TROISIÈME GENRE DE SÉCRÉTIONS MORBIDES
DSS SÉCRÉTIONS MUQUEUSES.
Le fluide sécrété par les membranes muqueuses peut être exhalé en plus grande abondance , et c’est à cet accroissement de la sécrétion muqueuse que les anciens ont donné le nom de catarrhe.
Ce mot n’a exprimé, pendant plusieurs siècles, qu’une idée hypothétique et vraiment absurde. Les médecins grecs et leurs successeurs supposaient, en effet, qu’une matière morbide exhalée dans la tête se dirigeait ensuite vers une muqueuse; cependant, depuis F. Hoffmann, Jes flux muqueux ont été étudiés et interprétés d’une manière plus rationnelle. Ainsi ce médecin regardait ces sécrétions morbides comme se rattachant à une lésion spéciale de la muqueuse, ou comme étant l’effet, la conséquence d’une altération des fluides; enfin la généralité des pathologistes modernes les ont décrites comme étant une affection primitive de l’organe sécréteur lui-même. Mais on a cessé d’être d’accord lorsqu’il s’est agi de déterminer la nature de la maladie. Pour les uns le mot catarrhe ne signifie autre chose qu’une inflammation aiguë ou chronique d’une membrane muqueuse, tandis que d’autres l’ont réservé pour désigner un flux muqueux survenant indépendamment de tout travail inflammatoire appréciable. C’est le sens que nous lui attachons. Dans l’état actuel de la science , le mot catarrhe doit donc donner l’idée d’une augmentation accidentelle dans la sécrétion des follicules muqueux , sans que ceux-ci soient actuellement le siège d’un travail inflammatoire.
Les anciens pyrétologistes avaient invoqué cette altération de la sécrétion muqueuse comme constituant le caractère essentiel de certains états fébriles distincts; telles étaient les fièvres catarrhale, muqueuse, pituiteuse. Dans la première il existait une affection bornée à la membrane pituitaire et aux bronches, tandis que, dans les autres, l’altération occupait en outre la muqueuse des organes digestifs. Cependant, si on consulte les principales relations d’épidémies qui nous ont été transmises, on voit que, sous les noms de fièvre catarrhale, muqueuse ou pituiteuse, les médecins avaient bien moins décrit une maladie spéciale , que des maladies diverses régnant sous une même constitution épidémique. D’ailleurs , si dans la fièvre catarrhale simple il existait une altération manifestement inflammatoire de plusieurs muqueuses , et spécialement de celle des yeux, du nez, de la gorge et des voies aériennes, l’affection des muqueuses était bien moins évidente, et le plus souvent même elle était contestable dans les fièvres dites muqueuses ou pituiteuses, ou bien si elle existait , elle n’était qu’un épiphénomène d’un étal général. En effet , les formes graves de ces prétendues fièvres ca-
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tarrhales appartiennent manifestement à notre affection typhoïde. Enfin il est bien certain, comme l’a dit avec raison M. Littré, que, dans un grand nombre de cas , une maladie a etc dite catarrhale, non en raison des symptômes qu’on observe du côté des membranes muqueuses, mais d’après la considération d’une cause tout hypothétique, dite catarrhale, dont on admettait l’existence.
Les catarrhes, surtout quand ils sont chroniques, sont le plus souvent primitifs; mais quelquefois ils succèdent manifestement à une inflammation aiguë qui s’est éteinte et a laissé après elle , dans la muqueuse , une exagération de la sécrétion naturelle du tissu , une sorte d’habitude morbide. Le catarrhe est caractérisé par l’écoulement plus ou moins abondant d’un liquide incolore , filant , visqueux ou bien floconneux , qui, à mesure que la maladie est plus ancienne, devient plus épais, jaunâtre, verdâtre, puis opaque, et prend enfin un aspect purulent dans certaines circonstances, lorsque, par exemple , quelque altération grave de structure est survenue dans le tissu , ou lorsque celui-ci est seulement enflammé. L’odeur du fluide exhalé est fade, rarement fétide; celui-ci est le plus souvent alcalin, parfois il est acide. Vu au microscope, il est tantôt homogène , tantôt il se compose de globules tout-à-fait semblables à ceux du pus; de là la difficulté et même l’impossibilité de différencier ces deux espèces de liquides. Les flux muqueux s’accompagnent de troubles variables, suivant la muqueuse affectée, suivant l’abondance de l’écoulement, son ancienneté et sa durée. La sécrétion muqueuse ne détermine souvent aucune douleur ; d’autres fois l’organe exhalant est le siège d’un peu de chaleur et de prurit ; mais on n’observe presque jamais de symptômes de réaction , ou du moins, quand il en existe, ils sont très faibles et tout-à-fait éphémères. Lorsque l’écoulement est ancien et considérable , on voit ces individus pâlir , tomber dans un état de langueur; les chairs sont flasques ; la peau se décolore; les digestions se troublent ; la fièvre hectique s’allume quelquefois ; enfin les malades peuvent succomber par épuisement.
Les flux muqueux ont une marche très irrégulière : on observe souvent des exacerbations que rien n’explique , ou dont on trouve la raison dans un refroidissement du corps ou dans un abaissement de la température , surtout si elle est en même temps humide : aussi les catarrhes s’aggravent-ils pendant l’automne et l’hiver, tandis que les saisons et les climats chauds les diminuent généralement, ou quelquefois même les font cesser toul-à-fait.
Les flux muqueux ont une durée variable : ils persistent rarement moins d’un septénaire; ils sont sujets à récidiver , et finissent par passer à l’état chronique; leur durée est alors indéterminée. Beaucoup d’entre eux sont compatibles avec un état de santé parfaite; ils finissent par devenir tout-à-fait constitutionnels, et forment alors une sorte d’émonc- I. 67
toire qu’il faut surveiller, et dont la suppression trop brusque pourrait parfois entraîner de graves accidents.
L’absence de douleur vive et de fièvre, le début souvent brusque de la sécrétion muqueuse, ou du moins les variations presque instantanées qu’elle présente , sont tout autant de caractères qui distinguent les flux muqueux des inflammations des membranes muqueuses. Ajoulonsàcela que lorsque la sécrétion n’est pas excessive, les catarrhes sont généralement compatibles avec la santé ; et ce qu’il y a de plus remarquable , c’est que plusieurs troublent à peine , ou même 11e troublent pas les fonctions de l’organe qui en est le siège ; nous avons vu qu’il n’en était pas de même de l’iiiflammalion. L’affection catarrhale n’est pas pourtant toujours simple : quelquefois , en effet, elle est symptomatique, ou du moins elle coexiste avec quelque grave altération de texture. On soupçonnera une pareille complication lorsque l’amaigrissement n’est en rapport ni avec l’ancienneté ni avec l’abondance de l’écoulement; lorsqu’il existe des douleurs vives , ou bien encore 1 orsque le mucus sort mélangé 'a du sang noirâtre; lorsqu’il est opaque, ou qu’on aperçoit à sa surface des stries étroites, irrégulières et opaques, qui paraissent produites par de la matière purulente. La distinction du pus et du mucus n’est pourtant pas chose toujours facile. Si le mucus est filant, transparent, non miscible à l’eau , on ne pourra certainement pas le confondre avec du pus blanc, opaque , formant émulsion avec l’eau, et se précipitant par le repos; mais les cas embarrassants sont ceux où la membrane muqueuse exhale un fluide qui a la consistance du mucus et la couleur du pus. Pour résoudre ce problème , on a proposé l’inspection microscopique et une foule d’expériences chimiques ; mais nous avons vu que si quelque mucus , comme celui de l’utérus , est homogène et dépourvu de globules , tous les autres contiennent des globules identiques à ceux du pus , sauf qu’ils sont un peu moins nombreux. Les expériences chimiques n’ont fourni non plus, jusqu’à présent , que des données très incertaines. D’ailleurs , comme le dit avec beaucoup de raison le professeur Pierre Bérard , ces recherches n’offrent aucune utilité , car on peut , à la simple inspection , dire si le mucus est mélangé ou non à du pus. Si , en effet, une muqueuse fournit un liquide ayant encore une certaine viscosité ; si, saus être diffluent , comme le pus, il donne néanmoins à l’eau à laquelle 011 le mêle une couleur blanc-jaunâtre; si on y reconnaît un plus grand nombre de globules qu’il n’y en a normalement dans le mucus , il faut en conclure que le fluide qu’on examine est un mélange de pus et de mucus. A ce sujet, rappelons encore ici ce que nous avons dit ailleurs : que la présence du pus n’indique pas nécessairement ni même ordinairement, comme on l’a cru pendant longtemps, que la membrane muqueuse est le siège d’une solution de continuité; il faut seulement en conclure que le tissu est très probablement enflammé.
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Le pronostic des affections catarrhales est plus ou moins grave suivant l’intensité, la durée, l’abondance de la sécrétion muqueuse, son siège et ses complications.
Les affections catarrhales atteignent surtout les individus d’une constitution molle, lymphatique, les femmes et les enfants, les sujets débilités par les maladies , les excès, le régime. L’âge a une grande influence sur le siège de la maladie : ainsi, dans l’enfance , on observe surtout les catarrhes du nez, des yeux et des intestins; chez l’adulte, on voit le catarrhe de l’estomac; le vieillard est surtout sujet au catarrhe de la vessie et des bronches. Enfin , chez la femme, il n’est aucune membrane muqueuse qui soit plus souvent affectée de catarrhe que celle du vagin et de l’utérus.
Il est rare que, même au début, les catarrhes s’accompagnent d’une réaction fébrile suffisante pour nécessiter l’emploi des antiphlogistiques. Dans ces cas une médication simplement émolliente suffit; cependant, pour peu que l’écoulement se prolonge, il faut recourir aux ferrugineux, aux amers, aux aromatiques, aux balsamiques, aux résineux, donnés à l’intérieur en lotions, en injections ou en fumigations; enfin, quand l’état des parties le permet, on doit modifier les surfaces par la cautérisation.
Nous ne comptons point , surtout après les généralités qui précèdent, poursuivre l’étude des flux muqueux dans toutes les membranes qui peuvent les fournir : ainsi nous ne dirons rien de la rhinorrhée , qui offre la plus grande ressemblance avec le coryza chronique , sauf qu’avec la sécrétion abondante de mucosités il n’existe aucun signe d’inflammation vers la muqueuse de Schneider. Nous omettrons aussi à dessein de parler de la blennorrhée ou flux urétral, car nous en traiterons dans le tome suivant à l’occasion des blennorrhagies. Les seuls flux muqueux dont nous croyons devoir nous occuper ici , parce qu’ils sont les plus importants, sont : la bronchorrhée , la gastrorrhée , la diarrhée muqueuse , la leucorrhée et le catarrhe vésical.
DE LA BRONCHORRHÉE.
SYNONYMIE. — Catarrhe püuilcux , phlegmorrhagie pulmonaire, flux bronchirpic.
La bronchorrhée estune maladie caractérisée par l’expectoration d’une quantité considérable de mucus incolore , filant , transparent , mêlé à des bulles d’air et semblable à du blanc d’œuf délayé dans de l’eau : celte sécrétion se fait indépendamment de tout travail inflammatoire.
Historique. — Nous devons à Laënnec les premières notions que nous ayons eues sur la bronchorrhée, qu’il a décrite sous les noms de catarrhe pituiteux et de phlegmorrhagie pulmonaire . Bieutôt 31. Andral
publia dans sa Clinique quelques remarques importantes sur la même affection ; cependant ce fut M. Roche qui , riche de faits qu’il avait recueillis, et profilant des travaux de ses devanciers, a tracé une histoire assez complète de la maladie, qu’il a, avec raison, séparée de la bronchite. Tous ces travaux, auxquels il faut joindre celui de Copland, publié en Angleterre , ont été parfaitement jugés et analysés par les auteurs du Compendium de médecine.
Divisions. — La bronchorrhée existe à l’état aigu ou à l’état chronique; cette division est la seule qu’on puisse raisonnablement admettre dans l’étude de cette affection; elle est, d’ailleurs, adoptée par MM. Roche, Andral , G. Copland, Delabergeet Monneret.
Anatomie pathologique. — On a très rarement l’occasion d’examiner quel est l’état des bronches dans la maladie dont je traite. Laënnec a prétendu que les caractères anatomiques de cette affection consistaient dans un gonflement médiocre de la muqueuse pulmonaire, qui lui a semblé légèrement ramollie, et ne lui a présenté qu’une rougeur légère, seulement disséminée çà et là. Sous ce rapport, ajoute Laënnec, l’affection dont il s’agit semble être sur la limite qui sépare les congestions séreuses des congestions sanguines , et appartenir plutôt aux premières qu’aux dernières. Les renseignements que donne ici Laënnec sont , comme on le voit, peu précis. M. Andral, ayant eu occasion d’ouvrir plusieurs individus emportés dans le cours d’une bronchorrhée , a trouvé la membrane muqueuse pâle dans toute son étendue; c’est ce que j’ai observé moimême une f ,is; la muqueuse bronchique, entièrement pâle, avait aussi son épaisseur et sa consistance normales. Ces faits nous autorisent donc à considérer la bronchorrhée comme une affection essentiellement distincte de la bronchite aiguë ou chronique, opinion qui sera en outre confirmée par les symptômes aussi bien que par la marche de la maladie.
Symptômes. — Les symptômes et la marche delà bronchorrhée, ainsi que les agents thérapeutiques à lui opposer, diffèrent suivant que la maladie est aiguë ou chronique.
1° Symptômes et marche de la bronchorrhée aiguë. — La bronchorrhée aiguë débute en général d’une manière presque soudaine ; les malades accusent beaucoup de dyspnée , une grande oppression , un sentiment d’angoisse dans la poitrine ; celle-ci est agitée par des secousses d’une toux sèche, pénible, presque convulsive; la sonorité est parfaite, mais l’auscultation fait découvrir presque partout des râles sibilant et ronflant mêlés parfois à des râles humides, muqueux ou sous-crépitants. Ces troubles du côté de la respiration ne lardent pas à produire une congestion avec teinte violacée de la face et tuméfaction énorme des veines du cou; alors les traits sont altérés, les extrémités sont froides, le pouls est petit, insensible, irrégulier; une sueur froide couvre le corps; il y a des vertiges, de l’accablement , des lipothymies; et souvent, au moment
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où la mort semble imminente , on voit les malades rejeter avec plus ou moins d’efforts une quantité considérable de crachats blancs, transparents, filants, mêlés à des bulles d’air et semblables à une solution concentrée d’albumine. Ces crachats sont rejetés après quelques efforts de toux, quelquefois presque spontanément et en si grande abondance que les malades semblent vomir. Celte excrétion peut continuer pendant plusieurs heures, rarement pendant un jour; elle cesse peu à peu après que les individus ont rejeté 3 ou U kilogrammes de fluide albumineux et sans qu’il ait jamais existé de fièvre. L’excrétion terminée , il arrive parfois que les malades reprennent aussitôt toutes les apparences de la santé; cependant il est plus commun qu’ils conservent encore pendant un ou plusieurs jours un peu d’oppression , de toux , quelques râles secs disséminés dans la poitrine , de l’ardeur à la gorge , un peu de perte d’appétit et une grande fatigue. Les mêmes accidents se reproduisent au bout d’un temps plus ou moins long; il est fort rare que l’accès revienne après quelques jours, ordinairement il s’écoule plusieurs mois, une ou plusieurs années. On conçoit que, si la maladie se reproduisait à de courts intervalles et s’accompagnait chaque fois d’une sécrétion muqueuse très considérable , les malades éprouveraient de l’amaigrissement et les principaux symptômes de la fièvre hectique ; mais les cas de ce genre sont infiniment rares. On peut établir que la bronchorrhée aiguë n’a que deux modes de terminaisons : ou bien la guérison , qui survient rapidement , presque sans convalescence : c’est là le cas ordinaire ; ou bien, dans quelques circonstances exceptionnelles, l’exhalation est tellement abondante dans les bronches que tout l’arbre aérien en est obstrué; les malades sont alors asphyxiés , et meurent au bout de peu d’instants.
2° Symptômes et marche de la bronchorrhée chronique. — La bronchorrhée chronique, plus fréquente que la forme aiguë, est presque toujours | consécutive au catarrhe pulmonaire chronique. Les caractères anatomiques de l’inflammation ont pourtant cessé ; mais la sécrétion catarrhale persiste par suite d’une espèce d’habitude morbide des tissus. Il existe de la toux , plus ou moins de dyspnée et des râles humides et secs dans la poitrine; enfin un état permanent de maladie. Or, c’est ordinairement dans ces conditions qu’on voit s’établir, surtout pendant la nuit ou quelques heures après les repas, un flux bronchique muco-albumineux s’accompagnant d’oppression , de dyspnée, de toux; mais il est rare d’observer cet ensemble de symptômes si graves qu’on remarque communément dans la bronchorrhée aiguë. Dans cette forme de la maladie , les accès 1 sont plus rapprochés ; ils ont parfois lieu une ou deux fois toutes les vingt-quatre heures. C’est ainsi qu’on voit des malades qui rejettent chaque jour 1 ou 2 kilogrammes de fluide muco-albumineux; et nonobstant cette sécrétion exagérée , la santé générale peut se mainte-
nir ; cependant ces pertes continuelles finissent, au bout d’un certain temps, par altérer la constitution. Ainsi, les malades jaunissent , pâlissant ou prennent une teinte blafarde; leurs forces diminuent, la dyspnée devient habituelle, ils maigrissent , l’appétit se perd, les digestions s’altèrent, une fièvre hectique s’allume, et ils succombent après être parvenus au dernier degré de marasme. D’autres meurent suffoqués par l’excès d’exhalation ; enfin , quelques uns sont emportés par des maladies intercurrentes, comme la pneumonie ou une affection organique du cœur. La durée de la bronchorrhée chronique est longue et toujours indéterminée.
Diagnostic. — La bronchorrhée aiguë ou chronique diffère de la bronchite, 1° par son invasion , 2° par la nature albumineuse de l’expectoration , 3° par la quantité considérable de fluide évacuée en peu de temps , lx° par la cessation rapide des accidents. La bronchorrhée a quelque point de ressemblance avec l’asthme humide , avec lequel elle est très souvent confondue; mais nous verrons plus tard que les accès qui caractérisent l’asthme ne ressemblent pas à ceux de la bronchorrhée, et d’ailleurs la sécrétion bronchique diffère dans les deux maladies. Il est fort rare , par exemple, que celle qui forme la crise de certains accès d’asthme soit aussi abondante et aussi albumineuse que dans la bronchorrhée. Enfin les phénomènes fournis par l’auscultation , la nature des symptômes généraux et la marche de la maladie ne permettront pas de confondre la bronchorrhée chronique ni avec la phthisie ni avec la dilatation des bronches (voir ces affections).
Pronostic. — Le pronostic de la bronchorrhée aiguë n’est grave que dans les cas où la sécrétion, étant très abondante, les matières sont difficilement expulsées, ce qui peut occasionner la mort par asphyxie. La bronchorrhée chronique est , au contraire , d’un pronostic toujours fâcheux , car il est fort rare qu’on puisse la guérir complètement; le plus souvent on ne fait que la pallier.
Etiologie. — La bronchorrhée n’affecte guère que les adultes et surtout les vieillards; les individus gros, replets, doués d’un tempérament lymphatique, ceux qui mènent une vie sédentaire, les vieux goutteux y sont plus prédisposés. L’impression du froid, de l’humidité, une digestion pénible , des émotions morales, sont les causes déterminantes les plus communes de la bronchorrhée ; celle-ci survient ordinairement après des récidives fréquentes de catarrhe pulmonaire.
Traitement. — La bronchorrhée aiguë débute souvent par des accidents tellement graves qu’il devient urgent d’employer un remède actif pour prévenir une asphyxie imminente. On a conseillé dans ce cas de faire une saignée du bras; mais ce moyen est rarement applicable, en raison de la faiblesse primitive du sujet ou de l’état actuel du pouls et des forces ; on n’y aura recours que chez les sujets jeunes, forts, et chez
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lesquels l’artère du bras présentera encore une certaine résistance. Dans tous les cas, la saignée sera modérée , exploratrice ; on pourra la répéter si on obtient des effets utiles.
Dans les conditions que je suppose ici , il est généralement préférable d’administrer un vomitif, et surtout l’ipécacuanba , pris à doses fractionnées (25 ou 30 centigrammes tous les quarts d’heure ) , de manière à exciter des nausées continuelles, et par suite un état de secousse vers la poitrine et de compression des poumons qui favorisent l’expulsion des matières sécrétées dans les bronches. Cependant , lorsque les accidents sont pressants , il faut donner d’emblée 1 gramme d’ipécacuanha , ou mieux encore 15 centigrammes d’émétique, pour produire promptement des évacuations par haut et par bas et un effet révulsif. C’est aussi pour obtenir un effet émétique que Copland conseille d’administrer 1 gramme 10 centigrammes de sulfate de zinc, et que d’autres ont préconisé l’emploi cle la racine de violette en décoction (4 à 12 grammes dans 1,000 grammes d’eau) ; mais ces moyens n’ont pas d’avantage sur l’émétique, et souvent leur effet est plus incertain. Quelle que soit la gravité des accidents , il faut chercher à opérer des révulsions , et surtout à exciter quelques sécrétions : c’est dans ce double but qu’on emploie des purgatifs et des diurétiques, qu’on promène des sinapismes , des ventouses sèches sur la peau. Enfin, dans les cas extrêmes, il ne faudrait pas hésiter à appliquer un ou plusieurs larges vésicatoires.
La plupart des moyens que je viens d’énumérer conviennent encore dans la bronchorrhée chronique, pour parer aux accidents aigus qui surviennent au moment où le flux s’établit ; mais, dans l’intervalle des accès, il faut chercher à prévenir ceux-ci par une bonne hygiène, ou en modiflant l’état organique de la muqueuse bronchique. Les malades éviteront toutes les causes de refroidissement; ils mangeront modérément; mais leur nourriture sera substantielle, tonique; ils se couvriront de flanelle de la tête aux pieds; on conseillera un purgatif de temps en temps, ou bien on établira un exutoire permanent au bras.
Pour modifier l’état sécrétoire de la muqueuse bronchiqqe , on aura recours aux eaux sulfureuses en boissons et en bains ; on conseille encore l’usage à l’intérieur de l’eau de goudron , du baume de copahu , de tolu , et de toutes les substances balsamiques et résineuses. Les malades peuvent même essayer d’inspirer certaines vapeurs, comme celle du goudron, ou du benjoin, ou des baies de genièvre. Enfin, lorsque les malades sont bouffis, pâles, étiolés, affaiblis, on administrera les ferrugineux et les toniques puissants , comme le quinquina.
Nature. — D’après les détails qui précèdent, il est évident que la bronchorrhée doit appartenir à la classe des flux ; l’exagération de sécrétion constitue ici le seul élément pathologique, le seul par conséquent qui puisse caractériser et classer la maladie. Invoquer un état d’irrita-
lion, c’est faire une hypothèse touie gratuite. Il est désormais prouvé que la bronchorrhée n’est pas une variété de la bronchite. Il ne faudrait pas trouver la preuve du contraire dans l’existence des râles secs, que nous avons signalés comme constants , car ils s’expliquent par l’état de congestion momentanée que la muqueuse éprouve peut-être peu avant la sécrétion. Je dis peut-être , car celte congestion préalable n’est pas démontrée ; elle n’est pas non plus nécessaire, car il est possible que les râles soient le résultat du rétrécissement des bronches produit par l’exhalation d’un mucus tenace : c’est même peut-être là l’explication la plus vraie du phénomène.
DE LA GASTRORRHÉE.
L’exhalation abondante d’un fluide muqueux à la surface de la membrane interne de l’estomac et son expulsion par le vomissement caractérisent l’affection connue sous le nom de gastrorrhée.
Cette maladie , encore peu étudiée , peut être idiopathique ou symptomatique. Dans la première variété, il n’existe aucune lésion matérielle saisissable dans la texture de la membrane muqueuse de l’estomac qui explique l’exhalation ou la sécrétion morbide dont elle est le siège.
Symptômes , marche. — Dans la gastrorrhée , on voit des individus, en apparence bien portants sous tous les rapports , rejeter de temps en temps , et après des efforts de vomissements , un liquide tout-à-fait aqueux, mais plus souvent visqueux , filant, transparent, semblable à du blanc d’œuf, insipide , rarement acide ou salé. Sa quantité varie ; elle peut n’être que de 50 à 60 grammes, et s’élever parfois jusqu’à fiOO ou 500 grammes. Cette excrétion morbide se fait le plus souvent le matin à jeun ; plus rarement elle a lieu au milieu du jour ou une ou plusieurs heures après les repas, et dans ce dernier cas les aliments sont presque toujours retenus dans l’estomac , tandis que le fluide muqueux seul est expulsé. Chez la plupart des malades la gastrorrhée ne produit presque aucun trouble , même du côté des organes digestifs. Si quelquefois les vomissements sont précédés de malaise et de douleurs épigastriques, si chez d’autres l’appétit est perdu , et si, pendant les jours qui précèdent et qui suivent , les digestions sont pénibles , on peut dire que ce ne sont là que des faits exceptionnels, et que, chez la grande majorité des individus atteints de gastrorrhée, les vomissements ne produisent que peu de malaise, et n’empêchent ni l’appétit ni l’intégrité des digestions. En un mot , les individus , après avoir vomi , reprennent toutes les apparences de la santé.
Les vomissements se répètent à des intervalles variables. Il se passe souvent plusieurs mois entre chaque accès; chez d’autres, ceux-ci se reproduisent une ou plusieurs fois par semaine ; enfin chez beaucoup ils
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ont lieu à des époques encore plus rapprochées, chaque matin, par exemple , peu après le réveil.
Durée , terminaisons. — La gastrorrhée peut guérir; mais elle a, en général , une durée fort longue, et elle finit souvent par devenir constitutionnelle. On conçoit que la reproduction de la sécrétion puisse amener à la longue l’hypertrophie des glandes mucipares , et peut-être même celle de toute la membrane muqueuse , puisque l’hypertrophie de quelques organes est souvent la conséquence d’un surcroît d’activité dans leurs fonctions. Mais il n’est nullement démontré que la gastrorrhée puisse être, comme on l’a dit, une cause active de squirrhe et de cancer ; car si quelquefois on a vu la dégénérescence survenir chez ceux qui présentent depuis longtemps un flux muqueux de l’estomac , il n’y a eu que simple coïncidence ; et lorsqu’on peut établir un rapport entre les deux maladies , on trouve que la gastrorrhée a été plutôt l’effet que la cause du cancer.
Diagnostic. — Nous avons dit précédemment qu’il existait une gastrorrhée symptomatique, et il n’est aucune lésion qui la détermine aussi souvent que la dégénérescence squirrheuse ou cancéreuse des parois de l’estomac; la gastrorrhée est parfois alors le premier symptôme de cette redoutable affection. On soupçonnera que le flux muqueux tient à cette cause lorsqu’on voit les digestions être habituellement difficiles, ou lorsqu’il y a une anorexie continuelle , ou bien encore lorsque le malade maigrit et dépérit tous les jours, lorsque son teint devient jaunâtre, accidents qu’on ne remarque pas dans la gastrorrhée idiopathique. Dans cette dernière, pourtant, on pourrait observer le dépérissement des malades, si le flux stomacal était habituellement abondant; mais ce cas est excessivement rare , et d’ailleurs on trouverait dans les autres symptômes et dans la marche de la maladie assez de différence pour pouvoir établir, sinon sûrement, du moins d’une manière assez probable, le diagnostic différentiel.
Pronostic. — La gastrorrhée ne compromet pas la vie , mais c’est une i affection incommode et le plus souvent très rebelle.
Etiologie. — Les causes qui donnent lieu à la gastrorrhée sont encore mal déterminées ; toutefois il paraît que cette maladie affecte plus souvent les hommes que les femmes , les individus replets , ceux qui mangent des aliments épicés, des viandes fumées, salées, des fruits I acides, et ceux surtout qui abusent des liqueurs alcooliques. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des hommes qui , le lendemain d’un excès | de table, vomissent à jeun une certaine quantité d’un fluide albumineux. O11 voit des ivrognes chez lesquels une pareille excrétion se reproduit régulièrement tous les jours au moment du réveil. Ici la j supersécrétion s’explique par l’état d’excitation de la membrane muqueuse. Chez d’autres le même accident se produit à la suite d’un
trouble dans l’innervation ; telles sont , par exemple , les gastrorrhées qui accompagnent certaines névroses de l’estomac.
Traitement. — D’après l’énumération des causes , on comprend qu’un régime convenable doit être souvent le principal ou même l’unique moyen par lequel on pourra combattre certaines gastrorrhées.
Il faudra également étudier la susceptibilité individuelle ; car on voit , en vertu de certaines idiosyncrasies , l’usage de quelques aliments provoquer la gastrorrhée , tandis que d’autres la guérissent. En général, les malades se trouvent bien d'une alimentation tonique; ainsi un régime animal, l’usage modéré d’un vin généreux, l’emploi d’une eau gazeuse , et, après le repos, une petite quantité de thé, de café ou d’eau-de-vie , ou de vin de Malaga , d’Alicante , etc. , conviennent au plus grand nombre. Il est utile aussi que le ventre soit libre ; souvent même on peut, par l’administration d’un purgatif, arrêter une gastrorrhée rebelle , ou prévenir le retour de celles qui se montrent à certaines époques plus ou moins fixes. Les amers , les toniques , et spécialement l’extrait dekina, de quassia amara et les ferrugineux unis aux bains de mer, les frictions sèches ou aromatiques sur le corps triompheront de quelques gastrorrhées qui se lient à un état d’atonie de l’estomac en particulier , ou de toute la constitution. Dans les cas de névrose douloureuse de l’estomac , l’opium est indiqué ; la thériaque devra être souvent préférée en raison de ses propriétés faiblement toniques. Enfin , il est des gastrorrhées qui sont avantageusement modifiées par les boissons sulfureuses et les substances résineuses , comme le copahu , la térébenthine , le baume de tolu , etc.