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Ainsi coroimé doit chevaulcher parmy la ville de Rome, et aler à Saint-Pierre ; et là prendre ses hommaiges des prélaz, princes et autres seigneurs et communitez qui tiennent de l'Empire. Et lors est dit vray Roy des Romains, c'est-à-dire vray Empereur. Et s'il ne fait tout ce qui est cy en escript, ne se peut dire vray Empereur, si non seulement Roy des Romains et des royaumes dont il est coronné.
Et s'il advenoit que aucun autre grant seigneur entreprinst la conqueste de l'Empire sur lui, le droit comme dit est veult ou'il le puisse honnestement et sans nul blasme faire. Et les préiaz, princes, communiiez et autres seigneurs de l'Empire, ne seroient point blasmez de lui obéyr véans et cognoissans clèrement qu'il le puisse faire et parfaire. Et cy fine la première manière comment l'Empereur se doit faire.
Cy après commence la deuxiesme manière comment les Empereurs se font :
Le Prince qui veult estrc Empereur par ceste deuxiesme maiiièro, c'estassa^■oir sans élection,
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272 TRAITK ÉLÉMENTAIRE
lui fault estre si très fort et puissant devant la cité d'Aix en Alemaigne, que nul ne le puisse grever ; et se aucun autre y est avant lui, que par bataille ou autrement il l'en puisse lever, et doit avoir l'enipererisse avecques lui, et le jour ensuivant entrer en la ville à très grande solennité. Et là, en la grande église, soy faire coronner à Roy des Alemans, et prendre ses homraaiges, si comme dit est dessuz. Et ce fait, a toute celle puissance, se besoing est, doit venir en Arle, à Milan et puis à Rome soy coronner tout ainsi comme dit est dessuz, et lors sera Empereur vray. Ainsi comme le tit Charlemaigne et d'autres, mais c'est moult peu. Et en ceste manière est fait plus haultement et honnorablement, dont pluseurs l'ont essayé qui y ont failly.
Cy après s'ensuit comment l'Empereur peut et doit faire nouvel Roy et nouvel royaume :
Le Prince qui veult estre Roy doit avoir du mains quatre duchiez l'une tenant à l'autre, ou
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autrement quatre contez poui' chascune duchié, et qui ne soient tenues de homme que de l'Empire ou de lui. Et en ces quatre duchiez doit avoir dix citez, dont l'une soit arceveschié que l'on dit province, ou autrement ne doit estre Roy. Et s'il les a, peut bien lionnestement par l'Empereur soy faire coronner Roy; car nul autre Roy ne le peut faire. Et se doit faire en la plus noble et puissant cité de tous ses pays, et d'icelui soy nommer Roy.
Cy après s'ensuit comment et par quelle manière les marquis ou contes se pevent et doivent faire ducz par l'Empereur ou par leurs Roys :
Quant ung marquis ou ung conte a quatre contez ou quatre baronnies pour chascune conté, l'Empereur ou son Roy le peut faire duc licitement ; et le doit faire en sa meilleure ville, qui doit estre cité; et d'icelle ou du pays pourter le nom de duc, ainsi que doit ung Roy de son royaume. Et tout en la propre forme que le Roy est coronné, excepté d'estre oinct. Et doit
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274 TRAITÉ ÉLÉMENTAlRt:
le duc estro enchappellé d'uiig très riche chappel d'or et de pierres précieuses par ledict prince, et le plus digne prélat doit faire le service, ou doivent estre qui peut autres princes, contes, prélaz, et nobles hommes à grant plante (1) pour honneur de la feste. Du surplus, comme de jouste, de dances, et d'autres festes et solennitt'Z le décret se délaisse, car il le remet à son plaisii-.
Comment se fait untj marquis on luuj conte :
Quant ung baron ou autre noble homme se veult faire conte, il faut qu'il ait (juatre baronnies, et en chascune baronnie ait soubz elle du moins dix nobles hommes pour lui faire honneur à ses besoings. Alors son prince le peut faire licitement conte, et autrement il fait tort à la dignité de conte ; et de son prince n'y peut estre, par son congié le peut faire ung prince ou marquis de plus grant dignité que conte.
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DL' m.ASûx 275
C'çstassavoir que, apréis le service de la solennelle messe chantée par ung prélat ainsi que dit est, le prince ou seigneur qui aura la commission sera assise et recevra l'cmmaige de lui^ et ce fait fera la commission ou privilège lire devant trestous. Et après ce par ung riche rubis ou dyamant l'envestira et mettra en possession de sa conté, laquelle sera nommée de la plus noble baronnie qu'il aura ; et de la noblesse et teste qu'il y fera, comme dit est. soit entendu à sou iioimeur et a sun plaisir.
Comment le conte ou aucun noble homme et puissant baron se peut faire marquis :
Quant aucun conte ou puissant baron se veult faire marquis, il fault que par raison il ait du moins cinq ou six baronnies, dont la meindre ait dix nobles hommes tous «es subgoz ; et se plus en a, c'est et sera l'onneur de lui. Et lors par son prince ou par son commis, lequel fault qu'il soit prince ou duc de plus grant dignité que marquis, en la grande église, et après le
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service do la grant messe cliantée par le prélat d'iceliii lieu, présent son prince ou autre qui aura la commission, ledit marquis estant à genoulx devant lui sera requis de renouveller et jurer hommàiges de ses baronnies réduictes a ung seul nom. c'estassavoir marquis de la plus noble cité qu'il aura. Et ce fait, le privilège de sa dignité sera là publiquement leu. Et lors le dit prince recevra son hommaige et foy de lui, et puis l'onvcstira et mettra en possession de la seigneurie de marquis par ung très riche rubis ou dyamant qu'il lui mettra au moyen doy. Des fesies et de l'assemblée des dames qui y seront, le prince s'en rapporte à lui, conmie à celui qui aime son honneur.
. Comment les Roys et autres (jrans princes font les harons.et autres nobles hommes vicontcs :
Quant le baron et autre grant noble homme a deux ou trois baronnies siennes ou acquises, dont la meindre doit estre de dix nobles hommes de foy, son Roy ou prince par qui il doit
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estre fait viconte, doit estre en place publique assiz, et assez près doit estre le viconte à genoulx, auquel il fera faire les seremens des dessusdictes baronnies assemblées toutes en une seule seigneurie, c'estassavoir le viconte ; et ce fait, alo: s son prince par ung anel, comme dit est, des autres dignitez le met en possession.
Comnicnt les Roys et princes font les barons :
Quant ung chevalier ou escuier a la terre de six bacheliers, c'estassavoir qui ne sont pas barons ne bannerez, et ont assez de quoy maintenir Testât de chevalerie, lequel est du moins povoir vivre et maintenir quatre chevaulx au service de la guerre, le Roy ou son prince lui peut licitement donner la bannière à la première bataille où il se trouvera ; et en la seconde il est bannerez ; et en la tierce il est baron bannerez ; c'estassavoir avant le commencer de la bataille, il doit venir à son prince ou à son lieutenant, et lui requérir la bannière en l'ordre de chevalerie, s'il ne Ta; lequel seigneur, se le requérant en
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27ê TRAITÉ ÉLÉMFATAIRE
è§t digilè, fâii baisser la làiiCe de son paiion, et iui côUppè la quelle, si en fait bannière. Laquelle yra âU dessoubz des autres pour celle foiz comme la derrenière de toutes, quelque noble qu'il soit.
Comment se doit faire nng chevalier :
L'escuier, quant il a bien voyagé et a esté en plusieurs fais d'armes dont il est sailly à son honneur, et qu'il a bien de quoy maintenir Testât de chevalerie, du moins ainsi que ung chevalier baclieher, et comme vray noble se veult faire chevalier, pour plus honorablement le faire, fault qu'il se trouve en aucune bataille en grant assault ou rencontre. Lors doit adviser le chief ou quelque autre vaillant chevalier de la compaignie ; et lors il doit venir à lui demander et requérir la très noble ordre de chevalerie, au nom de Dieu, de Nostrê Dame, et de monsei- ^•[neur saint George le bon chevalier ; et doit tirer son espée et la lui bailler.
Alors le seigneur ou chevalier doit prendre
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l'espée de l'eseuier, et dire : Je te fay chevalier au nom de Dieu, de Xostre Dame, et de iiostre chief monseigneur saint George le bon chevalier, pour nostre vraye foy, saincte Eglise et justice loyaumont soustenir, et â ton povoir deffendre et garder le droit des femmes où ne sauras aucun reprouche, et enffans et orphelins.
Et s'il advient que l'eseuier soit pouvre gentilhomme, le prince lui doit donner honnestement à vivre, ou ne le peut faire chevalier, et ce pour honneur de la très noble ordre de chevalerie, et de lui; c-ar Uiop~.se4^oit chose deshonneste que le chevalier sans reprouche mendiast.
Aucuns autres chevaliers se font au Saint- Sépulchre, et autres a Sainte-Katherine du Mont de Sinay, qui sont moult â louer ; et d'autres en voyages, en églises, en sales et autrement. Mais sur tous, ceulx qui sont fais en armes sont tenuz les plus vaillans et les plus chiers. »
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Arcis-sur-Aube. — Imp. L. Frémont
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