‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 25 sur 140 · REMARQUES SUR LES FIEVRES INTERMITTENTES SYMPTOMATIQUES · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES FIEVRES INTERMITTENTES SYMPTOMATIQUES

Nous avons jusqu’à présent considéré l’appareil fébrile, intermittent, comme étant essentiel, c’est-à-dire indépendant de toute lésion matérielle appréciable. Cependant, on rencontre assez fréquemment dans la pratique des cas dans lesquels la fièvre intermittente est symptomatique, ou coïncide du moins avec quelque altération locale récente ou ancienne. Ainsi , les auteurs ont vu plusieurs fois des accès fébriles réguliers survenir à la suite de l’introduction d’une sonde dans l’urètre; le fait de ce genre observé par Giannini est le plus remarquable de tous ceux qu’on connaît (1).. La cautérisation des rétrécissements de l’urètre (Lallemand), et la blennorrhagie (Simon de Hambourg) , ont plusieurs fois donné lieu aux mêmes accidents. Il en serait , dit-on, de même de l’orchite blennorrhagique (Simon). M. Chomel a vu une fièvre à type tierce être symptomatique d’une entérite peu intense, et M. Piorry a cité un cas de fièvre quotidienne développée à la suite d’une lésion traumatique de la rate. Enfin , pour terminer, nous dirons que les suppurations profondes, les infiltrations urineuses et la phthisie à la deuxième et à la troisième période sont les causes les plus fréquentes des fièvres intermittentes symptomatiques. Celles-ci, le plus ordinairement, sont bénignes, mais on les a vues pourtant quelquefois revêtir un caractère pernicieux, surtout dans des cas de crevasse des conduits de l’urine, et lorsque ce liquide vient à s’infiltrer dans le tissu cellulaire.

Ces fièvres symptomatiques présentent en général les stades de froid, de chaleur et de sueur qui appartiennent aux fièvres essentielles. Quant

(1) Giannini parle d’un homme de cinquante ans, robuste, qui fut pris à quatre reprises différentes, et à plusieurs années d’intervalle, d’accès fébriles intermittents,à la suite de l’introduction d’un cathéter dans l’urètre qui avait blessé les parois de ce canal. Il y eut chaque fois de trois à dix paroxysmes; le quinquiua en triomphait toujours. De la nature des fi'evres, l. i, p. 207.

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au type , elles sont presque toujours quotidiennes ou double-quotidiennes, très rarement tierces, et peut-être jamais quartes; un grand nombre sont rémittentes. Comme l’a fort bien fait observer M. le professeur Chomel , il faut toujours se méfier du type double quotidien , et même quotidien , c’est-à-dire de tous les types dans lesquels l’intermission est courte, parce que, en effet, ce sont presque toujours les seuls que les fièvres symptomatiques revêtent. Ainsi donc , toutes les fois qu’un malade se plaindra d’éprouver des accès fébriles double-quotidiens et même quotidiens, on devra se hâter d’explorer méthodiquement tous les organes, toutes les fonctions, pour s’assurer du véritable caractère des accidents qu’on observe.

Presque toujours dans la fièvre quotidienne symptomatique les accès arrivent le soir au lieu de commencer le matin ou au milieu du jour , comme cela se remarque communément pour la fièvre essentielle. Cependant il n’en est pas toujours de même. Ainsi dans les fièvres qui sont symptomatiques d’une altération des voies digestives, on voit parfois l’apparition des accès être subordonnée à l’heure des repas et à la quantité des aliments ingérés. On peut alors suspendre souvent les accès ou les provoquer, en mettant les malades à la diète ou en les faisant manger beaucoup. Tel est le fait, rapporté par 31. Chomel, d’un homme dont la fièvre, symptomatique d’une phlegmasie intestinale, affectait le type tierce, parce que cet individu prenait des aliments un jour et faisait abstinence le lendemain. Les fièvres intermittentes symptomatiques diffèrent encore des fièvres essentielles par l’action douteuse ou nulle qu’exercent sur leur marche les préparations de quinquina. Ainsi nous avons vu que dans la fièvre intermittente essentielle , la quinine donnée en quantité suffisante arrêtait promptement et sûrement les accès fébriles, tandis qu’il n’en est plus de même pour les fièvres symptomatiques , qui résistent généralement aux fébrifuges; ou bien, lorsque ceux-ci ont paru avoir une influence, celte action a été lente ; les accès , au lieu de cesser brusquement , n’ont le plus souvent diminué que d’une manière insensible , et par conséquent on peut se demander si leur cessation n’a pas été plutôt l’effet de la marche naturelle delà maladie que de l’administration du quinquina. C’est ce qu’on observe, par exemple, fréquemment dans les accès quotidiens , symptomatiques de la phthisie pulmonaire. Je n’ignore pas pourtant que le quinquina donné dans ces fièvres symptomatiques a arrêté quelquefois brusquement les accès, comme il l’aurait fait pour une fièvre essentielle ; c’est ce qu’on voit , par exemple , dans l’observation de Giannini. Cependant , dans ces cas où le quinquina exerce une action si prompte et si décisive , il est permis de se demander si , au lieu d’être symptomatiques, les accès fébriles n’auraient pas été essentiels; car il n’v a rien d’impossible, par -exemple, qu’une sonde introduite dans l’urètre d’un sujet impressionnable

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produise une lièvre intermittente , non par l’irritation mécanique du canal , mais par une influence sur tout le système nerveux; de môme qu’on voit la même maladie survenir , chez des sujets prédisposés , à l’occasion d’une frayeur , d’une émotion morale , d’un refroidissement , d’une indigestion , etc. , circonstances qui n’ont agi que comme causes simplement occasionnelles. Je crois surtout que la suppression des accès par la quinine , tandis que la maladie primitive suit son cours, doit démontrer que la fièvre intermittente n’est qu’un accident sans relation essentielle avec l’affection qu’elle est venue probablement compliquer.

Le pronostic de ces fièvres sera subordonné à la gravité des lésions dont les accès intermittents sont la conséquence. Leur apparition peut avoir dans quelques cas une valeur diagnostique presque certaine : ainsi lorsqu’après une opération grave on voit survenir sous les types quotidien et double quotidien des accès fébriles intermittents ou rémittents , on peut annoncer presque avec certitude l’existence d’une résorption purulente.

Quelque incertaine que soit l’action du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes qui sont réellement symptomatiques, il n’y a cependant aucun inconvénient à l’administrer dans les cas où les accès sont survenus à l’occasion d’une blennorrhagie ou de l’introduction d’une sonde dans l’urètre , ou bien après la cautérisation de ce canal. O11 donnera aussi le sulfate de quinine , mais avec beaucoup moins de chances de réussite, lorsque la fièvre se lie à l’existence de tubercules ou d’infiltration urineuse. Ce médicament est au contraire inutile, et même nuisible toutes les fois que les accès sont symptomatiques d’une résorption purulente , ou d’une entérite. Dans ce dernier cas , on ne pourra empêcher les retours périodiques de la fièvre qu’en soumettant les malades à un régime sévère, et même en employant les antiphlogistiques.

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