‹ Traité élémentaire d’histologie humaine normale et pathologique précédé d’un exposé des moyens d’observer au microscopeChapitre 6 sur 40 · G. MOREL · texte numérisé non relu

G. MOREL

Novembre 1863.

TRAITÉ

D'HISTOLOGIE HUMAINE

IIXTRODUCTIOIV.

DE L'EMPLOI DU MICROSCOPE, DES PRÉPARATIONS MICROSCOPIQUES ET DE LEUR CONSERVATION.

L'ouvrage que je publie étant principalement destiné aux jeunes gens qui veulent se livrer à l'élude pratique de l'histologie, je ne décrirai que les instruments indispen- .sables, ou tout au moins les plus utiles, pour les recherches micrographiques.

Et d'abord, avant d'entrer en matière, je dois dire que M. Nachet a rendu un véritable service à la science, en nous donnant des microscopes dont la construction est aussi parfaite qu'on puisse le désirer pour le moment, et dont le prix, relativement très-modéré, les rend accessibles à la modeste bourse de l'étudiant. Aussi je ne saurais trop recommander les instruments qui sortent des ateliers de cet habile consti-ucteur.

MOREL. ilislol. l

Microscope n° VII (Microscope petit modèle). La base de ce microscope est formée d'un disque lourd et large; de cette base s'élève une colonne supportant la platine P ou table , sur laquelle se placent les objets qu'on doit examiner; audessus de cette platine s'élève le prolongement de la colonne, dont le rôle devient le plus important du mécanisme d'un microscope, c'està-dire le mouvement lent d'ajustement au foyer qui est construit de la manière suivante: la colonne, creuse à l'intérieur, porte dans son axe une tige fixée solidement à la partie inférieure qui vient se terminer en haut par un filet de vis; autour de cette tige s'enroule un ressort spiral qui a pour fonction de forcer constamment à s'élever le tube A, glissant sur l'extérieur de la colonne. Gomme ce tube porte lui-même la lunette horizontale recevant le corps B, sur lequel se vissent en 0 les objectifs, on voit que ce ressort tendra à élever et à éloigner l'objectif de la platine P sur laquelle est placé l'objet. Mais la tige traversant le chapiteau du tube extérieur A est garnie d'un écrou à rondelle mollette V, vissant librement sur l'extrémité filetée de cette tige et comprimant par conséquent la lunette horizontale maintenue

FiG. 1". Microscope petit modèle

Dii l'emploi du microscope. 3

uinsi e|,itre la pression élastique du ressort et celle du boulon moUcté V; de sorte que quand on tourne ce bouton de droite à gauche, c'est-à-dire quand on le dévisse, le ressort force la lunette horizontale à suivre le mouvement d'éloignement produit par cet écrou et éloigne le corps B de la platine; au contraire quand on le visse, c'est-à-dire qu'on le tourne de gauche à droite, le ressort obéit et, cédant à l'impulsion du bouton, oblige le corps B à descendre et à se rapprocher de la platine. Les deux mouvements sont donc régularisés par la force constante du ressort et jouissent d'une égalité d'action presque absolue; on évite ainsi un grave défaut de la plupart des vis, nous voulons parler du /c/«^sjt?^ré/M ou manque d'obéissance à l'impulsion; ce défaut est extrêmement nuisible à l'interprétation des objets qu'on examine, le mouvement lent étant la main du miscroscope destinée à présenter à Tœil la succession des différents plans constituant un objet, on conçoit que si, par suite de soubresauts dans la vis, certains de ces plans ou de ces contours passent trop rapidement hors du foyer, l'objet devient incompréhensible. Pour que ce mouvement s'opère bien dans la verticale, les deux tubes du mouvement lent sont reliés entre eux par un coulisseau curseur fixé au tube intérieur et glissant dans une fenêtre pratiquée sur le tube extérieur; on évite ainsi le déplacement des images, qui se produit toujours dans le cas où l'objectif ne descend pas perpendiculairement sur la platine; cet inconvénient est facile à constater dans les microscopes de mauvaise construction, principalement dans les microscopes dits à crémaillère, dans lesquels la mise au point se fait par un engrenage.

Le corps B, glissant dans le tube C, sert à placer approximativement l'objectif à la distance focale, c'est ce qu'on appelle le mouvement prompt; ce mouvement s'effectue très-facilement en faisant tourner le corps pendant qu'on le force à descendre, de sorte qu'on lui fait décrire une hélice; le mouvement est ainsi très-doux, très-régulier et on ne risque pas de frapper la préparation avec l'objectif, comme on le ferait sûrement si on descendait le corps par une pression en droite ligne; toutes les personnes qui ont manié une lunette de campagne connaissent déjà l'avantage d'imprimer un mouvement de rotation au tube en même temps qu'on le fait avancer; dans le microscope cela est de toute nécessité, si on veut ménager les préparations qui peuvent être touchées à tout instant par la lentille. Le corps B est formé de deux tubes rentrant l'un dans l'autre, de manière à pouvoir se rapetisser jusqu'à n'avoir plus que 13 centimètres; on a ainsi l'avantage de diminuer à volonté le grossissement par suite de ce fait qu'en rapprochant l'oculaire de l'objectif, on prend des images plus petites de l'objet. L'éclairage dans ce microscope est disposé ainsi: pour les objets transparents on se sert du miroir M, monté entre deux pivots sur un arc fixé lui-même sur une rondelle tournant dans le milieu de la base du microscope; à l'aide de quelques mouvements on éclaire facilement l'objet, la lumière envoyée est alors directe, c'est-à-dire qu'elle marche suivant l'axe du microscope. Ce miroir est disposé aussi pour donner de la lumière oblique; voici comment: il n'est pas relié directement à la rondelle du centre du pied, mais il

DE l'emploi du microscope. 5

est attaché à celle-ci par deux articulations développées; la réflexion s'opérant sur le miroir en dehors de l'axe, la lumière est projetée obliquement sur l'objet, et certaines ombres importantes pour la détermination des contours apparaissent. La rondelle à laquelle sont attachées les articulations pouvant décrire une circonférence complète, le miroir prendra à volonté des positions excentriques, à droite, à gauche, en avant etc., pour illuminer l'objet dans toutes les directions jugées importantes. Lorsqu'on a à éclairer des objets opaques qui ne peuvent pas laisser passer la lumière du miroir, il faut employer la lentille L; on l'amène par le bras articulé au devant de la lumière, de façon à projeter un pinceau de lumière sur Tobjet; en général cet éclairage suffit pour les injections et autres corps opaques qu'on a à examiner en anatomie, seulement on est limité quant au grossissement; on conçoit en effet que, si un objectif s'approche très-près de l'objet, il sera impossible de faire arriver la lumière sur le point à observer. La platine est munie de deux organes assez nécessaires, ce sont: 1" une rondelle tournante D, porteur de petits trous passant sous l'ouverture centrale et destinés à diminuer la largeur du pinceau éclairant ou à le faire dévier un peu; 2" de petites pinces entrant dans des trous placés à l'arrière de la platine; ces pinces servent à fixer les lames de verre sur lesquelles on prépare les objets ; enfin l'ouverture centrale de la platine est munie d'un pas de vis pouvant recevoir les appareils accessoires, tels que: appareils de polarisation etc.

Ohjectifs à immersion. Amici a introduit, il y a dix ans, dans la construction des objectifs un nouveau principe, en faisant plonger la lentille inférieure d'un objectif dans une goutte d'eau placée sur le verre mince recouvrant la préparation. Ce système a des avantages considérables sur les objectifs ordinaires; en supprimant la lame d'air existant entre le verre mince et la surface de la lentille, on augmente d'abord la lumière en gagnant tout ce que la lentille frontale renvoyait de rayons parla réflexion, et cette portion de lumière est plus considérable qu'on ne le pense généralement. Ensuite on augmente la netteté, parce que l'eau ayant un indice de réfraction rapprocbé de celui du verre, les rayons provenant d'un point de la préparation n'étant pas brisés à leur sortie dans l'air, s'épanouissent moins et concourent mieux à une bonne définition de l'amplification de ce point. 11 résulte aussi de la remarque précédente que l'achromatisme est plus parfait. Enfin la longueur du foyer est augmentée d'un quart environ, ce qui permet d'employer des plaques à couvrir plus épaisses.

On voit que l'application du principe d'immersion réunit de nombreux avantages. Amici avait recommandé l'emploi d'un liquide ayant le même indice de réfraction que le verre (huile de lin, glycérine etc.), mais cette précaution est à peine nécessaire si l'on considère l'ennui d'avoir à enlever des substances grasses appliquées sur la lentille. Il est préférable de se servir d'eau, mais il faut qu'elle soit tout à fait pure et fraîchement distillée, afin de ne pas laisser déposer des matières calcaires sur la lentille, dans

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