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II. — DU CABINET DE TRAVAIL

L’installation du cabinet de travail destiné aux observations mi-

croscopiques doit remplir certaines conditions spéciales. Evidemment les règles que nous pourrons tracer à ce sujet ne seront pas toutes applicables , car l’observateur est rarement libre de choisir le local dans lequel il doit travailler; et le plus souvent il doit se contenter de l'appartement qu’il habite. Nous devons dire que, pourvu que cette pièce soit éclairée par une fenêtre qui reçoive directement la lumière du ciel, il sera toujours possible d’y faire de bonnes observations microscopiques.

Éclairage. — La question d’éclairage est en effet la plus importante de toutes : une fenêtre ouverte au Nord ou au Nord-Est donne une lumière excellente; alors surtout qu’aucune autre ouverture ne vient donner de lumière latérale, et produire ainsi un faux jour. Dans ce cas, il sera toujours possible de porter remède à ce mauvais éclairage, en masquant cette seconde ouverture par des rideaux ou des volets.

La lumière directe du soleil doit être évitée avec soin, et ce n’est que dans des cas fort rares qu’elle doit être employée; nous reviendrons tout à l’heure sur cette question de l’éclairage, car elle est de première importance.

Table. — Le cabinet de travail une fois choisi, il convient d’installer une table en face de la fenêtre. Cette table de 0m,72 de hauteur, et mieux de 0in,70, sera lourde, massive, afin d’éviter toute trépidation; ses dimensions peuvent varier dans une assez grande limite; mais nous indiquerons, comme minima, lm de long sur 0ra,60 de large.

La surface en bois sera peinte en noir mat, de façon à éviter les reflets, car il ne faut pas oublier que toute lumière blanche ou brillante réfléchie dans l’œil amène une prompte fatigue et enlève à la rétine la sensibilité nécessaire pour l’observation des lignes fines et pâles qu’il s’agit de discerner nettement.

Cette table portera sur trois de ses côtés un léger rebord pour éviter la chute des objets posés à sa surface. Elle sera munie en outre d’un tiroir peu profond : 0m,06 environ, destiné à recevoir la planchette à dessiner, papier et crayons, que bon aura ainsi sous la main, et qui seront aisément mis à l’abri de tout accident pendant la mise en place, l’étude préalable des préparations.

De chaque côté de la table, il sera également utile de ménager, trois ou quatre tiroirs, un peu plus profonds que le précédent : 0m,12, dans lesquels trouveront place les accessoires, lamelles, instruments, etc., etc. Mais il est important d’observer qu’il doit rester à la partie moyenne du grand côté (devant de la table) un espace assez large pour donner place aux jambes de l’observateur; cet espace doit avoir au moins 0m,50.

11 est utile pour certaines études, pour faire des préparations, d’incruster dans la table une glace épaisse, sous laquelle on aura placé des carrés de papier de couleur différente : blanc, rouge, jaune ; en posant sur cette glace la préparation à examiner, il sera toujours facile de choisir une couleur qui tranche fortement avec celle de l’objet lui-même et permette ainsi de le voir aisément. Cette glace sera encastrée dans la table, de manière à affleurer bien exactement; elle ne doit jamais dépasser le niveau de la table, ni lui être inférieur. Sur la table prendront place, les microscopes, les boîtes ou cloches destinées à les contenir, et les divers accessoires nécessaires pour les observations.

Siège. — Le siège sur lequel doit prendre place l’observateur sera toujours à surface rigide, jamais élastique ni rembourée; ce sera une chaise de paille, ou mieux un tabouret. Sa hauteur variera nécessairement avec la taille de l’observateur; elle doit être telle que l’oculaire du microscope se trouve un peu plus bas que l’œil de l’observateur assis ; celui-ci n’aura alors qu’à incliner légèrement la tête, et les muscles du cou, des épaules et de la poitrine n’éprouveront aucune tension, aucune gêne, par suite d’une position forcée.

Un excellent système consiste à employer un tabouret de piano à vis renforcée et à siège rigide non élastique ; en faisant mouvoir cette vis, il sera facile d’élever ou d’abaisser le siège à la hauteur voulue. Enfin une simple chaise, sur laquelle on place de gros livres (cahiers de musique, registres), pourra encore donner un siège convenable.

Lumière naturelle. — La lumière du jour est sans contredit la meilleure à employer; c’est elle que l’on doit préférer comme étant la moins fatigante pour la vue et permettant seule d’opérer des dissections fines.

La meilleure lumière naturelle est celle qui provient de nuages blancs très élevés (cirrus, stratus, cumulas), tandis que les nuages sombres et bas ( nimbus ) donnent un éclairage détestable; le ciel bleu n’est pas très favorable aux observations, tout en étant de beaucoup supérieur à un ciel gris, chargé de nuages sombres.

Écran. — Nous avons déjà vu combien il était important de préserver les yeux, pendant l’observation, de toute lumière étrangère, soit directe, soit réfléchie. La surface noire mate de la table mettra les yeux à l’abri des reflets nuisibles, et un écran les préservera de la lumière directe.

Celui-ci doit être fixé sur un pied mobile; son bord inférieur sera à 0m,21 environ au-dessus de la table, de telle façon que la lumière parvienne largement sur le miroir du microscope et sur la table, mais qu’elle 11e puisse arriver en trop grande abondance sur les yeux de l’observateur.

« Une combinaison des plus commodes et des plus faciles à réaliser est la suivante : Sur une tige métallique verticale, un peu haute et fixée dans un pied lourd, s’adaptent deux tringles horizontales, moins longues, et que la tige verticale traverse, dans un anneau, à Lune de leurs extrémités. On peut les fixer à des hauteurs différentes, sur cette tige, par des vis de pression. A chacun de ces deux bras horizontaux, on suspend un petit rideau en serge noire ou d'un vert foncé. Si maintenant on place l’appareil près du microscope, du côté où vient un éclairage autre que celui

de l’instrument, on peut fixer un des bras de ce côté, et l’autre en avant du microscope, de manière que chacun des deux rideaux soit plus élevé que l’oculaire et fasse ombre sur la tête de l’observateur. Le rideau de côté pourra descendre jusqu’au pied de l’instrument, mais celui de devant ne tombera que jusqu'à la platine inclusivement, de manière à ne pas masquer le miroir.

« L’instrument en entier, sauf la partie antérieure du pied où est fixé le miroir, se trouvera, ainsi que la tête de l’observateur, penchée sur l’oculaire, placé dans un angle d’ombre où ne sera reçue aucune lumière gênante f1). »

Lumière artificielle. — Les observations microscopiques peuvent aussi se faire à la lumière artificielle; mais celle-ci à l’inconvénient, comme celle du soleil, de donner à toutes les parties une apparence granuleuse formée par une série de points brillants ; cependant il suffit d’être averti de cet effet pour éviter toute méprise.

La plus convenable de toutes les lumières artificielles, faciles à mettre en usage, est celle que donnent les lampes au pétrole ; elle est en effet très blanche et modifie à peine les couleurs; souvent elle est trop vive, aussi faut-il en modérer l’éclat par des verres doucis ou légèrement teintés en bleu.

Un bec de gaz peut également servir de source lumineuse, et la plupart des constructeurs de microscopes fournissent des lampes à gaz, munies de verres bleus.

Enfin une simple lampe à modérateur à l’huile donne un bon éclairage; le seul inconvénient de ce système est la coloration un peu jaune de la lumière ; mais elle a le grand avantage de ne pas fatiguer la vue.

Une bougie pourrait à la rigueur suffire pour une observation; mais quoiqu’on puissent dire certains auteurs, c’est là une source de lumière complètement insuffisante.

Il est bon de placer sur la lampe, à quelque système qu’elle

D Pelletan, loc. cit., p. 138.

appartienne, un large abat-jour blanc à l’intérieur, de couleur foncée à l’extérieur, afin de préserver les yeux de l’observateur.

Pour obtenir avec une lampe un éclairage analogue h celui que donne la lumière du jour, il convient de placer en avant d’elle une forte lentille plan convexe, de façon que la source éclairante se trouve au foyer de cette lentille : les rayons lumineux sont ainsi rendus parallèles, de divergents qu'ils étaient tout d’abord. Le porte-loupe de Kunckel d’Herculais est excellent pour cet usage.

Le foyer lumineux doit être porté à une hauteur variable, de 0m,20 à 0m,40, suivant la dimension de la platine du microscope, et sa distance en avant de l’instrument varie également suivant les différents modèles ; quelques essais donneront vite les indications nécessaires.

Lumière monochromatique. — Dans ces derniers temps, les micrographes, surtout ceux qui étudient les diatomées, font usage d’un mode spécial d’éclairage qui permet de voir, plus nettement qu’on ne pourrait le faire par une autre méthode, les stries difficilement visibles. Ils emploient la lumière monochromatique, et c’est le rayon bleu du spectre qui donne le maximum d’effet. Ce genre d’éclairage peut s’obtenir de plusieurs manières : on peut décomposer la lumière blanche par un prisme, ou, au contraire, faire passer le rayon de lumière à travers une cuvette contenant une solution plus ou moins concentrée de sulfate de cuivre ammoniacal. Un premier miroir articulé sur pied permet de renvoyer un faisceau lumineux sur le miroir du microscope, et l’on interpose entre eux soit un prisme, soit plus simplement une cuve à liquide bleu. Dans ce cas, il faut faire usage de la lumière solaire. A l’extrême rigueur, on peut encore remplacer cette cuve à liquide par un ou par plusieurs verres bleus colorés par les sels de cobalt; enfin quelques micrographes se contentent de faire usaere de fiches en verre bleu.

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