DU MUGUET
queuse , sur laquelle elle forme une couche uniforme ou des plaques mamelonnées. Dans ce dernier cas, les enfants exercent un mâchonnement continuel; ils tirent fréquemment leur langue hors delà bouche, comme pour expulser un corps étranger qui les gC*ne.
Le muguet, s’il est simple et très discret, peut ne réveiller aucune sympathie morbide; mais presque toujours le pouls s’accélère, la chaleur de la peau s’élève , il survient de la diarrhée , du météorisme et des selles liquides , jaunes d’abord , plus lard verdâtres, auxquels se joignent ensuite des vomissements de même nature. Dans les évacuations alvines , on découvre souvent une matière crémeuse pultacée, signe certain que l’exsudation qui existe dans la bouche s’est également reproduite dans le tube digestif. Dans ce cas , les symptômes sont plus graves ; il y a une soif inextinguible; l’exsudation buccale est brune ou noirâtre; une diarrhée abondante survient , ainsi qu’un amaigrissement rapide , et tel, qu’en peu de jours ces enfants ont les yeux caves et éteints, la figure rabougrie et ridée comme celle d’un vieillard; leur voix est éteinte, ils tombent dans le coma ; leur pouls devient insensible , la chaleur s’éteint , la peau s’ulcère dans divers points, surtout vers les malléoles et les talons (Valleix); enfin, la mort survient dans un état de prostration extrême.
Cette terminaison est presque constante lorsque ie muguet s’étend dans l’intestin, ou bien lorsqu’il existe du côté de la poitrine ou des organes digestifs quelques unes des graves complications que nous avons énumérées. La maladie peut alors se terminer en trois ou cinq jours. Dans la plupart des cas pourtant, la mort est moins prompte ; mais la guérison n’a presque jamais lieu ; celle-ci 11e se remarque que dans les cas où le muguet est bénin et 11e détermine point ou que peu de fièvre. Alors, au bout de quelque temps, l’exsudation tombe sans se reproduire, ou bien elle 11e se reproduit que dans quelques points. Enfin , assez rarement, la maladie semble passer à la chronicité , c’est-à-dire que pendant un ou plusieurs mois on voit de temps en temps apparaître dans diverses parties de la bouche quelques parcelles de muguet sans qu’il en résulte ordinairement aucun trouble bien notable dans les principales fonctions.
Diagnostic et pronostic. — Le diagnostic du muguet n’offre aucune difficulté. Son pronostic 11’est favorable que lorsqu’il s'annonce chez un sujet bien portant, sans exciter beaucoup de fièvre et de diarrhée. Dans le cas contraire , son pronostic est des plus fâcheux. Il le sera, à plus forte raison , lorsqu’il existe déjà quelque grave affection viscérale. La manifestation du muguet chez un individu déjà malade, quelque soit d’ailleurs son âge , est toujours une circonstance du plus fâcheux augure; car, comme le dit avec raison M. Chomel, son apparition dans les maladies chroniques ôte presque tout espoir d’une heureuse terminaison , il est presque toujours l’avant-coureur d’une mort assez prochaine.
DES INFLAMMATIONS
Dans les maladies aiguës, sans offrir le même degré de gravité, elle ajoute néanmoins toujours à ce que les autres symptômes peuvent offrir d’inquiétant.
Etiologie. — Le muguet existe à tous les âges, mais il est plus commun chez les enfants à la mamelle , surtout dans les d'eux premiers mois de l’existence. Ce n’est guère que chez eux qu’on observe le muguet idiopathique; car plus tard, et surtout chez l’adulte et le vieillard, le muguet constitue une lésion secondaire, et qu’on n’observe que chez des individus atteints de quelque affection grave. On n’est pas encore bien fixé sur l’influence que la constitution individclle exerce sur la production du muguet : les uns , avec M. Valîeix , regardent la maladie comme étant plus commune chez les sujets forts; la plupart, au con* traire , soutiennent avec plus d’apparence de raison qu’une constitution chétive est une prédisposition à la maladie. On ignore aussi l’influence que les saisons et les climats peuvent exercer. Mais il est bien reconnu que des circonstances hygiéniques défavorables , comme une habitation humide , malpropre , les émanations animales , l’entassement des enfants dans des salles peu aérées, sont des causes très actives du muguet, et expliquent pourquoi cette maladie règne si souvent endémiquement ou épidémiquement dans la plupart des hospices d’orphelins; c’est aussi ce qui rend compte pourquoi le muguet est comparativement plus fréquent chez l’enfant du pauvre que chez celui du riche. Chez ce dernier, la maladie reconnaît presque toujours une cause locale, comme l’allaitement artificiel , des efforts de succion nécessités par un mamelon très court, trop gros ou crevassé , ou bien encore l’irritation produite par un bout de sein inégal ou trop dur. Dans aucun cas , le muguet n’est contagieux.
Traitement. — Le traitement du muguet consiste surtout dans des applications locales. Ainsi , dans la première période , les malades feront usage de collutoires émollients. Les enfants ne pouvant se gargariser, on touche les parties malades avec un pinceau imbibé des mêmes liquides émollients, mucilagineux. Plus tard, lorsque la bouche est recouverte d’une exsudation épaisse , consistante, on ajoute au liquide un quart de liqueur de Labarraque ou bien un acide végétal , comme du vinaigre, du citron, préférablement aux acides minéraux, ainsi qu’au sous-borate de soude, qu’on a trop préconisé. M. Guersant conseille également les solutions d’alun plus ou moins étendues. On ne devra jamaistirailler les fausses membranes pour les détacher, car ces manœuvres excitent de la douleur et augmentent l’irritation. Les moyens généraux à employer seront déterminés d’après l’état du sujet et la période de la maladie. Au début, lorsqu’il n’existe pas de fièvre, on se bornera aux lotions émollientes , à l’usage de l’eau d’orge , on fera moins téter l’enfant. S’il y a de la fièvre, des symptômes inflammatoires vers l’abdo-
DES APHTHES.
men , on prescrit quelques sangsues sur le ventre ou à l’anus, des bains tièdes, des cataplasmes , des lavements ,“ et une diète plus ou moins complète. Enfin, les accidents adynamiques indiquent l’emploi des toniques (écorce d’orange, quinquina, etc.) , mais presque sans espoir de succès. Les complications, si fréquentes du côté du tube digestif, feront toujours redouter l’emploi des émétiques et des purgatifs, que quelques auteurs ont préconisés dans la première période du muguet.
Nature. — Le muguet est une forme particulière de la stomatite ; elle constitue parfois une affection toute locale et primitive , mais ayant de la tendance surtout chez les enfants pauvres, chez ceux des hospices particulièrement, à s’étendre dans le tube digestif et à se compliquer de quelque lésion grave de ces organes. Chez ces derniers surtout on voit encore la maladie survenir comme affection secondaire , mais ce n’est pas une raison pour regarder le muguet avec M. Valleix comme un épiphénomène ou une lésion consécutive de l’entérite du jeune âge; la pratique civile contredit d’ailleurs cette proposition. Mais il est juste de reconnaître que, plus souvent que chez l’adulte, le muguet se montre chez les jeunes enfanis comme complication, dans le cours d’un état grave et spécialement d’une phlegmasie du tube digestif.
h° Des aphthes ou de la stomatite folliculeuse.
La stomatite aphtheuse, aussi nommée ulcéreuse ou folliculeuse , est caractérisée par l’éruption dans la bouche de petites vésicules transparentes ou d’un gris de perle qui prennent au bout de quelques heures l’aspect pustuleux, sc transforment, dès le deuxième ou troisième jour, en ulcérations douloureuses et dont la cicatrisation se fait quelquefois attendre pendant un ou deux septénaires , mais qui ne laissent d’autre trace qu’une petite tache rouge qui disparaît très promptement.
On distingue deux espèces d’apluhes suivant le caractère discret o i confluent de l’éruption, L’aphthe discret est très fréquent, il constitue ordinairement une affection toute locale; et on n’observe alors que quelques vésicules dans la bouche et spécialement derrière les lèvres , sur les bords de la langue ou à la partie moyenne des joues. Le jour même , ou au plus tard dès le lendemain de leur apparition , elles s’entourent d’un bourrelet grisâtre, blanchâtre, dur, ce qui donne alors à la maladie un caractère pustuleux ; bientôt l’épithélium se détache , et on voit à nu une ulcération lenticulaire pouvant avoir presque l’étendue d’une pièce de 25 ou 50 centimes; ses bords et sa surface sont saillants, durs, grisâtres, souvent saignants et toujours très douloureux. Les malades éprouvent de la sécheresse ou une sensation insolite d’humidité dans leur bouche; l’haîeine est fétide comme dans toutes les stomatites; la mastication et l'impression des substances chaudes aug-
22 U DES INFLAMMATIONS
mentent les souffrances; quelquefois les ganglions sous-maxillaires augmentent de volume et deviennent douloureux ; souvent il y a du malaise, de l’inappétence , un peu de diarrhée et un léger mouvement fébrile qui persiste peu de temps. Cette période d’ulcération ne dure ordinairement que trois ou quatre jours; elle peut parfois se prolonger pendant un et même deux septénaires. Lorsque la guérison survient ( et c’est là la terminaison constante delà maladie), les bords s’affaissent, la surface se déterge , prend une couleur rouge ; puis brusquement , c’est-à-dire en trente-six heures ou même du jour au lendemain , elle se cicatrise , et la place qu’elle occupe est à peine marquée pendant quelques jours par une petite tache rougeâtre.
11 n’en est plus de même de la forme confluente, qui, rare en France, est commune en Hollande où elle règne parfois épidémiquement. Ici l’éruption est précédée et accompagnée de fièvre et de troubles graves du côté des organes digestifs. Les aphthes recouvrent la face interne des joues et des lèvres ; on les retrouve sur le voile du palais et dans l’arrièrebouche. Ils sont partout plus ou moins confluents^et ressemblent assez à une éruption varioleuse; c’est ce qui explique la difficulté et les douleurs que les malades éprouvent pendant la déglutition. Dans ces cas, la bouche est le siège d’une vive cuisson , elle est sèche ou baignée par un liquide filant. Il y a des vomituritions , de la diarrhée , une angoisse inexprimable , de la lièvre , et la mort arrive souvent au milieu d’accidents typhoïdes fort graves, et dont la manifestation paraît coïncider, le plus souvent , avec la reproduction sur la muqueuse gastro-intestinale , des ulcérations aphtheuses qui existent dans la bouche. Cependant on ne possède encore à ce sujet aucune recherche positive. D’autres fois , les accidents adynamiques sont consécutifs à la gangrène des ulcérations aphtheuses qui deviennent noirâtres, fétides. La mortification peut encore gagner les parties molies de la bouche ; mais celte terminaison est fort rare et on ne l’observe guère que chez des sujets débiles. Quoi qu’il en soit , les aphthes confluents se prolongent communément pendant deux septénaires ; ils ont une marche assez lente.
Diagnostic. --Nous verrons qu’il est bien facile dedistinguer l’aphthe qui consiste dans l’ulcération des follicules mucipares, des solutions de continuité produites par le virus syphilitique, et par l’action du mercure. Le caractère ulcéreux distingue l’aphthe du muguet, lors même que quelques petites concrétions existeraient au pourtour de l’ulcération. Enfin la stomatite diphléritique , par la formation des fausses membranes qui tombent ou qu’on détache, par l’aspect de la muqueuse qui est violacée, ramollie , saignante, ulcérée, n’offre pas même de l’analogie avec l’inflammation aphtheuse.
Pronostic. — Le pronostic n’est grave qne lorsque l'éruption aphtheuse est confluente ou se termine par gangrène.
DK LA STOMATITE.
Etiologie. —Les aphthes sont fréquents dans l’enfance et la jeunesse, mais peuvent se montrer à tous les âges. Une constitution lymphatique, une mauvaise alimentation, semblent y prédisposer ou les déterminer. Cependant le développement de la maladie a lieu si fréquemment dans les conditions opposées, qu’il est impossible d’émettre sur son étiologie aucune opinion raisonnable. Les aphthes semblent d’ailleurs constituer, sou\ent, une affection symptomatique, quelquefois consécutive à un état général plus ou moins grave : c’est ainsi qu’ils existaient fréquemment dans l’épidémie de Gœltingue. Souvent aussi ils coïncident avec un état saburral des premières voies, ou bien encore, dans certaines constitutions, ils sont les épiphénomènes très fréquents de l’état puerpéral.
Traitement. — A l’aphthe simple, discret, il suffit, presque toujours, d’opposer un traitement topique, consistant, au début, en des lotions mucilagineuses, émollientes, rendues plus calmantes par l’addition de quelques gouttes de laudanum. Puis dès que la douleur et la tension des parties ont diminué, on remplace les moyens précédents par des astringents, comme l’acétate de plomb, le sous-borate de soude, l’acide chlorhydrique, l’alun; enfin, il sera souvent utile, pour modifier promptement la surface de l’ulcération , de la toucher avec un crayon d’azotate d’argent. Ce moyen a même été conseillé comme utile dès le début, et comme pouvant arrêter le mal dans son développement. Il est vrai que quelquefois on a réussi à faire avorter un aphthe commençant, mais le plus souvent nous avons vu un résultat tout-à-fait contraire; de sorte que nous ne croyons ce moyen utile qu’après la période inflammatoire et lorsqu’il suffit de modifier l’état local pour déterminer la cicatrisation. A ces moyens on joindra un régime doux, l’usage de boissons acidulées , de bains tièdes, et parfois l’emploi d’un laxatif. Dans les aphthes confluents, indépendamment de la médication locale qui est la même , il convient souvent de tirer du sang par la veine ou par une 1 application de sangsues sous les mâchoires.
Nature et siège. — Les aphthes sont une forme d’inflammation des membranes muqueuses; la vésicule constitue l’élément primitif de la ! maladie. Q ant à son siège, Billard a essayé de le placer dans les folli- ! cules mucipares; d’autres, dans la muqueuse elle-même. Bichat et Gar- ! dieu n’ont pas osé se prononcer, et nous imiterons leur réserve, car celte question ne nous paraît pas encore résolue; et si nous ne consultions que i nos propres observations, nous dirions que les aphthes n’ont pas, à proi promeut parler, de siège anatomique; en effet, ils nous ont semblé se ; développer tantôt sur les follicules et tantôt sur la muqueuse seule.
De deux autres formes de stomatite ulcéreuse et pustuleuse .
On pourrait encore admettre plusieurs autres formes de stomatite : ainsi il est des ulcères de la bouche qui surviennent après une solution de
226 DES INFLAMMATIONS
continuité de la membrane muqueuse, produite par un corps étranger ou par la pression d’une dent inégale , déviée , rompue. Ces ulcères , qui siègent surtout aux joues , ou tout-à-fait en arrière, au voisinage des dernières molaires, sont souvent très douloureux, et peuvent acquérir une étendue égale à une pièce d’un franc ; leurs bords ont une dureté squirrheuse et leur surface est inégale, grisâtre, saignante, et exhale une odeur fétide très désagrable. Il est de ces ulcères qui ont un aspect vraiment repoussant et qui, à la vue et au toucher, pourraient donner l’idée d’une ulcère cancéreux , si la cause qui les a produits et la marche qu’ils ont suivie n’en indiquaient aisément la nature.
Le traitement sera le même que pour les aphthes; il faut surtout se hâter de modifier la surface à l’aide du nitrate d’argent.
Une autre forme de stomatite que nous devons signaler est celle qu’on pourrait appeler pustuleuse , car elle est caractérisée par le développement de pustules sur la muqueuse buccale, spécialement à la face interne des joues, et sur la voûte palatine. On l’observe toujours dans la variole où l’éruption de la bouche est de même nature que celle des téguments. Des pustules semblables surviennent aussi fréquemment sur les mêmes parties et dans le pharynx après l’emploi de l’émétique à haute dose ; les malades se plaignent de chaleur et de cuisson dans la bouche qui est humectée de salive et souvent tapissée de mucosités filantes. Il suffit généralement de quelques collutoires émollients ou légèrement acidulés pour triompher de la maladie en quelques jours.
6° De la stomatite mercurielle , salivation mercurielle , ptyalisme mercuriel.
On désigne sous les noms de ptyalisme mercuriel, de salivation ou de stomatite mercurielle l’inflammation de la bouche qui se développe consécutivement à l’absorption du mercure , et qui résulte de l’action spéciale que ce métal exerce sur la membrane muqueuse et les glandes salivaires.
Symptômes, marche , terminaisons. — Au début, les malades éprouvent dans la bouche une sensation insolite de chaleur et de sécheresse; ils ont une saveur métallique désagréable. Bientôt les gencives se tuméfient , deviennent douloureuses , saignent et se ramollissent ; elles sont d’un rouge blafard dans la plus grande partie de leur étendue , excepté vers le collet des dents, où elles forment un liseré rouge et violacé , et plus tard blanchâtre ; bientôt elles s’ulcèrent et se détachent des dents. Celles-ci, couvertes d’un enduit sale, limoneux, sont comme écartées, puis vacillantes, agacées; si les malades rapprochent les mâchoires, elles leur donnent une sensation comme si elles étaient allongées. Cet allongement d’ailleurs est peut-être réel et s’explique par l’ébranlement que les dents ont subi et par la propagation de la phlegmasie dans les al-
DE LA STOMATITE.
véoles. La bouche du malade exhale dès le début une fétidité particulière qui diffère de la fétidité qu’on trouve dans toutes les autres stomatites; elle a ici un caractère particulier et vraiment pathognomonique.
La muqueuse buccale est généralement tuméfiée et comme infiltrée; elle offre çà et là un enduit blanchâtre d’abord pointillé ; plus tard ce sont des plaques; cette disposition est surtout remarquable sur la langue.
A cette époque , l’état de sécheresse de la bouche est remplacé par une sécrétion abondante de fluide salivaire. Si la maladie continue de s’accroître, la tuméfaction des parois buccales et des parties renfermées dans cette cavité augmente ; les joues, au niveau des grosses molaires, les lèvres, surtout l’inférieure, et la langue à sa pointe et à son bord, présentent des sillons verticaux, et bientôt de véritables ulcérations souvent couvertes de pseudo-membranes et • 'parées par des crêtes d’un rouge vif qui correspondent à la saillie des dents et aux intervalles qui les séparent. A un degré encore plus avancé, la langue acquiert un volume plus considérable; parfois même, ne pouvant plus être contenue dans la bouche, elle sort de cette cavité et fait saillie au-delà des arcades dentaires qui pressent douloureusement sur elle. La pointe de l’organe ainsi exposée à l’air se dessèche et brunit ; la pression contre les dents étant alors plus forte , on voit les ulcérations s’agrandir, prendre une couleur grisâtre; souvent aussi des escarres se forment. Toute la face est tuméfiée; le gonflement s’étend aux glandes parotides, sous- maxillaires et aux ganglions; la pression exercée sur ces parties est très douloureuse.
I De la bouche entr’ouverte s’écoule sans cesse un liquide clair, grisâtre et très fétide ; la quantité peut s’élever à 1 , 2 ou 3 kilog. dans les vinglj quatre heures. Quelques malades se plaignent aussi de la gorge et souffrent des oreilles, par suite de l’extension de la phlcgmasie au pharynx et aux trompes d’Eustache. Ces malheureux sont alors dans un état de malaise inexprimable, ils ne peuvent ni mâcher, ni avaler, ni entendre , ni parler ; les douleurs et la sécrétion incessante de salive em- I pêchent tout sommeil; la face est pâle; il y a une céphalalgie vive et une | réaction fébrile plus ou moins considérable, et, comme dans toute ini flammation , la quantité de fibrine augmente (Andral). Si la stomatite, au lieu de s’amender, continue ses progrès, les gencives tombent en putrilage , les dents noirâtres quittent leurs alvéoles , les joues se gan- I grènent et une portion considérable des os maxillaires peut se nécroser. L’état général est en rapport avec ces graves désordres qui , heureusement, sont rares aujourd’hui, mais qui, communs autrefois, ont provoqué la mort des malades. Ceux qui , plus heureux , y ont survécu , i ont souvent eu des cicatrices vicieuses qui les ont défigurés ou qui ont i gêné ou empêché les fonctions de la bouche et des organes qui y sont contenus. Plus souvent on voit des malades, par suite de l’abondance du ptyalisme, tomber dans le marasme puis succomber si la sécrétion
DES INFLAMMATIONS
morbide ne s’arrête bientôt; ceux qui se rétablissent restant longtemps pâles, amaigris, et ont toujours une convalescence extrêmement longue. Lorsque la stomatite marche à la guérison , la tuméfaction et le ptyalisme diminuent, les ulcérations se détergent, les dents reprennent leursolidité, les malades peuvent manger sans douleur des substances molles, humides, mais il leur est encore impossible de mâcher des corps solides, comme le pain , sans provoquer des douleur vives et le saignement des gencives.
Durée. — La maladie a une durée plus ou moins longue; quand elle est très bénigne, elle peut se terminer en quatre ou six jours, 'mais pour peu qu’elle soit grave, elle se prolonge pendant au moins deux septénaires et quelquefois au delà. Il n’y a pourtant pas toujours un rapport exact entre la gravité de la maladie et sa durée ; il n’est pas rare , en effet , de voir des stomatites mercurielles de médiocre intensité produire pendant plusieurs mois une salivation abondante qui épuise les malades. Ces ptyalismes mercuriels 5 marche chronique sont presque toujours entretenus par quelques altérations de la muqueuse qui est gonflée, saignante, ulcérée dans quelques points; cependant chez un petit nombre les parties molles semblent être revenues à leur état physiologique , elles sont alors plutôt pâles que rouges, on dirait qu’il n’existe dans ces cas qu’une simple habitude de sécrétion morbide. Le plus souvent la guérison une fois survenue est définitive; cependant quelques personnes conservent un état de susceptibilité de la muqueuse buccale qui se gonfle et s’ulcère facilement , chez d’autres les dents se carient ou tombent avant l’âge spontanément et sans être gâtées.
Diagnostic. — Le diagnostic de la stomatite mercurielle n’est jamais difficile; la puanteur toute particulière de la bouche serait à elle seule un caractère pathognomique. On a prétendu pourtant qu’il est quelquefois difficile et même impossible de distinguer les ulcérations mercurielles de celles qui sont produites par le virus syphilitique. Cependant nous pensons que la distinction est facile, caries premières occupent la face interne des joues et correspondent communément à la saillie des dents ; les autres sont ordinairement situées sur le pharynx et les amygdales, ou à la face supérieure de la langue , quelquefois aux lèvres; celles-ci sont arrondies, à fond grisâtre ; leurs bords sont taillés à pic, tandis que les ulcérations mercurielles sont superficielles, irrégulières, couvertes de concrétions membraneuses.
Pronostic. — Aujourd’hui le ptyalisme mercuriel compromet rarement la vie, excepté lorsqu’il est trop abondant ou qu’il provoque dans la bouche des destructions considérables. Le pronostic n’est grave que dans ce cas; dans tous les autres on doit le considérer comme une maladie incommode, dégoûtante, souvent rebelle, mais nullement dangereuse.
DE LA STOMATITE.
Etiologie. — Toutes les préparations mercurielles peuvent produire la salivation , mais nulle ne la détermine aussi sûrement et aussi promptement que le calomel. Après lui viennent l’onguent mercuriel en frictions, la pommade citrine (nitrate de mercure), le mercure gommeux de Plenck comme dans les pilules de Bellosle , le mercure métallique en vapeur, comme cela arrive quelquefois chez les ouvriers qui travaillent ce métal. On a vu également la salivation survenir chez des individus auxquels on avait administré le mercure métallique; mais pour qu’il ait cet effet toxique , il a besoin de séjourner assez longtemps dans les organes digestifs pour s’y diviser, s’oxider et se transformer en bichlorurede mercure (Orfila). La facilité avec laquelle la salivation est. produite varie beaucoup chez les divers individus; il en est, en effet, qui résistent aux mercuriaux sous quelque forme et à quelque dose qu’on les administre , tandis que d’autres ont une susceptibilité telle qu’une petite friction d’onguent napolitain, ou une cautérisation avec le nitrate de mercure, ou l’administration de 15 ou 25 cent, de calomel, déterminent une abondante salivation. Une température froide, l’habitation des lieux humides, une constitution molle, le peu d’activité des principales sécrétions et surtout de la transpiration cutanée , sont les circonstances qui favorisent le plus souvent le développement de la stomatite mercurielle.
Traitement. — Dès les premiers indices de salivation, il faut suspendre l’emploi des mercuriaux : on prescrit alors des pédiluves irrij tants; on établit une forte révulsion sur le tube digestif à l’aide de j purgatifs un peu énergiques, comme l’huile de croton (1 à 3 gouttes) ; en outre le malade conservera dans sa bouche un liquide émollient, muciiagineux. Les moyens abortifs, tels que la glace et divers collutoires astringents, préconisés par quelques personnes, n’ont pas ordinairement l’effet qu’on leur attribue. Nous en dirons autant de plusieurs médicaments donnés dans la pensée de neutraliser le mercure , tels que les acides sulfurique, nitrique, l’iode et les chlorures , l’or, le soufre, les sulfures de chaux ou de magnésie, substances qui toutes sont inutiles, et dont la plupart même sont plutôt nuisibles. L’acide chlorhydrique, au contraire, est un médicament qui jouit d’une véritable efficacité; i car, employé au début de la stomatite , il l’a fait souvent avorter. Pour [ obtenir ce résultat, on touche les gencives et la portion de la muqueuse | qui commence à se boursoufler avec un pinceau de charpie trempé dans de j l’acide chlorhydrique pur, en ayant soin d’essuyer les dents lorsque l’a- I eide les a touchées. Cette cautérisation superficielle, qui sera répétée deux ou trois fois , change le mode d’inflammation de la muqueuse et épargne presque toujours au malade les désagréments et souvent les dangers ; de la salivation , pourvu toutefois qu’elle soit faite dès le début. Cette pratique a été surtout conseillée dans ces derniers temps par M. Ricord, et plus récemment par M. Baumès de Lyon. Je la crois généralement
DES INFLAMMATIONS
bonne, et ne partage nullement contre elle les préventions d'un honorable et habile médecin, M. Requin, qui paraît vouloir la proscrire pour donner la préférence aux simples astringents.
Lorsque la cautérisation échoue, ou bien lorsqu'on ne peut l’employer à cause de la violence des symptômes inflammatoires, on devra insister sur les antiphlogistiques : ainsi la fréquence et la force du pouls pourront nécessiter une ou deux saignées générales j le plus souvent il suffira de faire une ou plusieurs applications de sangsues sous la mâchoire inférieure. Ces parties seront couvertes decatap’asmes émollients; on prescrira des gargarismes mucilagineux , des bains lièdes, et les moyens révulsifs précédemment indiqués; enfin on donnera l’opium pour calmer les souffrances, mais non dans l’espoir d’agir directement, comme on l’a cru , sur la maladie elle-même. Lorsque les symptômes inflammatoires se sont modérés, on rendra les collutoires astringents par l’addition du miel rosat et du sous-acétate de plomb, qu’on élèvera successivement à la dose de 8 ou 12 grammes, ou de l’alun (50 h 80 grammes par litre de véhicule) , ou bien en portant trois ou quatre fois par jour avec le doigt sur les gencives de l’alun pulvérisé , ainsi que le conseille M. Velpeau. On commue les moyens révulsifs, et on excite les principales sécrétions , et notamment la transpiration , par l’emploi des bains de vapeur. La persistance des ulcérations exige souvent qu’on les cautérise avec le nitrate d’argent ou l’acide chlorhydrique; mais comme elles persistent souvent par suite de la pression des dents, on devra, d’après le conseil de M. Ricord, couvrir celles-ci de pâtes molles préparées avec la guimauve et l’opium , ou chargées de chlorure de soude. Cette précaution suffit souvent à elle seule pour guérir des ulcérations qui avaient résisté à tous les autres moyens. Il est inutile de dire que quand la maladie est très aiguë , il faut soumettre les malades à une diète rigoureuse ; plus tard , quand l’inflammation se ' modère , on donne du lait, du bouillon , des potages, des bouillies , des gelées, ou tout aliment qui ne nécessite pas d’efforts de mastication.
Nature. — Beaucoup de médecins, même encore de nos jours , regardent la stomatite mercurielle comme une maladie des glandes salivaires, et spécialement des parotides; mais il suffit d’avoir lu avec quelque attention la description précédente pour être convaincu que ce qu’on nomme vulgairement la salivation mercurielle , n’est autre qu’une variété de la stomatite. L’inflammation des glandes salivaires ne constitue jamais le phénomène prédominant; il est toujours consécutif. La supersécrétion de la salive qu’on observe dépend d’ailleurs bien moins d’une action directe que le mercure exercerait sur les glandes salivaires, que de l’inflammation de la muqueuse buccale, qui agit sympathique-, ment sur elles , en vertu de cette loi qui veut que la plupart des sécrétions soient augmentées lorsqu’une phlegmasie existe à l’extrémité d’un
DE LA GLOSSITE.
conduit excréteur. Ajoutons enfin que le fluide qui s’échappe de la bouche est en grande partie fourni par les follicules de la muqueuse. Quoi qu’il en soit , il est probable que le mercure agit directement sur la membrane et qu’il est éliminé par la sécrétion dont celle-ci est le siège; c’est ce que prouve la saveur métallique toute particulière que les malades éprouvent. La présence du métal a d’ailleurs été démontrée chimiquement par Gmelin. (Voir le journal V Expérience de 1837.)
DE LA GLOSSITE.
La glossite, ou inflammation de la langue, peut n’occuper que la membrane muqueuse ; d’autres fois elle envahit primitivement ou consécutivement le tissu meme de l’organe; de là la distinction de la glossite en superficielle et en profonde.
Symptômes , marche , terminaisons. — La glossite superficielle peu? être caractérisée par les diverses altérations qu’on rencontre dans les variétés de stomatite que nous venons d’étudier. C’est ainsi que nous avons vu le muguet commencer presque toujours par la langue. On voit également cet organe être fréquemment le siège d’aphthes, de productions membraneuses et d’ulcérations diverses. Mais il est une forme particulière de glossite superficielle dans laquelle il existe à peine une très légère tuméfaction de la langue, dont la surface, rouge, sèche, entièrement dépouillée de l’épithélium, laisse à nu les papilles saillantes, ce qui explique la douleur cuisante que le contact des substances les plus douces excite. Le goût est en même temps perverti , altéré ; la parole est difficile ; les ganglions du cou sont fréquemment tuméfiés et douloureux. Souvent aussi il existe des troubles primitifs ou sympathiques du côté des organes digestifs. Cette espèce de glossite a presque toujours une heureuse terminaison ; cependant on l’a vue quelquefois être suivie de gangrène.
D’autres fois l’inflammation semble n’affecter que l’appareil folliculaire , surtout de la base de l’organe : c’est cette forme de glossite que M. Requin désigne sous le nom de papillaire. Les papilles, rouges, dures et saillantes, déterminent alors un sentiment de chaleur, de picotements, qui augmentent et deviennent insupportables pour peu que les aliments soient sapides. Comme M. Requin, je n’ai rencontré cette forme de glossite que chez des femmes nerveuses , hystériques ; elle est ordinairement très opiniâtre.
Dans la glossite profonde ou parenchymateuse , les symptômes sont bien autrement graves : en quelques heures, on voit la langue acquérir un volume tellement considérable et souvent tellement énorme, qu’après avoir rempli toute la bouche elle sort en partie au-dehors , tandis que sa base fait saillie vers le pharynx, et repousse l’épiglotte, ce qui
DES INFLAMMATIONS
produit fréquemment des accidents d’asphyxie. On conçoit aussi que dans ces cas la déglutition et l’articulation des sons soient devenues impossibles. Enfin la circulation cérébrale éprouve elle-même une gêne extrême par suite de la compression des vaisseaux du cou : c’est ce qui explique les symptômes apoplectiques que quelques malades présentent; la face est alors bouffie, bleuâtre; la partie de langue qui sort de la bouche est tendue , rouge ou violacée. Les symptômes généraux sont en raison directe de l’intensité de la phlegmasie et du trouble des fonctions respiratoires.
Cette glossite peut se terminer par résolution , par suppuration ou par gangrène ; la mort peut être l’effet de ces deux derniers modes de terminaison; d’autres fois elle est le résultat de l’asphvxie: celle-ci arrive alors à une époque encore peu avancée, c’est-à-dire au bout de trente-six ou quarante-huit heures.
Diagnostic et pronostic. — D’après ce que je viens de dire , il est évident que le diagnostic de la glossite est toujours facile. On doit également juger combien le pronostic doit être grave lorsque l’inflammation occupe les tissus cellulaires et charnus de l’organe.
Etiologie. — La glossite superficielle reconnaît ordinairement les mêmes causes que la stomatite. Un habile médecin de Rennes, M. Toulmouche , a signalé comme une cause fréquente de glossite ou plutôt de gîosso-stomatite, l’habitude vicieuse des fileuses de chanvre qui, se servent de leur salive pour façonner le fil , et ne cessent de toucher avec leur langue la filasse et leurs doigts; aussi voit-on l'inflammation commencer ordinairement par les papilles. La glossite profonde paraît être rarement primitive : elle est quelquefois produite par une blessure de l’organe, plus souvent elle est l’effet de l’action du mercure; elle accompagne souvent la stomatite mercurielle, parfois elle se déclare comme lésion secondaire dans certaines fièvres gra\es.
Traitement. — La glossite profonde exige un traitement extrêmement énergique : ainsi on devra pratiquer une ou plusieurs saignées larges; on mettra un grand nombre de sangsues sous la mâchoire inférieure , on insistera sur les révulsifs cutanés et les lavements. Enfin, si les accidents sont tellement intenses que le malade soit menacé de suffoquer par le volume excessif de la langue , il faut pratiquer une scarification profonde dans toute la longueur de l’organe; celte opération amène souvent un dégorgement très rapide. La glossite superficielle exige l’emploi de collutoires mucilagineux, puis légèrement résolutifs dès que l’inflammation commence à s’éteindre.