II. — Microscopes simples
Les différents supports que nous venons de passer en revue ne peuvent servir que pour l’étude des objets opaques et sous de faibles amplifications ; mais, dans les recherches un peu minutieuses, l’emploi de forts grossissements devient indispensable, et la lumière réfléchie est absolument insuffisante. Il faut alors avoir recours à une méthode toute différente et faire traverser l’objet à étudier par la lumière : de là des dispositions spéciales, miroir mobile, table transparente, etc., toutes modifications qui constituent le microscope simple.
Anciens modèles. — Le modèle le plus anciennement connu a été décrit par Cuff en 1756 dans son Histoire des Corallines; les
Fig. 13.
instruments en usage aujourd’hui ne sont que de très légères mo-
C) Robin, op. cil., p. 120.
MICROSCOPES SIMPLES
difications de ce premier modèle. Celui-ci se composait d’une boîte, sur laquelle se vissait une colonne creuse portant à son extrémité supérieure une sorte de table (platine) percée d’un trou; un miroir articulé était fixé au-dessous. Une seconde tige, entrant à frottement dans la colonne creuse, portait un bras horizontal, formant potence, et son extrémité libre recevait les loupes biconvexes, seules employées alors. Cet instrument, à peine modifié, est encore en usage, mais le nom du véritable inventeur a été mis de côté, nous 11e savons pourquoi, et ce modèle est connu sous le nom de microscope Raspail (fig. 13).
Nouveaux modèles. — Il existe dans le commerce de nomf breux modèles de microscopes simples; nous n’entreprendrons pas de les décrire tous. Nous ferons seulement observer, d’une manière générale, que les microscopes vissés sur la boîte destinée à les contenir manquent toujours de stabilité; le seul avantage de cette combinaison réside dans le peu de volume qu’occupe l’instrument lorsqu’il est démonté.
Nous décrirons seulement les modèles que construisent à Paris MM. Chevalier, Nachet, Vérick, Prazmowski et Molteni.
.Microscopes simples cle Chevalier. — La maison Chevalier est une des premières qui aient modifié le microscope simple de façon à lui donner toutes les qualités nécessaires pour en faire un excellent instrument de dissection. Elle fabrique actuellement deux modèles : l’un (fig. 14) est muni d’un large socle en fonte, sur lequel vient se fixer une sorte de console de même métal; la table, ainsi composée (platine), est percée d’une ouverture circulaire, destinée à laisser passer les rayons lumineux réfléchis par un miroir articulé placé au-dessous. Derrière la console est placé un double tube à crémaillère, chargé de supporter un bras horizontal, à l’extrémité duquel se placent les doublets. La crémaillère cornmandée par un bouton moletté, permet d’élever et d’abaisser tout
Sic système porte-lentille et d’obtenir une mise au point exacte. Mais le bras horizontal pivote librement autour d’un axe placé au-dessous du tube vertical, et, de plus, une vis de rappel permet
de faire mouvoir d’avant en arrière le doublet; à cet effet, ce bras
Fig. 14.
est également composé de deux tubes entrant à frottement l’un dans l’autre.
Fig. 15.
Ces différentes dispositions permettent d’amener la lentille sur un point quelconque de la préparation déposée sur la platine.
MICROSCOPES SIMPLES
Un second modèle (fig. 15) ne diffère du premier que par une construction plus soignée : le pied est en cuivre, et une crémaillère N, commandée par un bouton moletté S, donne au mouvement d’avant en arrière du doublet X une très grande précision. Microscope de Nachet. — Un pied en cuivre (fig. IG), rendu
Fig. IG.
pesant par une masse de plomb, supporte une colonne creuse, terminée à sa partie supérieure par une platine en cuivre noirci, percée d’une ouverture circulaire et munie de deux valets ou pinces métalliques pour fixer la lame de verre porte-objet.
La colonne verticale donne passage dans son intérieur à une tige dentée en crémaillère, portant elle-même une branche horizontale, à l’extrémité de laquelle se placent les doublets. Un pignon à deux têtes molettées s’engrène sur la tige dentée et permet de faire monter et descendre le porte-doublet pour la mise au point. Enfin un miroir articulé est fixé sur le pied et sert à renvoyer la lumière dans l’axe de la platine et du doublet.
Mais la disposition spéciale à ce modèle réside dans deux ailes fixées de chaque côté de la platine, et servant à donner un point d’appui aux deux mains pendant les dissections opérées sur la platine.
Ce microscope peut recevoir des loupes simples, des doublets et même la loupe de Brucke.
Microscope simple de Vèrick.— Le modèle construit par M.Vérick ( fig . 17) rappelle dans son ensemble les dispositions principales
Fig. 17.
de celui de M. Nachet; mais ici les ailes de la platine sont remplacées par deux plans inclinés, entièrement indépendants du corps même du microscope, et formant deux boîtes solidement fixées aux deux extrémités de la tablette-support de l’instrument tout entier. Le mouvement vertical du porte-loupe est également produit par une crémaillère actionnée par un pignon à deux boutons molettés. La branche horizontale, formant potence, se compose de deux tubes entrant à frottement l’un dans l’autre, et une vis de rappel permet de donner au doublet un mouvement d’avant en arrière; enfin la branche tout entière pivote librement autour d’un axe qui termine la tige verticale. Ces dernières dispositions permettent de faire parcourir à la loupe toute l’étendue de la platine, et l’observateur peut ainsi examiner successivement tous les points de la préparation fixée sur la platine. Enfin une modification excellente permet de remplacer la platine par un baquet à dissection, avantage précieux dans bien des circonstances.
MICROSCOPES SIMPLES
Microscope simple pour dissection de il/. Prazmowski. — Le modèle combiné récemment par M. Prazmowski ( fig . 18) res-
semble à première vue à celui de M. Vérick ; il en diffère par quelques modifications très avantageuses et par un système de loupe tout spécial. Le bouton de la crémaillère, au lieu d’être parallèle à l’observateur, est placé en sens opposé ; il fait donc saillie en arrière, ce qui permet de le saisir plus facilement. Une des deux boîtes, glissant dans des rainures, permet do recouvrir ,1a partie optique. Les loupes qui accompagnent cet instrument ( ') sont de nouvelle construction et remplacent avec avantage les doublets; elles sont parfaitement achromatiques et donnent un champ mathématiquement rectiligne.
Remarques. — Sans doute, ces différents modèles possèdent des qualités réelles; mais les uns et les autres ont des défauts incontestables, et leur maniement est assez gênant pour leur faire préférer, dans les laboratoires, le microscope composé, malgré les difficultés qui résultent du renversement des images. Nous avons surtout en vue, dans nos critiques, l’emploi du microscope simple dans les dissections,. et les défauts que nous allons signaler perdent toute importance dans le cas des simples observations.
Le premier inconvénient do tous ces modèles réside dans la
U) Voir, plus haut, page 13.