‹ Traité élémentaire du microscopeChapitre 57 sur 105 · I. — Règles générales pour les observations · texte numérisé non relu

I. — Règles générales pour les observations

Nous avons décrit, dans le Livre précédent, les différentes sortes d’instruments dont le micrographe peut faire usage; il nous reste maintenant à tracer les règles à suivre pour l’emploi de chacun d’eux.

D’une manière générale, nous dirons tout d’abord que les observations au microscope demandent une certaine habitude, et ce n’est qu’après quelque temps de pratique, que la main de l’observateur saura trouver, sans tâtonnement, le miroir éclaireur, les valets de la platine, le bouton moletté de la vis de rappel, en même temps qu’il saura faire mouvoir avec régularité l’appareil de mise au point. Enfin les yeux ont besoin de faire un véritable apprentissage pour comprendre et interpréter les objets que le microscope lui présente.

Il existe bien des règles et des méthodes pour atteindre ce résultat; malgré cela il ne faudrait pas assimiler le microscope à un instrument de physique ordinaire, et croire que l’on puisse s’en servir convenablement à la seule condition de connaître le principe de sa construction.

Cependant il n’y a pas lieu d'exagérer outre mesure ces diffi-

cultes, et pourvu que l’observateur soit doué d’une certaine adresse manuelle et d’un peu de patience, son éducation sera vite faite. ■ j

Nous allons indiquer très succinctement les règles générales relatives aux observations; elles serviront à diriger le commençant dans ses études, et lui permettront d’arriver promptement à des résultats satisfaisants.

Des grossissements. — La première est relative au degré d’amplification qu’il convient d’employer; elle peut s’énoncer ainsi :

« Commencer l’étude d’un objet par des grossissements faibles, et n’arriver que progressivement à des grossissements forts Ç). »

11 est facile de se rendre compte de l’utilité de cette marche progressive; il suffit de rappeler que le champ de vision se réduit h mesure que le grossissement augmente et ne laisse plus voir qu’une partie très limitée de la préparation. D’un autre côté, la difficulté de mise au point augmente également avec l’amplification. Il convient donc de n’aborder l’emploi des objectifs forts ' qu’après s’être familiarisé complètement avec les objectifs à long foyer et à pouvoir amplifiant faible.

Des causes de gêne dans les observations. — « Une

deuxième règle à suivre, c'est de se préserver de toute cause extérieure de malaise ou de fatigue; ainsi on doit éviter soigneusement que l’instrument, ou la table qui lui sert de support, ne vacille d’aucune manière, ou ne reçoive d’ébranlement par suite du mouvement des voitures à l’extérieur, ou de la marche des personnes sur les planchers, ou même par suite des pulsations du cœur qui se communiqueraient à la table. En outre de ces conditions de stabilité, il faut que l'observateur ait fixé la hauteur de son siège, celle de la table et celle de l'oculaire de son microscope, de telle sorte que les muscles du cou, des épaules et de la poitrine, n’éprouvent aucune tension, aucune gêne par suite d’une

(’) Dujardin, L'Observateur au microscope, p. 48.

position forcée qui finirait par être un obstacle réel à une bonne suite d’observations. Il faut aussi que les coudes, ou tout au moins que le coude gauche, sur lequel le corps doit se reposer, soit supporté à une hauteur convenable (l). »

Des illusions d’optique. — L’observateur doit s’habituer à ne pas confondre les objets placés sur le microscope avec certaines images accidentelles qui se forment dans l’œil lui-même et qui ont reçu le nom de mouches volantes.

Ces images affectent différentes formes : les unes sont de larges taches brillantes et irisées, formant le plus souvent des anneaux concentriques; elles se produisent principalement quand on a regardé un point vivement éclairé, et que l’on porte, immédiatement après, l’œil au microscope; elles apparaissent aussi quelquefois après un exercice violent, enfin lorsqu'une cause quelconque produit une congestion de l'œil. Le plus ordinairement il suffit de fermer les yeux un temps suffisant pour permettre à la rétine de reprendre son état normal, et toutes ces images, ces taches disparaissent.

Les mouches volantes, qui figurent des globules, des filaments grisâtres, ont une importance plus considérable, car elles tiennent à un état particulier de l'œil.

D’apr ès M. Robin, ces globules seraient des leucocytes enfermés dans le cristallin, et les filaments seraient le résultat d’une sorte de coagulation de substances albumineuses englobant les leucocytes. Cette seconde catégorie de mouches volantes se montrent principalement au commencement des observations, surtout lorsqu'elles sont faites immédiatement après le repas, ou à la suite d’une émotion, d’une fatigue physique ou morale : elles sont encore rendues plus sensibles par l’éclairage artificiel.

Il est important de ne pas chercher à se débarrasser de ces images en se frottant les yeux, car elles augmentent alors d’intensité. Il est au contraire facile d’éliminer la gêne qu'elles

(’) Dujardin, loc. cit., p. 50.

peuvent donner en s’habituant à les distinguer des objets que bon étudie: il suffit pour cela de faire mouvoir la préparation en tous sens; on distingue alors facilement les images qui appartiennent à ces mouches volantes, car elles ne participent pas aux mouvements imprimés à la préparation, tandis qu’au contraire elles suivent tous les mouvements des yeux.

« Il faut être prévenu que leur existence est tout à fait insignifiante, en ce sens qu’elles existent chez tous les individus sans exception, aussi bien chez les commençants, qui sont les premiers à s’en préoccuper, que chez ceux qui emploient le microscope depuis longtemps et ont perdu l’habitude d’y faire attention ( 1 ). »

Emploi alternatif clés deux yeux. — Enfin, dernier conseil: il est important d’user de ses yeux avec ménagement et de chercher à équilibrer le travail de chacun d’eux. Au commencement des études au microscope, il n’est peut-être pas un observateur qui ne soit obligé de fermer l’œil inoccupé : la contraction musculaire continue que nécessite cette occlusion cause une fatigue très sensible, et il est important de l’éviter.

Deux méthodes permettent d’arriver à ce résultat : l’une consiste à s’habituer à laisser ouvert l’œil qui ne regarde pas : l’attention se concentre alors si fortement dans l’œil occupé, que les impressions qui se produisent sur l’œil non employé passent inaperçues pour l’observateur ; mais il faut avouer cependant que, par cette méthode, les deux yeux éprouvant des impressions lumineuses d’intensité différente se fatiguent alors tous les deux plus vite que dans le cas où l’un des deux reste tout à fait au repos.

Un moyen fort simple permet d’obtenir ce double résultat : éviter la contraction musculaire de l’œil inoccupé, et le préserver en même temps de l’impression lumineuse; il suffit pour cela de placer un écran en avant de l’œil inactif.

Enfin il convient de s’habituer à regarder tantôt avec un œil tantôt avec l’autre, et c’est là le meilleur moyen d’empêcher toute fatigue.

(’) Robin, op. cit., p. 438.

Page 1