DES IIYDROPISES EN GENERAL
On ne doit comprendre sous le nom d 'hydropisie que l’accumulation de la sérosité dans les mailles du tissu cellulaire ou dans les membranes séreuses. Quelques auteurs ont pourtant étendu la signification du même mot à l’accumulation des fluides dans des cavités accidentelles comme les kystes , ou dans des organes tapissés par des membranes muqueuses tels que l’estomac ou l’utérus; mais nous ne croyons pas, d’accord en cela avec MM. Rayer et Littré, qu’on doive confondre sous la même dénomination des affections qui sont si distinctes les unes des autres. En comprenant seulement parmi les hydropisies les épanchements séreux du tissu cellulaire .et des membranes séreuses, on forme un groupe naturel de maladies affectant des tissus identiques sous les rapports anatomique et physiologique : de plus nous verrons combien sont intimes les connexions qui lient les hydropisies des membranes séreuses à celles qui ont leur siège dans le tissu cellulaire : aussi les généralités que nous allons présenter s’appliqueront aussi bien aux premières qu’aux secondes, tandis que les épanchelnents des cavités muqueuses ou de certains kystes sont des maladies qu’on ne peut pas même rapprocher des hydropisies, car elles en diffèrent essentiellement par leurs causes , leurs symptômes et leur marche ; les considérations que nous allons présenter ne sauraient donc leur être applicables.
Historique et divisions. — Les anciens ont connu et décrit les principales espèces d’hydropisies, sur la nature et la formation desquelles les idées les plus bizarres, en rapport avec les théories régnantes, ont été émises. Nous croyons inutile de les rappeler ici. Longtemps considérée comme une maladie distincte, l’hydropisie n’est guère aujourd’hui qu’un symptôme de différents étals morbides que quelques anciens, guidés par leurs idées spéculatives, avaient indiqués en grande partie, mais dont l’existence n’a été démontrée que par les ouvertures des cadavres et par les expérimentations des physiologistes. Après toutes ces recherches, il est désormais prouvé que presque toutes les hydropisies sont symptomatiques y c’est-à-dire qu’elles sont le résultat d’une altération dans la texture de certains organes ou d’un changement survenu dans la quantité et la composition du sang. Quelques unes pourtant sont idiopathiques , c’est-à-dire dépendent d’un travail particulier, limité à l’organe même qui est devenu le siège de l’exhalation séreuse , mais dont la cause est presque toujours inconnue. Indépendamment de la division précédente, on a encore distingué les hydropisies en actives ou sthéniques et en pasi sives ou asthéniques. Les premières sont celles qui, survenant promptement, ont une marche rapide et s’accompagnent de quelques symptômes de réaction ou d’excitation. On les a regardées comme affectant spécialel. 43
ment les sujets forts, sanguins, et on a supposé que la maladie résultait d’une augmentation dans là perspirâtiôrt séreuse , due elle-même à un travail occulte qu’on a nommé subinflammation ou irritation sécrétoire. Les hydropisies atoniques ou passives, produites par une diminution dans l’absorption , auraient au contraire une marche lente, et ne s’accompagneraient d’aucun phénomène d’excitation ou de réaction du côté de l’organe qui est le siège de la congestion séreuse. Les hydropisies par obstacle à la circulation veineuse seraient le type de la forme passive. Beaucoup d’anasarques, qui se déclarent brusquement dans la convalescence des scarlatines ou dans la néphrite albumineuse aiguë, représentent assez bien la forme sthénique. Cette dernière division des hydropisies, proposée par M. Breschet, adoptée même de nos jours par M. Bouillaud, est souvent d’une application très difficile dans la pratique. Nous croyons donc préférable, avec les auteurs du Compendium , de lui substituer une division uniquement basée sur la connaissance des causes, sans néanmoins perdre de vue les caractères sthénique et passif, qui représentent bien quelque chose de réel et peuvent devenir la source de quelques indications précises, mais n’embrassent pas toutes les formes des hydropisies.
Causes des hydropisies. — Une gêne au cours du sang est la cause la plus fréquente des hydropisies; tels sont tous les obstacles apportés à la circulation générale, comme les maladies organiques du cœur, les épanchements dans le péricarde, certaines affections de l’aorte. D’autres fois c’est un obstacle ne gênant que la circulation veineuse d’une partie , et qui produit une hydropisie limitée à ce point du corps. Tels sont les cas où une veine d’un certain calibre est obstruée ou oblitérée par des concrétions fibrineuses ou pseudo- membraneuses, ou par la compression de quelques tumeurs extérieures. Cette cause d’hydropisies partielles, démontrée expérimentalement par Lower, admise comme réelle' par Boerhaave, par Van-Swiéten, par Cullen, etc., a été confirmée par les recherches des médecins modernes, et spécialement par les observations de MM. Bouillaud et Reynaud.
Dans tous les cas qui précèdent, on s’explique facilement la production de l’hydropisié , si on se rappelle que les veines étant les agents principaux , sinon exclusifs, de l’absorption , cette fonction doit être troublée lorsque le sang circule difficilement dans ces vaisseaux. Il faut encore rapporter aux hydropisies par obstacle à la circulation Veineuse toutes celles qui surviennent dans les cas d’hypertrophie de la rate, lorsque le foie a augmenté de volume, ou bieii, au contraire, lorsqu’il est atrophié et le siège de cette altération que nous décrirons dans le tome II sous ie nom de cirrhose. La production de l’ hydropisie s’explique encore facilement ici par la gêne qu’éprouve la circulation abdominale, soit parce que les veines se trouvent comprimées par les viscères hypertrophiés,
soit, dans le cas de cirrhose ou d’atrophie du foie , parce que les ramifications de la veine porte, ayant suivi le foie dans son retrait, ont subi une diminution plus ou moins considérable de leur diamètre.
Si les maladies du système sanguin sont une cause très efficace d’hydropysie, il n’en est pas de même du système lymphatique, qu’on a parfois regardé comme pouvant déterminer certains épanchements séreux. Mais c’est à tort ; car on a vu ceux-ci manquer dans les cas où les principaux vaisseaux blancs avaient été oblitérés ou détruits et même après la ligature du canal thoracique sur les animaux. Nous n’admettons pas non plus, contrairement à Abercrombie et à quelques médecins anglais, l’existence d’hvdropisies symptomatiques des maiadies aiguës ou chroniques des poumons ; car il nous serait facile de prouver que les infiltrations et les épanchements séreux qui surviennent dails quelques unes de ces affections s’expliquent toujours par quelques unes des altérations qUi produisent les hydropisies.
Il est une classe très importante d’hydropisies qui reconnaît pour càtise une altération de sang : ainsi, il paraît qUe lorsque ce liquide existe en quantité trop considérable, des épanchements séreux peuvent se former. Les expériences sur les animaux vivants, tentées par M. Magendie, ont appris, par exemple, que si on injectait une certaine quantité d’eau dans le système circulatoire , on rendait l’absorption interstitielle moins active , et que l’inertie de celte fonction était bientôt suivie d’une exhalation séreuse dans diverses parties du corps. C’est ainsi qu’on a expliqué certaines hydropisies se formant rapidement chez des individus pléthoriques OU chez des personnes qui , s’étant gorgées de boisson , se sont mises à peu près dans les conditions de l’animal dans les veines duquel on injecte une grande quantité de liquide. Cependant les faits de ce genre sont excessivement rares , et d’ailleurs il n’est pas encore démontré que le sang , indépendamment de sa plus grande abondance , n’ait pas subi alors en mêfiie temps quelque altération dans ses qualités , car fc’est eii effet là la cause qui explique le développement d’un grand nombre d’hydropisies. Ainsi , des faits très nombreux ont aujourd’hui dé- I montré que des hydropisies se produisaient dans des cas où le sang est | appauvri, lorsque le nombre des globules diminue en même teinps que là proportion de librihe. C’est ce qu’on voit après des hémorrhagies abondantes, à une période avancée du scorbut et de plusieurs maladies chroniques, ou bien chez les individus qui Vivent dans des lieux bas , humides, privés d’air, de lumière, et qui n’ont qu’une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité. Mais l’altération du sang qui produit | le plus souvent et le plus sûrement des épanchements séreux est la diminution des matériaux solides du sérum , et surtout la diminution de l’albumine. Nous avons vu , en effet , précédemment que telle était la cause des hydropisies qui surviennent si généralement dans le cours de
6 76 DES SÉCRÉTIONS MOKlUÜES.
la néphrite albumineuse , lorsque le rein altéré enlève au sérum une grande quantité de son albumine.
Les altérations du sang et les obstacles à la circulation veineuse se combinent souvent et expliquent le développement de plusieurs hydropisies. C’est ainsi que les collections séreuses, qui sont si communes dans le cours des lièvres intermittentes prolongées, reconnaissent non seulement pour cause une gêne dans la circulation , occasionnée par le développement insolite de la rate, mais peut-être plus encore l’altération profonde que le sang a subie. Ceci s’applique également aux affections cancéreuses, qui se compliquent souvent d’hydropisies dont le développement s’explique encore par l’étal de cachexie et de débilité, aussi bien que par l’oblitération des veines , produite tantôt par compression , plus souvent peut-être par la formation de caillots souvent mêlés à du détritus cancéreux.
D’après ce qui précède, on voit qu’il y a manifestement un ordre d’hydropisies qui reconnaît pour point de départ une altération du sang : tantôt c’est un vice de proportion dans la quantité de ce liquide, plus souvent c’est une altération de qualité. Nous avons admis que la défibrination du sang et que la diminution des globules pouvaient produire des épanchements séreux; mais nous nous hâtons de reconnaître que ces altérations ne sont pas celles qui déterminent le plus grand nombre d’hydropisies ni celles de ces maladies qui sont le plus intenses. D’ailleurs , à quelque degré que ces altérations existent, qu’elles soient isolées ou réunies, elles n’ont pas nécessairement pour effet de produire une hydropisie. Il n’en est pas de même quand la proportion d’albumine du sérum vient à diminuer, car alors l’hydropisie semble être une conséquence nécessaire et presque inévitable; c’est un point, que 31. Andral a parfaitement établi tout récemment. Le savant professeur paraît même, jusqu’à un certain point, mettre en doute qu’il y ait d’autres hydropisies par altération du sang que celles qui résultent de la diminution de l’albumine. Suivant lui , ce serait par suite d’une pareille altération qu’il faudrait expliquer ces hydropisies qui ont quelquefois affecté une population entière, que 31. Gaspard, par exemple, a vues régner épidémiquement, en 1816, dans plusieurs départements du centre de la France, où les habitants avaient été réduits à chercher leur nourriture dans des racines et des herbes des champs qu’ils faisaient cuire. L’opinion de 31. Andral , quoiqu’elle ne soit pas encore démontrée , a néanmoins quelque fondement ; car, lorsqu’on analyse ainsi qu’il l’a fait le sang des moutons qui deviennent hydropiques pour avoir été nourris dans des lieux humides, avec des pâturages de qualité insuffisante, on trouve que, chez eux, il y a beaucoup moins d’albumine dans le sérum.
Enfin , il est des hydropisies qui, ne reconnaissant aucune des causes précédemment indiquées, se lient à un état particulier, presque toujours
DES HYDROPISIES EN GÉNÉRAL, inconnu, des organes dans lesquels la sécrétion morbide s’opère ; ce sont là , à proprement parler, les hydropisies idiopathiques et essentielles. On constate, dans ces cas, un travail morbide, une exagération dans la sécrétion séreuse sans qu’on puisse rattacher celle-ci à aucune altération d’un solide ou d’un liquide. On a dit qu’il y avait alors sub-inflammation ou irritation sécrétoire ; mais , comme nous avons déjà eu occasion de le dire , il ne faut pas accepter ces mots comme exprimant quelque chose de réel, mais seulement comme l’explication d’un phénomène dont nous n’avons pu jusqu’à ce jour déterminer le mécanisme. Quoi qu’il en soit, ces hydropisies dites par irritation sécrétoire se développent quelquefois brusquement à la suite de l’impression du froid. Ainsi on a vu des ascites et des anasarques survenir chez des individus qui, ayant le corps échauffé, avaient été mouillés par la pluie ou étaient tombés dans l’eau. Le même effet a, dit-on, été produit chez des personnes qui ont bu étant en sueur une boisson glacée. 11 semblerait que , dans ces cas , les fonctions de la peau ayant été momentanément suspendues, une sécrétion supplémentaire s’est faite dans le tissu cellulaire ou dans une séreuse ; c’est probablement de cette manière que surviennent quelques unes des hydropisies consécutives aux fièvres éruptives. Mais il ne faut pas oublier que, dans beaucoup de cas. ces dernières se rattachent à l’existence d’une affection des reins, et qu’il en est de même pour beaucoup de celles qui se déclarent brusquement au milieu delà santé, sans cause appréciable, ou à la suite d’un refroidissement. On peut lire à ce sujet, dans rossai d* hématologie , page 157, de M. Andral , un exemple fort curieux; nous en avons nous-même observé quelques uns d’à peu près semblables ; néanmoins , dans quelques cas, il nous a été absolument impossible de trouver une altération quelconque du côté des reins. Il est donc probable que la proportion d’albumine du sang n’avait pas alors diminué; je dis probable, car il ne serait pas impossible à la rigueur qu’on vît chez l’homme ce que M. Àndral a rencontré plusieurs fois chez les individus de l’espèce ovine , des hydropisies coïncidant avec une diminution de l’albumine dans le sang sans que les reins fussent malades et indépendamment de l’écoulemen préliminaire de ce principe par l’urine.
Anatomie pathologique. — Quel que soit le point du corps où siège l’hydropisie, le fluide épanché se rapproche beaucoup du sérum du sang par son aspect et par ses propriétés chimiques. Il est, en effet, limpide, inodore, incolore, de couleur légèrement citrine , parfois un peu sanguinolent; sa pesanteur spécifique varie entre 1006,7 etlOOA (Marcet); il est formé presque entièrement d’eau, dont la proportion est toujours plus considérable que dans le sérum du sang. En effet, si ce dernier, quand il est le plus chargé d’eau, ne contient en moyenne que 790 de ce principe , il atteint dans la sérosité des hydropisies le chiffre 986
comme maximum, et 930 comme minimum. Le sérum contient en outre différents sels, tels que de l’hydrochlorate de soude et de potasse, des sulfates de potasse et de soude, des phosphates de fer, de chaux, de magnésie , dont la quantité est à peu près celle qu’on trouve dans le sérum du sang. Marcet y a découvert aussi une matière animale particulière , soluble dans l’eau , incoagulable par la chaleur, et qu’il nomme mucoeœlractive. Enfin , en faisant bouillir ce liquide ou en le traitant par l’acide nitrique , on décèle la présence de l’albumine ; la quantité de ce produit, ainsi que M. Anflral l’a constaté, varie depuis 4 jusqu’à 48. 11 résulte aussi des recherches du même auteur que le siège de l’hydropisie , comme la nature de sa cause, n’exerce aucune influence sur 1 élévation plus ou moins grande du chiffre de l’albumine ; mais il n’en est pas de même de l’état plus ou moins grand d’intégrité de la constitution. Eu effet , plus celle-ci est encore entière et forte , plus en général lçs sérosités épanchées contiennent d’albumine. Une circonstance remarquable, également signalée par iYL Andral, c’est que, dans les cas où , chez un même individu , il existe à la fois en des lieux divers plusieurs épanchements séreux , les liquides qui les constituent peuvent différer notablement les uns des autres relativement à la proportion d’albumine qu’ils contiennent. La quantité de sérosité épanchée varie beaucoup dans les différentes espèces d’hydropisies. Si elle est considérable, elle produit une distension des tissus ; les cavjtés qui la contiennent sont agrandies; certains organes, ayant été fortement comprimés par le liquide , sont affaissés , flétris , atrophiés. Enfin quelques auteurs , se fondant surtout sur quelques faits relatés par Lower, Morgagni et Mascagni, oqt prétendu que chez les hydropiques on trouvait souvent les vaisseau* lymphatiques volumineux et distendus; mais on a ici évidemment conclu d’après quelques cas exceptionnels; car l’observation journalière ne démontre aucune lésion appréciable dans le système lymphatique des individus qui succombent avec une hydropisie.
Symptômes. — Les symptômes généraux et locaux des hydropi sies varient beaucoup suivant leur siège , et surtout suivant la cause qui les a produites. Dans |a plupart des cas, on constatera une augmentation dans le volume des parties et certains symptômes dus à la compression que le fluide épanché exerce sur les organes avec lesquels il est en. contact. Les accidents varient d’ailleurs suivant l'abondance de l’épanchement, la rapidité avec laquelle il se forme, et la résistance des parties qui le renferment. Quant aux symptômes généraux , il n’en est aucun qu’on puisse regarder comme spécial à l’existence d’un épanchement séreux : ainsi c’est à tort qu’on a indiqué une soif intense, l’aridité de la peau et de la muqueuse buccale , la constipation , les urines rares, en un mot la diminution de |a plupart ‘des sécrétions , comme accompagnant toutes les hydropisies ; car ces différents symptômes n’existent
pas chez la plupart des malades, et souvent, quand on les renpontre , ils doivent être rapportés à d’autres causes qu’à l’hydropisie elle-même.
Marche. — La marche (les hydropisies varie : les unes ont une durée rapide, et cessent après quelques jours; d’autres persistent des mois ou même des années entières. La terminaison peut être favorable ou funeste. Dans le premier cas , l’hydropisie cesse tantôt peu à peu , d’autres fois rapidement, et sa disparition coïncide souvent avec un flux considérable d’urine, avec une diarrhée séreuse, ou bien avec une abondante diaphorèsè. Enfin, dans quelques cas fort rares, la guérison s’est effectuée après que la sérosité a été évacuée par une ouverture spontanée de la peau. Les hydropisies idiopathiques ne sont pas les seules qui guérissent, mais on voit encore disparaître celles qui dépendent d’une lésion organique, lors même que celle-ci n’a éprouvé aucune amélioration Mais dans ces cas la guérison n’est que passagère, car au bout d’un temps plus ou moins long l’hydropisie apparaît de nouveau. Elle peut ainsi cesser et reparaître plusieurs fois de suite avant de devenir définitive ; cependant il est bien rare qu’après la troisième récidive elle puisse diminuer, et surtout disparaître encore. La mort est une terminaison beaucoup plus ordinaire des hydropisies. Elle a lieu, tantôt par les progrès toujours croissants des maladies dont l’hydropisie'est un des symptômes , tantôt par suite de quelque complication , ou par quelque accident produit par l’épanchement lui-même , tels que des gangrènes et des érysipèles phlegmoneux (dans l’anasarque), l’asphyxie (dans l’hydrothorax). Enfin des troubles cérébraux, tels que des convulsions , du délire, et plus souvent encore le coma et la résolution , emportent un certain nombre de malades. Ces accidents , parfois précédés de céphalalgie , de torpeur, se développent en général brusquement; ils sont presque toujours précédés d’une diminution considérable de l’hydropisie. Le développement des symptômes apoplectiques dépend ici de ce quela sérosité résorbée a été portée vers les centres nerveux par un véritable mouvement métastatique : aussi, à l’autopsie des sujets qui ont succombé aux accidents dont je parle, on a trouvé des épauchements séreux considérables dans les ventricules, dans la cavité arachnoïdienne, ou dans le tissu cellulaire de la pie-mère, ou bien enfin , mais beaucoup plus rarement , la sérosité était combinée avec la substance cérébrale ejle-même.
Diagr\ostic. — Le diagnostic des hydropisies offre deux problèmes à résoudre : 1° reconnaître l’hydropisje ; 2° déterminer si elle est essentielle ou symptomatique. Il est , en général , facile de reconnaître un épanchement séreux par ]es troubles fonctionnels qu’on observe ainsi que par les signes que fournissent l’inspection des parties , la palpation et la percussion : il est beaucoup plus difficile de remonter à la cause qui a produit et qui entretient la maladie. Cependant, pour déterminer
ce point de diagnostic , on aura surtout égard à la marche plus ou moins rapide de l’hydropisie , aux parties du corps qu’elle a d’abord affectées, aux circonstances qui l’ont précédée, aux symptômes qui l’accompagnent. Il ne faut pas oublier que le nombre des hydropisies idiopathiques et essentielles est aujourd’hui extrêmement restreint; que lorsqu’on ne pourra pas expliquer le développement des épanchements séreux par un obstacle mécanique à la circulation , presque toujours on en trouvera le point de départ dans une altération de sang ; et comme de toutes ces lésions celle qui produit le plus sûrement les hydropisies consiste dans une diminution de l’albumine qui est éliminée par les reins , on devra toujours rechercher si l’urine ne renferme pas ce principe.
Pronostic. — Le pronostic de l’hydropisie est subordonné à la cause qui l’a produite , au siège de l’épanchement, au nombre des récidives, aux complications qui surviennent. La diminution de l’épanchement est généralement une circonstance favorable ; toutefois ce signe n’aura d’importance qu’autant que l’état général se sera également amélioré , attendu que quelquefois, comme nous l’avons dit, la diminution brusque de l’hydropisie coïncide avec l’apparition de symptômes cérébraux graves. D’ailleurs il n’est pas rare encore de voir les épanchement séreux diminuer notablement dans les derniers jours de l’existence.
Traitement. — Dans le traitement de toute hydropisie, il y a deux indications à remplir : 1° combattre la cause de la maladie ; 2° favoriser l’évacuation du liquide épanché.
Première indication. — Les moyens à employer pour satisfaire à la première indication varient suivant la cause qui a produit l’hydropisie. Celle-ci dépend-elle d’un obstacle au cours du sang , il faudra s’efforcer de le diminuer ou de le détruire, chose , d’ailleurs, qu’il est rarement possible de faire. Mais il est certaines causes d’hydropisies, telles que la pléthore et l’état anémique, qui peuvent être combattues efficacement; la première , par la saignée et l’appareil des moyens antiphlogistiques; la seconde, par les toniques, les ferrugineux et un régime analeptique. Quelle que soit, d’ailleurs, la cause première de l’hydropisie, il faut, avant de songer à évacuer la sérosité , combattre avec soin l’état inflammatoire ou sthénique qui tantôt est la cause de l’hydropisie , qui d’autres fois vient seulement la compliquer. Cet état sthénique , spécialement caractérisé par la force et la vibrance du pouls , la chaleur et la congestion de la peau , réclame l’emploi des émissions sanguines, que l’on proportionnera d’ailleurs aux forces du sujet et à l’intensité des symptômes. Les antiphlogistiques seront d’autant mieux indiqués que ces accidents surviennent le plus souvent chez des sujets jeunes , vigoureux , Lien nourris, et chez lesquels l’hydropisie s’est développée rapidement. Les médecins anglais conseillent dans ces cas l’emploi simultané de l’opium et du calomel à doses fractionnées (10 à 20 centigrammes
DES 11YDR0PJS ES EN GÉNÉRAL. 681
calomel et 2 à 10 centigrammes d’opium toutes les trois heures). Beaucoup proposent de continuer ces moyens jusqu’à salivation: l’efficacité de ce traitement n’est pas encore suffisamment démontrée.
Deuxième, indication. — Lorsqu’on a combattu convenablement les états sthénique et asthénique, ou bien lorsqu’aucune de ces deux indications n’existe , et que l’hydropisie tenant à une cause matérielle , on ne peut espérer qu’un soulagement momentané, il faut tenter l’évacuation de la sérosité. On y parvient par des moyens directs tels que l’incision ou la ponction des parties dans lesquelles le liquide est épanché; ou bien on emploie des moyens indirects tels que les purgatifs, les vomitifs, les diurétiques, les sudoriliques, les sialagogues , les vésicatoires, dans le but de provoquer des sécrétions artificielles et d’activer l’absorption aux dépens du liquide épanché. Parmi ces moyens, les purgatifs , et surtout les purgatifs drastiques , sont ceux qui ont le plus d’efficacité; on les emploie lorsqu’aucune complication des organes digestifs n’en contre-indique l’usage. L'huile de croton tiglium, lejalap, le sirop de nerprun , la gomme-gutte, les décoctions de sureau, ou sambucus nigra, ( 32 grammes pour deux pintes d’eau réduites à une ), les pilules de Bâcher, dont l’ellébore forme la base , au nombre de deux à dix par jour, sont les principales substances purgatives auxquelles on aura recours. On devra les administrer à des intervalles très rapprochés, c’est-à-dire tous les deux ou trois jours; sans cette précaution on voit l’hydropisie reparaître avec une grande rapidité.
Les diurétiques spécialement employés dans les hydropisies sont les tisanes faites avec le chiendent, la pariétaire, les queues de cerises, la turquette, le fraisier, le cerfeuil , l’asperge , le genêt vert, auxquelles
ton ajoute une certaine quantité de nilre ou d’acétate de potasse aux doses indiquées (précédemment, page 373). Les poudres de digitale
fet de scille pourraient également être prescrites. On a aussi conseillé d’introduire les diurétiques par la peau. Dans ce but on pratique des frictions avec les teintures de scille et de digitale , ou bien on met des compresses trempées dans une forte décoction de ces plantes. C’est un moyen que M. Trousseau a beaucoup préconisé. Les sudorifiques sont des agents plus incertains encore dans leur action que les diurétiques ; les fumigations aromatiques, et surtout les bains de vapeur, sont le moyen le plus efficace pour produire la diaphorèse. On peut y joindre l’emploi des bois sudorifiques, de la poudre de Dower , etc. , et l’usage de la flanelle.
Le régime alimentaire variera suivant les conditions particulières des malades. Dans aucun cas on ne doit, à l’exemple des anciens, priver les malades de boisson de peur d’augmenter l’hydropisie ; car cette crainte n’est nullement fondée : c’est donc sans motifs qu’on ajouterait le tourment de la soif aux souffrances de la maladie.