‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 18 sur 140 · DE LA SUETTE MILIAIRE · texte numérisé non relu

DE LA SUETTE MILIAIRE

de la maladie, en marquent le plus souvent le début. Elles coïncident avec un grand malaise, avec de la céphalalgie sus-orbitaire et une constriction douloureuse à l’épigastre , comme si un poids énorme s’opposait à la dilatation du thorax. L’abondance des sueurs s’accroît de plus en plus; elles pénètrent les vêtements, les couvertures et jusqu’au lit des malades; elles exhalent une odeur fétide, méphitique, que l’on a comparée à celle de la paille pourrie. En général, alors, la face est injectée, la soif vive, la langue blanche; l’urine est rare, rouge; il y a parfois de la dysurie et presque toujours de la constipation ; le pouls est fort fréquent , développé; cependant, chez quelques malades, la réaction fébrile est médiocre. Ces symptômes persistent pendant trois ou quatre jours, et offrent souvent une ou deux exacerbations quotidiennes , mais sans rien présenter dé régulier. Vers le troisième ou quatrième jour, le plus souvent au milieu d’un des paroxysmes fébriles , les malades accusent des picotements violents sur tout le corps , ou bien de la démangeaison et des engourdissements partiels, sensations qui coïncident communément avec l’apparition de l’éruption miliaire. Celle-ci consiste tantôt en une multitude de petites taches rouges, arrondies, saillantes à leur centre à cause d’une petite vésicule qu’on aperçoit quelquefois à peine à l’œil nu, mais qu’on distingue très bien au toucher : c'est, la miliaire rouge. D’autres fois les vésicules, parfaitement transparentes, sans aréoles, ressemblent tout-à-fait aux sudamina que nous avons déjà vus dans la fièvre typhoïde et la scarlatine. On a donné à cette variété le nom de miliaire blanche. Cette éruption est surtout abondante sur le thorax; sa confluence peut être telle, qu’on peut à peine saisir l’interstice qui sépare chacune des vésicules. Mais bientôt la sueur redouble , et une rémission notable se remarque dans les symptômes. Il est rare qu’il n’y ait qu’une seule éruption ; le plus souvent il yen a deux ou trois, même davantage ; elles surviennent à un intervalle de douze ou vingt-quatre heures les unes des autres , et ont lieu au milieu d’un nouveau paroxysme. Dans l’intervalle de chaque éruption , les symptômes généraux et l’anxiété diminuent , quelquefois même la fièvre cesse; quant aux vésicules , beaucoup se déchirent , d’autres s’affaissent ; dans la plupart , le liquide devient trouble, opaque, avant d’être résorbé. Dans cette période de la maladie , qu’on peut appeler la période d'éruption , il y a presque toujours de la constipation et de l’anorexie, etc., un ventre souple, indolent. Du sixième au dixième jour, les vésicules s’affaissent, se déchirent, et une desquamation furfuracée a lieu. On voit alors cesser l’anxiété des malades; le sommeil revient ainsi que l’appétit; les excrétions alvines se rétablissent, et les forces renaissent plus ou moins promptement.

Telle est la marche de la suette miliaire qu’on peut appeler bénigne ; mais quelquefois la maladie revêt une forme plus grave, c’est la suette maligne. On voit alors des accidents nerveux survenir; il y a du délire, du

DES FIÈVRES

coma , des convulsions , des contractures, des soubresauts et des syncopes ; les malades se plaignent surtout d’épigastralgie ou d’un sentiment de constriction thoracique qui va parfois jusqu’à la suffocation. Dans ces cas, l’anxiété est extrême, le pouls prend une grande fréquence, les traits se décomposent et la mort arrive. Quelques malades sont ainsi emportés en vingt-quatre ou quarante-huit heures; la plupart succombent au troisième ou quatrième jour. Si la terminaison est heureuse , la convalescence se déclare à la fin du premier et plus souvent encore du deuxième septénaire , quelquefois un peu plus tard.

Des inflammations viscérales compliquent quelquefois la suette miliaire. Des rechutes peuvent avoir lieu pendant la convalescence; mais en général la maladie est moins grave et elle a une durée plus courte.

Diagnostic. — La suette picarde ne saurait être confondue avec aucune autre affection. En effet , la constriction épigastrique , les sueurs excessives et l’éruption miliaire la caractérisent suffisamment et la différencient de toutes les autres affections. On a dit que l’éruption pouvait manquer ; mais ce fait est loin d’avoir été démontré. Je ne rechercherai pas en quoi la suette diffère de la fièvre qu’on a appelée miliaire, et dont les médecins ont tant parlé dans la seconde moitié du dernier siècle; car il est prouvé actuellement que sous cette dénomination on confondait toutes les maladies aiguës et même chroniques dans le cours desquelles survenait une éruption de sudamina. L’éruption miliaire était toujours recherchée avec le plus grand soin par nos devanciers; et toutes les fois qu’ils en constataient l’existence , ils en faisaient le symptôme essentiel et prédominant , tandis que ce n’était qu’un épiphénomène presque sans aucune importance. J’établis donc que la fièvre miliaire , telle que l’entendaient les médecins d’autrefois, n’existe pas.

Pronostic. — Le pronostic varie beaucoup d’après les épidémies et suivant que la maladie affecte la forme bénigne ou maligne ; dans les temps ordinaires, la mortalité n’est guère que d’un vingtième ou d’un vingt-cinquième.

Etiologie. — On ne sait rien sur la cause qui engendre les épidémies de suette miliaire; peut-être les localités humides et ombragées favorisent leur développement. La maladie ne respecte aucun âge; elle semble pourtant plus fréquente chez les adultes. On dit qu’elle est contagieuse à la manière de la rougeole et de la scarlatine, mais ce fait n’a pas encore été mis hors doute ; la suette peut affecter plusieurs fois le même individu.

Traitement. — D’après plusieurs relations d’épidémies de suette miliaire que j’ai consultées, il m’a paru que la saignée générale était rarement indiquée, et qu’elle était souvent nuisible ; au contraire, l’application de dix à vingt sangsues à l’épigastre a souvent produit une diminution dans la constriction et l’étouffement. Cependant ces accidents, qui sont

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