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PREMIÈRE CLASSE DE MALADIES

DES FIEVRES

Les lièvres forment une classe importante de maladies aiguës que des auteurs systématiques ont cherché vainement à rayer du cadre nosologique pour les rejeter toutes dans les inflammations. Mais il n’est plus personne aujourd’hui qui ose défendre une pareille doctrine, car tout le monde reconnaît qu’il existe des maladies dans lesquelles la fièvre , qui forme le caractère prédominant, ne se lie à aucune altération locale; ou si quelquefois les solides sont atteints, leurs lésions sont postérieures au moment fébrile, incapables de l’expliquer, et sont, ainsi que la lièvre, l’effet, la conséquence d’une cause plus générale. Mais avant de donner la démonstration de cette vérité , et d’assigner aux fièvres leurs caractères distinctifs, nous devons faire connaître en quoi consiste la fièvre ; énumérer les phénomènes qui la caractérisent, soit qu’à elle seule elle représente toute la maladie, soit, ce qui est beaucoup plus commun, qu’elle ne soit qu’un symptôme ou un accident de diverses altérations saisissables, et particulièrement des phlegmasies.

De la fièvre. — Les mots fièvre (1) , pyrexie (2) , ou état fébrile , servent à désigner un état morbide , caractérisé surtout par la chaleur

(1) Fièvre , febris , dérive du mot fervere , bouillir, ou de fervor, effervescence, parce qu’on supposait que dans la fièvre les humeurs étaient en mouvement à la manière des liquides qui entrent en ébullition. D’autres donnent le mot fièvre comme dérive de J'ebruare , purger, purifier, parce que la fièvre était regardée par beaucoup de médecins comme une opération salutaire de la na’ure.

(2) Pyrexie, usité chez les Grecs pour désigner la fièvre, vient de irûp , Trypcrbc, feu , pour exprimer la chaleur, qui est en effet un des caractères prédominants de l’état. fébrile. De là encore le nom de pyréiologie , qui est celte partie de la nosologie qui traite spécialement des fièvres.

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contre nature de la peau, l’accélération du pouls, un état de malaise et des troubles divers de quelques autres fonctions.

L’augmentation de la chaleur du corps est le phénomène le plus constant de la fièvre , sans en être pourtant un indice certain. La chaleur fébrile est plus ou moins vive, les malades en ont ordinairement la conscience, la main du médecin la perçoit, et le thermomètre appliqué dans l’aisselle fait constater une élévation de température qui varie entre 1 et 5 degrés au-dessus de la température normale. Il n’y a pas toujours un rapport exact entre l’intensité de la chaleur et la sensation des malades; ceux-ci, en effet, accusent quelquefois une chaleur ardente, tandis que le thermomètre indique à peine une élévation d’un degré ; d’autres fois au contraire , les malades accusent un froid intense, tandis que le thermomètre s’élève au-dessus de la température normale : c’est ce que nous verrons notamment dans le stade de froid des fièvres intermittentes. La chaleur morbide , quoique générale , est souvent plus intense dans quelques points du corps; elle peut même, comme on le voit dans des cas rares de fièvres d’accès anomales (fièvres topiques), être limitée à quelques parties, tandis que le reste de la peau conserve sa température. La chaleur fébrile peut être fugace ou continue, elle peut diminuer et s’accroître, cesser et reparaître à des intervalles fixes ou irréguliers suivant la cause de la fièvre. La chaleur peut être primitive; mais plus souvent on voit le début de la fièvre marqué par une sensation de froid qui peut ensuite se reproduire plus ou moins souvent dans le courant de la maladie. Aussi variable que la chaleur, le froid n’est le plus souvent qu’une sensation des malades, car la main du médecin, appliquée sur la peau, perçoit le contraire ; et si on met un thermomètre dans l’aisselle , on voit l'instrument monter d’un ou plusieurs degrés. Ce froid, qui marque si communément le début de la fièvre , ne consiste tantôt qu’en une simple sensation , sans aucune secousse ou agitation du corps , c’est le refroidissement; ailleurs c’est Y horripilation avec saillie des bulles des poils (chair de poule) ; enfin , à un degré plus élevé, le corps est agité d’un tremblement involontaire, il y a souvent claquement des dents: c’est le frisson proprement dit.

L’accélération du pouls est un caractère de la fièvre au moins aussi constant que l’élévation de la température; cependant, dans quelques cas de fièvres graves , le pouls peut être même plus lent qu’à l’état normal; mais ce sont des anomalies fort rares, tout-à-fait passagères, que les troubles de l’innervation expliquent jusqu’à un certain point, et qui ne diminuent point la valeur que doit avoir l’accélération du pouls dans le diagnostic de l’état fébrile.

Le degré de fréquence du pouls, qu’on ne peut apprécier exactement qu’avec la montre à secondes , varie beaucoup. Souvent il n’existe que

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quelques pulsations de plus qu’à l’état ordinaire, d’autres fois leur nombre est doublé, triplé; le pouls peut même être tellement fréquent , qu’il devient absolument impossible de le compter. Mais, pour juger sainement de l’état de la circulation , le médecin doit bien connaître les variations que la fréquencé du pouls présente aux différents âges de la vie. Ainsi, on ne doit pas oublier que, d’après les recherches de MM. Leuret et Mitivié, le pouls des vieillards est plus fréquent que celui des adultes, puisque chez les premiers on trouve pour moyenne 73 ou 1U pulsations à la minute, et 65 seulement chez les seconds. Mais, malheureusement, on est encore peu d’accord sur la fréquence normale du pouls chez les jeunes enfants ; ainsi, d’après M. Valleix , elle ne serait, terme moyen, que de 87 pulsations chez les enfants âgés de deux à vingt et un jours, tandis qu’à sept mois le pouls serait beaucoup plus fréquent (123 pul.) que quelques jours après la naissance, et qu’il irait ensuite en diminuant jusqu’à l’âge de six ans. Suivant M. Jacquemier, au contraire, la moyenne du pouls des nouveau-nés serait de 126 pulsations. Enfin, plus récemment, M. Trousseau a indiqué le nombre 137 comme exprimant la fréquence moyenne du pouls dans le premier mois de la vie, celui de 120 de six mois à un an , celui de 118 d’un an à vingt et un mois. Ces résultats viendraient donc confirmer ce qu’on disait autrefois, avant Billard et M. Valleix, de la grande fréquence du pouls des enfants nouveau-nés, queFloyer évaluait à 13d, Sœmmering à 130, Haller à làO. Quoi qu’il en soit, et en attendant que des recherches nouvelles soient entreprises, hors des hospices, chez des enfants qui ne soient soumis à aucune condition fâcheuse, nous croyons néanmoins que si un pouls qui donne 116 battements chez le nouveau-né ne peut être considéré comme nécessairement fébrile , il devra néanmoius engager le médecin à explorer attentivement toutes les fonctions pour se convaincre en effet que cette fréquence ne se lie à aucun état morbide.

Tous les individus qui ont de la fièvre éprouvent encore un état de malaise, de la fatigue, de la courbature, de la céphalalgie ou de la pesanteur de tête; l’appétit est toujours diminué, et le plus souvent complètement aboli; la soif est ordinairement augmentée, la respiration souvent accélérée, entin quelques secrétions, comme la secrétion urinaire , peuvent être modiliées.

La lièvre a, comme toute autre maladie, une période d’augment, d’état et de déclin. Elle a une marche très variable, suivant la nature de la pyrexie ou celle de la maladie dont elle constitue un des symptômes, et à laquelle elle est subordonnée. Sa durée varie depuis quelques heures ou un jour, comme dans la fièvre éphémère, jusqu’à plusieurs semaines,, comme dans ies fièvres continues, et même plusieurs mois , comme dans certaines fièvres hectiques.

La fièvre , quel qu’en soit d’ailleurs le point de départ , lorsqu’elle se

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prolonge, peut devenir la cause de lésions plus ou moins profondes dans beaucoup de viscères. L’étendue et la multiplicité de ces lésions sont en rapport avec l’intensité et la durée du mouvement fébrile. Cette importante loi pathologique est due à ftl. Louis, qui, ayant examiné indistinctement tous les organes des sujets emportés par une maladie fébrile quelconque , a trouvé , par exemple , que la membrane muqueuse des voies digestives était ramollie dans la majorité des cas. Nous-méme avons prouvé dans un autre ouvrage (1) que la fièvre était, avec la débilité, la cause la plus ordinaire des pneumonies qui surviennent si fréquemment dans le cours des maladies fébriles , et nous avons en outre reconnu toute l’exactitude des observations de M. Louis relativement à l’influence qu’un mouvement fébrile intense et plus ou moins prolongé exerce sur le développement des lésions secondaires, surtout vers la muqueuse gastro-intestinale, dont le ramollissement, du moins dans la grande majorité des cas, ne nous paraît pas être de nature inflammatoire. Beaucoup plus rarement on voit un mouvement fébrile aigu , excitant la force médicatrice de la nature, déterminer la guérison spontanée des maladies anciennes, qui avaient été jusqu’alors rebelles à tous les moyens de traitement. Cependant Boerhaave, Baglivi, Pujol , Dumas, etc., citent des cas d’engorgements chroniques , d’affections douloureuses , des névroses, des vésanies, etc., qui ont guéri à la suite d’un mouvement fébrile de courte durée.

Comme on le verra par la suite , l’état fébrile , indépendamment de toute autre circonstance et en ayant égard seulement à sa durée et à son type , peut être d’une grande utilité pour le diagnostic. Nous dirons , en effet , plus tard , que , dans ce climat et dans notre état sanitaire habituel , une fièvre que rien n’explique , et qui persiste au-delà du dixième jour, se lie presque toujours à l’altération des plaques de Peyer et des ganglions mésentériques. Relativement au type, on peut établir en règle générale qu’un mouvement fébrile continu est, dans la grande majorité des cas, symptomatique de quelque phlegmasie, tandis que celui qui est intermittent est presque toujours essentiel , c’est-à-dire indépendant de toute altération matérielle saisissable.

Nous ne rappellerons point ici toutes les rêveries enfantées par les anciens médecins pour expliquer les causes de la fièvre. Ces causes sont inconnues dans un grand nombre de cas ; mais le plus souvent on trouve la raison du mouvement fébrile dans l’existence d’une phlegmasie , dans l’exagération fonctionnelle de quelque organe , dans une altération du sang par diverses substances, etc. Cependant, on ignore

(1) Traité pratique de la pneumonie , aux différents âges et dans ses rapports avec les autres maladies aiguës et chroniques , pag. 171 et 77. Paris, 1841.

encore et on ignorera probablement toujours de quelle manière ces causes agissent pour exciter le mouvement fébrile. Nous ne pouvons , en un mot, savoir le lien qui unit la cause à l’effet ; toutes les explications qu’on a proposées sont ridicules ou d’une démonstration impossible , et ne doivent point , par conséquent , occuper les esprits sérieux.

Des fièvres. — Si l’on considère quelles sont les circonstances au milieu desquelles la fièvre se développe , on voit (et cette distinction a été faite dès la plus haute antiquité) que, dans la grande majorité des cas, le mouvement fébrile n’est qu’un symptôme , un état consécutif survenant à l’occasion d’altérations diverses , spécialement à la suite des phlegmasies. D’autres fois, au contraire, la fièvre, comme nous l’avons déjà dit , semble exister par elle-même ; on n’en trouve , en effet , l’explication dans aucune altération matérielle saisissable des solides ou des liquides. En un mot, si dans le premier cas la fièvre ne forme qu’un des éléments de la maladie, dans le second, au contraire, elle semble constituer la maladie tout entière. Ce n’est pas à dire pourtant qu’on ne voie souvent coexister avec ces fièvres, diverses altérations dans les solides et les liquides ; mais ces altérations sont presque toujours consécutives au mouvement fébrile, et ne sauraient , par conséquent , l’expliquer : voilà pourquoi la variole , la rougeole et la scarlatine sont des fièvres plutôt encore que des phlegmasies cutanées ; et l’affection typhoïde elle-même , nonobstant l’altération des plaques , le gonflement et le ramollissement des ganglions mésentériques , doit être encore regardée comme une fièvre , et non comme une entérite , car il est impossible de méconnaître ici l’influence d’une cause générale dont la nature et le siège nous échappent, mais que beaucoup de personnes, à l’exemple des anciens, et de Galien surtout, placent, non sans quelque fondement, dans les liquides.

Les maladies dans lesquelles l’état fébrile forme l’élément essentiel et le seul appréciable , les maladies fébriles qui ne reconnaissent aucune altération locale , primitive , essentiellement liée à elles , constituent pour nous la classe des fièvres. Leur nombre ,' jadis considérable , s’est restreint de plus en plus , au fur et à mesure qu’on a su distinguer les mouvements fébriles qui étaient consécutifs ou symptomatiques , de ceux qui étaient primitifs ou essentiels.

Ce fut sans contredit une grande erreur lorsque Broussais et son école , prétendant expliquer tous les états fébriles par des lésions déterminées de quelque organe, proposèrent de rayer les fièvres du cadre nosologique et en firent des affections symptomatiques. Cette doctrine, pour la défense de laquelle Broussais déploya un talent prodigieux , séduisit la plupart des esprits , qui furent entraînés sans

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être convaincus : aussi vit-on, après quelques années, une réaction s’opérer en faveur des doctrines anciennes , et les médecins admettre de nouveau une classe de maladies fébriles sans altération locale constante et primitive. Pour eux comme pour les anciens, la fièvre, dans ces cas, était considérée comme essentielle . Ce mot essentiel , quia suscité d’interminables querelles, ne doit pas signifier que la lièvre existe par elle-même , qu’elle ne constitue qu’une perversion ou une altération du principe vital; mais nous voulons exprimer par ce mot que la lésion quelconque qui existe certainement comme point de départ de la maladie , nous est encore inconnue dans sa nature et dans son siège. Le mot essentiel exprime donc , si l’on veut , notre ignorance ou une lacune de la science; mais il ne préjuge rien sur la cause qui produit et entretient la fièvre.

Les fièvres , telles que nous les comprenons ici , forment une classe importante de maladies remarquables par quelques phénomènes particuliers qui les différencient des autres groupes de maladies fébriles , et notamment des phlegmasies , avec lesquelles on les a longtemps confondues. Ainsi, les fièvres sont primitivement générales, comme le prouve l’impossibilité où l’on est de les rattacher à une lésion locale. Si dans plusieurs d’entre elles on trouve une lésion constante, celle-ci est presque toujours consécutive au mouvement fébrile , et ne peut expliquer , d’a*illeurs , l’étendue , la gravité et la généralisation des symptômes. Les lièvres sont encore remarquables par la longueur des prodromes , par les causes qui les produisent , et qui sont pour la plupart la contagion ou l’infection. Enfin, dans ces derniers temps, MM. Andral et Gavarret ont trouvé dans l’analyse du sang des caractères tellement distinctifs , qu’ils consacrent d’une manière définitive la séparation vainement combattue des pyrexies et des phlegmasies. L’analyse chimique démontre , en effet , que dans les premières , en les ï supposant dégagées de toute complication phlegmasique , la fibrine n’augmente jamais; que souvent elle reste en quantité normale ( 3/1000 en moyenne), et que parfois elle diminue jusqu’à un point que l’on ne retrouve dans aucune autre maladie aiguë. Dans les phlegmasies, au contraire, nous verrons une augmentation constante et souvent considérable de la fibrine (voir Inflammation) ; de là la fréquence de l’état couenneux du sang , tandis que ce caractère manque dans les pyrexies , puisque dans ces maladies , supposées toujours sans complication phlegmasique , deux seuls cas peuvent avoir lieu , ou que la fibrine ait gardé sa proportion normale , ou qu’elle ait diminué (Andral).

La diminution de la fibrine , bien que fréquente dans les pyrexies , n’existant pas nécessairement dans aucune d’elles , il est inutile de dire qu’on ne saurait placer dans cette altération du sang le point de

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départ de cette classe d’affections. Cette altération , ainsi que le croit M. Andral, n’est probablement qu’une lésion secondaire analogue à celles qu’on rencontre si communément dans les solides, et qui, comme ces dernières , peut devenir la cause de nouveaux accidents. C’est , en effet, par cette destruction de la fibrine que s’expliquent cette tendance aux hémorrhagies passives, et la facilité avec laquelle se produisent les congestions viscérales, qui sont deux ordres d’accidents qu’on rencontre fréquemment dans les pyrexies graves. Ajoutons en outre que cette diminution de proportion dans la fibrine coïncide constamment avec l’apparition de ces symptômes graves que le vitalisme attribuait à l’adynamie, le sotidisme au relâchement de la fibre, l’humorisme à la putridité des humeurs (Andral). C’est dans ces cas que le sang retiré des veines pendant la vie se coagule lentement ; son caillot large , sans vestiges de couenne , est mou ; on le brise avec la plus grande facilité; souvent même il est diffluent et se divise à la moindre pression en une foule de grumeaux nageant dans un sérum roussâtre.

Division des fièvres. — Rien de plus arbitraire que les classifications des fièvres proposées par les pyrétologistes. Les causes véritables ou présumées de la maladie , son siège et sa nature , presque toujours hypothétiques; sa marche et sa durée , et la prédominance de tels ou tels symptômes ont été les circonstances principales qui ont servi à faire , dans l’étude des fièvres , des divisions nombreuses et la plupart sans aucune importance.

La considération du type des frèvres sert à établir une division très naturelle et très importante, et qu’on trouve exprimée dans les livres hippocratiques. Ainsi , le mouvement fébrile persiste-t-il sans interruption , la fièvre est dite continue ; cesse-t-il pour reparaître à des intervalles réguliers, c’est alors la fièvre intermittente ; si enfin, de forme continue, la fièvre présente des exacerbations périodiques, on la dit rémittente. De tout temps les médecins ont distingué plusieurs espèces de fièvres continues, et ont fondé spécialement leurs divisions sur les caractères prédominants ou l’idée qu’ils se formaient sur les causes et la nature de la fièvre. De là sont venues les divisions des fièvres continues en adynamique et ataxique , en inflammatoire , bilieuse , muqueuse, putride , maligne , etc. Ces divisions arbitraires, dont Pinel, entre autres , surchargea la pyrétologie , ont fait faire un pas rétrograde à la science , et arrêté la tendance qu’avaient les esprits , depuis Chirac , à la fusion des fièvres continues. Pinel exerça un tel empire sur ses contemporains, que MM. Petit et Serres ayant, en 1813, décrit les lésions intestinales caractéristiques de la fièvre typhoïde , crurent avoir découvert une maladie nouvelle , essentiellement distincte des fièvres adynamique et ataxique de Pinel, auxquelles ils laissèrent une existence

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séparée. Broussais, qui vint peu d’années après, poussé par un sentiment instinctif plutôt que par une conviction puisée dans l’observation exacte, essaya d’opérer la fusion des fièvres continues, et les localisa dans le tube digestif, ainsi que le prouve le nom de gastro-entérite qu’il leur imposa. Mais ce mot était lui-même une erreur , car il supposait une gastrite, qui existe rarement; d’ailleurs , sous cette dénomination, Broussais confondit plusieurs maladies différentes, sans saisir néanmoinsles caractères distinctifs de la fièvre typhoïde. Tel était l’état de la science, lorsqu’en 1829 parurent les recherches de M. Louis, qui établit tout d’abord la fusion de toutes les fièvres continues graves de ce climat en une seule, la fièvre typhoïde. La démonstration de cette grande vérité est sans contredit une des plus belles conquêtes de la médecine contemporaine ; elle a opéré une véritable révolution dans l’ancienne pvrétologie, puisqu’elle a fait voir que les fièvres continues graves, si différentes en apparence., considérées par chacun comme des maladies distinctes, étaient au fond et dans leur nature des maladies identiques , ne constituant qu’une seule affection , qui pouvait se montrer, suivant les circonstances, sous des formes variées (Cliomel et Genest). Cependant, la fièvre typhoïde ne comprend que les formes graves des pyrexies anciennement admises, et, pour compléter la connaissance des fièvres continues de ce climat, il faut admettre encore d’autres espèces de pyrexies , qui sont les fièvres éphémère et inflammatoire. Mais dans quelques autres régions du globe, la fièvre typhoïde 11e comprend plus toutes les espèces de pyrexies graves qu*on y observe ; c’est ainsi que le typhus fever d'Irlande , la fièvre jaune , la fièvre bilieuse des climats chauds et la peste d’Orient , sont des fièvres continues spéciales, et distinctes de l’affection typhoïde. Enfin , il existe encore partout un genre de fièvres continues, remarquables par une marche déterminée, invariable, une éruption spéciale à la peau qui constitue leur lésion caiactéristique, ce sont les fièvres éruptives . Toutes les espèces précédentes de fièvres sont des affections essentiellement aiguës ; mais 011 ne saurait nier aussi qu’il existe un certain genre de fièvres à marche chronique , connue sous le nom de fièvre hectique , genre très restreint de nos jours , très rarement observé depuis qu’il est prouvé que la fièvre chronique est presque toujours symptomatique d’une lésion organique.

En n’admettant pour notre climat, indépendamment des fièvres éruptives qui sont à part, que trois espèces de fièvres continues, qui sont l’éphémère, l’inflammatoire et la typhoïde, je ne me dissimule pas qu’on rencontre très fréquemment dans la pratique des états fébriles qu’il serait absolument impossible de classer dans les espèces précédentes. Ces états fébriles, dans lesquels prédominent les troubles des organes digestifs qui caractérisent la forme muqueuse ou bilieuse de l’embarras

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gastrique, offrent une physionomie spéciale : aussi j'avais d’abord songé à les étudier à part; et, à l’exemple des nosographes qui se sont succédé jusqu’à Pinel, j’avais voulu établir une fièvre gastrique ou bilieuse (hémitritée, tritæophie , épiale, asode, lipyrie , etc., des auteurs); mais en consultant les pyrétologistes les plus célèbres, et en y comprenant Pinel lui-même , j’ai pu me convaincre que rien n’était plus obscur et plus hypothétique que la doctrine des fièvres bilieuses. Ainsi, en lisant la relation que Stoll donne de cette fièvre, qu’il place au premier rang des fièvres annuelles, on trouve un assemblage des symptômes les plus disparates sans retrouver les traits d’une maladie bien dessinée. Stoll semblait le reconnaître lui-même en avouant qu’il a vu peu de maladies qui aient une physionomie aussi mobile : car elle change , dit-il , de caractère non seulement dans les diverses années , mais même dans la même constitution régnante. Mais cette apparente mobilité dépend de ce que les médecins anciens , qui ne jugeaient les maladies que par leurs formes extérieures, ont réuni dans un même groupe des affections très dissemblables. C’est ce qui explique pourquoi les auteurs modernes ont été à peu près unanimes pour rejeter l’existence des fièvres bilieuses ou gastriques, les uns rapportant cet état morbide à la gastrite, à l’hépatite, à la gastro-duodénite , d’autres voulant en faire une variété de la fièvre typhoïde. Mais l’opinion des premiers n’est justifiée ni par les symptômes, ni par la marche de la maladie, ni par les résultats thérapeutiques. Ceux qui ont fait de la fièvre bilieuse des auteurs une variété de la fièvre typhoïde ont émis une opinion trop exclusive , mais cependant très fondée. Il est , en effet, incontestable qu’il faut rattacher à la dothinentérie, à la lésion des follicules et des ganglions mésentériques, toutes ces maladies graves que les médecins ont vues régner en si grand nombre , surtout dans la dernière moitié du XVIIIe siècle , et qu’ils ont décrites comme des fièvres bilieuses. C’est ce dont il est facile de se convaincre , par exemple, en lisant la relation de Tissot sur l’épidémie de Lausanne, de 1755 ; celle de Mertens, sur l’épidémie de Moscow, en 1769; celle enfin dont Finke a été l’historien , et qui régna dans le Tecklembourg de 1776 à 1780. Mais la fièvre typhoïde ne peut rendre compte de tous les états fébriles avec prédominance de symptômes bilieux qu’on observe fréquemment dans ce pays; ou plutôt elle ne rend compte que des cas graves; mais elle ne saurait comprendre les cas légers, c’est-à-dire tous ceux qui , à l’aide d’un traitement convenable , cèdent après deux ou trois jours, et au plus tard dix jours. Cependant doit-on ranger ces cas au nombre des pyrexies essentielles, et ne doit-on pas les considérer plutôt comme des états fébriles symptomatiques, d’une souffrance de l’estomac ou des voies biliaires dont la nature est encore indéterminée ? La chose me paraît incontestable , car d’une part ces troubles gastriques

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existent fréquemment sans fièvre ; celle-ci , quand elle survient , n’est qu’un épiphénomène, un acte accessoire, et qui d’ailleurs est tellement sous la dépendance de l’état morbide des voies digestives, qu’il suffit de faire cesser celui-ci pour voir à l’instant le mouvement fébrile s’amender, et le plus souvent même disparaître aussitôt. Toutes ces considérations m’ont empêché d’admettre pour ce pays une fièvre gastrique ou bilieuse ; l’état morbide qui pourrait recevoir cette dénomination sera plus convenablement placé dans les maladies spéciales de l’estomac à l’article embarras gastrique.

En résumé, nous avons prouvé qu’il existe une classe de maladies qui doit recevoir le nom de fièvres , et dont nous distinguerons cinq genres différents, qui sont :

Premier genre. — La fièvre continue proprement dite, comprenant sept espèces différentes, qui sont la fièvre éphémère , la fièvre inflammatoire, la fièvre typhoïde et le typhus d’Europe réunis, les seules qu’on observe dans ce climat; le typhus fever des Anglais, la fièvre bilieuse des climats chauds , la fièvre jaune et le typhus d’ Orient.

Le deuxième genre comprend les fièvres éruptives, variole , vario loïde et varicelle , la rougeole et la scarlatine, maladies auxquelles nous croyons devoir adjoindre la suette miliaire.

Le troisième genre se compose des fièvres intermittentes bénignes , pernicieuses et anomales.

Dans le quatrième genre sont les fièvres rémittentes et pseudo-continues , qu’on pourrait peut-être à la rigueur considérer comme une simple variété ou un sous-genre des intermittentes.

Dans le cinquième genre enfin se trouvent les fièvres hectiques , lentes ou chroniques.

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