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QUATRIÈME GENRE DE FIÈVRES

DES FIÈVRES RÉMITTENTES.

On entend par fièvres rémittentes celles dont les symptômes persistent sans interruption comme dans les fièvres continues ; mais elles diffèrent de ces dernières en ce qu’elles présentent, à des intervalles déterminés, des rémissions plus ou moins complètes , bientôt suivies d’un paroxysme qui a le plus souvent le type quotidien ou tierce. La fièvre rémittente n’est autre que la fièvre congestive de plusieurs auteurs.

Historique. — La fièvre rémittente est, de toutes les pyrexies , celle qui a été le plus anciennement décrite; c’est d’elle , en effet, que parle

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Hippocrate dans ses livres des épidémies, comme M. Littré l’a parfaitement démontré (1). Cette opinion est aussi professée dans ses cours d’histoire de la médecine par M. Bell, qui est à la fois un bon praticien et l'un des érudits les plus consciencieux que je connaisse. Les fièvres hippocratiques, dont il est en effet absolument impossible de reconnaître le caractère, lorsqu’on les compare à toutes celles que nous observons dans ce climat , se classent au contraire très bien lorsqu’on les rapproche des fièvres rémittentes et pseudo-continues des climats chauds. C’est ce dont on peut se convaincre lorsqu’on compare, ainsi que le fait M. Littré, les observations et les descriptions laissées par Hippocrate avec celles qui ont été récemment publiées par M. Maillot sur les fièvres d’Afrique, par Twining sur celles du Gange, par Stewardson sur celles du continent américain. Enfin le séjour de l’année française en Morée en 1828 (2) a encore démontré qu’après vingt-deux siècles , la Grèce était affligée des mêmes fièvres qu’au temps d’Hippocrate , et que ces fièvres, inconnues à Paris, mais identiques à celles des climats chauds, ne sont autres que les fièvres rémittentes et pseudo-continues.

Anatomie 'pathologique. — Nous ne possédions encore aucune notion précise sur les altérations que laisse après elle la fièvre rémittente , lorsque le docteur Stewardson , l’un des médecins les plus distingués de Philadelphie, est venu combler cette lacune en publiant dans The American Journal (april 18^1 etapril 18^2) un travail remarquable, fruit des observations recueillies par lui à l’hôpital de Pensylvanie. Chez les sujets emportés par la fièvre rémittente , on ne trouve aucune lésion spéciale ou constante dans les centres nerveux , ainsi que dans les organes de la respiration et de la circulation. Mais il n’en est plus de même des organes abdominaux, qui , comme le foie, la rate et l’estomac, sont constamment ou presque constamment le siège d’une altération plus ou moins profonde. Ainsi, chez tous les sujets, M. Stewardson a trouvé la rate ayant acquis un volume double , triple ou quadruple de l’état n'ormal, et ramollie jusqu’à diffluence de son tissu. Le foie a présenté des altérations plus remarquables encore, puisqu’elles semblent en effet spéciales, et constituer, à proprement parler , le caractère anatomique de la maladie. Cet organe est généralement augmenté de volume parfois à un degré considérable, et sa consistance est moindre qu’à l’état normal. Sa couleur est aussi constamment modifiée : ainsi sa coloration propre, rouge -brun, est remplacée par une teinte bronzée, ou par un mélange bronze et olive; plus souvent elle est d’un gris de plomb , mêlée à une couleur verte-olive. Celte altération de couleur est généralement, uniformément répandue dans tout l’organe,

(1) OÉuvres d' Hippocrate , édit, de Littré, t. 2, p. 638. Argument.

(2) Histoire médic. de l’armée française en Morée pendant la campagne de 1828, par M. Roux. Paris, 1829.

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et envahit à la fois les deux substances. On trouve ordinairement la bile en quantité considérable. L’estomac est aussi presque toujours altéré dans la fièvre rémittente ; il le serait, d’aprèf Stewardson, cinq fois sur six, et cette altération consisterait dans l’injection, l’épaississement ou le ramollissement de la membrane muqueuse. Toutefois la description de l’habile médecin américain a laissé quelques doutes dans notre esprit , et après l’avoir attentivement lue , nous ne saurions affirmer que plusieurs de ces altérations ne soient pas cadavériques, et à supposer qu’elles se soient développées pendant la vie, nous ne croyons pas, avec l’auteur, qu’elles indiquent une phlegmasie de la membrane muqueuse. Le tube intestinal ne présente dans la fièvre rémittente aucune liaison particulière ; on a retrouvé seulement parfois la membrane muqueuse de l’intestin grêle ramollie par places , et un développement des follicules de Brunner dans le duodénum.

En résumé , dans la fièvre rémittente , deux organes , la rate et le foie, seraient constamment altérés, et l’estomac peut-être aussi. Les résultats de M. Stewardson sont en cela parfaitement d’accord avec ceux de son compatriote, le docteur Gérhard, et jusqu’à un certain point avec celles de Twining, qui affirme qu’à Calcutta la fièvre rémittente produit constamment des congestions viscérales, et, si celles-ci persistent, de véritables inflammations. Les organes spécialement attaqués seraient d’après ce dernier : l’estomac, les intestins, le foie, la rate, le cerveau , et les poumons. Mais les recherches cadavériques faites par Twining manquent de précision , et nous inspirent peu de confiance. Quoiqu’il en soit, on voit par ce qui précède que les lésions de la rate et de l’estomac n’offrent rien de spécial, car on les rencontre dans le cours de plusieurs autres maladies ; mais l’altération de couleur du foie serait plus spéciale à l’affection dont nous traitons : aussi M. Stewardson estil porté à la considérer comme le seul caractère anatomique de la fièvre rémittente. Toutefois l’auteur américain n’ayant pas encore, à ce sujet, une conviction complète, désire que ses premiers résultats soient confirmés par des nouvelles observations. En tout cas , il reconnaît que l’altération du foie , pas plus qu’aucune de celles que l’ouverture des cadavres démontre , ne peut expliquer ni les accidents qu’on observe pendant la vie , ni la terminaison si souvent fatale de la maladie. On est donc obligé encore ici d’invoquer une altération spéciale du sang , et qui , à supposer qu’elle existe, reste encore indéterminée.

Symptômes. — La fièvre- est parfois rémittente dès son début; dans d’autres cas, les malades commencent par présenter tous les symptômes d’une fièvre intermittente ordinaire; puis les accès se prolongeant et se rapprochant de plus en plus , finissent par se confondre ; le caractère rémittent se révèle alors. Enfin , il est des malades qui n’ont d’abord qu’un appareil fébrile, franchement continu , et ce n’est que par degrés

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que celui-ci prend ensuite la forme rémittente. Dans ces cas, comme clans ceux où la fièvre est primitivement rémittente, la maladie débute par un état de langueur, par de l’oppression à la région précordiale , par la débilité ou seulement des lassitudes , et par une douleur derrière le cou qu’ Hippocrate avait signalée, et que M. Twininga également notée dans les lièvres du Bengale.

Lorsque la fièvre rémittente est parfaitement établie, on constate un appareil fébrile intense, s’accompagnant chez la plupart des malades de tension et d’une douleur plus ou moins vive à l’épigastre, ou vers l’un ou l’autre hypochondre spécialement à gauche. Ce symptôme, noté d’abord par Hippocrate chez le tiers des malades, constaté par Twining dans une proportion égale, a existé presque toujours, ou 19 fois sur 20, chez les malades traités par le docteur Stewardson. Tous les auteurs, depuis Hippocrate, ont noté aussi la sécheresse de la langue dans la fièvre rémittente, symptôme qui se développe rapidement du deuxième au quatrième jour, c’est-à-dire beaucoup plus tôt que dans aucune des maladies aiguës que nous observons dans notre climat, sans en excepter la fièvre typhoïde. La soif est modérée, l’appétit nul; et dans la plupart des cas, il survient dès le troisième jour, tantôt plus tôt, le plus souvent plus tard, des vomissements verdâtres. Les selles sont ordinairement régulières; d’autres fois il y a constipation ou diarrhée; la partie du ventre située sous les hypochondres est souple et tout-à-fait indolore; la sécrétion urinaire ne présente rien de remarquable. Ces accidents, et surtout la fièvre, existent d’une manière continue à un degré variable, mais ils s’exaspèrent régulièrement, et celte aggravation semblable à un accès de fièvre intermittente ordinaire, s’annonce par des frissons ou un refroidissement du corps, surtout marqué aux*extrémités, qui prennent souvent une coloration bleuâtre ou livide. Ce dernier symptôme, qu’on retrouve dans un tiers des observations consignées dans les épidémies d’Hippocrate , a été également mentionné par Twining et Stewardson ; il persiste souvent plusieurs heures pendant toute la durée du paroxysme. C’est pendant ces exacerbations qu’on voit souvent apparaître quelques uns des accidents pernicieux dont nous avons précédemment parlé, surtout des symptômes cérébraux, comme le délire , le coma, qu’on retrouve dans les observations d’Hippocrate sous les noms de phrenitis et de léthargie, ou bien des symptômes de pneumonie caractérisant la fièvre rémittente pneumonique. D’ailleurs, l’état de la constitution et de la santé antérieure peut apporter quelques modifications importantes dans la physionomie de chaque paroxysme. Ainsi , chez les individus débiles, usés par des travaux pénibles ou des excès, le pouls est mou , les gencives ont une teinte bleuâtre , la face a la pâleur du cadavre, les extrémités restent froides et violacées pendant toute la durée du paroxysme , pendant lequel aussi la poitrine et la tête sont

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couvertes de sueurs froides. Chez les individus robustes, la réaction est franche et portée à un haut degré , la chaleur du corps est considérable , le pouls est vibrant, la face injectée, les douleurs aux hypochondres sont vives et les vomissements fréquents.

Ces exacerbations , qui ont lieu communément le matin ou le soir, frappent soudainement les malades; elles ont toujours une durée de plusieurs heures, et se terminent, comme les accès de fièvre intermittente simple , par de la sueur ou une simple moiteur. Mais les rémissions ne sont pas toujours aussi marquées que je le dis ici , car quelquefois elles sont au contraire très obscures , elles passent même inaperçues; les malades présentent alors un état typhoïde qui paraît continu.

Marche, durée, terminaisons. — Dans la fièvre rémittente il n’y a jamais d’apyrexie, mais seulement une diminution périodique dans les accidents, et surtout dans la fièvre. Il arrive quelquefois que celle-ci, après une certaine durée à l’état rémittent, devient franchement intermittente; d’autres fois, au contraire, les exacerbations périodiques cessent, l’intermittence est absorbée, et il ne reste plus qu’un appareil fébrile continu qui se lie souvent alors à quelque inflammation viscérale. Quoi qu’il en soit, lorsque la fièvre a été d’abord intermittente, elle reprend souvent sa forme primitive avant de se terminer par la guérison.

On dit généralement que la fièvre rémittente peut se présenter sous les principaux types des fièvres intermittentes ; cependant on l’observe rarement sous le type quarte, elle type tierce n’est même pas très commun. Dans la plupart des cas , les fièvres rémittentes ont des accès quotidiens ou double quotidiens, mais on n’en observe jamais ayant plus de deux accès par jour. La prédominance de quelques accidents en donnant à la maladie une physionomie spéciale , permet d’en distinguer trois formes qui sont : 1° la rémittente commune ou vulgaire , celle dans laquelle on n’observe que les symptômes ordinaires et dans leur degré accoutumé; 2° la rémittente bilieuse , dans laquelle les symptômes gastriques prédominent et qui se rapproche par quelques points de la fièvre | jaune; 3° la rémittente pernicieuse , caractérisée par un des accidents graves qui se montrent dans les fièvres pernicieuses ordinaires.

La fièvre rémittente offre encore ceci de remarquable dans sa marche, qu’elle peut avoir une durée très longue, comme trente ou quarante | jours; que d’autres fois, au contraire, elle se juge en trois ou quatre par la santé ou par la mort. Sa durée moyenne, d’après M. Stewardson, serait de quinze jours. Quand la terminaison est favorable , le rétablissement est ordinairement assez prompt , et la convalescence est courte.

Si la maladie a une issue funeste , la mort arrive après un plus ou moins grand nombre de paroxysmes ; toutefois , comme Twining l’a vu ,

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quelques malades débiles sont emportés dès les premiers accès. Le même auteur a prouvé qu’il y avait dans chaque paroxysme deux moments dans lesquels le danger était le plus grand , c’était l’époque de la réaction, pendant laquelle quelque viscère important se congestionne ou s’enflamme , et l’instant où l’excitation fébrile diminue , car alors beaucoup de malades tombent dans un état de collapsus ou de syncope dont ils ne peuvent souvent se relever.

Les fièvres rémittentes récidivent très souvent, mais un peu moins fréquemment pourtant que les lièvres intermittentes.

Diagnostic. — Il est souvent difficile de déterminer si la fièvre est réellement rémittente. On pourrait, en effet, confondre avec elle lés exacerbations parfois régulières qu’on observe dans le cours d’un grand nombre d’affections aiguës. Cependant ces exacerbations n’ont guère lieu que le soir et pendant la nuit , tandis que dans les fièvres rémittentes on peut les observer à toutes les heures du jour. Celles-ci sont presque toujours caractérisées par les trois stades des fièvres intermittentes , tandis que , dans les simples exacerbations des maladies aiguës , on ne voit ni le frisson ni les autres phénomènes qui marquent le début des premières ni les sueurs qui les jugent. Cependant il ne faudrait pas croire que dans toutes les fièvres rémittentes on rencontre les trois stades toujours bien dessinés; car, dans quelques cas , l’un d’eux peut manquer , comme on l’a vu pour les fièvres intermittentes.

Pour établir le diagnostic , on aura encore égard à la marche de l’affection : ainsi lorsque la maladie a débuté par être intermittente, cette circonstance éclairera le médecin sur le véritable caractère de la rémittence qu’on observe , et sur la méthode thérapeutique qu’on devra employer. Enfin l’existence simultanée d’un grand nombre de fièvres intermittentes, le pays, la saison dans lesquels on observe, seront encore une circonstance qui devra être prise en considération dans les cas incertains. Pour le diagnostic avec la fièvre jaune , voir plus haut, p. 68.

Pronostic. — Le pronostic varie suivant une foule de circonstances. Pour l’établir, on aura égard à l’intensité des exacerbations et aux symptômes qui prédominent pendant qu’elles ont lieu. Les accidents cérébraux entraînent surtout beaucoup de danger. Le refroidissement des extrémités survenant dès le début , et s’accompagnant surtout de la couleur bleue cyanique de la peau, est d’un très fâcheux augure. Les fièvres rémittentes sont des affections graves , qui emportent souvent plus de la moitié des sujets; elles sont une des causes principales de la mortalité dans les climats chauds. 11 paraîtrait pourtant qu’à Philadelphie elles n’emporteraient guère qu’un dixième des individus. Toutefois il y a à ce sujet de grandes différences d’un lieu à un autre, et, dans les mêmes pays, d’une année ou même d’une saison à l’autre.

Etiologie. — Nous ne savons rien autre sur l’étiologie de la maladie,

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si ce n’est qu’elle est propre aux climats Chauds , et qu’elle sévit dans les lieux marécageux. On la retrouve surtout dans les Indes orientales, en Afrique dans toutes les provinces soumises à notre domination ; en Amérique dans une foule de contrées, et notamment dans les Carolines et la Louisiane ; en Europe , enfin , dans les États les plus méridionaux , surtout en Grèce, et même dans quelques uns de nos départements où existent beaucoup de marécages; mais on ne l’observe point ou à peine à Paris. C’est ce qui explique pourquoi des hommes même éminents dans la science , comme M. Rouillaud , qui n’ont point observé dans les climats chauds , ni suppléé à leur manque d’expérience par la lecture des ouvrages , ont été portés à nier jusqu’à l’existence de la fièvre rémittente. Dans les pays où celle-ci règne, on la voit sévir surtout du mois d’août au mois d’octobre. Rare avant seize ans, elle atteint surtout les adultes, et se développe souvent sans cause, mais fréquemment après une insolation prolongée, surtout lorsque les individus ont été soumis ensuite à l’influence de l’humidité. On ne sait rien de précis sur l’action des autres causes.

Traitement. — Le sulfate de quinine est le seul remède spécifique des fièvres rémittentes. On le donnera dans les cas ordinaires à la dose de 75 centigrammes, et dans les cas graves, pernicieux, à la dose de 1 à 2 grammes , et plus. On choisit pour administrer le remède le moment de la rémission, c’est-à-dire l’instant où le pouls mollit et tombe, et où la peau a de la tendance à s’humecter. Toutefois, s’il existe des accidents pernicieux, comme le péril peut être prochain , il faut donner le sel de quinine dès qu’on est appelé , fût-ce même pendant l’exacerbation. Le sulfate de quinine a pour effet ordinaire de prévenir, ou tout au moins de rendre jnoins intense le paroxysme suivant. Disons pourtant que les préparations de quinquina n’ont pas , contre la fièvre rémittente , l’efficacité qu’elles ont contre les fièvres intermittentes. Il est, en effet, des épidémies et des saisons dans lesquelles la quinine agit faiblement , lentement, ou même échoue tout-à-fait : c’est ce qui la fait très à tort considérer par quelques médecins comme étant absolument inutile.

Le traitement de la fièvre rémittente comprend encore quelques autres moyens qui ne sont ordinairement qu 'accessoires , et qu’on a également vantés comme curatifs. En première ligne se placent les émissions sanguines générales et locales. Les premières sont presque toujours funestes; car à quelque époque qu’on les pratique elles sont ordinairement suivies d’un état de collapsus, au milieu duquel les malades succombent. Les saignées locales ont quelquefois le même inconvénient; mais elles l’ont à un degré bien moindre, et si le sujet est fort, si la douleur et la tension des hypochondres et de l’épigastre sont considérables, il peut être vraiment avantageux d’appliquer sur ces parties quelques

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ventouses scarifiées ; de même qu’on essaiera de combattre les accidents cérébraux par des sangsues derrière les oreilles ou des ventouses à la nuque. La perte de sang, comme le dit Twining , n’est manifestement utile qu’au commencement du premier ou du deuxième paroxysme ; faite plus tard, c’est un remède d’un effet très douteux; il faut en être très avare, et 11e l’employer d’ailleurs que lorsqu’elle est impérieusement commandée par quelque congestion ou inflammation grave; mais même alors 011 devra agir avec circonspection , et surveiller avec une grande attention l’écoulement sanguin. Enfin, quand la stupeur est grande, M. Stewardson se loue beaucoup d’un vésicatoire à la nuque ; jil dit avoir également constaté l’utilité de cet exutoire appliqué sur les hypochondres et à l’épigastre, quand les douleurs de ces régions sont vives, qu’il existe de l’oppression et une grande irritabilité de l’estomac. A l’intérieur , les malades useront modérément de baissons acidulés, gazeuses, fraîches, ou même glacées. On entretiendra la liberté du ventre par des lavements ou de doux cathartiques ; mais il faut s’abstenir des purgatifs violents, tels que ceux qu’emploient trop souvent les médecins anglais : le calomel lui-même , cette sorte de panacée , ne paraît jouir d’aucune efficacité.

Nature. — D’après tout ce qui précède, il est inutile d’insister pour prouver l’identité complète des fièvres rémittentes et intermittentes , puisqu’elles reconnaissent les mêmes causes , ont des symptômes communs, ont la même marche et sont combattues le plus souvent avec succès par le quinquina. Il semble que ces deux genres d’affections 11e diffèrent entre elles que par le degré. Comme Baumes l’a dit avec raison, il faut quelque chose de plus pour créer une fièvre plutôt rémittente qu’intermittente (1). Cet auteur faisait dépendre la première de l’activité plus grande des causes morbides. D’autres, avec M. Nepple et M. Maillot , ont expliqué la rémittence de la fièvre par l’existence de quelque irritation ou inflammation viscérale, qui persisterait après les accès. Cependant les recherches d’anatomie pathologique ne justifient pas tout-à-fait cette opinion; car nous avons vu précédemment que du côté de l’estomac les lésions n’étaient pas assez graves pour expliquer l’appareil des symptômes qu’on observe , et d’ailleurs il n’est pas prouvé que ces lésions ne soient pas le plus souvent cadavériques. Fera-t-on de la fièvre rémittente une maladie symptomatique de la lésion de la rate ou du foie ? Mais à cette mauière de voir on peut opposer toutes les raisons qu’on objecte à ceux qui veulent localiser les fièvres intermittentes dans la rate, c’est-à-dire que la lésion de ce viscère peut exister, même à un haut degré, sans exciter la fièvre ; qu’elle manque souvent dans les premiers temps; qu’elle s’accroît quelquefois quand la fièvre dimi-

(D Traité des Fièvres rémittentes, tom. Ier, p. 16. Montpellier, 1821.

DE LA FlfcVftE PSEUDO-CONTINUE.

nue, et même lorsqu’elle a complètement disparu. On doit donc regarder l’augmentation de volume' et le ramollissement de la raie comme une conséquence , une suite , et non pas comme une cause de la fièvre. Personne, je pense, n’oserait soutenir que la cause des désordres fonctionnels et de la fièvre est dans l’altération du foie, qui n’a certainement pas plus que celle de la rate une origine inflammatoire : aussi a-t-on été conduit à supposer une cause plus générale, et à regarder la maladie comme liée à une infection ou à une altération particulière du sang.

DE LA FIÈVRE rSEUDO-CONTINUE.

Les médecins qui ont exercé dans les pays marécageux ont remarqué depuis longtemps qu’il existe dans ces localités des fièvres continues simples, ou s’accompagnant de quelque accident pernicieux , qui reconnaissent la même origine que les fièvres intermittentes et rémittentes , et cèdent , comme ces dernières , à l’administration des préparations de quinquina. Ce sont ces affections fébriles qui constituent les fièvres pseudo-continues , ainsi dénommées parce qu’elles simulent tout-à-fait par leur marche les maladies franchement continues. La fièvre subcontinue de Torti nous paraît se rapporter plutôt aux fièvres rémittentes, qu’à l’espèce dont nous traitons actuellement.

La fièvre pseudo-continue est la forme la plus rare des maladies par infection paludéenne. Rien, en effet, de moins commun que devoir naître, sous l’influence des émanations marécageuses, un mouvement fébrile présentant une continuité parfaite , c’est-à-dire sans intermittence ou sans rémittence appréciable. Mais je n’entends parler ici que de notre climat , car il n’en est pas absolument de meme dans d’autres latitudes. M. Maillot a vu, en effet, qu’en Algérie, et surtout à Bone, il n’existe au mois de juin que des fièvres intermittentes et des fièvres continues; la rémittence et la subintrancc ont complètement cessé; cependant ces affections se rattachent au même principe , car le sulfate de quinine a une égale efficacité contre elles.

Symptômes. — La fièvre peut être continue dès le début ou bien ne le devenir que peu à peu. Elle commence alors par des accès intermittents quotidiens, qui se rappochent et s’enjambent; enfin, toute apparence de paroxysme cessant, la maladie ressemble tout-à-fait à une pyrexie continue. Ilest infiniment rare pourtant, malgré l’apparence de la continuité la plus complète , qu’on n’observe pas aussi des redoublements périodiques plus ou moins marqués, suivant le type de la fièvre au début. C’est ce qui m’a fait dire en commençant que la fièvre pseudo-continue franche était excessivement rare ; car du moment que des paroxysmes réguliers existent , la fièvre appartient à la classe des rémittentes. Dans la fièvre pseudo-continue, il n’existe souvent qu’un mouvement fébrile simple;

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d’autres fois, il survient en outre quelques uns des accidents graves des fièvres pernicieuses, surtout des symptômes cérébraux.

Marche. — La fièvre pseudo-continue, pour peu qu’elle se prolonge, a une grande tendance à se compliquer d’accidents typhoïdes. La langue alors se sèche et brunit, les dents s’encroûtent de fuliginosités, la prostration est extrême, les idées s’embarrassent; il survient du délire , du coma, des soubresauts de tendons, et presque toujours alors la maladie a une issue funeste. D’autres fois, soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement approprié, la continuité de la fièvre est brisée par des paroxysmes réguliers ou par une véritable intermittence.

Diagnostic. — Si la fièvre est continue d’emblée; si, dès le début aussi, quelque symptôme grave, pernicieux , fait explosion , on est très exposé à méconnaître la véritable nature de l’affection , qui se termine alors promptement par la mort.

Le pays dans lequel on observe, et la nature des maladies régnantes , sont les seules circonstances qui peuvent quelquefois éveiller l’attenliou du praticien , car on ne peut saisir dans la marche des symptômes aucune particularité capable d’en révéler l’origine. Cependant il est rare qu’on se trouve dans un embarras aussi grand, car dans presque tous les cas, si on ne découvre plus des paroxysmes réguliers, on apprendra par l’interrogatoire et le témoignage des parents que la maladie a présenté à son début tantôt des accès franchement intermittents , le plus souvent des paroxysmes rémittents, qui ont fini par ne plus se reproduire.

Pronostic. — Le pronostic de la fièvre pseudo-continue est à peu près celui de la fièvre rémittente.

Traitement. — N’ayant pas été à même d’observer la fièvre pseudocontinue , et les travaux que j'ai consultés, et notamment l’ouvrage de M. Maillot , ne m’ayant point satisfait, j’ose à peine dire ici quelle doit être la règle de conduite à suivre dans le traitement de la maladie. Voici pourtant ce qui me semble le plus rationnel. Si la fièvre est simple, si elle 11e se complique d’aucun accident pernicieux, si la réaction est vive, il est indiqué d’ouvrir la veine ; et s’il existe en outre des signes de congestion ou de phlogose vers un viscère, 011 aura recours à l’application de ventouse ou de sangsues. Cette médication suffit souvent pour interrompre la continuité de la fièvre, qui, devenant rémittente ou même intermittente , est alors facilement attaquable par le sulfate de quinine qu’on administre comme il a été dit précédemment. S’il existe des symptômes pernicieux , je crois qu’en vue du péril qui menace les malades il 11e serait pas prudent d’ajourner l’administration du sel de quinine après l’emploi des émissions sanguines; et à supposer toutefois que celles-ci soient indiquées par la nature des symptômes et permises par l’état des forces, nous voudrions qu’on leur associât en même temps les préparations de quinquina. Ce médicament et les excitants diffusibles,

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