DE LA DIARRHÉE CATARRHALE. 7A
presque constamment dans les dysenteries, meme dans celles qui sont les plus bénignes ; il y a souvent un peu d’amaigrissement. La diarrhée peut suivre une marche aiguë ou chronique, se terminer en un ou quelques jours et exister plusieurs semaines avec des alternatives. Elle est très sujette à récidiver.
La diarrhée catarrhale est une affection commune à tous les âges. On l’observe spécialement chez les étrangers , dans le premier temps de leur séjour dans quelques grandes villes, comme Paris, Londres, Amsterdam. Ce petit accident est provoqué bien moins par l’eau, qu’on accuse communément , que par le concours de plusieurs autres circonstances , telles que l’humidité et le changement de régime. Le froid est une cause dont l’action est incontestable : ainsi on voit fréquemment des individus être pris de flux muqueux atonique du tube digestif à la suite d’un refroidissement des pieds ou de tout le corps, ou après l’ingestion dans l’estomac d’une certaine quantité d’eau froide pendant que le corps est en sueur. Enfin, il est des diarrhées catarrhales à marche chronique qui sont entretenues par une alimentation grossière, de mauvaise qualité, ou par le séjour habituel dans des lieux humides.
La diarrhée catarrhale diffère de l’entérite par l’absence complète, ou presque complète , de douleur et de fièvre , parce que , dans la plupart des cas, les fonctions de l’estomac continuent à se faire: aussi la nutrition est-elle généralement peu altérée. La considération de cette dernière consistance sera d’une grande utilité pour distinguer la diarrhée catarrhale essentielle, ceHe qui ne consiste qu’en une simple exagération de la sécrétion folliculeuse, de celle qui se lie à l’existence d’ulcérations intestinales ou qui est symptomatique d’un ramollissement de la membrane muqueuse.
La diarrhée catarrhale, telle que nous la comprenons ici, est une affection toujours bénigne.
Si la diarrhée catarrhale ne cède pas en quelques jours à l’usage des mucilagineux et des opiacés aidés du régime, on devra recourir aussitôt aux astringents et aux toniques. Ainsi on fera dissoudre dans l’eau de riz 1 à 6 grammes de cachou , on donnera l’extrait de ratanhia , les infusions de coluinbo (1 gramme pour 250 d’eau), de cassia amara , de simarouba (8 grammes p. 100 d’eau) , le vin vieux, la thériaque, une légère macération de quinquina à froid. Le sous-nitrate de bismuth pourra également être utile ; oh le prescrit h la dose de 1 à A grammes chez l’adulte, à celle de 1 à 3 décigrammes chez les enfants au commencement des repas. Enfin , contre les diarrhées qui résistent h ces moyens , on oppose souvent avec avantage un purgatif salin ou amer, comme la rhubarbe , qui agit en modifiant la sécrétion des follicules muqueux. Beaucoup de diarrhées chroniques tenant à un mauvais régime ou à une habitation insalubre, cèdent quand on change ces con
1 ti 8 DES SÉCRÉTIONS MORBIDES.
ditions hygiéniques. Quand les flux diarrhéiques reconnaissent pour cause l’impression du froid humide , on devra couvrir le malade de flanelle , proléger le ventre avec une ceinture de laine ou de peau ; les pieds seront tenus constamment protégés par des chaussures convenables. Ainsi , il nous a suffi plusieurs fois , pour obtenir une guérison très rapide, de faire porter des sabots à des individus qui, ayant habituellement les pieds dans l’humidité, éprouvaient une diarrhée interminable qui avait résisté à toutes les médications.
DE LA LEUCORRHÉE.
BïNONYMIE. — Flueurs ou fleurs blanches; fluor nul projluvium muliebris, menslrua mit mznovrliagia alla ; catarrhe utérin.
Les mots leucorrhée ou flueurs blanches n’expriment pas , comme leur sens étymologique pourrait le faire croire , tous les écoulements non sanguins qui se font par la vulve ; mais on ne doit comprendre sous ces deux dénominations que les écoulements blancs, chroniques, auxquels sont sujettes certaines femmes qui ne présentent d’ailleurs aucune autre affection de l’appareil génital. M. Marc d’Espine, auquel on doit des recherches intéressantes sur le sujet dont je traite, pense, en outre, que la leucorrhée n’existe réellement qu’autant que l’écoulement est assez abondant pour incommoder les femmes. J’adopte complètement cette opinion.
Caractères anatomiques. — Nous n’avons pas de renseignements positifs sur l’état anatomique des organes génitaux chez les femmes qui succombent avec de la leucorrhée. On a dit que la membrane muqueuse du vagin et de l’utérus était quelquefois livide ou violacée; mais le plus souvent elle est pale et ne présente d’ailleurs aucune altération d’épaisseur ou de consistance. L’écoulement leucorrhéique est fourni le plus souvent par le vagin et le col , un peu moins souvent par la face interne du corps de l’utérus; enfin , dans des cas extrêmement rares, par les trompes de Fallope.
Symptômes. — Les symptômes de la leucorrhée se divisent en locaux et en généraux.
1° Symptômes locaux. — Il se produit par les parties extérieures de la génération un écoulement muqueux, blanc-jaune ou verdâtre, inodore ou d’une odeur fade , d’une saveur inconnue. Il est parfois aqueux ; mais dans près de la moitié des cas , il est albumineux et transparent ; d’autres fois, sa transparence est moins complète, et il est plus ou moins strié de gris, de bleu ou de jaune. Enfin, il peut être tout-à-fait opaque , crémeux ou caséeux. Il est difficile de démontrer la cause de ces variations de couleur. Quelques faits permettent de supposer que les colorations bleuâtres, jaunâtres, se rattachent à quelque complication
DE LA LEUCORRHÉE. 769
inflammatoire ; mais nous n’avons encore , à ce sujet , aucune donnée positive. L’abondance de l’écoulement varie beaucoup : il est des femmes qui sont à peine mouillées; chez d’autres, au contraire, il y a un suintement continuel très incommode : aussi les malades sont-elles obligées de se garnir comme quand elles ont leurs règles. On a vu des femmes perdre dans une seule journée plusieurs livres de liquide. D’ailleurs l’aspect, les qualités physiques et la quantité de l’écoulement leucorrhéique varient beaucoup, chez la même femme, d’un instant à l’autre : ainsi , une température humide et froide , l’usage de certains aliments , les passions tristes , l’approche des règles , etc. , augmentent en général les flueurs blanches, qui deviennent en même temps beaucoup moins albumineuses. Beaucoup de femmes se plaignent de prurit à la vulve, de pesanteur à l’hypogastre, de tiraillements aux aines , à la partie supérieure et interne des cuisses , dans les lombes, à la région sacrée et vers les reins. Si on examine l’état des organes sexuels, on trouve que les parties extérieures sont pâles , flasques ; le vagin semble plus large ; sa muqueuse est pâle ou bleuâtre ; le col paraît parfois boursouflé; l’orifice est béant lorsque l’écoulement arrive de l’utérus. La peau de la vulve et de la partie supérieure des cuisses est parfois rouge ou même excoriée par suite de l’âcreté qu’a momentanément la matière de l’écoulement. Enfin , on a dit que les femmes leucorrhéiques étaient indifférentes aux plaisirs vénériens ; que d’autres tombaient dans un excès contraire. Cependant on n’a à ce sujet aucune donnée certaine, et dans ces cas, on n’a pas toujours fait la part exacte du tempérament ou des habitudes, et celle qui n’appartient qu’à l’écoulement lui-même.
2° Symptômes généraux. — Lorsque la leucorrhée persiste depuis quelque temps , les femmes pâlissent ; leur teint devient terne ; les chairs sont flasques, les forces diminuées; les malades tombent dans un état de langueur; elles ont souvent des tiraillements, des douleurs névralgiques vers l’estomac ; elles ont de l’inappétence ou éprouvent le besoin de prendre des aliments fréquemment, mais elles sont vite rassasiées; les digestions sont lentes , pénibles : il y a parfois des appétits bizarres. Enfin les malades sont essoufflées, elles ont des palpitations, de la céphalalgie. Dans ces conditions , on voit communément les règles diminuer d’abondance , se suspendre ou devenir irrégulières. Enfin les femmes finissent par éprouver tous les troubles qui accompagnent communément la chlorose.
Forme , marche , durée. — Les symptômes précédents se remarquent à différents degrés dans la plupart des leucorrhées. Cependant ils ne caractérisent que l’état chronique, qui est, à vrai dire, la forme habituelle de la maladie. Dans quelques cas, pourtant, la leucorrhée, surtout lorsqu’elle débute brusquement , produit quelques accidents aigus ou d’excitation. Ainsi le prurit de la vulve est parfois insupportable ; il y a
des ardeurs en urinant, une sensation de chaleur, de pesanteur dans le vagin ; les femmes ressentent une douleur gravative , incommode, àl’hypogastre et vers les flancs ; l’écoulement est d’abord séreux ; au bout de quelques jours, il prend de la consistance et devient jaune ou opaque. Enfin , après quelques semaines , l’écoulement tarit , ou bien la maladie passe à l’état chronique. La leucorrhée a une durée variable : elle peut persister plusieurs mois, plusieurs années, et se prolonger meme pendant toute la vie des femmes. Dans ces cas, l’écoulement , presque toujours continuel, offre de nombreuses irrégularités pour l’abondance, la couleur, l’odeur, la densité : changements qu’on ne peut pas toujours expliquer par les conditions hygiéniques ou individuelles. La leucorrhée peut être périodique : on la voit , par exemple , être pendant plusieurs années supplémentaire du flux menstruel. Ces faits, sans être fréquents, ne sont pourtant pas très rares.
Accidents consécutifs , terminaisons. — La guérison est la terminaison ordinaire de la leucorrhée ; elle a lieu le plus souvent spontanément. D’autres fois les flueurs blanches cessent chez les jeunes filles aussitôt après l’établissement des règles et chez les femmes après un accouchement , etc. On cite encore des cas où la leucorrhée a cessé après des selles ou des sueurs abondantes , une salivation , au à l’occasion d’une maladie aiguë. On a dit que les flueurs blanches pouvaient se terminer par la mort; mais je ne connais aucun fait authentique qui le prouve. Nous croyons que dans tous les cas qu’on invoque il a dû exister quelque lésion organique qui a passé inaperçue.
On a regardé les flueurs blanches habituelles comme pouvant produire diverses maladies de l’utérus et du vagin, telles que des prolapsus de ces organes ou des affections cancéreuses. La première de ces opinions est problablc , la seconde ne l’est point. On a encore accusé les flueurs blanches d’être une des causes de la stérilité de certaines femmes ; on a aussi prétendu que, lorsqu’elles devenaient mères, les enfants étaient rachitiques , scrofuleux et aveugles ; mais aucune de ces opinions n’est justifiée par l’observation ; d’ailleurs, eût-on noté plus souvent ces accidents chez les leucorrhéiques que chez des femmes bien portantes, il resterait encore à déterminer s’il ne conviendrait pas de rapporter les accidents plutôt à l’affaiblissement de la constitution qui précède et produit souvent les flueurs blanches, qu’à la leucorrhée elle-même. L’homme qui cohabite avec une femme atteinte de leucorrhée simple court-il quelque danger? est-il vrai, par exemple, qu’il puisse contracter une blennorrhagie? C’est là un point de doctrine extrêmement délicat. Considérée sous le point de vue scientifique, il importerait beaucoup que cette question fût résolue; cependant la chose n’est pas nécessaire en pratique; car, quelle que soit sa solution, le repos des familles exige assez souvent qu’on se serve du prétexte d’une âcreté particulière de
DE LA LEUCORRHÉE. 751
certains écoulements leucorrhéiques ou du flux menstruel pour expliquer beaucoup de blennorrhagies de l’homme, et pour voiler ainsi les fâcheux résultats d’une infidélité. On conçoit que lorsque l’ccoulement leucorrhéïque est très abondant et qu’il persiste un grand nombre d’années, l’économie s’y soit jusqu’à un certain point habituée, et peutêtre alors y aurait-il quelque inconvénient à le supprimer trop brusquement. Cependant il ne faut pas, à beaucoup près, accepter comme parfaitement observés les faits assez nombreux rapportés dans les auteurs où la disparition d’une leucorrhée ancienne aurait donné lieu aux maladies aiguës et chroniques les plus graves; car le plus souvent dans ce cas il n’y a que coïncidence.
Diagnostic. — U y a une foule d’affections aiguës et chroniques de la vulve, du vagin et de l’utérus qui produisent un écoulement blanc jaune ou vert plus ou moins abondant ; mais on distingue cet écoulement de la leucorrhée proprement dite, par la marche, les symptômes concomitants, et surtout par les résultats fournis parle loucher et par l’exploration à l’aide du spéculum. Cet instrument peut seul démontrer si l’écoulement est fourni par le vagin ou l’utérus ou bien s’il provient à la fois de ces deux sources. Cependant tous les moyens dont la science peut disposer sont insuffisants pour faire distinguer de simples flueurs blanches d’un écoulement vénérien : on est obligé de raisonner ici d’après de simples probabilités. (Voir le t. II, article Blennorrhagie.)
Pronostic.- — Si la leucorrhée ne compromet pas l’existence , elle n’en constitue pas moins une maladie désagréable pour la femme , et qui entretient souvent chez elle un état maladif des plus pénibles.
Etiologie. — La leucorrhée est une maladie plus commune dans les pays humides et froids que dans les climats chauds; elle affecte aussi plus souvent les femmes des grandes villes que celles de la campagne. Le tempérament lymphatique paraît y prédisposer; cependant les femmes pléthoriques, celles d’une constitution forte, paraissent plus sujettes aux flueurs blanches que les femmes grêles. Les autres causes prédisposantes, et déterminantes, dont l’action est la moins incertaine, sont l’hérédité, la compression du ventre par des corsets baleinés, l’abus d’aliments gélatineux qui produisent l’atonie des organes digestifs , une vie sédentaire, des passions tristes, l’habitation dans des lieux bas et humides, un coït trop souvent répété, ou le séjour dans le vagin d’un corps étranger, comme un pessairc, l’existence d’oxyures dans le rectum , ou d’hémorrhoïdes internes qui entretiennent une fluxion permanente au voisinage des organes génitaux, les dérangements de la menstruation, les accouchements, et surtout les accouchements avant terme. Enfin , il est des causes pour ainsi dire spéciales à chaque individu , et qui'n’agisscnt qu’en vertu d’une idiosyncrasie particulière; tels sont, par exemple, ces cas assez nombreux où l’on voit des flueurs blanches
abondantes survenir après l’ingestion de certains aliments ou de certaines boissons, comme le thé, le café au lait ou le lait pur, certains coquillages, la chair des grenouilles, certains fruits acides et même l’eau de certaines sources. O11 a encore dit que les flueurs blanches pouvaient succéder à la suppression d’un exutoire ou de certains flux, comme les sueurs, ou d’une hémorrhagie constitutionnelle; mais dans la plupart des faits qu’on invoque, la relation entre la cause et l’effet ne nous paraît pas être parfaitement établie. La leucorrhée est une affection endémique dans les grandes villes; elle peut, sous l’influence de certaines constitutions amosphériques, sévir avec plus d’intensité et revêtir loutà-fait le caractère épidémique. On en a recueilli de fréquents exemples pendant une grande partie du dernier siècle; les principaux sont ceux observés par les médécins de Breslaw, en 1702; par Morgagni en Italie, en 1710; par Bassins, à Hall, en 1730; à Paris, en 1765, etc.
Traitement. — Un grand nombre de remèdes ont été préconisés contre les flueurs blanches; nous n’indiquerons que les principaux, ceux dont l’action est la mieux démontrée.
Lorsque la leucorrhée, survenant brusquement, s’accompagne d’accidents aigus, on devra se borner à conseiller le repos, l’usage de bains, d’injections émollientes , une nourriture douce et la continence. Lorsque les flueurs blanches sont anciennes, il faudra rechercher les causes qui ont pu les faire naître et qui souvent les entretiennent , afin de placer les malades dans d’autres conditions. Lorsque la cause est insaisissable, ou bien lorsqu’ayant cessé d’agir, la leucorrhée persiste, il faudra diriger le traitement, en ayant surtout égard à l’état général. Ainsi, lorsque la femme est fortement constituée et pléthorique , il sera utile de tirer du sang ; on prescrira des boissons acidulés , comme la limonade minérale; on excitera les sécrétions intestinales, celles des reinset de la peau par l’emploi répété des purgatifs, des diurétiques et des sudorifiques. On pourra associer à ces moyens des injections émollientes d’abord, puis astringentes ou aromatiques; elles seront faites avec le tan, la gentiane, les feuilles de noyer, la noix de galle, le vin rouge, l’acétate de plomb. Ces injections seront portées exclusivement dans le vagin, et jamais dans l’utérus , à cause de la facilité avec laquelle un liquide injecté dans le corps de l’organe peut cheminer dans les trompes et s’épancher dans la cavité du péritoine. Si les injections échouent , on aura recours à la cautérisation par le nitrate d’argent.
La leucorrhée ancienne coexistant ordinairement avec un état de faiblesse et d’anémie , indique l’emploi des toniques et des amers , comme le quinquina , la gentiane , le basilic , les bourgeons de sapin , la mélisse, l’armoise, la plupart des labiées, les baumes de copahu et du Pérou ; les préparations de fer , les eaux minérales de Spa, de Passy, et les bains de mer. Cependant tous ces moyens seraient insuffisants ou