DU CATARRHE VÉSICAL
même tout-à-fait impuissants sans le régime. Il faudra donc conseiller dans ces cas aux malades une habitation sèche, bien aérée , exposée au sud , l’exercice à pied au soleil , une alimentation tonique, des frictions sèches aromatiques sur le corps et l’usage de la flanelle.
DU CATARRHE VESICAL.
Pour la plupart des auteurs , le catarrhe vésical serait une forme de l’inflammation de la vessie bornée 'a la membrane interne ; de là le nom de cystite muqueuse que beaucoup lui ont donné; d’autres préfèrent l’appeler cystite catarrhale , en raison de la nature de la sécrétion morbide. Cependant ces deux maladies , qu’on a confondues en raison d’un seul symptôme commun qu’elles présentent ( les urines muqueuses ou filantes) , doivent être distinguées entre elles pendant la vie comme elles le sont sur le cadavre. Dans la cystite , en effet , les parois vésicales sont rouges, noirâtres, épaissies, friables, ramollies, ulcérées, fongueuses, etc. Dans le catarrhe , au contraire , la vessie n’a presque subi aucune modification appréciable dans sa structure; sa capacité est parfois un peu diminuée. La muqueuse peut présenter quelques plaques ardoisées, vestige d’une congestion ancienne ; mais presque toujours cette membrane est pâle; rarement elle est épaissie et amincie ; de sorte que , pour expliquer l’exhalation dont elle est le siège pendant la vie , on est obligé d’invoquer une simple perversion dans ses fonctions sans altération de tissu. Le catarrhe vésical , ainsi isolé de la cystite aiguë ou chronique , est une affection très rare.
Symptômes , marche. — Le catarrhe vésical peut être primitif; d’autres fois il est consécutif à la cystite; ce rapport étiologique entre les deux maladies explique jusqu’à un certain point pourquoi elles ont été si longtemps confondues. Le catarrhe vésical est une maladie presque toujours chronique , dans laquelle on ne trouve qu’accidentellement des signes d’excitation générale et locale. S’il y a des douleurs à l’hypogastre ou au périnée , elles sont vagues, peu vives , ne consistent qu’en une pesanteur; les malades urinent plus souvent, mais sans éprouver ces besoins pressants, ces épreintes qu’on observe dans l’inflammation. L’urine, pendant l’émission, semble avoir sa couleur normale; elle est peut-être un peu moins limpide ; elle est peu acide , et passe bientôt à l’état alcalin ; elle exhale alors une odeur ammoniacale; par le refroidissement, elle se sépare en deux couches, l’une superficielle et tout-à-fait liquide ; l’autre existe au foild du vase en couche plus ou moins épaisse ; elle est tremblotante, visqueuse, filante, blanchâtre, quelquefois toutà-fait transparente; elle a la plus grande analogie avec l’albumine de l’œuf; sa quantité , qui peut n’être que de quelques grammes , et s’élever parfois à plus de 500 dans les vingt-quatre heures, varie beaucoup I. 48
15h DES SÉCRÉTIONS MORBIDES.
suivant une foule de circonstances : elle devient , en effet, plus considérable dans la saison froide , lorsque l’atmosphère est chargée d’humidité, ou lorsque la transpiration diminue ou que la surface du corps a été accidentellement exposée à une cause de refroidissement. Un état d’excitation ou plutôt de subinflammation de la muqueuse vésicale a , au contraire, pour résultat de diminuer l’exhalation muqueuse, qui prend généralement alors une couleur un peu jaunâtre ou d’un blanc sale. En même temps , les besoins d’uriner sont plus fréquents , plus impérieux , et la douleur hypogastrique ou périnéale est un peu plus vive. Ces symptômes d’excitation , bornés presque toujours à l’organe malade, peuvent se montrer en plus ou moins grand nombre de fois dans le cours de la maladie. Le catarrhe simple, et qui affecte un sujet dont la constitution n’est pas encore très détériorée , n’exerce aucune influence fâcheuse sur la nutrition : ainsi l’appétit se conserve , les digestions sont régulières. Cependant, si l’exhalation muqueuse était trop considérable , on verrait survenir tous les accidents que déterminent toutes les sécrétions exagérées. On a dit que le catarrhe pouvait , lorsqu’il est trop considérable ou qu’il se prolonge , entraîner la mort par épuisement ; mais nous pensons qu’un pareil effet est excessivement rare. On a encore confondu ici le catarrhe avec la cystite chronique. Le catarrhe vésical a une durée toujours longue et indéterminée. Quelques individus le voient cesser momentanément pendant la saison chaude ou lorsqu’ils vont habiter un climat plus doux; mais la maladie reparaît pendant l’hiver ou lorsque les malades reviennent dans leur pays.
D’après cette description , on voit combien le catarrhe vésical est distinct de la cystite.
Pronostic. — Le pronostic du catarrhe de la vessie est beaucoup moins grave que celui de la cystite : le premier est une affection fâcheuse , bien moins par les dangers qu’elle ferait courir qu’à cause de l’opiniâtreté avec laquelle elle résiste , et de ses fréquentes récidives. Le catarrhe vésical diminue moins que la cystite l’activité des organes génitaux.
Etiologie. — Le catarrhe vésical affecte surtout les vieillards : il paraît reconnaître la plupart des causes de la cystite chronique; il survient spécialement sous l’influence du froid et de l’humidité. Les individus qui ont eu plusieurs atteintes de cystite , pu bien ceux dont la vessie a été longtemps irritée par la présence d’un calcubdont ils ont été débarrassés, semblent y être plus exposés. Mais nous n’avons encore sur ce sujet que des données fort incertaines. Le catarrhe peut être symptomatique de la présence d’un calcul , qui a généralement alors un petit volume.
Traitement. — Lorsqu’on a reconnu que le catarrhe vésical ne se lie pas à la présence d’un calcul, il faut, avant tout, soumettre les malades à un régime hygiénique convenable. Ils habiteront un lieu sec , bien
DES SÉCRÉTIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES. 755 exposé; et si le climat est défavorable, on les enverra dans des pays plus doux. lisseront entièrement couverts de flanelle; on excitera les fonctions de la peau par l’exercice , le massage et les frictions sèches; l'alimentation sera abondante , substantielle , sans être pourtant trop excitante. On engagera le malade à ne pas laisser la vessie se distendre par une trop grande quantité d’urine; il ne résistera pas au besoin d’uriner, et si quelque obstacle s’opposait à l’excrétion , on pratiquerait le cathétérisme une ou plusieurs fois par jour. Cependant ce régime ne triomphant pas toujours de la maladie, il faut réunir aux soins hygiéniques l’emploi de quelques médicaments dont l’expérience a depuis longtemps démontré l’utilité : je veux parler des balsamiques, tels que les baumes de copahu , du Pérou , de la Mecque , l’eau de goudron et surtout la térébenthine cuite, qu’on donne en'pilules, en potions , à la dose progressive de 2 à 16 grammes, ou en lavements, quand l’estomac ne peut la supporter. On a également proposé certaines injections, et on se sert surtout alors de l’eau de goudron , des eaux minérales sulfureuses de Barèges et d’Enghien. Les eaux de Balaruc, de Contrexeville, en bains, boissons et injections pourront être également conseillées. Enfin , quand tous les moyens échouent , on peut tenter la cautérisation superficielle de la vessie, suivant le procédé du professeur Lallemand. Ce célèbre praticien, qui emploie ce moyen depuis une quinzaine d’années, a guéri les 9/10 des catarrhes vésicaux qu’il a eus à traiter, et dont la plupart avaient résisté pendant plusieurs années à tous les efforts de l’art. Ceux qui n’ont pas guéri complètement ont du moins éprouvé une amélioration notable. (Voir plus haut Cystite chronique , p. Ullx.)