‹ Traité élémentaire du microscopeChapitre 88 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quatre rondelles en zinc, de 01U,01 d’épaisseur, qui s’appuient sur le support dont nous venons de parler. Le vase extérieur est rempli jusqu’au bord d’eau acidulée à 4 pour 100 d’acide sulfurique, qu’on y introduit de la manière que nous allons décrire.

« Les vases extérieurs communiquent entre eux par série de cinq, au moyen de tubes en verre, munis de manchons en caoutchouc et placés à la partie inférieure de chaque vase.

« Grâce à ce procédé, l’emplissage de la pile s’obtient en un clin d’oeil, à l’aide de dix robinets montés sur deux rampes en plomb, mises en communication avec une caisse centrale, qu’on a eu soin de remplir préalablement d’eau acidulée.

« Il suffit, par conséquent, pour charger la batterie, d’ouvrir les dix robinets dont chacun dessert une série de 5 éléments. La pile se trouve ainsi prête à fonctionner instantanément.

« La pile Tommasi, préparée et chargée comme il vient d’être expliqué, peut fonctionner pendant dix heures environ. Après chaque période de dix heures, on opère la vidange de la pile au moyen de tubes en caoutchouc, fixés sur le vase extérieur du dernier élément de chaque série et qui aboutissent dans un collecteur destiné à l’évacuation des eaux.

« Les zincs restent alors à sec et ne s'usent pas pendant le repos de la pile.

« Quant au renouvellement du mélange et du zinc, il suffit, une fois tous les deux jours, de remplir à nouveau le flacon de verre et de remettre une rondelle en zinc dans chaque vase quand cela est nécessaire.

« La pile ne se démonte jamais. On n’a besoin pour l’entretenir dans un état parfait de propreté que de remplir d’eau, une fois par mois, la caisse centrale, d’ouvrir tous les robinets, d’abaisser les tubes en caoutchouc dans le collecteur et de laisser couler l’eau jusqu’à épuisement.

« Cette précaution mensuelle est suffisante pour nettoyer complètement la pile et la débarrasser des résidus qui pourraient s’y trouver.

« On le voit, le maniement de cette pile est des plus faciles, et

de l’emploi du microscope COMPOSÉ. 281

— détail important à noter — son emploi est des plus économiques, eu égard aux résultats obtenus.

« Notons cependant que, quand il ne s’agit que de l’éclairage du microscope, on est loin d’avoir besoin d’une installation pareille; avec 10 éléments, on a plus qu’il n’en faut, comme nous le dirons bientôt, pour illuminer les nouvelles lampes pour microscope de M. Swan.

« L’électricité produite par la pile ou par les machines ne doit pas être employée au moment où on l’obtient. On peut l’emmagasiner même pendant plusieurs jours dans des piles secondaires ou accumulateurs, comme on les nomme actuellement. Ces appareils, imaginés par M. Gaston Planté, ont été perfectionnés par de nombreux inventeurs. L’un des systèmes les plus usités est celui de M. Faure: il consiste essentiellement en deux lames de plomb, enduites d’une épaisse couche de minium, séparées, enveloppées de flanelle, enroulées sur elles-mêmes et plongées dans un cylindre de verre, bien fermé et contenant de l’eau acidulée à 10 pour 100 d’acide sulfurique.

« Les accumulateurs permettent d’utiliser toute la force de la pile primaire, en emmagasinant l’électricité produite aussi bien pendant les moments où l’on emploie la pile qu’après, en épuisant les liquides que l’on jette sans cela. Nous avons accouplé à notre pile une série de pareils accumulateurs, qui restent constamment dans le courant : en cessant le travail, le soir, nous accouplons les accumulateurs en quantité avec la pile, et ils restent dans cet état jusqu’au lendemain soir.

« Le micrographe peut utiliser tous les genres de lampes. Mais ce sont les lampes à incandescence qui sont utilisées habituellement.

« On en distingue de deux sortes : les lampes à incandescence à air libre et celles à incandescence dans le vide ou dans les gaz raréfiés.

« Les lampes à incandescence à air libre, dont il existe actuellement de nombreux modèles, ont été inventées par M. l’ingénieur E. Reynier, de Paris.

« Ces lampes consistent essentiellement en un charbon de faible diamètre (0m, 001, 0m, 002 et 0m, 003) qui vient buter contre un contact en charbon ou en cuivre très volumineux. Ce butage est produit, soit par un poids, soit par la poussée d’une colonne de mercure où plonge le crayon. L’incandescence du crayon de charbon est limitée par un contact latéral à un ou un demi-centimètre. La lumière produite ainsi est vive et douce à la fois, et l’on obtient la valeur de plusieurs becs carcels avec un petit nombre d’éléments ou d’accumulateurs. Cette lumière bleuâtre est très propre aux expériences de photomicrographie, mais nous la trouvons trop vive pour les travaux habituels.

« Les principales lampes à incandescence dans le vide sont celles d’Édison et de Swan. Celles de Maxim sont à incandescence dans un hydrocarbure raréfié.

« Nous avons essayé celles de Maxim, mais ce sont les lampes de Swan que nous employons journellement. Ce sont celles qui conviennent le mieux au micrographe, tant parce que leurs filaments incandescents sont réunis sur un petit espace que parce qu’on peut les faire marcher avec une force beaucoup plus faible que les lampes Maxim.

« Nous avons reçu, il y a quelques semaines, du savant électricien de New-Castle, des petites lampes spéciales, éminemment propres aux recherches de micrographie, et ce sont celles que nous employons maintenant exclusivement. Ces petites lampes sont à peu près sphériques et ont environ 0m,03 de diamètre. Elles peuvent donner une vive lumière et n’exigent qu’une faible force.

« 11 suffit, pour obtenir une belle lumière blanche, d’employer 6 à 8 éléments Tommasi ou 4 accumulateurs Faure-Reynier.

« Le micrographe pourra donc pourvoir à toutes ses recherches moyennant 10 éléments Tommasi et 4 accumulateurs. Ces accumulateurs se chargeront facilement à l’aide de 10 éléments Tommasi, ces premiers n’ayant qu’une force électromotrice de 8,5 volts , tandis que les 10 éléments Tommasi ont 18 volts; et comme ces 4 accumulateurs, d’après notre expérience, peuvent alimenter la petite lampe pendant plus de douze heures, on pourra avoir la

DE l’emploi du microscope composé. 283

lumière électrique en permanence à sa disposition en faisant fonctionner la pile une ou deux fois par semaine.

« Voyons maintenant quels sont les avantages que le micrographe retirera de l’emploi de la lumière électrique. Ces avantages sont de deux sortes :

« L’éclairage électrique par incandescence surpasse tout autre éclairage. Il a la douceur des bonnes lampes à pétrole et montre les détails délicats presque aussi bien que la lumière monochromatique. Les stries délicates de Y Amphipleura, le 19e groupe du test deNobert, se voient avec une netteté parfaite.

« M. le professeur Abbé, à qui nous avons fait part du résultat de nos recherches, en a trouvé l’explication théorique. Il l’attribue à deux causes :

« 1° La plus grande blancheur de la lumière. Par suite, la lumière renferme plus de rayons bleus et violets. Or, comme il a été démontré par les mensurations faites par M. le professeur Abbé, dans les divers éclairages monochromatiques, que le pouvoir séparateur d’un objectif d’une ouverture donnée croît dans le même rapport que la longueur d’onde de la lumière employée diminue, il en résulte que la lumière électrique doit montrer plus facilement les détails délicats que la lumière jaunâtre du gaz ou des lampes.

« 2° L’intensité spécifique de la lumière électrique étant beaucoup plus considérable que celle des autres lumières artificielles, on obtient un éclairage suffisant avec un pinceau lumineux beaucoup plus étroit que celui qu’il faudrait employer pour obtenir la même intensité lumineuse avec l’éclairage par le gaz ou par la lumière diffuse du jour.

« On peut donc employer des rayons beaucoup plus obliques..

« Pour employer la lumière électrique, nous posons la lampe dans une petite caisse, dont le couvercle est percé d’une ouverture. Le microscope est posé sur la caisse, le miroir ayant été préalablement écarté de l’axe ou totalement enlevé. La lumière de la lampe est alors concentrée par une lentille plan - convexe et dirigée dans le condenseur du microscope. C’est par le maniement de ce dernier que nous modifions Péclairage. »

Page 1