’arsenic , stina cependant en contenir unalome; c’était là le point le plus capital de notre mission ; et, nous

2o6 supplément au traité des réactifs.

devons le dire limitement, MM. Flandin et Danjjer n’ont pu y parvenir , ma!{;ré les efforts (|u’ils ont tentés à cet é^jard à diverses repiises.

»Ces messieurs nousont montré unesubstances saline, d’un blanc jaunâtre, empyreumaiique , qui se forme , comme on sait, pendant la décomposition à feu nu des matières animales, et qui serait composée, selon eux, de sulfite et de phosphite d’ammoniaque.

» C’est cette matière, disent-ils, qui peut également se produire dans une carbonisation mal laite, c’est-à-dire incomplète, et faire errer facilement un expei t qui ne serait pas doué d’une liabilelé toute exceptionnelle; car, introduite dans l’appareil de Marsh, elle produirait des taches qui auraient toute la physionomie et les cai'actères des taches arsenicales. Mais si l’erreur , sous ce dernier rapport, est si facile 5 comment se fait-il que MM. Handin et Danger n’aient pas pu nous en présenter un exemple fait à dessein?

»I1 faut donc en conclure que quand les procédés de carbonisation par l’acide nitrique ou |)ar l’acide sulfurique sont exécutés tels qu’on les a décrits , la cause d’erreur annoncée par ces messieurs n’est point à craindre. Et, en effet, comment admettre qu’une matière organi(|ue traitée par |)lusieurs fois son poids d’acide nitrique concentré laissera |)Our résidu un mélange de sulfite et de phosphite d’ammoniaque.'^ Ce résultat serait tout au plus à redouter avec l’acide sulfurique , et il est encore démenti par l’expérience. Une seule fois cependant la commission a eu un exemple de taches simulant celles d’arsenic à s’y tromper à la première vue , et cet exemple lui a été montré par l’un de ses membres , M. Pelletier ; elles n’ont pas un instant résisté à la réaction cliimique; elles provenaient de carpes (pi’on soupçonnait être mortes empoisonnées et qu’on avait carbonisées par l’acide sulfurique.

I14PPORT DE l/ ACADÉMIE DE MÉDECINE. 207

• Mais pour enirer au vif dans la difficullé élevée par ces messieurs , admeilous pour un instant une carbonisation mal faite, et qu’au lieu d’un charbon bien noir, bien sec et pulvérulent, nous en ayons un onctueux, adhérent et empyreumatique; admettons encore qu’un tel charbon donne un decoctwn aqueux , lequel , introduit dans l’appareil de Marsh, fournisse des taches arsénil’ornies , et voyons comment se comporterait l’expert le moins habile : il verrait se déposer des taches sur la porcelaine présentée à la flamme du {jaz, et un sentiment de présomption d’empoisonnement arsenical pourrait naître dans son esprit; mais quand il aurait obtenu suffisamment de ces taches pour les examiner, qu’observerait-il? Qu’elles sont ternes et point miroitantes, (lu’elles ne se dissolvent que difficilement dans l’acide nitrique froid , et en laissant toujours un résidu brun ou noirâtre qui ne disparaît qu’en faisant bouillir l’acide ; que cette dissolution nitrique évaporée à siccilé, et le résidu traité par le nitrate d’ar{îent donnent un dépôt jaune et jamais rouge brique ; qu’enfiii une partie de ce résidu dissout dans l’eau pure et soumis à un courant d’hydrogène sulfuré ne fournit point de précipité jaune, capable de revivifier de l’arsenic; qu’on se rappelle les cinq caractères des vraies taches arsenicales que nous avons récapitulées plus haut , qu’on les compare à ces dernières , et qu’on juge si la confusion est possible !

1)11 est vrai que les caractères des taches décrites par MM. Flandin et Danger se rapprochent des caraclèies des taches arsenicales , quand elles contiennent réellement de l’arsenic, comme cela pourrait arriver par suite d’une carbonisation mal faite de matières suspectes et réellement arsenicales ; mais en admettant ce fait , fort peu probable d’après ce qui précède, nous pouvons affirmer , ainsi {|u’on l’a dit récemment dans une autre enceinte, qu’un chimiste un peu exercé ne s’y trompera jamais.

‘i08 SUPPLÉMENT AU IKAITÉ DES REACTIFS.

» Avant (le passer aux expériences dont M. Orfüa a rendu la commission témoin, nous devons vous parler du procédé de carbonisation par l’acide sulCuritiuc adopté par MM Flandin et Danger, ainsi cjue d’un appareil ingénieux, quoique compliqué, dont ils se servent pour extraire l’arsenic sans le secours des taches.

»Le procédé proposé par MM. Flandin et Danger est fondé sur la propriété bien connue qu’a l’acide sulfurique concentré de détruire profondément les matières organiques en les charbonnant; déjà 31. Barse, pliarmacien à Ri. rn, avait, dans le courant de novemfne dernier , proposé l’emploi de cet acide pour carbonniser le sang suspecté contenir de l’arsenic, et pouvoir, après ce traitement, l’introduire immédiatement dans l’appareil de 3Iarsh , afin de prévenir le développement de la mousse ; mais cette méthode de carbonisation n’a reçu toute la perfection désirable que par M3I. Flandin et Danger.

»Bien que ces messieurs ne donnent point la description de leur procédé dans la note qu’ils vous ont lue, ils l’ont exécuté sous les yeux de la commission , et voici en quoi il consiste.

»On prend une partie de viscère ou de chair animale ; on la coupe par morceaux les plus petits possil)le; on les met dans une capsule de porcelaine très propre, et on verse dessus 1 /G ou i/4 environ de son poids d’acide sulfuri(|ue concentré à GG" bien pur (3131. Flandin et Danger assurent qu’on ne peut à priori délerniiuer au juste hKiuantité d’acide sulfurique à employer; elle dépend de l’étal des clniirs : plus elles sont fraîches et humides, plus la quantité d’acide doit s’élever ; ainsi , si on agissait sur du sang , par exemple , la proportion d’acide devrait être de moitié) ; on pose la capsule sur le feu, en ayant soin que le feu soit réparti et sous le fond de la capsule et dans tout son pourtour ; bientôt

RAPPORT DK K'\CAI>KiMII. DE i\l KDECl NE . ’iOij

la malièi’e animale se liqiiolic ei, se (Jissoul dans l’acide en foi manl avec lui une soi ie de caïubouis noir e( demi-li(iuide ; on remue conlinuellement la matière avec une baguette do verre; il se déjjage à la lois des vapeurs d’acide sulliirifiue et sulfureux ; bieniôl la matière se concentre, prend plus de consistance et se trouve convertie en un charbon sec et pres(]ue friable; l’opération dure à peu près (juarante minutes. On retire la capsule du feu , on laisse refroidir, et on broie le plus possible avec un pilon de verre le charbon resté dans la capsule; alors on l’humecte avec une petite quantité d’eau légale faite dans les proportions de 3 parties d’acide azotique et de partie d’acide chlorhydri(jue ; cette addition a pour but de faire passer l’acide arsénieux à l’état d’acide arsénique beaucoup plus soluble; on chauffe à sec de nouveau et on retire du feu.

» Ce charbon est ensuite traité par l’eau distillée bouillante pour dissoudre tout le composii arsenical soluble, et le decoclum filtré est introduit dans !’a|jpareii de Marsh.

»Ce decocium nous a toujours paru limpide, à peine coloré, et n’a jamais produit de mousse.

1) Tel est, messieurs, le procédé adoiiîé par MM. Flandin et Danger; il est commode en ce qu'il donne peu de vapeurs dans son exécution, et que lorsijii’on a affaire à des matières animales pourries, l’acide sulfuri(|ue anéantit, suivant les auteurs, presqu’à l'instant Todenr infecte qui incommoderait l’opérateur. Ce procédé donne des résultats d’une précision très satisiaisante. Toutefois, nous aurons lout-al'heureà vous parler du procédé jiar le nitrate de potasse, qui pai’aît ne le céder en rien a celui-ci pour la précision et l’exactitude, et (jui a sur lui l’avantage de donner des taches arsenicales beaucoup plus nettes et plus franches. Ces procédés devront être prélérésà celui rpii consiste à traiter par l’ucide nitrique.

aïO SUPPLÉMENT AU TRAITÉ UES RÉACTIFS.

» Après avoir versé dans l’appareil de Marsh le décoctum aqueux du charbon sulfurique, MM. Flandin el Danger enflamment du gaz hydrogène arsénié qui se dégage; mais au lieu de condenser l’arsenic métallique sur un corps froid comme pour l’obtention des taches, ils le convertissent en acide arsénieux , toujours dans le but de détruire les dernières portions de matière organique qui pourraient se mêler à l’arsenic revivifié et altérer ses réactions chimiques. Cet acide arsénieux se dépose dans un endroit déterminé de l’appareil ; il est ensuite recueilli , dissous dans l’eau bouillante légèrement nitrique, évaporé à siccilé, et le résidu mêlé d’un peu de flux noir donne un mélange qui , introduit dans un tube étiré à la lampe et chauffé au rouge à la flamme du chalumeau , fournit un anneau d’arsenic métallique bien miroitant et brillant.

»Nous nous abstiendrons, messieurs, de vous donner la description de l’appareil particulier dont M3I. Flandin et Danger se sont servis pour opérer les transformations ci-dessus décrites , parce que cet appareil , qui a été mis sous vos yeux, et dont la description, ajoutée par les auteurs dans la note qu’ils vous ont soumise , restera déposée dans vos archives , est déjà du domaine public , par suite du jugement qui en a été porté dans une autre enceinte, et parce que votre commission , tout en appréciant les résultats qu’il donne, préfère néanmoins l’appareil de 3Iarsh avec la simple modification proposée par M, Orfila, modification qui permet d’ari iver tout aussi sûrement et beaucoup plus promptement, sans plus de chances de perles , au but que se sont proposé MM. Flandin et Danger.

» Après avoir développé suffisamment les considérations propres à faire juger la valeur de la première assertion de 3IM. Flandin et Danger, il nous resterait, pour terminer avec ces messieurs, à discuter la seconde assertion relative à la sécrétion urinaire dans l’empoisonnement aigu par l’arsenic j

RAPPORT DE l’académie DE MÉDECINE.- 211

mais la commission n’a poinl à s’cn occuper , ces messieurs n’ayant point ju{}é à propos de faire les expériences nécessaires pour la meure hors de doule. iMaljp é les opinions très explicitement formulées par eux à ce sujet, dans le mémoire qu’ils vous ont lu, et dont nous avons plus haut rapporté les passages textuels, ils ont avoué à la commission qu’ils n’avaient pas entendu expr imer un fait constant et absolu , sans exception aucune; aveu, toutefois, dont la commissionne se serait point contentée , si elle n’avaii eu la certitude de s’éclairer suffisamment, à cet égar-d , dans les expériences dont M. Or-fila devait la rendr’e térrroin , et dans le récit desquelles nous allons entrer-.

« M. Orfila s’est d’abord atiaché à dénrontr er à la commission l’impossibilité de confondr e les vr aies taches ar-senicales avec celles que l’on obtient au moyen de la matière saline sublirnable de 3iM. Flandin et Danger. Celte matière, inir-oduite dans l’appareil de Mar-sh , avec quelques gouttes d’essence de térébenthine, a donné des résultats qui corroborent tout ce que nous avons avancé dans le rapport , et que nous croyons inutile de rappeler-.

B Toutefois , il est deux expériences que nous citer-ons ; la première est relative au tr aitement de car bonisaiion par- l’acide nitrique, d’uir mélange de gélatine, de sulfite et de phosphite d’ammoniaque, ainsi que d’essence de lér-ébenihine; le charbon produit fut misa bouillir pendant une demi-lieur-e dans l’eau distillée, et le liquide liltr-é inii-oduil dans l’appar-eil de Marsh n’a fourni aucune tache.

)) La seconde expérience a coirsisié à intr-oduir-e dans l’appar-eil de Mar sh un mélange de phosphite et de sulfite d’anrmoniaque, ainsi (|ue d’essence de tér ébenthine, et on a ajouté quair-e gouttes seulement de soluturrr acjueux d’acide ar-sénieux. On a aussitôt recueilli des taches /rtrmes , larges , brillantes , évidemment formées d’ar-senic et de maiièi-e organique, taches dont l’aspect devait faire craindre la dil’ficulié

912 SUPPLlilVII'lNT AU TRAITÉJdKS RÉACTIFS,

(le rendre évident l’nrsenic par le procédé oïdinaire; et cepeiidani ces taches , traitées par (|uaire {jouttes d’acide niiritjue concentré et froid , se sont déiacliées en grande partie et ont disparu jiroinpteinent par la chaleur. La liqueur évaporée à siccilé a lais^e un résidu jaunàlre, lecjuel , refroidi, a innnédiateinenl développé une couleur rouge-brique , sous rinlluence d’une goutte de nitrate d’argent concentre.

» Ce l'ait vous prouverait, s’il en était besoin, messieurs, d’après tout ce qui précède, (|u’il u e;t pas si difficile de reconiiaîti'e les traces arsenicales, alors même iiue leur aspect ordinaire est masipié par une matière étrangèie.

» Des viscères de chiens non em|ioisoiinés ont été carbonisés ou incinérés par les procédés connus, et les produits, soumis, comme à l’ordinaire, dans l’appareil de Marsh, n’ont fourni aucune tache; ce (jui était facile à prévoir.

ï Le i4 itvril , à onze heures du matin , cjuaire chiens ont été empoisonnés.

» L’un avec i5 centigrammes d’acide arsénieux , l’autre avec 5o centigrammes du même acide, dissous dans l’eau, et le troisième avec Go centigrammes d’acide arsénieux pulvérisé,

» Lcî animaux n’avaient ni bu ni mangé depuis vingtquatre heures , et le poison a été introduit dans l’estomac ; on leur a lie l'œsophage et la verge.

» Ces animaux ont tous uriné pendant la ligature de l’œsophage.

J) Le quatrième chien fut empoisonné par l’application de i5 centigrammes d’acide arsénieux sur le tissu cellulaire de la cuisse. 11 était à jeun depuis vingl-quaire heures.

» Les trois premiers chiens sont morts (piatre à cinq heures après l’empoisonnement, tandis (|ue le (luatrième, empoisonné par absuiqition culance, n’est mort ([u’au bout de vingtsix licures.

» Il est à remarquer qu’à l’autopsie cadavérique on trouva

RAPPORT DE l’aCADIÊMIE DE MEDECINE. 2l3

cliez Ions la vessie plus ou moins dislenduc par de l’ni ine , dont la qnanlité pouvait s’élever à G4 {jrammes; dans une circonstance pins récente, la même expérience, répétée sur d’autres animaux, a fourni pins de 126 (^lamines d’urine chez le même animal.

» La présence de l’arsenii; dans ces urines n’a pu être consia'ée dans toutes; mais ce qui est incontestable, mal{jré l’enipoisonnemenl aigrit , c’est que la sécrétion urinaire n’a été arrêtée chez aucun.

» L’urine du chien empoisonné par i5 centigrammes d’acide arsénieux, dissous et ingérés, a fourni d’abondantes taches arsenicales, tandis que l’urine du chien empoisonné par 3o centigrammes du même acide, et également ingérés, n’a pas donné la moindre trace arsenicale. Il en a été de même de l’urine du chien mort sous l’influence toxique de i5 centigrammes d’acide arsénieux appliqués sur le tissu sous-cutané de la cuisse; et telle est la mobilité extrême de ces sortes de fonctions dans ces circonstances anormales , que la même expérience répétée sur un autre chien, de la même manière , a fourni une urine très arsenicale. Au reste, la commission de l’Institut, dans son rapport, a aussi mentionné deux faits en tout semblables à ce dernier.

»Pour vous donner une idée, messieurs, de la facilité avec laquelle on prouve la présence de l'arsenic dans les viscères empoisonnés par absorption de ce toxique, et de l’abondance avec laquelle on le recueille, je vous citerai un seul des laits que M. Orfila nous a démontrés, et qu’on jieui vérifier à volonté.

» Le îoie du chien empoisonné par ingestion , avec 10 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans l’eau , fut desséché et carbonisé par ti-ois fois son poids d’acide nitriiiuc concentré; le charbon, misa bouillir pendant vingl-cin(| minutes avec de l’eau distillée, donna un décoclum ijui fut filtré et introduit dans l’appareil de Marsh préalablement essayé; il a

2i4 SUPPriblENT AU TRAITÉ DES REACTIFS, lüui'iii aiissiiüt une (juiiniité considérable de lâches arsenicales brunes cl brillâmes.

» Après avoir recueilli quaranie de ces lâches environ dans deux peiiies capsules, on a subsiiiué au lubeijui conduisait le j^az un tube plus long, dans une parlie duquel on avail placé de i’ainianle ; peu de ininuies après avoii- chauffé celuici avec la lampe à l'alcool , on vil se former un anneau d'arsenic métallique , en même lenips qu’on continuait à recueillir des taches à l’extrémité du lube. Après avoir ainsi recueilli de l’arsenic pendant une heure environ , on a cessé l'expérience , encore bien que l’arsenic continuât à se dégager.

» Jugez , messieui’s , d’après cette expérience remar(|uable et si probante, s’il est possible a un expert, même peu exêrcé, de mécoimaîîre un empoisonnement chez l’homme mort sous l’influence de l’arsenic , et veuillez remarquer que le viscère a été carbonisé par l’acide nitrique, agent reconnu aujourd’hui un peu moins sensible que l’acide sulfurique ou le nitrate de potasse pour découvrir les atomes d’arsenic. Occupons nous maiiiienanl du procédé d’incinération parle nitrate de potasse.

» Rapp avait proposé l’emploi de ce sel , il y a plus de trente ans, dans les cas d’empoisonnement par l’arsenic, où l’examen des matières liquides et solides comenues dans le tube digestif n’avait fourni aucune trace de poison; ce chimiste recommandait alors d’expérimenter sur la substance même du tissu membraneux de l’oiga.ie, en faisant d’abord bouillir quelque temps tians l’eau distillée, et eu cas de résultat négatif, de jjrocédm- à la destruction complète du tissu organique, à l’effet d’en éliminer les parcelles de poison qui y seraient restées profondément engagées ou combinées. Telle était alors la dernière, limite, reeoimue possible, de l’investigation chimi(|ue dans les empoisonnements iiar l’acide arsénieux ; on supposait bien (juc le poison avail pu être absorbé, porte dans le torrent circulatoire et amené au sein de tous les vis-

RàPrORT DE l’académie DE MÉDECINE. 21 5 cères, mais on ne pouvait acquérir h preuve malérielle ûe ce fait supposé , on la regardait comme au-dessus des ressources de la puissance chimique j et celle conviction a prévalu jusqu’aux travaux de M. Orfda, qui en a fait justice.

» Voici comment Rapps’y prenait pour extraire l’arsenic du tissu même du tube digestif: il l’incisait eu petites lanières , qu’il faisait dessécher à un feu doux, et qu’il réduisait ensuite en fragments les plus menus possible ; d’un autre côté, il introduirait dans un matras à fond plat et à long col 5 1 grammes desel de niire bien pur, plaçait le tout sur un bain de sable, et faisait chauffer jusqu’à fusion ignée du niire ; c’est alors qu’il ajoutait par parties les portions du tube digestif desséché , comme il vient d’être dit; il attendait que la déflagration produite par une première addition de matière organique fût complètement terminée ; il en faisait ensuite une seconde, et ainsi de suite jusqu’à épuisement complet de la matière ; alors il laissait refroidir le vase , et dissolvait le produit dans l’eau bouillante, et après quelques précautions chimiques qu’il est inutile de citer, il précipitait l’arsenic par l’hydrogène sulfuré , et revivifiait le métal de son sulfure par les procédés connus.

» Tel est , messieurs , ce procédé de Rapp , dont le nom a été quelquefois prononcé dans celle enctinie; il était alors un progrès qu’il est juste de reconnaître, et dont il ést juste de faire hommage à la mémoire de ce médecin-chimiste.

» Mais on ne larda point à constater que ce procédé exposait à des pertes d’arsenic , et à reconnaître que le moyen d’y obvier autant que possible serait de sursaturer de niire , en quelque sorte, toute la substance même du tissu après l’avoir ramollie dans l’eau chaude, d’en constituer une sorte de pâte homogène, laquelle, desséchée et projetée dans un creuset de liesse rouge de feu , pùl à l’instant, (tar une déflagration prompte, rapide et instantanée, brûler toute la matière animale, et déveloftper une quantité de gaz combii-

aiô SLl'PLJÎMKJNT AU TKAlXÉ DliS KHACTIFS.

raiit propre à iransl'oi nier immeiliaiemenl l’acide arsénieux en une conibaiaisun plus oxijjénée et fixe au feu le plus violent , sous rinfluence d’un alcali éner{>ique comme la potasse. Telleest, messieurs, l’idée cpi’a eue M. O (ila et qu’il a mise heureusement à exécution dans le procédé que je vais déciâre.

«Procédé. Si on a affaire à un liejuide suspect, on y dissout du tiitraie de potasse, et on le fait évaporer à sicciié, en ayant soin de bien l emuer la masse , pour en former un tout hoinojjène ; telle est, par exemple, l’urine, etc.

iSi ou a affaire à une matière molle ou solide, comme le foie, la rate , et ., on la broie dans un mortier d’agate ou de verre , avec le double à peu près de son poids de nitre ,• on pétrit le mélangé avec la main, de manière à déchirer le tissu et à le réduire en une bouillie épaisse, dans laquelle le nitrate de potasse se trouve également réparti; on fait dessécher la masse dans une capsule de porcelaine à m e douce chaleur, en agitant de temps en temps.

«Cette opération faite, le mélange est dans le cas d’être soumis a la déllagraiion; à cet effet, on chauffe au rouge obscur un creuset de Hesse neuf, et on y ajoute par pincée le mélange organo-salin jusqu’à épuisement de la matièi c.

»Si dès la première pincée , toutefois, le produit de la déflagration , au lit U d’étre blanc ou simplement grisâtre, était encore charbonneux, ce serait une preuve que la proportion de nitre n’aurait pas été assez forte pour iiuinérer toute la matière animale: il faudrait alors y remédier, en ajoutant au mélange une nouvelle proportion de sel comburant capable de produire un résidu salin tel que nous l’avons prescrit.

» La réussite certaine de l’opération se trouve donc subordonnée à cette petite déflagration à litre d’essai.

«Lorsque toute la masse a subi la déflagration , son produit se trouve à l’état de fusion ignée dans le creuset ; on l etire celui-ci du feu , et quand il est assez refroidi pour (jucla matièn'o ait acquis une consistance molle , on verse dans le creu-

RAPPORT Kl' l’aOAüÉMIE DE MÉDECINE. 21 7

sel , et par très peiiies parlies , un peu d’eau dislillée , afin de délayer celte matière ei de pouvoir la verser dans une capside de porcelaine. Si une partie de la niasse saline restait adliérenie au creusel, on la détacherait en faisant bouillir dans celui-ci une petite ((uauiiié d’eau que l’on verserait ensuite dans la capsule de porcelaine.

» On décompose ensuite la masse saline par de l’acide sulfurique concentré et pur, que l’on emploie par petites parlies et jusqu’à ce qu’il n’y ail plus d’effervescence : alors on fait bouillir pendant un quaiT d’heui’e , une demi-heure ou une heure, suivant la pro|)oriion de matière sur laquelle on aj^it, afin de chasser la totalité des acides nitrique et nitreux. Pour faciliter le déga^jement des dernières portions de ces acides , on ajoute avec pi écauiion , loi sqne la masse est épaissie , 4o à 5o grammes d’eau distillée, et on fait bouillir pendant quel- (|ues minutes : il est indispensable de chasser entièrement les acides niiricpie et nitreux, pour ne point enrayer, d’une pan, le dégagement du gaz hydrogène, et de l’autre , éviter les explosions.

» Ce fait accompli , on reprend par l’eau le produit de l’é- \aporaiion saline , elle soluium est introduit dans l’appareil de Marsh.

«Tel est, messieurs, le procédé d’incinération parle nitrale de potasse; procédé de Rapp modifié, ainsi qu’on l’a avec raison désigné, et que nous devons à M. Orfila.

fl li donne de prompts résultats d’une neilelé et d’une précision d’autant plus grandes que toute matière organique a été anéantie ; aussi l’arsenic ou les taches arsenicales produites par ce moyen chimique présentent-elles tous les caractères physiipies et chimiques qui leur sont propres. Sous ce l ap'port , il n’y a pas à hésiter entre ce procédé et celui (pii ne donne pas , il faut l’avouer , des taches aussi fianchemi ui arsenicales à lu vue.

» Sous le raj)porl de la .sensibilité dans les résultats , elle

2i8 supplément au traité des réactifs.

est à peu près la même de part et d’autre; toutefois, nous avons été témoin, dans le laiioratoire de la Faculté, d’une expérience comparative des deux procédés sous ce dernier rapport, et le nitrate de potasse a donné des résultats réellement supérieurs en abondance de produit.

» Quoi qu’il en soit, messieurs les experts, à quelque procédé qu’ils aient recours, pourront avoir la certitude qu’ils arriveront acilenient à la vérité en employant, soit l’une , soit l’autre méthode,

» Il est un dernier point qui nous reste à traiter ; il est relatif à la crainte qu’on pourrait avoir de trouver du zinc arsenical , zinc impur dont l’emploi dans l’appareil de Marsh pourrait conduire à des eri-eurs déplorables.

» Déjà M. Orfila vous a fait connaître qu’il avait examiné plus de cinq cents échantillons de zinc pris dans le commerce, et que , sur ce nombre considérable , il n’en avait trouvé que deux ou trois arsenicaux. Ainsi qu’on l’a dit ailleurs, il faut préférer autant que possible pour cet usage le zinc laminé au zinc en plaques du commerce ; le zinc qui a pu passer au laminoir a déjà , par cela même , donné une garantie contre tout alliage avec de l’arsenic; mais nous pensons qu’on peut en toute sécurité employer le zinc en grenailles , après avoir pris toutefois les précautions indiquées en pareil cas ; pour convaincre la commission sous ce rapport, M. Orfila l’a rendue témoin d’une expérience faite sur une grande échelle et sans exemple jusqu’alors.

» Il a introduit 2 kilogr. de zinc en grenailles dans un grand flacon à deux tubulures et de l’énorme capacité de 1 1 à 12 litres; il a monté l’appareil et l’a luit fonctionner comme celui de Marsh , pendant deux jours; on avait eu 1q soin de faire traverser le gaz dans deux tubes en U communiquant l’un à rautre par des tubes en caoutchouc, et remplis, le premier, de fragments de verre mouillés d’une dissolution aqueuse d’acétate de plomb; le second de fragments de

RAPPORT DE l’académie DE MEDECINE. Î2 1 9

même nature mouilles d’une dissolution de sulfate d’argent, ainsi que cela avait ilcjà été fait par M. Dumas.

» L’expérience avait pour but de s’assurer si celle grande masse de zinc abaïuloimerail (pielques parcelles d’arsenic.

B Le premier tube rempli de dissolution plombiquea noirci dans sa partie supérieure , et celte action était évidemment due à un peu de gaz sulfliydrique dégagé par suite de la présence d’un peu de sulfure dans le zinc; mais tous les fragments de verre mouillés par la dissolution argenlique avaient fortement bruni , ou pouvait donc craindre qu’une quantité notable d’hydrogèiie arsénié ne se fût développée et eût réagi sur la dissolution de sulfate d’argent.

» L’expérience ne larda pas à prouver qu’il n’en était rien; tous ces fragments de verre brunis furent à l’instant décolorés par l’acide iiitri(|ue bouillant et étendu de deux fois son volume d’eau ; le solutum nitrique , précipité par l’acide chlorhydrique , filtré , évaporé à sicciié. el le résidu, repris par l’eau, introduit dans rai)pareil de Marsh, ne donnèrent aucune tache. '

» Ainsi la dissolution argenlique avait donc noirci parla seule action désoxigénante du courant de gaz combustible , sans la présence d’aucune parcelle arsenicale. Ce fait devra être noté et rendi é fort circonspect dans l’application du procédé de M. Lassaigne , de manière à ne pas se fi’apper l’esprit qu’il doit y avoir de l’arsenic, par cela même qu’on aura vu la liqueur argenlique noircir en laissant précipiter de l’argent métallique.

B Messieurs, après les développements étendus dans lesquels nous sommes entrés , et que , vu la haute gravité delà question, il ne nous a pas été possible de l'estreindre, nous arrivons enfin aux conclusions (|ui doivent terminer ce rapport.

»A. Pour ce (|ui concei-nc les deux assertions capitales, faites par MM. Flandin et Danger, savoir :

« 1“ Qu’il est possible de confondre les vraies taches arse-

220 SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DES RÉACTIFS, nicales avec cl’aulres qui en pmen^eraieui jusf|u’à un ccriain point la plupart des propriétés physiques et des caractères chim/qtics ;

» 2® Que les animaux en proie à un empoisonnement aigu par l’arsenic n urinent pas ;

> Nous (lirons :

» i“ Obtient-on des taches en carbonisant ou en incinérant par les procédés connus des viscères à l’état normal ? Non.

i 2°L’arsenic retiré des viscères des animaux empoisonnés offre-t-il tous les caractères de ce métal, de manière à ne pouvoir le méconnaître? Oui.

i 3° Les taches arsenicales peuvent-elles être confondues avec d’autres taches, et notamment avec celles qui sont produites par la matière indiquée par HJM. Flandin et Danger? Non.

» 4" Enfin, les animaux empoisonnés d’une manière aiguë par l’arsenic urinent-ils? Oui.

j> Notre réponseà l’égard desdeux assertions de MM. Flandin et Danger n’est donc pas douteuse ! Non ces deux asser» tions ne sont point fondées.

» B. Quant au procédé par carbonisation , adopté par ces messieurs, nous le regardons comme bon; toutefois il ne doit point être préféré au procédé par incinération, au moyen du nili'ate de potasse, tel que nous l’avons décrit d’après 3f. Orfila ; sous le rapport même de la netteté, de la sensibilité eide l’aspect métallique du poison, ce dernier procédé est supérieur à l’autre.

» G. Enfin , tout en reconnaissant que l’appareil inventé , par MM. Flandin et Danger, pour convertir en acide arsénieux l’arsenic dégagé de l’apjiareil de IMarsh, est bien imaginé, nous pensons (pi’il faut piéférer le lid)e modifié, tel que nous l’avons indiqué , parca; qu’d est plus simple , d’une application beaucoup plus facile et qu’il doiiue des résultats aussi satisfaisants.

RAPPORT DK i/aCAPÉMIE DE MÉDECINE. 2^1

D D. Pour ce qui reguide les ir;iv:uix de M. Oi füo , dont l’exactilude et la pi écisiun avaieiK éié mises en doute sous le point de vue des applications iiiéuico-legales , il ressort évideinineni de ce rapport que ces doutes n avaient aueun fondement.

j> E. Considérant , toutefois , les efforts laborieux de JIM. Flandin et Danger, pour tâcher d’éclairer une haute question d’intérêt social, la commission vous propose, à ce titre, de leur voter des remerciements.

» F. Quanta M. Oi fila, la commission s’abstiendra de toute proposition àsoné.gaid; l’intérêt soutenu que l’Académie a porté à tous les travaux de notîe savant collègue , les marques d’estime dont elle les a toujours honorés, en ordonnant à diverses reprises et par des dispositions tout exceptionnelles la double insertion de ses travaux dans le Bulletin et les Mémoires de la Compagnie, ont dû être et seront toujouis, sans aucun doute, pour M. Orfila la plus douce récompense (ju’il pouvait ambitionner.

ï G. Quant à votre commission , messieurs , sa mission étant terminée, il ne lui reste qu’à émettre le vœu d’avoir, par le présent rapport , répondu à votre attente. »

Conclusions adoptées par V Académie voyede de médecine.

Des faits et documents consignés dans ce rapport nous concluons :

1° Que par suite de carbonisations ou incinérations incomplètes des matières animales, on obtient quelquefois, en se servant de l’appareil de Marsh, des taches qui , sans être arsenicales, peuvent en avoir l’apparence ;

2“ Qu’il n’est pas jrossible de confondre ces taches avec les taclii's arsenicales, lorsqu’on fait intervenir l’action des agents chimiques;

3® Que parmi tous les modes de carhoni.sation ou d’in-

22f2 SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DES RÉACTIS.

cinéralion qui ont été proposés pour la destruction des matières animales , dans les recherches toxicologiques relatives à l’arsenic, deux procédés viennent en première ligne : la carhonisation par l’acide sulfurique, proposée par MM. Flandin et Danger, et l’incinération par le nitrate de potasse, telle qu elle a été adoptée par M. Orfila. Chacun de ces procédés ayant ses avantages particuliers , l’expert, dans le choix qu’il en fera, aura k se décider suivant les circonstances et l’état des matières;

4° Que le procédé inventé par MM. Flandin et Danger pour convertir en acide arsénieux l’arsenic éliminé par l’appareil de Marsh, est bon et ingénieux; mais que la Commission lui préfère le dernier procédé de M. Orfila, et surtout celui proposé par l’Institut;

5° Que M. Orfila a le premier démontré chimiquement la présence de l’arsenic dans fensemhle des organes des animaux empoisonnés, et que les travaux communiqués par lui à l’Académie sur ce sujet ont été reconnus exacts par la Commission;

6“ Que la sécrétion urinaire n’a pas été suspendue chez les animaux soumis sous nos yeux à l’action de l’arsenic ; mais que les expériences n’ont pas encore été assez nombreuses et assez variées pour que l’on puisse , quant à présent , déterminer rigoureusement l’influence de l’arsenic sur la fonction indiquée ci-dessus;

y® La Commission, voulant reconnaître! intérêt du travail de MM. Flandin et Danger, travail qu’ils ont en partie communiqué à l’Académie, dans le but d’éclairer une haute question de médecine légale, vous propose de leur voter des remerciements et de les inscrire comme candidats pour l’une des places qui viendraient à vaquer à l’Académie.

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