CHAPITRE V
M. Thoulet, « les divers cristaux contenus dans une lame mince sont atteints par les deux surfaces de la lamelle sous des angles les plus variés; pour quelques-uns d’entre eux seulement, le hasard a permis que les sections se fissent parallèlement, ou à peu près, à certaines faces remarquables du cristal supposé complet et isolé. Or, c’est justement à ces cas spéciaux qu’on se rapporte dans la pratique pour déterminer l’espèce minéralogique du cristal et de ses analogues, au moyen de l’angle fait avec un côté par la direction d’extinction entre les niçois croisés.
« Une autre cause vient encore troubler la netteté, déjà si rare, des contours des cristaux, noyés dans l’épaisseur de la lame mince. Les cristaux, par suite de circonstances spéciales, tantôt inhérentes à leur mode de formation, tantôt accidentelles et consécutives à la formation du minéral, ont leurs bords plus ou moins déchiquetés, dentelés et corrodés. Il était donc à désirer que, une section étant donnée, on pût se rendre un compte au moins approximatif de l’orientation de cette section par rapport aux faces typiques de l’espèce cristalline (1). »
Le clivage permet heureusement de résoudre presque toujours ce problème important, et il suffit de calculer l’angle d'extinction en le rapportant à la trace d’un plan de clivage facile. Le clivage, en effet, offre un caractère de fixité absolue, et se reliant directement avec les éléments cristallographiques du cristal.
Nous renverrons au travail de MM. Fouqué et Lévy pour la détermination du système cristallin d’une section ainsi observée, et plus particulièrement à celui de M. Thoulet, lorsque les observations porteront seulement sur les traces de clivage.
Nous devrons encore prémunir l’observateur contre certains cas particuliers qui pourraient l’induire en erreur s’il n’était prévenu.
Dans tous les calculs basés sur les relations qui existent entre les plaques minces et la position de leurs extinctions, on suppose toujours que l’on voit avec précision la section du minéral per-
(’) Thoulet, op. cit., p. 29.
DE l’emploi du microscope COMPOSÉ. 295
pendiculaire aux rayons lumineux , c’est-à-dire parallèle aux faces de la plaque mince.
Il peut arriver, au contraire, que le minéral entouré d’une substance entièrement transparente laisse apercevoir à la fois sa section supérieure et ses parties plus profondes : de là des déformations graves ; l’extinction ne se fait plus alors symétriquement, et il est indispensable de rechercher les contours vrais par une vue d'ensemble. Dans ce cas , l’emploi du microscope binoculaire, muni des appareils de polarisation, peut donner le moyen de donner aux moindres microlithes un relief qui fait ressortir leurs formes véritables.
Il peut encore arriver que plusieurs cristaux se superposent, et alors on ne peut parvenir à obtenir une extinction complète.
Quand les cristaux sont simplement superposés et ne se pénètrent pas, on peut calculer que l’un des deux cristaux est arrivé à sa position d’extinction quand l’autre présente la même teinte et la même intensité lumineuse dans toute son étendue.
Les roches éruptives contiennent souvent des sphérolithes : ceux-ci sont amorphes ou cristallisés, et quelquefois en partie amorphes (colloïdes), en partie cristallisés.
Les sphérolithes colloïdes sont sans action sur la lumière polarisée; ils s’éteindront entièrement dans toutes les directions. Certains globules de cette catégorie agissent sur la lumière polarisée à la manière du verre comprimé : entre les niçois croisés, on apercevra une croix noire à contours indécis, dont les branches seront situées dans les plans principaux des niçois. Si ceux-ci sont parallèles, la croix noire sera remplacée par une croix blanche ; à 45°, il se produira une croix grise.
Si l’on fait tourner la plaque mince entre les niçois croisés, la croix noire ne changera pas de place et se projettera successivement sur toutes les parties du sphérolithe.
Dans quelques cas, les branches de la croix ne sont plus droites et régulières, mais incurvées dans divers sens. D’autrefois les zone extérieures des globules polarisent plus vivement que celles de l’in-