‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 135 sur 140 · DU CHOLÉRA-MORBUS SPORADIQUE OU CHOLERA EUROPEEN · texte numérisé non relu

DU CHOLÉRA-MORBUS SPORADIQUE OU CHOLERA EUROPEEN

Dans le choléra- morbus qu’on nomme sporadique ou européen , les malades ont des vomissements et des déjections répétées de matières bilieuses jaunes ou vertes , s’accompagnant de vives douleurs de venue , d’une grande anxiété, d’altération profonde des traits, d’accélération et d’insensibilité du pouls , de refroidissement des membres , et parfois même de syncopes et de convulsions.

Historique. — Cette maladie est fort ancienne , car elle est mentionnée dans Hippocrate; cependant elle n’a été convenablement décrite dans les temps reculés que par Celse , Arétée et Cœlius Aurélianus. Dans les deux derniers siècles elle a fixé l’attention de plusieurs hommes éminents et surtout de Sydenham , de Bianchi, d’Hoffmann, de Cullen. Enfin les modernes ont éclairé quelques points encore obscurs de son

histoire : nous citerons surtout les travaux de MM. Geoffroy, Ghauf fart, Copland, J. Brown.

Caractères anatomiques. — Nous ne possédons encore aucun renseignement précis sur les caractères anatomiques du choléra européen. Les nombreux documents qui existent dans la science sont à peu près sans valeur; car en les consultant on ne tarde pas à se convaincre que les auteurs anciens, et que meme quelques modernes, comme Portai, ont rapporté au choléra une foule d’altérations qui lui sont évidemment étrangères : tels sont, par exemple, la péritonite, les étranglements intestinaux, diverses lésions aiguës ou chroniques de la rate, du foie, des épiploons, etc. Néanmoins, dans ces derniers temps, on s’est autorisé des recherches de deux de nos contemporains, MM. Graviers et Chauffart pour soutenir la nature inflammatoire de la maladie et son siège dans les organes digestifs. Cependant on a tort d’invoquer les faits du premier ; car, les ayant recueillis dans l’Inde , ils 11e peuvent servir pour l’étude du choléra propre à notre climat. Les observations de M. Chauffart , ne sont pas non plus concluantes ; car, en les étudiant avec quelque attention , on ne tarde pas 'a se convaincre que l’auteur a attribué au choléra des affections essentiellement chroniques, telles que l’épaississement de la membrane , sa couleur ardoisée et même les ulcérations , toutes altérations qui n’ont pas le temps de se produire dans une affection qui , comme le choléra , a une marche aussi essentiellement aiguë.

Les lésions cadavériques qu’on trouve chez les cholériques sont , ou antérieures à la maladie , ou bien elles ne se développent guère que lorsque celle-ci traîne en longueur. D’ailleurs, comme l’a dit avec beaucoup de raison le savant et honorable docteur Dalmas, le peu de fixité que les altérations affectent dans leur siège leur fait perdre la plus grande partie de leur valeur.

Symptômes. — Le choléra-morbus débute ordinairement brusquement, surtout pendant la nuit qt au milieu d’une santé parfaite ; d’autres fois il présente des prodromes consistant surtout dans un malaise général , dans l’endolorissement du ventre , accompagné de soif, de perte d’appétit et de flatuosités. Bientôt les malades éprouvent simultanément des vomissements et des déjections douloureuses et répétées; ces vomissements sont formés d’abord d’aliments à moitié digérés , puis d’un liquide aqueux , glaireux , bilieux , puis enfin de bile pure ; mais rarement ils sont sanguinolents. Les matières vomies sont souvent acides et brûlent à la gorge; les déjections sont douloureuses, difficiles; elles s’accompagnent d’une sensation de brûlure, d’érosion, de déchirures, parfois atroces, dans le ventre surtout au voisinage de l’ombilic; elles ont lieu simultanément avec les vomissements ou bien elles alternent avec eux. Les matières rendnes par le rectum sont muqueuses , noirâtres,

jaunes, vertes, porracées, rarement sanguinolentes; elles sont extrêmement fétides ; leur expulsion est précédée ou accompagnée de ténesme , et elles produisent une sensation de brûlure en traversant l’anus. Le ventre est tantôt rétracté et tantôt plus ou moins ballonné; les douleurs parfois atroces dont il est le siège augmentent en général par la plus légère pression. Dans l’intervalle des vomissements les malades sont tourmentés par des nausées fatigantes, par des hoquets, des éructations gazeuses et des éprcintes; la soif est vive, la gorge brûlante, l’anxiété extrême; les traits sont profondément altérés; les extrémités sont froides , souvent marbrées, violacées, tandis que le ventre est brûlant; le pouls est d’une fréquence et d’une petitesse extrêmes; souvent il devient imperceptible. Beaucoup de malades accusent des crampes extrêmement douloureuses dans les mollets, les muscles fléchissurs de la cuisse, aux avant-bras, aux doigts, aux orteils. Les urines sont communément peu abondantes ; parfois leur sécrétion est complètement interrompue. Enfin quelques malades éprouvent des palpitations douloureuses , des lipothymies , d’autres des convulsions. C’est lorsque la maladie est ainsi arrivée à son plus haut degré d’intensité que la face devient hippocratique; le corps se couvre de sueurs visqueuses, la voix est éteinte; le malade n’a pius la force de vomir; il est tourmenté par le hoquet et ne tarde pas à succomber.

Marche , durée. — Le choléra a ordinairement une marche continue, exacerbante. Débutant le plus souvent d’une manière brusque, il arrive en peu d’heures à son plus haut degré d’intensité, et peut se terminer au bout de douze ou vingt-quatre heures. Sa durée moyenne ne dépasse guère un ou deux jours. Ce n’est que dans des cas exceptionnels qu’il persiste au-delà de trois ou quatre. On sait que des symptômes cholériques peuvent survenir périodiquement, surtout sous le type tierce, et constituer alors une des formes de la fièvre pernicieuse ; c’est ce que nous avons déjà dit en parlant de cette dernière affection.

Terminaisons . — La guérison est la terminaison presque constante du choléra européen. La convalescence est en général prompte; au bout de quelques jours les malades sont rétablis. Chose remarquable, les organes digestifs, qui avaient été le siège d’une si grande perturbation , reviennent presque aussitôt à leurs conditions normales. Dans quelques cas , au contraire , les malades conservent pendant un temps plus ou moins long un dérangement des fonctions digestives , ce qui se lie souvent à un état inflammatoire de l’estomac et des intestins. Enfin, nous avons vu que le choléra pouvait avoir une issue funeste. La mort survient communément par suite de l’épuisement qu’occasionnent et les souffrances et les évacuations excessives.

Les rechutes sont assez rares, à moins d’écarts dans le régime. Les récidives sont , au contraire , assez communes chez quelques sujets

qui, par leurs conditions hygiéniques, sont plus spécialement prédisposés à la maladie.

Diagnostic. — Diverses maladies du ventre, telles que la gastrite , l’entérite, la dysenterie , la colique de plomb , les calculs biliaires, la péritonite, les invaginations, l’indigestion et les empoisonnements donnent lieu à des accidents qu’il ne faut pas confondre avec ceux du choléra européen ; cependant le diagnostic différentiel ne peut présenter aucune difficulté. Ainsi, la gastro-entérite n’a ni un début aussi brusque ni une marche aussi rapide que le choléra ; elle s’accompagne de fièvre ; les vomissements et les déjections, très rarement verdâtres, sont moins abondants, moins fréquents; ils déterminent moins de douleur et d’anxiété que dans le choléra. La nature des selles, dans la dysenterie , fera distinguer facilement cette affection du choléra. La colique de plomb et les étranglements intestinaux se rapprochent du choléra par les vomissements , mais ils en diffèrent par une constipation opiniâtre, qui est en effet un de leurs symptômes prédominants. Il en est à peu près de même dans la colique hépatique, qui s’accompagne de tension et de douleur dans l’hypochondre droit, et très souvent d’ictère; les accidents cessent brusquement, et ce n’est souvent qu’à cette époque que les vomissements bilieux se manifestent. Dans la péritonite, il y a de la fièvre, une douleur très vive, très superficielle , du ballonnement ; des vomissements existent souvent, mais ils ne ressemblent en rien à ceux du choléra. La constipation est un symptôme très ordinaire dans la péritonite. Dans l’indigestion complète , il y a des vomissements , des selles liquides et des coliques; mais ces accidents sont consécutifs à une digestion laborieuse, laquelle s’accompagne d’un dégagement considérable de gaz fétides, ayant une saveur acide ou d’œufs pourris; les matières vomies et souvent aussi les selles sont presque entièrement formées par des aliments à moitié digérés, et leur expulsion est toujours suivie d’un grand soulagement. Le choléra offre beaucoup de ressemblance avec l’empoisonnement par les poisons irritants; cependant , dans ce dernier cas, les accidents se sont développés après l’ingestion dans l’estomac d’une substance qui a produit le plus souvent un sentiment de chaleur, de cuisson , de brûlure dans la gorge et l’œsophage , et même dans la bouche, où l’on trouve parfois des taches, des escarres, qui dénotent l’action d’un caustique. Les vomissements, au lieu de se manifestera peu près simultanément avec les évacuations alvines, précèdent, au contraire, celles-ci de plusieurs heures. Les douleurs du ventre présentent la même progression ; car, bornées d’abord à l’épigastre , ce n’est qu’après un temps plus ou moins long qu’elles gagnent le reste de l’abdomen. Le choléra asiatique diffère du choléra européen par les selles et les matières vomies, qui sont blanches, par la cyanose, l’amaigrissement, le refroidissement , la voix éteinte, l’abolition de la circulation,

par la vivacité des crampes et la suppression plus complète de l’urine.

Pronostic. — Le choléra est une maladie toujours grave. Toutes choses égales d’ailleurs , le pronostic est plus fâcheux aux deux extrêmes de la vie et chez les individus qui sont déjà atteints de quelque affection chronique des voies digestives. Le refroidissement du corps , l’absence du pouls, l’aphonie, sont des accidents qui doivent faire redouter une issue fâcheuse.

Etiologie. — Le choléra européen n’apparaît guère qu’à la fin de l’été , c’est-à-dire pendant les mois d’août et de septembre ; une chaleur humide en favorise le développement. On le rencontre plus souvent dans les provinces méridionales , telles que l’Espagne , l’Italie et la Grèce, que dans les pays du centre, et surtout du nord. On a dit que le choléra affectait plus souvent les hommes que les femmes, qu’il sévissait surtout dans la période moyenne de la vie , et qu il atteignait de préférence les individus qui ont les attributs du tempérament bilieux ; cependant aucune de ces assertions n’est encore justifiée par aucun résultat numérique. Dans la plupart des cas, le choléra éclate sans qu’on puisse découvrir l’action d’aucune cause déterminante ; d’autres fois la maladie peut survenir après une secousse morale , comme un accès de colère , l’emploi intempestif d’un éméto-calhartique , et plus souvent après l’in gestion de certains aliments, comme la chair de porc, les crabes, les œufs de brochet; certains fruits, comme le 'melon, l’ananas. On a vu également le choléra se déclarer chez des individus qui avaient bu des tins nouveaux, des boissons glacées, pendant que le corps était en sueur. Enfin, l’exposition du corps aux intempéries de l’air, à la fraîcheur des nuits , ou bien encore l’inspiration de miasmes putrides , a plusieurs fois été la seule cause efficiente du choléra. Cette maladie peut affecter un grand nombre d’individus à la fois , et régner presque épidémiquement, comme on l’a vu à Varsovie en 1701, et à Londres en 1669 et 1676 (Sydendam).

Traitement. — Les antiphlogistiques, que l’école physiologique avait essayé de mettre en vogue dans le traitement du choléra , sont presque toujours contre-indiqués par l’état du pouls et des forces des malades. La pratique des anciens , qui voulaient qu’on respectât pendant quelque temps les vomissements et les évacuations alvines, parce qu’ils supposaient que la nature se débarrassait d’un produit irritant , était également vicieuse. Nous croyons, au contraire, que la première indication à remplir consiste à arrêter les vomissements et les selles, et à calmer les phénomènes spasmodiques et nerveux qui tourmentent les malades à un si haut degré. La glace et l’opium sont les deux agents thérapeutiques qu’il convient d’employer dans ce but : ainsi les malades prendront une boisson acidulé ou faiblement aromatique et glacée ; elle leur sera donnée par cuillerée. En même temps on prescrit l’extrait

gommeux d'opium en pilules à la dose de 5 'a 10 centigrammes tous les quarts d’heure ou toutes les demi- heures, suivant l’intensité plus ou moins grande des douleurs. On continue l’administration du remède jusqu’à ce qu’on obtienne un effet sédatif. On pourra en même temps agir directement sur îes intestins en injectant dans le rectum un quart de lavement fait avec une décoction de guimauve, d’amidon , ou une solution de gomme adragant , additionnée de 12 à 25 gouttes de laudanum de Sydenham. En même temps le malade sera placé dans son lit : on lui recommande l’immobilité ; on rappelle ou on entretient la chaleur aux extrémités par des frictions aromatiques irritantes, et mieux encore par l’application de la chaleur artificielle , et par des cataplasmes sinapisés. Les doses d’opium qu’on prescrit seront d’autant plus fortes et plus rapprochées que les douleurs sont plus vives , les spasmes plus forts , les évacuations plus nombreuses. Celles-ci sont parfois tellement répétées que les médicaments séjournent à peine dans les organes digestifs ; souvent même leur ingestion devient la cause déterminante de nouvelles évacuations. Dans ces cas si graves , il faudrait se hâter d’appliquer sur le ventre un vésicatoire avec de la pommade ammoniacale , et s’en servir pour introduire dans l’économie un sel de morphine, en commençant par 3 ou 5 centigrammes. Lorsque la maladie a une heureuse issue, il convient de continuer le même traitement pendant plusieurs jours ; on diminuera seulement la quantité d’opium.

Le traitement précédent s’applique au plus grand nombre des cas. Quelques personnes ont voulu qu’on s’abstînt de l’opium dans le traitement du choléra sporadique des très jeunes enfants ; ainsi M. le docteur Ménard conseille de n’employer chez eux que les boissons à la glace ; si les enfants sont à la mamelle , il ne leur rend le sein que lorsque les évacuations ont complètement cessé. D’ailleurs il ne laisse téter aux enfants que quelques gorgées à la fois. Ce traitement est rationnel , et dans ce climat; , il mérite sans contredit la préférence à celui qu’on emploie en Amérique dans de pareilles circonstances , et qui consiste dans l’usage combiné des vomitifs et du calomel. Lorsque les malades sont en convalescence , il faut surveiller leur alimentation , car la plupart des rechutes sont produites par des erreurs de régime

Il est quelques accidents consécutifs qui réclament l’emploi de divers moyens : ainsi il est des individus chez lesquels tous les symptômes du choléra ont cessé, sauf les vomissements , qui persistent ; l’absence de fièvre, de soifrde douleur à l’épigastre, exclut dans ces cas l’idée d’une gastrite. Ces vomissements dépendent uniquement d’un état spasmodique ; ils cèdent à l’emploi d’une boisson aromatique ou gazeuse, ou à quelques cuillerées de sirop d’éther ou à l’emploi des toniques et des amers ; quand ils résistent à ces moyens , on applique un vésicatoire à l’épigastre, qui en triomphe presque toujours.

Nature. — Les anciens, en prétendant que le choléra était une sorte d’empoisonnement produit par une altération de la bile , avaient émis une opinion hypothétique, et qui n’a été justifiée ni par les recherches de la chimie ni par l’anatomie pathologique. L’ouverture des cadavres a également prouvé que le choléra n’était pas une variété de la gastroentérite; c’est ce qui est aussi bien démontré par la marche de la maladie, qui débute en général brusquement, et qui, après une durée courte, se termine rapidement, souvent même presque instantanément : or, ce n’est point là la marche qu’on observe dans les phlegmasies de quelque organe que ce soit. En analysant les symptômes principaux du choléra , on est conduit à considérer cette affection connue un flux actif qui se fait à la surface gastro-intestinale suivant un mécanisme encore inconnu.

DE LA POLYURIE.

Synonymie. — Hy dru rie ; polydipsie ; diuresis; diabète insipide ou faux diabète, etc.

La polyurie est une maladie caractérisée par une émission très abondante d’urines aqueuses ayant une faible pesanteur spécifique , et qui ne contiennent aucun principe sucré ; les malades sont en outre tourmentés par une soif excessive qui les oblige à ingérer une très grande quantité de boissons. C’est en raison de ce symptôme prédominant que quelques auteurs ont donné à cette affection le nom de polydipsie ; d’autres en plus grand nombre en ont fait une variété du diabète, et l’ont désignée sous les noms de diabète insipide ou faux diabète. Cependant nous dirons plus tard que quelques diabètes insipides appartiennent au diabète véritable, puisqu’il existe alors dans l’urine un sucre de fécule qui est masqué seulement par sa combinaison avec d’autres substances. Ces cas exceptés, nous croyons que la polyurie doit comprendre à peu près tous les faits décrits autrefois sous la dénomination de diabète insipide ou non sucré.

Symptômes. — Dans la polyurie , les malades peuvent rendre des quantités d’urine plus considérables que dans le diabète; mais elles n’ont plus la même composition. Dans l’affection dont je traite actuellement , ce liquide est clair, limpide, à peine coloré, plus ou moins semblable à de l’eau filtrée, peu ou point odorant; il est neutre ou légèrement acide; la chaleur et l’acide nitrique ne le troublent pas; il a une pesanteur spécifique variant à l’aréomètre de Baumé entre 0,0 et 2,0, et en moyenne 0,4. La quantité de boisson que les malades prennent est en rapport avec celte exagération de la sécrétion urinaire. Il est, en effet, des individus auxquels il faut deux ou trois seaux de liquides pour étancher leur soif. Celle-ci est presque incessante, et la plupart des malades se réveillent souvent pendant la nuit pour obéir aux

DE LA POLYURIE.

besoins impérieux de boire et d’uriner (Lacombe). Au milieu d’un trouble si remarquable , les digestions se font bien ; l’appétit est tantôt conservé, tantôt augmenté, rarement diminué: les malades préfèrent pour la plupart une alimentation végétale et les boissons acidulés. La bouche est pâteuse , la salive rare; il existe une sensation de sécheresse dans la bouche et le pharynx ; il y a vers l'estomac un sentiment de gêne, comme dans le besoin exprimé parla faim (Lacombe). Les fonctions respiratoires et circulatoires sont à l’état physiologique ; la peau est généralement sèche et rugueuse; les malades sont impressionnables au froid; ils ont généralement peu d’embonpoint; cependant leurs forces sont conservées, et ils ont presque l’aspect extérieur de la santé.

Marche, durée, terminaisons. — Cette affection , qui commence souvent dans l’enfance, va en augmentant jusqu’après la puberté, puis elle reste stationnaire. Lorsque la polyurie affecte les adultes, elle acquiert en peu de jours son summum d’intensité (Lacombe). Les saisons n’ont aucune influence sur les principaux symptômes de la maladie, tandis que le développement d’une affection fébrile produit pendant toute sa durée une diminution dans l’intensité de la soif (Lacombe). La polyurie a une durée indéterminée; elle est rarement moindre de plusieurs années, et se prolonge souvent pendant toute la vie. Lorsqu’elle cesse, la guérison n’est le plus souvent qu’éphémère. Les récidives sont fréquentes. Il ne paraît pas que cette maladie ait jamais occasonné la mort; cependant elle laisse les individus dans un état habituel de faiblesse, et lorsqu’elle commence dans l’enfance ou pendant h puberté, elle peut, comme nous l’avons vu une fois, retarder le développement régulier du corps.

Diagnostic. — On ne pourrait confondre la polyurie qu’avec le diabète ; mais elle en diffère par la composition des urines , par l’influence différente qu’elle a sur l’état de l’embonpoint et des forces, par la longueur de la maladie, qui n’est peut-être jamais funeste.

Pronostic. — Si la polyurie ne compromet pas prochainement l’existence , elle n’en doit pas moins être considérée comme une maladie fâcheuse , en raison de la persistance et de l’état maladif qu’elle entretient pendant toute la vie.

Causes. — Les causes de la polyurie sont inconnues. Cette maladie affecte plus fréquemment les sujets lymphatiques et scrofuleux; les hommes semblent en être un peu plus fréquemment atteints, et l’âge adulte est celui qui y prédispose le plus. D’après un fait que M. Lacombe rapporte dans son excellente thèse inaugurale, il semble que la polyurie peut se montrer héréditaire dans certaines familles.

Traitement. — Le traitement de la maladie dont je viens de parler est encore à trouver. On a tour à tour essayé , sans avantages, les antiphlogistiques , les émétiques, les narcotiques, les toniques , les mar*-

tiaux , les astringents et les antispasmodiques , le régime végétal et animal , etc.

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