‹ Traité élémentaire du microscopeChapitre 87 sur 105 · LITHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

LITHOLOGIQUES

L’emploi du microscope dans les recherches lithologiques demande les mêmes soins, les mêmes précautions que dans les observations ordinaires; nous n’avons pas à revenir ici sur ce que nous avons déjà dit à ce sujet ( 1 ).

Cependant les études de ce genre demandent quelques indications spéciales; ainsi convient-il de prémunir le commençant contre les fausses interprétations que pourraient lui causer les corps étrangers mêlés aux préparations et les illusions d’optique qui se produisent dans l’examen des lames minces; enfin il sera

O Voir page 190 et suiv.

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nécessaire de dire un mot du dessin et de la photographie des coupes microscopiques.

Corps étrangers. — Les lames minces de roches ou de minéraux contiennent quelquefois des particules d’émeri logées dans des trous de la préparation; en général il est facile de les reconnaître : elles sont en partie opaques et sur un plan différent de celui des autres éléments. Des bulles d’air peuvent être emprisonnées dans le baume de Canada ( 1 ) ; celles-ci peuvent être aplaties et donner de nombreuses branches recourbées en tous sens, et qui peuvent à première vue être prises pour des parties constituantes de la préparation; il suffira d’être prévenu de leur existence pour ne pas être longtemps trompé sur leur nature.

Illusions d’optique. — Mais il se produit souvent des illusions d’optique provenant d’interférences, de déviation des rayons lumineux qui traversent la préparation ; dans ce cas, on voit apparaître des bandes lumineuses alternant avec des bandes obscures. En général, ces effets sont dus à un excès de lumière; il suffira donc de diminuer l’éclairage en faisant usage de diaphragmes plus petits.

Voici, d’après le professeur Zirckel, quelques-uns des cas qui peuvent se produire :

1° Les rayons réfléchis par le miroir et qui traversent le baume entourant l’objet interfèrent avec ceux qui traversent l’objet luimême. Les deux substances possédant un pouvoir réfringent différent, les deux rayons ont, en les traversant, une marche différente. Dans ce cas, les lignes d’interférence apparaissent en dehors de la limite des objets, et sont d’autant plus fortes que la différence d’indice de réfraction est plus grande.

2° Les rayons qui ont traversé le milieu entourant l’objet ( baume de Canada) peuvent interférer avec ceux qui sont réfléchis par les surfaces planes ou courbes de l’objet, cas qui se produit lorsque des métaux, des fragments roulés, des corps cylindriques sont englobés dans le baume de Canada ou dans une substance miné-

(') Voir , page 214, les caractères de ces bulles.

raie étrangère. Cet effet est quelquefois très marqué et dépend surtout du pouvoir réfléchissant et de la forme des surfaces. Il se produit également le long des fissures qui traversent un minéral amorphe ou cristallin; mais, dans ce cas, il est facile, en général, de distinguer nettement les franges irisées que donnent les phénomènes d’interférence.

3° Les rayons qui traversent l’objet ou qui sont réfractés par lui peuvent arriver à interférer avec ceux qui subissent une réflexion à l’intérieur d’une saillie. Les lignes d’interférence se produisent alors du côté interne de la ligne qui délimite l’objet; cet effet se produit assez ordinairement dans le vide d’un espace polyédrique.

Ordinairement, un simple changement dans l’éclairage, dans la force de l’amplification apporte de telles modifications dans l’apparence , l’étendue, le nombre et la coloration des lignes d’interférence, que l’observateur reconnaîtra facilement si elles appartiennent à l’objet ou à l’image microscopique.

Reliefs et enfoncements. — Il est indispensable, en lithologie microscopique, de distinguer les saillies des enfoncements; de reconnaître, par exemple, si une aiguille cristalline est pleine ou vide. Une remarque bien simple de Welcker permet de reconnaître nettement l’une ou l’autre de ces deux conditions opposées.

Si un objet montre son plus vif éclat lorsqu’on élève le tube du microscope, c’est que l’objectif a son foyer sur le sommet d’une éminence; si cet éclat se produit en baissant le tube, on est sur un enfoncement. En faisant usage de la lumière oblique, il y aura déplacement de l’image; dans le cas d’un espace vide (agissant alors comme une lentille concave), le point lumineux apparaît lors de l’abaissement du tube sur le côté opposé au miroir; l'ombre, au contraire, sur le côté tourné vers lui. Pour les corps solides, espace plein (agissant comme une lentille convexe), le point lumineux se montre en élevant le tube, et, sur le côté tourné vers le miroir, l’ombre sur le côté opposé. Dans les corps cylindriques, une ligne lumineuse remplace le point de plus vif éclat.

De la représentation des images microscopiques. — La repré-

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sentation la plus fidèle qui reproduirait le champ visuel tel qu’il se présente à l’observateur, sans rien ajouter ou sans rien retrancher, ne peut en aucune façon être regardée comme la meilleure et la plus vraie. Il faut en effet arriver à représenter pour les autres ce qui est le résultat total de l’observation, et comme celle-ci n’est complète que par la réunion de plusieurs impressions successives, il ne sera pas suffisant, dans la plupart des cas, de représenter seulement ce qui se voit nettement et à une distance focale déterminée; il faut donc, par une mise au point successive, donner à chaque élément toute sa valeur et le dessiner seulement alors. Le dessin microscopique doit reproduire, autant que possible, l’apparence habituelle des corps et ne pas laisser passer inaperçus les rapports d’ombre et de lumière qui y correspondent.

Enfin les observations en lumière polarisée produisent des colorations qu’il est absolument nécessaire de reproduire; les procédés de l’aquarelle sont alors les meilleurs à employer. Nous

citerons comme exemple absolument complet les magnifiques planches de l’ouvrage de MM. Fouqué et Lévy sur les roches éruptives françaises.

La photographie est souvent employée en lithologie microscopique, et cependant, nous devons l’avouer, elle est trop souvent insuffisante. Les colorations données par la polarisation ne font que rendre les opérations photographiques plus difficiles, et sur l’épreuve définitive, ces couleurs se traduisent souvent par des

teintes d’une intensité absolument inverse de ce que l’on pourrait

supposer. Cependant les photographies de coupes de roches peuvent donner, dans certains cas, d’excellents résultats, et nous citerons, à l’appui de notre dire, les photographies, intercalées dans l’atlas de l’ouvrage de MM. Fouqué et Lévy que nous avons déjà cité. Des mesures d’une extrême précision peuvent être prises sur ces photographies; enfin elles seront toujours extrêmement utiles pour l’obtention de dessins faits à la main; elles donneront alors de véritables esquisses, d’une exactitude absolue, et qu’il suffira de compléter par l’observation directe de la préparation.

Il est bon d’ajouter que les photographies faites en lumière polarisée doivent toujours être obtenues avec un éclairage artificiel, car la pose est longue, et, malgré les bons résultats obtenus avec la lumière solaire et l’héliostat, il est plus simple de recourir à une source lumineuse fixe. La lumière de Drummond est bonne, mais un peu jaune, ce qui trouble quelquefois les colorations données par la polarisation; mais la lumière électrique est de beaucoup préférable.

Tout récemment, un de nos plus habiles micrographes, M. Van Heurck, a donné dans le Bulletin de la Société belge de microscopie un excellent travail à ce sujet, et nous allons indiquer les principaux résultats obtenus par le savant directeur du Jardin des plantes d’Anvers :

« Nous avions, depuis longtemps, pensé à la lumière électrique pour l’éclairage du microscope, mais nous ne songions qu’à obtenir la lumière monochromatique. Les expériences que nous avons faites dans ces derniers temps sont venues nous montrer que la lumière électrique, par incandescence, réalise l’éclairage par excellence que peut demander le micrographe, surtout au point de vue photographique.

« Deux moyens s’offrent aujourd’hui pour la production de l’électricité : les machines dynamo-électriques et les piles.

« Les machines dynamo - électriques produisent l’électricité à bon compte; malheureusement elles sont coûteuses et exigent un moteur à vapeur ou à gaz bien plus coûteux encore, ce qui fait que l’ensemble des installations s’élève à une somme assez ronde. Un micrographe n’y aura donc jamais recours pour des observations à faire à des intervalles souvent irréguliers, quand une petite pile, bien installée, lui permettra d’obtenir l’éclairage désiré, avec un peu plus de frais, mais presque sans peine.

« Le nombre des piles électriques existant aujourd’hui est fort considérable, mais aucune d’elles n’a été dépassée jusqu’ici, surtout pour la production de la lumière, par la pile de Bunsen. Mais les vapeurs d’acide hypoazotique qu’elle émet, les inconvénients qu’elle présente par les difficultés de son montage, sont cause

qu’elle ne peut guère être utilisée qu'en plein air ou dans un laboratoire où l’on ne tient pas compte des inconvénients dont nous venons de parler. On ne peut donc conseiller aux micrographes la pile de Bunsen, telle qu’elle a été arrangée par le chimiste allemand ; toutefois, on a apporté à cette pile une modification heureuse, qui non seulement supprime à peu près tous les inconvénients dont nous avons parlé plus haut , mais, en outre, permet la production de la lumière à un prix bien moindre que par la pile de Bunsen ordinaire.

« La pile dont nous parlons ici est celle qui a été organisée par H. Tommasi, et qui est fabriquée par la Société universelle cV électricité Tommasi , à Paris.

« Cette pile est montée d’une façon très simple, sur une sorte de tréteau en bois, et se compose de 50 éléments, dont chacun comprend :

« Un vase extérieur en grès ;

« Un vase poreux contenant lui-même un autre récipient en verre, dans le bas duquel est pratiquée une ouverture de manière à faciliter l’écoulement du liquide neuf appelé à remplacer le liquide, qui est devenu inutile par suite de l’action désoxygénante et qui s’échappe peu à peu par les pores du vase.

« La bouteille en verre et par conséquent le vase poreux sont remplis d’un mélange formé de deux parties d’eau saturée de nitrate de soude et de trois parties d’eau acidulée à 45° avec de l’acide sulfurique.

« En outre, un charbon conducteur est plongé dans le vase poreux.

« Au fur et à mesure que le liquide épuisé s’écoule par les pores du vase poreux, il est remplacé, comme nous l’avons dit tout à l’heure, par le liquide non encore utilisé, contenu dans la bouteille en verre.

« Quant au vase extérieur, il renferme un support en fil de cuivre ayant à sa partie supérieure une pince platinée destinée à saisir le charbon conducteur de l’élément voisin.

« Autour du vase poreux et dans le vase extérieur, on dispose

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