ORIGINE DES ARMOIRIES
Considérées comme des signes guerriers servant à reconnaître, au milieu des comljats, une nation, une tribu ou un chef, ics armoiries remontent à la plMs haute antiquité. A une époque où les uniformes étaient inconnus, où souvent larmure cachait corps et visage, il était nécessaire que les chefs pussent se faire reconnaître par quelques marques distinctives, à leurs soldats. Aux temps les plus reculés, on trouve de nombreux exemples de ces images allégoriques. Homère, Virgile, Euripide, Valèrius, etc., nous représecitaient leurs héros portant sur leurs boucliers et sur leurs casques divers emblèmes ; les Romains, après eux, font un- usage multiple de ces figures, symboles ou enseignes ; les Égyptiens, les Assyriens, les Mèdes, les Hébreux, les Carthaginois s'en servaient également. Il ne faudrait pas cependant en conclure que les hommes de ces temps héroïques et fabuleux aien
•.1, r:iv -='.(, omnjO'» -"'•■.••<bi»'n(>r»
.ii'jlLlctlo é'f'ivii) rr^i;r .-;/■
.' -1.1,'; !■> *'-.){ij.iioi 'i' 'lit. m! ';-j'j '}: . '. 'j! :.;.')'
conru l'usage dos armoiries comme institutions de noblesse et qu'elles fussent, pour eux, un héritage conservé de père en fils, d'honneur, de courage ou de vertu. Elles ne furent, selon nous, que des marques militaires et des signaux employés à se reconnaître dans les combats.
C'est à l'époque des Croisades qu'il faut faire remonter l'origine des armoiries se transmettant par hérédité. Elle prit, dès son début, un grand développement en France, et s'étendit bientôt en Allemogne, en Angleterre et en Italie. On voit des écus dans les sceaux de Louis le Débonnaire et de Charles le Cros ; les armoiries paraissent dans les sceaux vers la fin du x" siècle, et plus fréquemment dans ceux du xr- siècle ; l'aigle ligure dans les sceaux des margraves de Lorraine (979 à 1037) et sur le drapeau (adlers fahnc) du palais impérial à Aix-la- Chapelle (977).
Au moyen âge, le droit de porter des armoiries n'était pas réservé exclusivement à la noblesse ; sans parler des villes, des églises et des diverses corporations, beaucoup de familles bourgeoises partageaient cette distinction : les artistes et les ouvriers avaient leurs monogrammes ou quelque marque particulière qui servait à les distinguer (1). En sont témoins les nombreux exemples qu'on en trouve sur les monuments sépulcraux du moyen âge.
(1) Dans un ouvrage intitulé : Wolanslandige Adelszierde, dns ist, Scue Anleilung zu der Sogenanten, Herald oder Waypen- Kunst, L'im, 1694, page 4, il est fait mention expresse des marques et des écussons dont les autorités permettaient l'usage aux ouvriers marcLands et bourgeois de certaines villes.
; ■«jiUi «-wjij.i^ iib
VJ
zni r.-* ?■•[
iji rflcT 'f^
Les signes employés pour rappeler et perpétuer les actions les plus mémorables <les guerriers, images et syiLboles qui caractérisent l'imagination à la fois hardie et naïve de la noblesse féodale, par leur diversité et leur nombre, créèrent cette langue particulière quieutbesoin, pour être bien comprise et correctement interprétée, des héraults spécialement chargés d'en maintenir les règles établies.
Voici, d'après Lacépède, dans son Hictoire de l'Europe, quelques-uns de ces signes hiéroglyphiques. La croix simple ou double, bordée, dentelée, crénelée, ouvrée, pâtée, fleurdelisée, paraissait sous différentes formes et retraçrJt les combats livrés pour conquérir la cité sainte. Un palmier rappelait l'Idumée ; une arche, un pont alta* que ou défendu avec valeur ; une tour, un château pris de force; un casque, une armure enlevée à. un ennemi redoutable; une étoile, une attaque de nuit; un glaive, un combat singulier; un croissant, la défaite d'un musulman terrible ; un pal, une bande, une barre, un chevron, des palissades, des barrières renversées ou détruites ; un lion, un tigre, le courage indomptable ; un aigle, la bravoure sublime. Voilà l'origine de tout le système des armoiries.
On fait dériver le mot Blason de l'allemand blasen, qui signifie sonner du cor, parcç que le hérault d'armes sonnait du cor pour annoncer l'entrée d'un chevalier dans l'enceinte d'un tournoi et proclamait la forme et la qualité de ses armoiries.
i:'.i ; 15' i!r. .• tv* -«np
i * .;«• 1.- . U'". j .'I. rrj n;r
■*1 Jll •■ !ili/t»7
.2>hioarui
■ .-iî-V;,!:. ,..:h
DES EMAUX
Comoie nous venons de le dire, les figures employées siu* les armes ov' armoiries se composaient de signes se rapportant à. quelque action éclatante de celui qui les portait, ou elles étaient simplement composées de sujets pris dans la nature ou purement imaginaires ou de convention.
Elles étaient représentées généralement par des métaux et des couleurs, et comme ces dernières n'auraient pu résister aux injures du temps, on les émaillait pour leur donner plus de durée, ce qui leur a fait donner le nom d'émaux.
11 y a, dans la composition du Blason, 2 métaux, o émaux et 2 fourrures.
Les métaux sont : l'or (jaune), Vargent (blanc).
Les couleurs sont : Vazur (bleu), le gueules (rouge), le sinople (vert), le sable (noir), et le pourpre (violet).
Les fourrures sont : le vair et l'hermine.
Outre ces désignations, il y a la couleur de carnatim pour les figures, le corps humain, etc., la couleur naturelle pour la terre, les animaux, les plantes, etc. Enfin, de l'hermine on forme la contre-hermine, et du vair le contrevair, et avec l'or on a fait le vairc, contrc-cairé d'or.
En gravure on est convenu de représenter les émaux.
• liuuti't'/
•j .l'.'f! •;• MO!" :ft ,.:. ;.
-ailltiO :>' ■*•«'•.' ub JO .M
savoir : l'or, par un grand nombre de petits points (fig. 1) ; l'argent, tout l>Ianc (fig. 2} ; l'azur, par des lignes horizontales (tig. 3) ; le gueules, par des lignes verticales (tig. 4); le sinople, par des lignes diagonales à droite
Fi:;. 1. Or
Fis 2. Arsent
Fis;, 3. Az
Fij. -t. Gueule
(fig. 5); le sable, par des lignes horizontales et verticales qui se croisent ((ig. C) ; le pourpre, par des lignes diagonales à gauche (fig. 7}; le vair (1), par l'azur chargé de
(1) Le vair, comme la belelle, a le veatre Irès blauc, miis sou dos est d'ua gris bleu cendré.
ia-t'f • »•-»
•.i/ii .. fCl
)MA .(p.yn
.1» ^l^:o , .'.• .■' ' .•'. fs • -•!
î;lr..''j 1 ^.■J ti'5 tu i> <r,"»
petites pièces d'argent en forme do clochettes renversées (fig. 0) ; l'hermine (I). par l'argent chargé de mouchetures de sable (fig. 8).
Fiç. 5. Sinople
Hs. G. Sable
Fij. 7. Pourprp
Fig. 8. Hermine
(1) L hermine, dont le pelage est d'un blanc incmacplé en hiver, sert généralement île fourrure aux souverains. Les armoiries des ducs de Bretagne ont, dès le début du Blason, contenu l'hermine.
Comme on le voit, la contre-hei-mine est formée de sable semé d'hermines d'argent (fîg. 10); le contre-vair en aboutant à leur base les cloches ou en les opposant les unes aux autres (fig. 1 1).
Kig. 0. \'air
Fi;:;. JO. Contre-IIcriniue
Contre-Vair
Fis;. 12.
Vairé, Contre-Vairé d'or
A ces différenls termes, il convient, pour le blason étranger, d'ajouter deux autres couleurs : ïorangé et la sanguine représentée par des lignes diagonales tirées du chef gau';he à la base droite de l'écu et croisées par des lignes horizontales ; la sanguine (rose) par des lignes qui
se croisent diagonaleinent du chef gauche de l'écu à sa base de droite, et du chef de droite à sa base de gauche.
Il est uoe règle absolue dans le blason de ne jamais placer couleui' sur couleur ni métal sur métal. Ce serait une faute non seulement grossière, mais qui ne doit jdmais exister, de mettre un lion d"or sur un champ d'argent, ou un aigle de gueules sur un fond d'azur (i).
Voici ce qu'un auteur ancien (2) nous apprend sur les significations des divers émaux employés en armoiries :
De l'or
Le premier lieu, et toute preeminèce a esté de tout temps donnée à l'or pur et fin, estant seul ordonné (par les Anciens) pour les nobles, et n'estoit permis à aucun de porter l'or, ne dorure, s'il n'estoit noble ou chevalier. Ce que les Romains ont longtemps observé depuis. Et ce pour autant qu'il est le plus noble, et le meilleur de tous les métaiLX.
En blason d'armoiries, des Vertus, il signifie Fo\', Force, et Constance.
. Des sept planètes, il représente le Soleil, le plus beau et noble luminaire, auquel sont comparez les justes perse- \érans et la Loy et crainte de Dieu*
Des douze signes, le Lyon.
(1) Exceplioa principale est faite pour les armes à l'enquerre.
(2) Jérôme de Bara. Le Blason des Armoiries, Lyon, 1581.
lo't »a
.♦ii^
;t oî; '«i--» f. :vi'>uin:- •> ;ii ';t''.' ;•'» .i
■; >.i ''MM
.Ml' "1,
Dos douze mois, Juillet.
Des iours de la sepmaine, le Dimanche, Des pierres précieuses, le Ghrisolite, dit topase. Des aages, l'Adolesence,
Des fleurs, le Soulci, dit des Anciens, Héliotrope, l'Oeillet d'Inde, et autres.
Des nombres, un, trois, sept.
Des uietaulx, sov-même.
Argent
L'argent en blason d'armes, des Vertus, signifie Espérance.
Et est mis pour Pureté, Innocence, Hucailité, Beauté, Victoire, Félicité et Blancheur.
Des sept planètes, il représente la Lune.
Des douze signes, l'Escrevice.
Des douze mois. Juin.
Des jours de la sepmaine, le Lundi.
Des pierres précieuses, les Marguerites dites Perles.
Des quatre elemens, l'Eau.
Des quatre complexions, le Flegmatique.
Des aages. Enfance.
Des fleurs, le lis et la Roze blanche et autres.
Des nombres, deux ot onze.
Des métaulx, soy-mème.
•l«'y > 1 /}q<jVO'A'})i .r
• ir.l uîuiv^u ,«rjlT>y ?'•!. .-••rr.d
,'. .Il -■. ^:i: I >i'''J.i
.i)iil>.l j;;!
>• . . :'1 •"■''.lit «rbJi'Williir.H!
.i;!!--.,Ml •} ■•' •):■ i'j u;fn(;.i 'ii'r.up t-ofj
H - I , ••' /'.l.'tll'.ll ^ jj
Gueulles
Par lois expresses estoit ordonné des Anciens, que nul ne portast de gueulles en ses armes, s'il n'estoit prince, ou noble, ou par eux permis et ottroyé.
En blason d'armes, de.- Vertus, signifie Charité.
Et pour marque de Hautesse, Magnanimité, Vaillàce et Hardiesse.
Des sept planètes. Mars.
Des douze signes, le Mouton et le Scorpion.
Des douze mois. Mars et Octobre.
Des iours de la sepraaine, le Mardj.
Des pierres précieuses, l'EscarboucIe, le Rubis, le Coral et autres.
Des quatre eleniens, le Feu.
Des quatre saisons, l'Automne.
Des quatre complexions, la Colère.
Des aages, Virilité.
Des fleurs, le Girofle, ou Œillet, et Rozes rouges.
Des nombres, trois et dix.
Des métaulx, le Fer, duquel, du temps des Anciès Romains, se faisoyent anneaux, desquels on honoroit les vaillans soldats.
Azur
Azur, signifie en blason d'armoiries, des Vertus, iustice. Et représente Loyauté, Louange, Beauté, Clarté, Pureté, Scièce, Gentillesse et Renommée.
11'. .'' i>: ,^idiiH '>' ! .- ";!-:'j-»'^«; -•■tTig»,. ^.^<l
Des sept planètes, Venus.
Des douze signes, le Taureau et la Balance. Des douze mois, Avril et Septembre.
Des iours de la sepmaine, le Vendred\-. Des piorres précieuses, le Saphir, le plus plaisant à la veuë après l'Esmeraude, etc.
Des quatre elemens, l'Air.
Des quatre saisons, l'Esté.
Des quatre complétions, le Sanguin.
Des aages, Puérilité.
Des fleurs, les Aubissoins, et autres infinies. Des nombres, quatre et neuf.
Des métaulx, le Cuivre, dont par art se fait de bel azur.
Sable
En blasons d'armes, le sable signifie des Vertus, Prudence.
Et pour enseigne ou marc|ue de Constance, Patience, Simplesse, Douleur, Tristesse, et Fermeté.
Des sept planètes, représente Saturne.
Des douze signes, le Bouc et le Verse-eau.
Des douze mois. Décembre el Janvier.
Des iours de la sepmaine, le Samedy.
Des pierres précieuses, le Diamant, qui est dur et solide, l'Agate, la Chelydoine, le Geratien et le Marbre noir.
Des quatre elemens, la Terre.
oJdsB
'5 ,?-(r/-' rOλ -mnwy. aiAif 'i! ,i
rjiioii
Des quatre saisons, l'Hyver.
Des quatre complexioas, la melaneholique.
Des aages, la Décrépite.
Des nombres, cinq et huit.
Des métaulx, le Plomb, le plus mal propre et lourd de tous les autres métaulx, dequoy, outre le plomb bruslé, se fait de beau noir, aussi bien que le blanc dit de plomb, et massicot qui est iaune.
Sjnople
En blason d'armoiries, des Vertus, le synople signifie Force.
Et est marque d'Honneur, de Liesse, d'Amour, deCourtoisie, de Beauté, de Bonté et de leunesse.
Des sept planètes, Mercure.
Des douze signes, les Gémeaux et la Vierge.
Des douze mois, May et Aoust.
Des iours de la sepmaine, le Mercredi'.
Des pierres précieuses, l'Émeraude, le Jaspe.
Des quatre saisons, le Printemps.
Des aages, Jeunesse.
Toute espèce de verdure, comme Prez, Bois, Champs, et autres telles choses.
Des nombres, six.
Des métaulx, l'Argent vif, dont par art se fait du beau verd, comme le cinabre.
tt
. .■•"■. il. I--I ••!
.::■.' ,>i.-a ,svr
: 1 >.j.q ii;"»j ,;
Pourpre
Pourpre, estoit ordonné anciennement non seulement pour le vestement et décoration des Monarques et Roys, comme estant préféré à toutes autres couleurs, pour l'excellèce de son prix, couleur et beauté, naturellement trouvé en Orient, ce qui n'est vers nous, d'autant qu'il est composé (de gueuUes et d'azur). Mais en leurs armoiries tenoit cùme le premier rang des couleurs et pource estoit-il grandement magnilié, et entre quelques nations n'ul n'en osoit orner ses armes non plus que de l'or. Cela estant réservé spacialement pour le Prince, Satrape, Tyran, ou Roy, comme ces noms ce sont souvent changez entre plusieurs nations.
Signifie en blason d'armes, des Vertus, Attrempance.
Représente Abondance, l'Argesse, et Dignité, Grâce de Dieu et du Monde.
Des sept planètes, Jupiter.
Des douze signes, le Sagittaire et les Poissons.
Des douze mois, Novembre et Febvrier.
Des jours de la sepmaine, le Jeudy.
Des pierres précieuses, l'Opale, en variété de splendeur, l'Amethiste, THiacinthe, et plusieurs fines pierres.
Des aages, Viellesse,
Des fleurs, Iiis dite Flambes et autres infinies.
Des nombres, sept et douze.
Des métaulx. l'Estain (sans l'aide duquel les beaux esmaux ne se formeroyent), etc. Aucuns l'approprirent en signification aux nues et à la fouldre de Jupiter.
Utitru- -'i!.;./! IJ
■,••'.'•>; 'CrJr.M
:;r-.;if! i • . ■ ••• ■-•w.
.îai
i/, '^ 'ri ■i.siK'-l ^'<''.
.•:>|! .iV .
■• / unit' )