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EXHALATIONS SÉREUSES DANS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME

Les organes génitaux de la femme sont parfois le siège d’une exhalation séreuse qui peut s’effectuer dans l’état de vacuité de l’organe , ou pendant la grossesse; dans l’un et l’autre cas, on voit tantôt le fluide séreux être évacué au dehors, ou être retenu dans la cavité utérine. Les exemples de flux aqueux par les organes sexuels de la femme sont excessivement rares. Fernel, Beaudelocque et plusieurs autres ont cité néanmoins des faits prouvant que des femmes ont pu pendant plusieurs années consécutives rendre , vers chaque époque menstruelle , quelques litres d’un fluide aqueux , sans qu’il en résultât aucun dérangement grave de la santé : tout au plus si les malades accusaient alors un léger malaise et un sentiment de chaleur et de cuisson vers les parties sexuelles, sans changement notable dans la forme et le volume de l’utérus; ce qui exclut l’idée qu’avait Désormeaux, que les liquides étaient accumulés et retenus quelque temps dans l’utérus avant d’être excrétés , comme dans la maladie que nous décrirons bientôt sous le nom d 'hydromètre.

Il faut rapprocher de la maladie précédente le flux aqueux qu’on observe chez quelques femmes grosses , surtout dans les derniers temps de la gestation : c’est ce que les accoucheurs désignent sous les noms à’ hydrorrhée ou de fausses eaux. Le liquide s’échappe goutte à goutte ou par flots, sans souffrance pour les malades, et indépendamment de toute contraction utérine. L’écoulement se fait souvent pendant le repos de la nuit; cependant, régie générale, les mouvements du corps et les émotions le provoquent ou l’excitent; le plus souvent aussi ce flux n’exerce aucune influence fâcheuse sur la grossesse. Les auteurs ont fait beaucoup de suppositions pour expliquer l’origine des fausses eaux; les uns ont cru qu’elles provenaient de l’allantoïde ou d’une hydatide, les autres de la cavité de l’amnios , soit que les membranes se fussent déchirées, soit seulement que le liquide eût filtré à travers elles. Cependant iNægele a émis une opinion qui nous paraît devoir être adoptée; cet

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illustre accoucheur pense que le liquide est exhalé par la face interne de l’utérus, et qu’il s’accumule pendant quelque temps entre elle et les membranes décollées ; puis la quantité de l’épanchement augmentant , les membranes sont décollées jusqu’au col utérin , à travers lequel le liquide s’écoule. Lorsque cet accident a lieu , on conseillera le repos dans la position horizontale.

Le plus fréquemment le liquide séreux , exhalé dans l’utérus surtout pendant l’état de vacuité , avant d’être évacué au dehors, est retenu pendant un temps plus ou moins long dans l’intérieur de l’organe, qui augmente de volume et se distend. C’est à celte accumulation de sérosité qu’on a donné les noms d 'hydromètre , d’hydrométrie , d’ascite ou d’hydropisie de V utérus. Nous n’en distinguerons que deux espèces , suivant que cette accumulation s’opère dans un utérus vide ou pendant la grossesse. Nous ne parlerons donc point ici de l’hydromètre hydatique d’Astruc et de Sauvages, car c’est une maladie essentiellement distincte de celle dont il s’agit ici , puisqu’elle est constituée par la présence d’une ou plusieurs hydatides dans la cavité de l’organe. (Voir dans le t. II l’histoire des hydatides.) Enfin , à l’exemple de M. P. Dubois, nous n’admettons pas Y hydromètre celluleuse de J.-P. Frank, dans laquelle le liquide serait épanché dans les parois utérines, opinion que cet illustre médecin n’a appuyée que sur un fait incomplet, et qui nous paraît être plutôt un cas de kyste hydatique développé dans l’épaisseur des parois ou dans la cavité de l’utérus.

\° Jlydromctre hors l’état de grossesse . — Symptômes et marche. — Pour que de la sérosité s’accumule dans la cavité de l’utérus hors l’état de grossesse, il faut le concours de deux circonstances, savoir : l’occlusion de l’orifice utérin et une augmentation de la sécrétion utérine. Le col de l’utérus peut cesser d’être perméable par suite d’une inflammation adhésive ou de l’engorgement et de la dégénérescence squirrheuse de ses parois , de leur compression par une tumeur extérieure ; ou bien encore l’orifice peut être bouché par une membrane, par un polype, par un caillot fibrineux, par du mucus épais, tenace, etc. On a aussi admis qu’un resserrement spasmodique du col pouvait produire le même effet; mais rien ne justifie celte opinion, qui , d’ailleurs, est très peu probable. Quoi qu’il en soit, lorsque les conditions organiques que je viens d’indiquer existent, si la face interne de l’utérus devient le siège d’une exhalation séreuse ou séro-muqueuse, une sorte d’hydropisie a lieu. Mais , jusqu’à présent , il a été impossible de découvrir quelles sont les causes qui favorisent ou déterminent cette supersécrétion.

Symptômes. — Ainsi , quand une certaine quantité de liquide s’accumule dans l’utérus , celui-ci offre un volume proportionné à l’abondance de l’épanchement ; l’hypogaslre est saillant, de la pesanteur et des tiraillements se font sentir aux aines et vers les reins. En palpant l’abdomen

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on sent une tumeur plus ou moins volumineuse située sur la ligne médiane; elle est entièrement mate et fluctuante. Le doigt, introduit dans le vagin , et porté jusque sur le museau de tanche, imprime des mouvements h la tumeur, et il est facile de s’assurer que celle-ci est formée par le corps même de l’utérus. Les règles sont généralement supprimées, surtout si la maladie est ancienne. Lorsque celle-ci ne se rattache à aucune lésion organique grave, les femmes peuvent conserver leur embonpoint et leurs forces ; elles n’éprouvent d’autres incommodités que celles qui résultent d’une augmentation dans le volume du ventre produit par une tumeur qui en comprimant les vaisseaux du bassin peut finir par amener l’infiltration séreuse des membres inférieurs. Après un temps plus ou moins long le liquide peut s’écouler au-dehors, tantôt peu à peu, d’autres fois brusquement. Il est rare qu’il soit complètement séreux ; le plus souvent, en elîet, il est mêlé à des mucosités et à des caillots fibrineux , ou du moins il est plus ou moins coloré par du sang. Cependant nous n’avons encore à ce sujet que des renseignements peu précis. Enfin, le liquide une fois évacué, l’utérus revient peu à peu à son volume normal. Une guérison radicale peut alors avoir lieu , à moins que la cause première ne persiste ; dans ce cas , la maladie récidive.

Diagnostic. — L’hydromètre pourrait être confondue avec la grossesse, les tumeurs solides de l’utérus , la physométrie , les kystes des ovaires , avec l’ascite et la distension de la vessie. L’ampliation de l’utérus par de la sérosité peut s’accompagner de la suppression des règles, d’un bruit de souffle abdominal à cause de la compression exercée sur les vaisseaux , d’une augmentation dans le volume des seins, et de quelques phénomènes sympathiques qui pourraient simuler la grossesse. Cependant on ne distingue pas, comme dans celle-ci , ni le ballottement ni les battements du cœur du fœtus ; enfin on reconnaît de la fluctuation , ce qui n’a pas lieu dans l’état de grossesse simple. Les tumeurs squirrheuses ou fibreuses étant dures, bosselées etlrès pesantes, ne pourront jamais être prises pour une hydromètre. Nous verrons, plus tard, qu’il est facile de distinguer la maladie de la physométrie et des kystes de l’ovaire. Le diagnostic différentiel de l’ascite et del’hydromètre ne présente aucune difficulté; car, dans la première, la fluctuation est superficielle, tandis qu’elle est profonde dans l’autre. On peut déplacer la matité dans l’ascite, tandis qu’il est impossible de le faire dans l’hydropisic de l’utérus; la forme de la tumeur, sa situation près la ligne médiane et les résultats du toucher par le vagin et le rectum , permettront d’établir la véritable nature de la maladie. Enfin, c’est par les mêmes éléments de diagnostic qu’on distingue aisément l’hydromôtre d’une tumeur de la vessie. Le diagno^ic de l’affection une fois établi , il faut encore rechercher par l’étude des antécédents , et surtout a l’aide du toucher et du

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spéculum, si l’hydromètre se lie à quelque lésion organique. Cette connaissance importe beaucoup pour le pronostic et pour la thérapeutique.

Pronostic. — Le pronostic est favorable si l’utérus est sain. Il est grave si rhydromètre est symptomatique d une lésion organique.

Traitement. — Tout le traitement consiste à évacuer directement le liquide. Pour cela, on conseille les injections et les bains pour ramollir le col ; puis on introduira dans celui-ci un morceau d’éponge sèche qui, en s’imbibant, dilatera l’orifice. Il suffit aussi parfois d’une forte pression sur l’utérus ou d’une secousse violente , telle que celle que des vomissements produisent, pour amener l’écoulement rapide du liquide épanché. On a encore conseillé d’introduire sans efforts une sonde, un stylet, pour déplacer une tumeur ou vaincre un obstacle peu résistant. Enfin, dans les cas extrêmes, on a dit d’inciser ou de ponctionner le col ; mais l’expérience n’a pas encore prononcé sur l’utilité de ce moyen. Quoi qu’il en soit, le liquide étant évacué, on cherchera à empêcher une nouvelle exhalation, en comprimant le ventre et en excitant d’autres sécrétions.

2 0 Hydromètre pendant la grossesse. — Cette espèce d’hydromètre est constituée par une augmentation plus considérable que de coutume du fluide amniotique. On ignore absolument les causes qui produisent celte supersécrétion ; toutefois, dans quelques cas, elle a paru être le résultat de la pléthore sanguine. Rare avant le cinquième mois, on l’a surtout observée dans les grossesses doubles. La maladie est caractérisée par le volume insolite de l’utérus, qui au cinquième mois de la grossesse peut être aussi distendu qu’au neuvième; on l’a vu alors contenir jusqu’à 50 litres de liquide , en tout semblable à l’eau de l’amnios. Cependant celte distension extrême de l’utérus a souvent pour effet de provoquer l’avortement ; d’autres fois la grossesse arrive à terme, mais le fœtus naît faible, chétif; enfin beaucoup d’enfants meurent dans l’utérus, et sont expulsés plus ou moins longtemps après. L’hydropisie de l’amnios n’a guère d’effets fâcheux que pour le fœtus.

L’art est à peu près impuissant contre cette maladie. Lorsque, la distension de l’utérus étant considérable , les femmes éprouvent une grave anxiété, lorsque les digestions et l’hématose sont troublées ou empêchées par la compression et le refoulement vers la poitrine de l’estomac et du diaphragme, il devient urgent d’évacuer les eaux de l’anmios. Pour cela, on ponctionnera la poche amniotique par le vagin, et à travers le col, ce qui est sans contredit préférable à la ponction faite entre l’ombilic et le pubis, conseillée par Camper et par Scarpa.

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