‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 136 sur 140 · DU FLUX DE LAIT OU GALACTIRIUIEE · texte numérisé non relu

DU FLUX DE LAIT OU GALACTIRIUIEE

Un flux immodéré de lait, amenant une altération plus ou moins grave dans la santé de la femme, caractérise la galactirrhée ou galactorrhée. Cette maladie affecte les nourrices ou les femmes qui ont sevré récemment.

Symptômes. — Le lait est sécrété et s’écoule en grande abondance par le fait de la succion de l’enfant, ou bien indépendamment de cette excitation, c’est-à-dire d’une manière spontanée; le flux s’opère alors spécialement quelques heures après les repas. Les linges dont la femme se garnit sont traversés. Cette excrétion peut s’accompagner de douleurs et de tiraillements vers les mamelles et les aisselles. Quoique ces perles aient pour effet d’augmenter d’abord l’appétit, on ne tarde pourtant pas à remarquer que la femme pâlit, maigrit, et que les forces déclinent; bientôt elle est essoufflée , oppressée , elle est tourmentée par des palpitations ; l’appétit diminue ou cesse ; enfin une fièvre hectique s’allume , des accidents colliquatifs , tels que la diarrhée et la sueur , surviennent et accélèrent la terminaison fâcheuse. Cependant il est plus commun encore que ces derniers accidents soient symptomatiques de la présence des tubercules pulmonaires dont la galactorrhée a été la cause l ccasionneile. Sans cette complication, et sous l’influence seule d’un rtgime convenable, le flux du lait peut cesser , et la santé se rétablir.

Le diagnostic de la maladie ne présente aucune difficulté; son pronostic peut être grave si le flux est spontané, considérable, et si la constitution est détériorée.

Causes. — La galactorrhée dépend le plus souvent de la trop forte excitation des seins produite par un enfant vorace, ou par l’allaitement de plusieurs nourrissons à la fois, ou bien encore par un allaitement trop prolongé. La maladie a paru aussi survenir quelquefois par l’abus des excitants, d’une alimentation trop réparatrice, ou bien, au contraire , par suite de la mauvaise constitution des individus.

Traitement. — La première indication consiste à sevrer l’enfant, non brusquement, ce qui aurait des inconvénients, mais lentement et eu ayant soin de ne donner le sein que très longtemps après les repas. On soutient et on relève les forces par une alimentation réparatrice, à laquelle on associera souvent, avec avantage, l’usage des ferrugineux. Les seins seront soutenus convenablement, et l’on exercera sur eux une légère compression. Les femmes ne feront aucun effort ; elles devront surtout s’abstenir d’exécuter des mouvements avec les membres supérieurs. Enfin on produira des révulsions par des pédiluves, par des

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laxatifs, parles diurétiques et les sudorifiques; le petit-lait de Weiss remplit plusieurs de ces indications. Lorsque, nonobstant le sevrage de l’enfant , la galactorrhée continue , on a proposé de faire des lotions vineuses aromatiques sur les seins, ou de les oindre avec un liniment camphré.

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Synonymie. — Pollutions, pertes séminales.

Sous le nom de spermatorrhée on doit comprendre les écoulements plus ou moins abondants et répétés de sperme se faisant hors des circonstances qui les provoquent ordinairement (coït ou masturbation) et s’opérant spontanément sans aucune excitation ou par l’effet d’un stimulant qui serait insuffisant dans l’état de santé. Cependant , comme les effets fâcheux qu’on observe sur la constitution sont les mêmes, quelle que soit la manière dont l’excrétion du sperme s’opère, que celle-ci soit spontanée comme dans les pollutions, ou qu’elle soit provoquée par des excès de femmes ou par la masturbation , nous réunirons dans cet article tous les accidents qui peuvent résulter des abus vénériens , de quelque manière qu’on s’y livre.

Historique. — Les accidents qu’entraînent à leur suite les excès vénériens ont fixé de tout temps l’attention des observateurs. Ainsi Hippocrate en a donné une description succincte dans son deuxième livre De M or bis sous le nom de consomption dorsale ; Celse ne les a pas oubliés non plus dans son Livre sur la conservation de la santé ; mais le tableau le plus effrayant qu’on trouve dans l’antiquité est celui qui a été tracé par Arélée. Ce sujet important fixa plus spécialement l’attention des médecins pendant les deux derniers siècles: ainsi Hoffmann, Sénac, de Gotter, Van-Swiéten, Storcq, Gaubius, s’en sont occupés. Tout le monde connaît la célébrité du livre de Tissot; mais c’est avec raison qu’on a reproché à cet auteur d’avoir exagéré les fâcheux résultats de la masturbation, en présentant comme des effets ordinaires les accidents les plus graves, et qui n’arrivent fort heureusement que dans des cas exceptionnels. Par conséquent la lecture du livre de Tissot ne peut être utile pour le médecin, et elle est pernicieuse pour l’onaniste, qui, ne ressentant pas ordinairement les incommodités que l’auteur signale, croit qu’on a voulu seulement l’effrayer. Le traité que M. Deslandes a publié sur le même sujet, il y a peu d’années, n’offre pas les mêmes inconvénients, et il a le mérite d’être peut-être un peu plus scientifique que celui de Tissot. Mais le livre le plus remarquable est, sans contredit, celui du professeur Lallemand de Montpellier, sur les pertes séminales. Cet ouvrage, dans lequel l’auteur a un peu trop souvent donné essor à sa brillante imagination , n’en est pas moins une œuvre remar-

quable; car le livre de M. Lallemand est rempli de faits pratiques, d’aperçus ingénieux , de pensées généreuses et éminemment philosophiques. Sa lecture eût été plus attrayante encore si l’auteur avait mis un peu plus d’ordre dans la distribution de son sujet, et surtout s’il eût été plus sobre de digressions, dont la plupart ont néanmoins de l’intérêt.

Anatomie pathologique. — Nous ne possédons aucun renseignement précis sur l’état des organes génitaux chez les sujets qui succombent à la spermatorrhée. M. Lallemand a prétendu pourtant qu’on trouvait chez eux des traces d'inflammation dans les vésicules séminales, les canaux éjaculateurs et la prostate; des érosions, des ulcérations ou des cicatrices à l’orifice de ces conduits, etc. Filais les faits, au nombre de neuf, rapportés par le professeur de Montpellier ne sont pas concluants, puisque rien ne prouve qu’une spermatorrhée ait existé sur aucun des individus dont les organes génitaux internes ont présenté diverses altérations toutes consécutives à des phlegmasies anciennes.

Symptômes. — Il est des pollutions utiles ; ce sont celles qui se manifestent de temps en temps pendant la nuit, dans des rêves lascifs , chez les adolescents ou les adultes qui vivent dans la continence; elles remédient alors à une pléthore spermatique, et sont généralement suivies de soulagement et d’un sentiment de bien-être. On a même cité des états graves de l’économie qui avaient promptement cédé après une ou plusieurs de ces pollutions (P. Frank, Sainte-Marie). Mais il n’en est plus de même si les écoulements de sperme se font à des intervalles rapprochés, soit que la perte de semence ait lieu dans l’action du coït ou qu’elle soit provoquée par la masturbation , soit enfin qu’elle soit tout-à-fait spontanée comme dans les cas de pollutions. Celles-ci peuvent survenir primitivement chez des individus continents; plus souvent elles se déclarent chez des personnes qui ont abusé du commerce des femmes ou se sont livrés immodérément à la masturbation. Elles commencent presque toujours par avoir lieu seulement pendant la nuit; mais à mesure qu’elles se répètent, les phénomènes d’excitation qui les précédaient et les accompagnaient autrefois diminuent ou cessent. L’émission de la semence se fait alors spontanément sans être provoquée par rien , sans que la verge soit en érection complète ; souvent même le pénis reste tout-à-fait flasque; l’éjaculation est faible ou bien le sperme s’échappe en bavant sans que le malade en ressente le moindre plaisir. Au lieu de s’écouler au-dehors, le liquide peut s’épancher en totalité ou en partie dans la vessie et être rendu plus tard dans la première émission d’urine; c’est ce qui arrive quand il existe un rétrécissement considérable de l’urètre dans les portions bulbeuse ou prostatique, ou lorsque parsuitede cicatrices ou d’adhérences vicieuses l’orifice des conduits éjaculateurs est dévié et porté en arrière. Dans tous ces cas les accidents sont les mêmes; en effet, que le sperme se soit écoulé au-

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dehors ou qu’il se soit épanché dans la vessie, son émission hors des vésicules séminales s’accompagne de brisement dans les membres, d’une grande faiblesse, de céphalalgie , de torpeur et de somnolence; les individus, à leur réveil , sont courbaturés et inaptes à se livrer à leurs occupations si elles nécessitent quelques efforts intellectuels ou musculaires.

Cependant ce n’est pas seulement pendant la nuit que les pollutions ont lieu , on les observe encore fréquemment dans l’état de veille; elles se font alors surtout pendant la défécation ou l’émission des urines. Chez d’autres elles sont provoquées par l’équitation ou par des efforts, par le moindres ttouchement ou le plus léger frottement du gland. Dans ces cas le sperme peut être facilement reconnu à sa consistance, à sa couleur et à son odeur; mais à mesure que les pollutions se répètent, la liqueur séminale change d’aspect et devient plus ou moins séreuse; il importe donc de déterminer la nature du liquide à l’aide du microscope. L’emploi de cet instrument est surtout indispensable dans les cas où le sperme s’échappe pendant l’émission des urines. On a dit qu’on pouvait alors reconnaître l’existence de la spermatorrhée par la nature du dépôt qui se formait dans le vase où les urines avaient été rendues. Ainsi, suivant M. Lallemand, on verrait d’abord des corpuscules transparents, irrégulièrement sphériques, d’un volume variable et assez semblables à des grains de semoule. Quand la maladie est ancienne on ne trouve plus ces granulations; il existe seulement alors un nuage épais, homogène, blanchâtre, parsemé de petits points brillants qui occupent les couches inférieures, et qu’on a comparés au dépôt qui se forme dans une décoction d’orge ou de riz un peu concentrée. Mais, comme on le conçoit, ces dépôts n’ont rien de caractéristique; il faut donc rechercher par le microscope s’ils contiennent des animalcules spermatiques.

L’examen microscopique fournit d’ailleurs des résultats intéressants: ainsi, M. Lallemand a vu que, lorsque la spermatorrhée est toute récente, le fluide séminal conserve encore ses propriétés, les zoospermes ne présentent rien de remarquable sous le rapport du nombre et du volume. Mais il n’en est plus de même lorsque, par la répétition et l’abondance des pertes séminales, le sperme est devenu moins consistant et presque séreux, car alors, d’après le même observateur, les animalcules sont moins vivaces , puisqu’on les trouve morts quelques minutes après leur expulsion ; ils sont parfois d’un quart ou d’un tiers plus petits qu’à l’état normal ; leur queue est difficile à distinguer avec un grossissement de trois cents fois; plus tard encore les animalcules deviennent rares, et peuvent disparaître quoique la liqueur conserve encore l’odeur spermatique; alors à la place des zoospermes on ne trouve plus que des globules ovoïdes ou sphériques.

Un des premiers accidents des pollutions nocturnes ou diurnes est une diminution dans l’énergie , la longueur des érections et dans la

nu DES SÉCRÉTIONS MORBIDES.

rapidité avec laquelle l’éjaculation se fait ; enfin peu à peu les érections sont impossibles , les malades sont alors devenus toul-à-fait impuissants.

Cependant les pertes séminales, en se reproduisant , finissent par produire sur l’économie tout entière des effets fâcheux : ainsi les malades pâlissent et maigrissent, ils perdent leurs forces, ils tremblent des membres, ont des pesanteurs de tête, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d’oreilles ; quelques uns ont de temps en temps des congestions cérébrales, ordinairement légères , fugaces, mais parfois alarmantes; leur vue est faible, ils sont tristes, mélancoliques ; leurs digestions sont lentes , difficiles, accompagnées d’aigreurs, de flatuosités; enfin ils sont essoufflés, asthmatiques et sont tourmentés par des palpitations. Quelques uns éprouvent des convulsions ou de véritables accès d’épilepsie; d’autres présentent des roideurs, des contractures et de la paralysie dans les membres. Enfin , à un degré plus avancé, les malades tombent dans un état de consomption connu sous le nom de tabes dorsalis. Pâles, amaigris , se soutenant à peine , ces individus ressemblent à des cadavres ambulants-, épuisés au physique comme au moral, leurs pieds s’infiltrent, leurs cheveux tombent , leurs sens et surtout la vue s’éteignent; ils ont du dévoiement, alternant avec de la constipation ; enfin ils succombent dans le dernier degré de marasme , et quelques uns , profondément découragés , ont recours au suicide pour mettre un terme à leurs longues souffrances. Au milieu de l’appareil de symptômes graves que je viens de dépeindre , les malades sont sans fièvre ; c’est une circonstance remarquable déjà notée par Hippocrate, et sur laquelle M. Lallemand a beaucoup insisté. Les tabescents sont en effet sans fièvre, non seulement au début, mais encore à une période avancée. Un appareil fébrile, quels que soient d’ailleurs ses caractères, qui se déclare à une époque quelconque de la spermatorrhée est presque toujours l’indice d’une complication.

Marche , durée , terminaisons. — Les pollutions ont toujours une marche très irrégulière^ très inégale. Elles offrent des variations journalières tout-à fait inexplicables; d’autres fois celles-ci tiennent à l’influence manifeste de quelque cause extérieure; ainsi les malades se trouvent communément mieux d’un temps humide pluvieux, tandis que la plupart souffrent davantage quand le ciel est pur et sec. D’après M. Lallemand , le printemps agirait d’une manière fâcheuse sur presque tous les tabescents, et cette exaspération des symptômes tiendrait évidemment à l’augmentation des pertes séminales. L’automne est la saison la plus favorable. Beaucoup de ces individus éprouvent un redoublement dans leurs maux, p r suite d’une congestion hémorrhoïdaire , par la présence d’ascarides dans le rectum , quand la constipation se prolonge, etc. ; mais la maladie présente, en outre, une foule d’oscillations, qui paraissent inexplicables, quelque attention qu’on mette à en recher-

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cher la cause. Dans les cas les plus graves, dit M. Lallemand, ces oscillations sont journalières et peu prononcées; la marche peut alors être rapide et comme continue , quoique toujours irrégulière. Ces spermatorrhées mériteraient d’être appelées aiguës si leur durée n’était encore fort longue. Quant à celles dont les rémissions ou les intermittences sont plus tranchées, on conçoit que leur influence sur l’économie diminue dans la même proportion. Les suspensions les plus complètes et les plus prolongées sont évidemment celles qui sont les plus favorables à la conservation des forces et à l’intégrité de la constitution. C’est alors que la maladie peut être regardée comme éminemment chronique ; les tabescents peuvent conserver pendant vingt ou trente ans et plus toutes les apparences de la santé. Ces cas se confondent d’une manière insensible avec ceux de pertes séminales, qu’on ne peut plus regarder comme morbides, puisqu’elles n’altèrent pas la santé.

La spermatorrhée a peu de tendance à se terminer spontanément. Il semble que les progrès de Page , en ralentissant la sécrétion spermatique, doivent diminuer la fréquence et l’abondance des pollutions. Cela est généralement vrai; mais la moindre évacuation de liqueur séminale dans la vieillesse produit beaucoup plus de faiblesse qu’aux autres périodes de la vie; de sorte que, quoique la maladie ait diminué, ses effets constitutionnels restent à peu près les mêmes. Beaucoup de pollutions cèdent quand on fait disparaître certaines causes d’excitation qui les entretiennent ou qui les ont fait naître. Enfin on en voit qui se dissipent peu à peu par l’usage régulier du coït ; mais cela n’a guère lieu qu’au début, quand les fonctions ne sont pas encore altérées, et lorsque les pollutions sont l’effet de la continence. Mais quand la consomption est véritablement établie, les rapports sexuels sont plus nuisibles qu’utiles (Hippocrate, Lallemand). En résumé, dit M. Lallemand, les pertes séminales, arrivées au point de constituer une maladie, ont plus de tendance à s’aggraver qu’à diminuer spontanément; l’habitude seule suffirait pour en rendre la guérison de plus en plus difficile.

L’épuisement causé par les pertes séminales peut être porté au point d’occasionner la mort. Ces malheureux succombent alors dans une syncope ou avec les symptômes d’une congestion cérébrale; toutefois ces faits sont excessivement rares. Presque tous les tabescents, après être restés longtemps languissants, sont emportés par une maladie aiguë ou chronique intercurrente , qui généralement alors suit une marche beaucoup plus rapide , en raison de l’état constitutionnel du sujet.

Accidents consécutifs. — On exagérerait les effets pernicieux des abus vénériens , si on les regardait comme des causes très actives de lésions viscérales graves ; il ne me paraît pas, en effet, que la spermatorrhée produise souvent, camme on l’a dit , comme semble aussi le croire M. Deslandes, des affections organiques du cœur, du cerveau, de l’estomac, etc.

Les troubles fonctionnels qu’on observe vers ces organes sont presque toujours purement nerveux. Les excès vénériens sont , en effet, une cause très active de toutes les maladies qui consistent dans un trouble profond des fonctions nerveuses d’un ou plusieurs organes, sans que ceux-ci soient le siège d’aucune lésion matérielle. Ainsi la masturbation chez les enfants et les adolescents occasionne souvent l’épilepsie et la chorée; à un âge plus avancé, les pertes séminales peuvent produire la manie , la lypémanie , la démence et l’hypochondrie , indépendamment des autres troubles nerveux qui , comme les palpitations , l’essouflîement, les gastralgies, les dxspepsies, la paralysie dessous ou des membres et les contractures musculaires, ne se lient non plus à aucune lésion organique , ainsi que le prouve leur cessation rapide , quand la spermatorrhée est guérie.

Diagnostic. • — Le diagnostic des pertes séminales présente souvent beaucoup d’obscurité. Peu de malades les dissimulent; mais il en est beaucoup qui en ignorent l’existence, et qui, rattachant à d’autres causes les accidents qu’ils éprouvent, induisent souvent le médecin en erreur.

Les pertes séminales ne peuvent être confondues avec les écoulements chroniques de l’urètre, de la prostate ou des glandes de Cowper; car ceux-ci sont lents, continus , uniformes , tandis que dans les pertes séminales le sperme sort subitement en quantité notable chaque fois et à des intervalles plus ou moins rapprochés; et, dans aucun cas, on ne le voit s’écouler d’une manière continue ou goutte à goutte (Lallemand). Lorsque des pertes séminales viennent compliquer des écoulements chroniques de l’urètre , on voit alors un suintement continuel ; puis, soit spontanément , soit à l’occasion d’un effort, etc., un écoulement plus abondant se fait tout-à-coup. Celui-ci a une odeur particulière; il est suivi des symptômes qui accompagnent chaque excrétion morbide de sperme. Enfin , l’examen microscopique fait cesser tous les doutes en démontrant l’existence des zoospermes.

Lorsque les pollutions sont internes, c’est-à-dire lorsque le sperme, en raison surtout d’un rétrécissement de l’urètre, en avant de l’orifice des conduits éjaculateurs, n’est plus expulsé au-dehors, mais s’épanche dans la vessie , on pourrait aisément méconnaître l’existence de la maladie. Cependant, lorsque chez un individu qui s’affaiblit , qui maigrit et devient impuissant , on ne trouve aucune lésion organique pour expliquer ces accidents; lorsqu’on apprend par l’interrogatoire des malades qu’une ou plusieurs fois le jour, à la suite des efforts de défécation , ou bien le matin à leur réveil , ils éprouvent ce malaise, cette céphalalgie, ces étourdissements , cette faiblesse , ce brisement des membres, qui accompagnent les émissions morbides de sperme , on devra soupçonner cette affection, et pour éclairer les doutes, il faudra recueillir l’urine , la

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laisser déposer, et, après l’avoir décantée , examiner au microscope la nature du dépôt qu’on trouve au fond du vase. On agira de même chez les libertins et les masturbateurs, qui ne se rétablissent pas, quoiqu’ils aient cessé de se livrer à leurs excès ou à leur coupable habitude; car dans ces cas, il est très commun que le rétablissement de la santé soit empêché par des pertes séminales qui se sont établies souvent à l’insu des malades.

Nous avons vu que les sujets atteints depuis longtemps de pertes séminales finissent par éprouver de la dyspnée, des palpitations, des étourdissements, de la dyspepsie , de la paralysie , des contractures des membres , accidents (pii ont souvent donné lieu à des erreurs de diagnostic, et ont fait croire à l’existence de maladies du cœur, des poumons, du cerveau , de la moelle, de l’estomac. M. Lallemand, dans son important ouvrage, parle d’un grand nombre de malades qui , par suite de ces méprises, commises souvent par des hommes très expérimentés , eurent à souffrir des traitements longs et douloureux, et qui ne faisaient qu’empirer leur état. On ne commettra pas des erreurs aussi préjudiciables si on s’habitue de bonne heure à ne jamais négliger d’étudier les phénomènes qui se passent du côté des organes génitaux. Enfin , le diagnostic de la spermatorrhée étant établi , il faudra examiner la cause qui l’a produite.

Pronostic. — Les pertes séminales constituent toujours une affection grave , en raison des atteintes que la santé générale en éprouve , et parce qu’elles produisent souvent l’impuissance. D’ailleurs, la gravité du pronostic sera proportionnée à l’ancienneté de la maladie , à l’influence plus ou moins fâcheuse qu’elle a exercée sur la constitution , et enfin à la facilité avec laquelle on peut combattre et détruire la cause qui a produit l’affection.

Etiologie. — Les pertes séminales reconnaissent une infinité de causes. On les observe fréquemment chez des individus qui se sont livrés h la masturbation ou qui ont abusé du commerce des femmes. La continence, surtout chez des individus qui ont le sens génésique très développé, amène souvent le même résultat. La maladie est parfois l’effet de causes directes , c’est-à-dire de causes qui agissent immédiatement sur les organes génitaux, telles sont l’accumulation des fèces dans le rectum, l’abus des drastiques, la présence d’un grand nombre d’oxyures, ou d’hémorrhoïdes , line induration squirrheuse du rectum, affections qui toutes semblent agir en excitant les contractions des vésicules séminales. D’autres fois, ce sont des maladies qui produisent un état d’irritation ou d’excitation sur les conduits éjaculateurs, et qui, en se propageant ensuite jusqu’aux vésicules séminales, les provoquent à se débarrasser du sperme qu’elles contiennent. Telles sont l’accumulation insolite de la matière sébacée du prépuce, l’herpès prœputialis , l’inflammation chronique de l’urètre , et surtout de sa portion prostatique. Enfin , les pertes séminales

peuvent survenir chez des sujets affaiblis par le jeûne et les veilles , les méditations profondes , les chagrins, ou bien encore chez les individus qui nourrissent sans cesse leur imagination d’idées lascives. On trouve , dans l’ouvrage de M. Lallemand , des faits qui démontrent la réalité de chacune des causes que je viens d’examiner.

Traitement. — La première indication est de faire cesser les causes qui donnent lieu à la spermatorrhée. C’est ainsi qu’il existe des faits nombreux dans la science qui prouvent qu’il a suffi de vaincre une constipation opiniâtre , d’expulser des oxyures, d’exciser des hémorrhoïdes ou une bride du rectum , de guérir un herpes prœputialis , d’empêcher l’accu mu 'a lion de la matière sébacée autour du gland, etc., etc., pour faire cesser presque aussitôt des pertes séminales qui existaient depuis longtemps et avaient souvent exercé la plus fâcheuse influence sur la constitution. M. Lallemand a également prouvé que les pertes séminales qui dépendaient d’un état d’inflammation chronique de la membrane muqueuse urétrale, surtout de sa portion prostatique, guérissaient lorsqu’on modifiait cette surface par la cautérisation avec le nitrate d’argent. Dans ces cas , pourtant , l’amélioration n’est pas toujours immédiate ; elle n’arrive en elîet souvent que plusieurs semaines après : aussi ne doit-on recourir à une nouvelle cautérisation qu’au bout d’un mois et même de six semaines. Ce traitement convient surtout dans les cas où les pertes séminales ont été consécutives à des blennorrhagies. On constate l’état maladif du canal à l’aide du cathétérisme. Le bec de la sonde, en effet, en arrivant sur la portion de la membrane muqueuse qui est altérée, y excite une vive douleur.

Tl faut commencer aussi par éloigner tout ce qui pourrait provoquer l’excitation des organes génitaux : ainsi on renoncera aux lectures érotiques , on évitera la société des femmes. Cependant , dans quelques cas, il sera utile que les malades se livrent de temps en temps au coït, surtout si les pertes séminales sont l’effet de la continence. Les malades coucheront sur la paille ou le crin , et conserveront autant que possible le décubitus sur un des côtés. On conseillera les distractions , les promenades , un régime doux , l’abstinence des mets échauffants , épicés, des liqueurs alcooliques. On tiendra le ventre libre ; la vessie sera vidée plus souvent , surtout pendant la nuit. Les moyens qui précèdent conviennent toutes les fois que la constitution n’est pas encore affaiblie et que les pertes séminales existent avec un état d’excitation. La conduite sera bien différente lorsque la spermatorrhée, remontant déjà à une époque éloignée , les individus sont très affaiblis , et lorsque l’écoulement de sperme semble s’opérer d’une manière toute passive. Il faut alors recourir aux toniques, aux aliments nutritifs, à la fécule, au viu généreux, aux ferrugineux, au lait et aux boissons glacées, aux bains frais , aux bains de mer, aux lotions froides et aromatiques sur le périnée , sur la verge et le

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scrotum , aux lavements froids , aux douches sur les lombes , le sacrum, le périnée. Quelquefois la susceptibilité des organes digestifs est telle que les malades ne peuvent être soumis immédiatement à une alimentation réparatrice ; on commencera alors par leur donner les bouillons d’écrevisses, de grenouilles et de tortue; le lait de vache , d’ânesse , et même le lait de femme.

Il est des remèdes qui jouissent d’une réputation populaire pour réveiller les organes génitaux et faire cesser l’impuissance : tels sont le phosphore et surtout les cantharides. Mais l’utilité de ces moyens est très contestable ; M. Lallemand même n’hésite pas à les proscrire comme ayant l’inconvénient d’exciter les pertes séminales. Le galvanisme n’olîre pas le même danger : M. Lallemand l’a employé quelquefois avec beaucoup d’avantage. On doit, dans les cas qui en permettent l’usage, établir le courant entre les lombes et les pubis ou le périnée. Il paraît aussi que quelques spermatorrhées atoniques , après avoir résisté à toutes les médications , ont cédé assez rapidement à l’emploi de l’ergot de seigle, administré à la dose de 30 à 120 centigrammes par jour. Toutefois l’utilité de ce remède n’est pas encore suffisamment établie.

Le commerce des femmes a pu être utile à quelques tabescenls pour rompre des habitudes de masturbation ou pour faire cesser des pollutions nocturnes entretenues par une continence trop absolue ; mais , hors ces cas, le coït est pernicieux pour ces malades. Il ne suffit pas cependant, ainsi que l’a établi M. Lallemand, que les tabescents observent matériellement la continence , il faut encore qu’ils s'efforcent de rester moralement chastes en éloignant de leurs sens , de leurs pensées , tout ce qui peut éveiller des préoccupations érotiques. La moindre imprudence de ce genre, dit encore le célèbre professeur de Montpellier , leur est aussi funeste qu’une indigestion , un excès de boisson , et une équitation trop forte. Cependant il arrive une époque où les rapprochements sexuels doivent être permis et même ordonnés; maison ne peut, avec Hippocrate , fixer aucun terme à la continence. La conduite à tenir sera ici subordonnée à l’état général du sujet. Quelquefois même il pourra être utile de conseiller le rapprochement sexuel à certains intervalles et avant la guérison complète , afin de prévenir des pollutions nocturnes.

Prophylaxie. — La prophylaxie des excès vénériens varie suivant que ceux-ci sont l’effet du coït on de la masturbation. Il n’y a guère que les adultes et les jeunes gens qui aient la possibilité de se livrer au coït avec excès. Pour les préserver des dangers qu’ils courent , il faut parler à leur raison , leur dépeindre sous les couleurs les plus sombres les périls auxquels ils s’exposent; si la chose est possible , on leur créera des obstacles aux rapports sexuels, et on les soumettra au régime dont nous allons parler pour la masturbation, dans le but de diminuer le plus pos-

sible la sécrétion du sperme et l’excitation des organes génitaux. Mais les bons conseils , les moyens moraux et religieux ont rarement de l’efficacité pour faire cesser chez les jeunes gens la pernicieuse habitude de la masturbation. Tous les appareils de coercition imaginés sont insuffisants ou dangereux; la surveillance la plus assidue, la plus intelligente, est mise en défaut. Dans ces cas, pour diminuer l’activité des organes génitaux , on doit surtout compter sur les exercices corporels tels que les promenades, la gymnastique, la natation , l’escrime; car, ainsi que l’a dit avec juste raison M. le professeur Lallemand, aucune surveillance , aucun principe de religion ou de morale ne sauraient avoir des effets aussi surs qu’une fatigue journalière qui amène chaque soir , au moment où les masturbateurs se livrent à leur manoeuvre , un besoin urgent de repos qui diminue la sécrétion du sperme, l’influence des organes génitaux et l’empire de l’imagination. Que faire pourtant lorsque l’hygiène, les moyens moraux, religieux, coercitifs et jusqu’aux châtiments ont tout-à-fait échoué? que faire d’un adolescent qui, trompant une surveillance de tous les instants, se livre avec une sorte de fureur à une pratique qui épuise déjà la constitution ? Dans ce péril il ne faut pas hésiter à adopter un parti qui , sans doute, est un mal, mais un mal bien moins grand que celui qu’on veut combattre. C’est ce que J. -J. Rousseau a admirablement exprimé dans les lignes suivantes : « Défiezvous de l’instinct, il serait dangereux qu’il apprît à votre élève à donner le change à ses sens et à suppléer aux occasions de les satisfaire ; s’il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Sans doute il vaudrait mieux encore. . . Si les fureurs d’un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Émile, je te plains; mais je ne balancerai pas un moment , je 11e souffrirai pas que la fin de la nature soit éludée. S’il faut qu’un tyran te subjugue, je te livre par préférence à celui dont je veux te délivrer ; quoi qu’il arrive , je t’arracherai plus aisément aux femmes qu’à toi. » L’opinion du grand philosophe est aussi celle de tous les médecins expérimentés qui se sont occupés du sujet dont nous traitons ici. MM. Deslandes et Lallemand l’ont adoptée dans leurs ouvrages avec une grande franchise; cependant il importe de dire ici avec le savant professeur de Montpellier qu’il arrive un moment où celte puissante ressource échappe elle-même, parce qu’on a trop longtemps attendu. La perversion de l’instinct génital est alors portée au point que toute femme est prise en aversion, eu dégoût.

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