DE LA SUETTE MILIAIRE
Synonymie. — Milinris sudaloria ; suelle des Picards, fièvre suanle.
La suette miliaire est une fièvre éruptive régnant presque toujours épidémiquement , et qui offre pour principal symptôme des sueurs très abondantes accompagnées le plus souvent d’une éruption miliaire.
Historique. — Rien ne prouve qu’Hippocrate et ses successeurs, jusqu’au milieu du xvn* siècle, aient connu cette affection. Il nous paraît meme qu’on ne peut rapporter à la suette miliaire la terrible maladie connue sous le nom de peste ou de suette britannique, qui, pendant quarante années , à dater de 1Ù86 , exerça les plus grands ravages dans une partie de l’Europe. Quant à la suette miliaire que je vais décrire, il n’existe encore dans la science aucune description qui atteste qu’elle ait réggé épidémiquement avant l’année 1718. Bornée d’abord à la Picardie, elle a gagné plus tard les pays voisins, et a successivement occupé les départements de la Seine , de Seine-et-Oise , de la Loire- Inférieure, de l’Eure, de Seine-et-Marne; elle a même gagné l’Ailier, le Bas-Rhin , le Puy-de-Dôme , l’Aube, la Haute-Garonne, le Rhône , la Dordogne , etc. ; on la voit sévir presque tous les ans dans quelques unes de ces localités. L’une des épidémies les plus remarquables fut celle de 1821 , qui eut lieu dans le département de l’Oise; M. Rayer nous en a laissé une bonne relation, qui est en même temps le seul traité complet que nous ayons sur la maladie.
Anatomie pathologique. — Les recherches anatomiques sont encore très incomplètes. On dit que la muqueuse de l’estomac est souvent rouge , que le cerveau est injecté et que les ventricules contiennent de la sérosité. Quelques personnes ont même parlé d’une éruption vésiculeuse qui se serait développée dans l’intestin ; mais les dernières épidémies n’ont fait découvrir aucune lésion spéciale, si ce n’est peutêtre un état de congestion des poumons et de quelques autres organes; c’est ce qui résulte du moins du travail que M. Taraud a envoyé l’année dernière à l’Académie de médecine. Disons toutefois que nous manquons encore à ce sujet de renseignements positifs , et il serait à désirer que les médecins qui pratiquent dans les pays où la suette miliaire sévit épidémiquement nous fixassent au plus vite sur le nombre et la nature des altérations qu’on rencontre après la mort.
" Symptômes et marche. — La suette miliaire est le plus souvent précédée pendant quelques jours de malaise, de lassitude et d’anorexie, avec ou sans vomissements et diarrhée ; d’autres fois le début est brusque ; les malades, s’étant couchés bien portants, se réveillent dans la nuit inondés de sueurs. Celles-ci , qui constituent le phénomène dominant