DE LA FORME CRISTALLINE DES CORPS
Les cristaux des divers sels sont en général d’une homogénéité bien complète, et terminés par des faces planes et des angles. C’est par la mesure de leurs angles plans, au moyen de rinstrument nommé goniomètre, que l’on détermine lu classe à laquelle ces cristaux se rapportent.
Cette forme doit être considérée comme constante dans les molécules intégrantes ; du moins nous sommes portés à le croire par induction. En effet tous les cristaux peuvent être amenés, par des divisions successives, qui présentent diverses formes secondaires, à une forme primitive qui ne varie plus, à quelque point qu’on pousse la division; et l’on conçoit que l’union des atomes pour former un cristal bien homogène est possible en raison de l’identité des formes de ces atomes..
On explique ainsi comment dans plusieurs sels mélangés, la forme semblable des atomes de chacun détermine la réunion de leurs rudimens , au point de les isoler parfaitement purs au moyen de la cristallisation ; c’est ainsi
10 TRAITE DES REACTIFS.
qu’on peut séparer Fun de l’autre dans une même solution , le sulfate de fer de Falun , le borax du sulfate de soude, etc., etc.; quelquefois les sels mélangés entr’eux affectent la forme cristalline de Fun des composans, de celui même qui est en moindre proportion ; ainsi le sulfate de fer et le sulfate de cuivre cristallisant ensemble, la forme appartient au sulfate de fer tant que ce sel y est dans la proportion de 9 à 10 centièmes. Le même phénomène a lieu pour un mélange de sulfate de fer et de sulfate de soude , pourvu que la proportion de ce dernier sel soit au moins de i5 centièmes. Enfin, la forme du sulfate de fer , est encore celle que prend un mélange de sulfate de fer, de sulfate de cuivre, et de sulfate de zinc, bien que Fanalyse n’ait démontré dans ces cristaux que 5 centièmes de sulfate de fer {Beudant). Plusieurs matières dérangent la forme cristalline de certains sels. Ex. , Furée et le sel ammoniaque. - — L’urée et le sel marin.
M. Boutron Charlard, pharmacien de Paris, a remarqué qu’un sel composé de 66,7 de sulfate de potasse et de 43,3 de chrômate de potasse vendu dans le commerce sous le nom de chrômate de potasse, était cristallisé en prismes à 4 ou six pans , terminés par des pyramides à 4 ou 6 faces, tandis que le chrômate de potasse pur cristallise en prismes rhomboïd aux, réguliers; on aurait donc pu reconnaître la fraude à la seule forme cristalline.
En général on peut reconnaître tous les sels cristaîlisables à la forme particulière que chacun d’eux affecte en cristallisant dans sa solution pure, et dans tous les ouvrages de chimie on trouve indiquées les formes cristallines comme des caractères très-utiles à observer. On peut citer comme exemple les cristaux des sels formés de soude et de divers acides :
TRAITÉ DES RÉACTIFS. * î
Sous carbonate de soude octaèdres composés de deux pyramides appliquées base à base.
Sous borate de soude prismes hexaèdres dont deux des côtés sont beaucoup plus larges , et terminés par des pyramides trièdres.
Sous phosphate de soude , prismes rhomboïdaux à angles aigus de 6o° et dont les angles obtus sont de 120°.
Sulfate de soude 5 prismes à six pans ordinairement cannelés terminés par des sommets dièdres.
Le sulfite, l’arseniate, le chrômate, le tungstate, le benzoate et le tartrate de la même base, ont aussi des formes particulières qui permettent de distinguer tous ces sels.
On peut encore citer comme exemple de ces particu*» laritésdans l’arrangement des molécules , la cristallisation des sulfates de soude , dépotasse et de magnésie; le premier comme nous l’avons vu, cristallise en prismes à 6 pans ordinairement cannelés terminés pardes sommets dièdres.
Le second cristallise en pyramides hexaèdres ou en prismes très-courts à six pans terminés par une ou plusieurs pyramides à 6 faces.
Enfin le sulfate de magnésie est cristallisé en prismes à 4 pans terminés par des pyramides à 4 faces ou par des sommets dièdres.
Quelques sels se rapprochent les uns des autres par leurs formes, tels sont le sulfate et l’acétate de soude, mais on peut, en général, profiter de la propriété qu’ont un grand nombre de corps de prendre une forme particulière bien déterminée pour les reconnaître , en ayant soin d’éviter cependant les erreurs que la forme cristalline pourrait causer si on donnait aux indices qu’elle procure
13 TRAITE DËS RÉACTIFS.
une extension inconsidérée. ( Voyez le savant ouvrage
d’Haüy sur la cristallographie. )
POIDS SPECIFIQUE,
C’est une propriété inhérente aux divers corps, d’avoir sous le même volume des poids différens ; ces poids, plus ou moins considérables , tiennent à la nature et au rapprochement plus ou moins grand des molécules, cet état dépend de l’affinité, de la pression , de la température, etc. On conçoit que c’est en comparant entr’eux les volumes des différens corps que l’on obtient cette relation nommée pesanteur spécifique , ou mieux, poids spécifique ; ainsi le poids spécifique des gaz s’obtient en emplissant successivement de chacun d’eux, un même ballon dans lequel on a fait le vide le plus parfait possible , c’est à dire à un demi millimètre de pression; mais comme les poids spécifiques des gaz dépendent non seulement de leur nature , mais encore de leur température et de la pression qu’ils supportent, il faut tenir compte de ces deux causes en déterminant ces poids; on doit observer encore quelques autres précautions dont les principales sont indiquées dans l’exemple suivant.
Si l’on veut déterminer le poids spécifique de l’air, il faut prendre un ballon d’environ cinq litres et dont la capacité soit connue, bien sec et muni d’un robinet, on l’adapte en le vissant, sur le tuyau de la platine d’une excellente machine pneumatique, et l’on opère le vide jusqu’à ce que l’éprouvette indique \ millimètre de mercure de pression; on ferme le robinet, on dévissé le ballon, on le pèse exactement, puis on adapte à la partie supérieure du robinet un petit tube recourbé qui com-
TRAITÉ DES REACTIFS. l5
üiunique avec un tube de 10 a 12 millimètres de diamètre, et de 7 à 8 décimètres de long rempli de petits morceaux de chlorure de calcium ( muriate de chaux fondu), on tourne alors doucement le robinet afin que l’air atmosphérique traverse lentement les interstices que laissent entre eux les morceaux de chlorure de calcium , et qu’il se déssèche complettement par son contact avec ce corps avide d’eau; lorsque le sifflement, formé par l’introduction de l’air, a cessé , on attend 4 ou 5 minutes afin que la température intérieure du ballon soit la même que celle extérieure ; on tient compte de cette température ainsi que de la Hauteur du baromètre, on ferme le robinet, on enlève les tubes qui y sont adaptés; pesant de nouveau le ballon on retranche le premier poids du second, et divisant le nombre qui exprime la différence parle nombre de litres que contient le ballon, on obtient le poids d’un litre d’air. On trouve ainsi qu’un litre de ce fluide pèse 1,2991 à la température de zéro et sous la pression de 76 centimètres.
S’il s’agit de déterminer le poids spécifique de la plus part des autres gaz , il faut modifier ce procédé de la ma- %nfère suivante; le gaz dégagé d’une cornue, d’un ballon ou de tout autre vase, se rend dans un grand tube rempli de chlorure de calcium ; il se dépouille de toute son humidité et arrive sec, par un petit tube recourbé, sous une cloche placée sur la cuve à mercure ; de cette cloche dont la capacité est ordinairement d’un litre environ, et qui est surmontée d’un robinet; il passe peu à peu dans le ballon qui est vide , et que l’on a préalablement pesé avec soin. Le ballon étant plein de gaz , et le mercure au même niveau intérieurement qu’extérieure-
*4 TRAITE DES REACTIFS
ment, on ferme le robinet du ballon et celui delà cloche, on le pèse, et on en conclut le poids spécifique du gaz examiné (i). Si l’on prend l’air pour commune mesure on a les rapports suivans :
(i)Pour donner plus d’exactitude à l’expérience, on ne doit recueillir le gaz dans la cloche que lorsqu’il est bien pur , c’est à dire quand tout Pair des vases est chassé, et rejeter les premières portions de gaz arrivéesdansla cloche , afin d’entraîner les petites bulles d’air adhérentes aux parois j faire passer le gaz de la cloche dans le ballon avec lenteur, et plutôt par intermittences que d’une manière continue.
Enfin si les gaz essayés avaient quelque action sur le mercure ou sur la cire des robinets j il faudrait introduire le tube recourbé de manière à ce qu’il plongeât au fond d’un flacon de deux à trois litres, et qu’il remplit presque toute la capacité de l’ouverture duflacon; il faut,, lorsque le gazpasse dans le flacon, le laisser se dégager pendant quelques minutes entre les parois de l’ouverture des flacons, et celles de l’extérieur du tube, afin d’être assuré que tout Pair en est chassé ; enlever ensuite , avec adresse , le tube engagé dans le flacon, fermer celui-ci avec un bouchon à l’émeril, peser le flacon dans cet état, et comparer le poids net avec celui de l’air déterminé d’avance pour la capacité des flacons, { Voyez pour plus do détails 3 les divers traités de physique ),
Gaz hydriodique. . . , # .
fluorique silice» ; . . .
* — — cbîoro-carbonique. . . .
— “ chlore.
— - oxide de chlore . . . , " — fîuo-borique. « « , , .
sulfureux.
“ cyanogène,
— — — protoxîde d’azote, . , .
— — acide carbonique. . ,, .
- acide hydro-chlorique, . ,
TRAITÉ DES RÉACTIFS. , l5
Gaz bydro-sulfurique . 1,1912
- oxigène . i,io36
- deutoxide d’azote . i,o388
- hydrogène percarburé , . . . 0,9795
- azote . . . . 0,96g!
- oxide de carbone . 0,9569
- - hydrogène phosphuré . 0,8700
- ammoniac . 0,5967
* - hydrogène proto-carburé. . . o,555o
- hydiogène arsénié . 0,5290
- vapeur d’iode . 8,6195
— — — vapeur de térébenthine. . . . 5,oi5o
— - d’hydropercarbure de chlore, . , 3,4404
- nitreux» . , . . , . . . , 3,1764
— — — de sulfure de carbone . 2,6447
- d’éther sulfurique. ..... 2,586o
- d’éther hydrochlorique. . . . 2,2190
- d’acide chloro-cyanique ... 2,iti3
- d’alcool absolu. i,6i33
- d’acide hydro-cyanique, . . . 0,9476
- vapeur d’eau ....... o,6235
- de carbone . 0,4160
— - hydrogène ........ 0,0782