‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 47 sur 140 · DU MUGUET · texte numérisé non relu

DU MUGUET

doit cesser, les plaques se détachent et ne se reproduisent plus; d’autres sont résorbées sur place , les ulcérations se cicatrisent , et il reste pendant quelque temps à leur niveau un léger épaississement avec dureté delà muqueuse, ou des tissus subjacents avec aspect gaufré, à larges alvéoles. Le diagnostic de cette affection est toujours facile ; comme on le verra par la suite, on pourra la distinguer aisément de la stomatite mercurielle , dans laquelle on observe aussi , fréquemment , des concrétions mcmbraniforme’s.

Étiologie. — La stomatite diphthérilique affecte surtout les enfants; on la rencontre dans les hospices d’orphelins, dans les pensions, et généralement chez ceux qui vivent entassés dans des lieux bas , humides, et renfermés dans des espaces étroits. C’est ainsi qu’on l’a vue quelquefois régner dans les casernes d’une manière épidémique (Bretonneau). Dans ce dernier cas , tout porte à penser qu’elle est contagieuse. A l’état sporadique, la maladie survient sous l’influence d’une irritation toute locale, comme la carie ou la saillie d’une dent.

Traitement . — On combattra la diphthérite buccale par le même traitement qu’on oppose à l’angine couenneuse , et que nous ferons connaître en traitant de celte dernière. Disons seulement ici qu’à l’hôpital des Enfants, M. le docteur Bouneau préconise beaucoup contre la stomatite couenneuse le chlorure de chaux sec , qu’il applique plusieurs fois par jour, toutes les deux heures si c’est possible, sur les parties malades. Pour faire cette petite opération, on humecte un doigt, puis on le trempe dans un flacon contenant du chlorure sec en poudre , on le porte ainsi sur les parties affectées qu’on frictionne rudement. M. Taupin s’est déclaré partisan de cette médication.

3° Muguet ou stomatite crémeuse ; blanchet.

Les mots de muguet ou blanchet servent à désigner une maladie de la muqueuse des voies digestives , et spécialement une forme de stomatite caractérisée par l’exsudation de petites concrétions blanchâtres, qui sont disséminées ou confluentes.

Le muguet , que beaucoup de médecins, même modernes , ont à tort confondu avec les aphthes, n’a été convenablement étudié que par nos contemporains, et spécialement par les docteurs Lélut, Guersant, Billard et Valleix. .

Relativement 5 l’abondance de l’éruption, le muguet a été divisé en discret et en confluent; ce dernier a été aussi nommé malin , en raison des symptômes généraux graves qui l’accompagnent. Une division plus importante encore est celle qui distingue le mugueren idiopathique et en symptomatique. Le premier affecte des sujets bien portants et constitue une maladie toute locale; le second , au contraire, se déclare chêz.

DES INFLAMMATIONS

des sujets affaiblis et arrivés à une période avancée d’une maladie aiguë , et surtout chronique. Le muguet idiopathique est spécial à l’enfance; celui qui est symptomatique est commun à tous les âges.

Lésions cadavériques. — Parmi les lésicns qu’on trouve à l’ouverture des cadavres, les unes appartiennent au muguet, les autres aux complications. Les premières se retrouvent partout où l’exsudation s’est faite , c’est-à-dire dans la bouche, où elle est constante, dans le pharynx, à l’œsophage, où elle est très commune ; dans l’estomac, où on la rencontre dans un dixième des cas ; dans le tubç intestinal , où elle est beaucoup plus rare. Cette exsudation est, disposée par petits points blanchâtres , ayant la grosseur d’un grain de riz ou de semoule, plus ou moins rapprochés entre eux ; d’autres fois tout l’intérieur de la bouche est revêtu par une couche uniforme et mamelonnée. Cette exsudation , molle , pultacée , inodore , obéissant aux réactifs chimiques comme le ferait le mucus, adhère faiblement à la muqueuse, qui est souvent rougebleuâtre, plus sèche, quelquefois ramollie. Des ulcérations se rencontrent fréquemment à la voûte palatine (dans près de la moitié des cas). Une dissection attentive a prouvé à M. Guersant que dans la bouche , et surtout à la face interne des lèvres et des joues , l’exsudation est située sous l’épithélium, qu’on est obligé de détruire pour arriver sur la concrétion. Cependant lorsque celle-ci date de quelques jours , cette disposition n’est plus manifeste , probablement par suite de la destruction spontanée de l’épithélium. Chez presque tous les sujets qui succombent, surtout dans les hôpitaux , on trouve la muqueuse intestinale rouge , injectée, ramollie, quelquefois ulcérée , altérations qui, tantôt ont précédé , tantôt suivi le muguet. Plus rarement il existe de la rougeur des bronches , et diverses formes d’hépatisation.

Symptômes. D’après M. Valleix , un érythème des fesses et de la partie postérieure des cuisses précéderait presque toujours (17 fois sur 23) le muguet. La plupart des auteurs enseignent, au contraire, que la maladie débute sans prodromes , par des accidents du côté de la bouche. Ainsi la langue devient rouge en partie ou en totalité, et ses papilles sont saillantes. La même rougeur se développe dans plusieurs autres points , et s’étend souvent dans toute l’arrière-bouche; la muqueuse (jui tapisse ces parties est sèche, luisante; elle est le siège d’une chaleur brûlante. La succion est douloureuse , et la déglutition elle-même devient difficile lorsque l’inflammation érythémateuse s’est propagée dans le pharynx. Cependant après un ou trois jours on voit paraître sur les côtés du frein de la langue , sur les bords de cet organe , et à la face interne des joues et des lèvres, ainsi que sur les gencives, une matière crémeuse très analogue, pour l’aspect, au caséum, disposée, comme nous l’avons déjà dit, par petits points semblables à des grains de scrâoule , discrets ou confluents , quelquefois recouvrant toute la mu-

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