‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 56 sur 140 · I)E L’HÉPATITE · texte numérisé non relu

I)E L’HÉPATITE

le nombre des vomissements. Dans la gastro-duodénite on dit qu’il existe souvent des troubles du côté de la sécrétion biliaire et notamment un ictère; mais le foie conserve son volume comme on peut s’en convaincre par la palpation et la percussion. Nous verrons plus tard qu’il n’est pas possible de confondre l’hépatite avec les coliques hépatiques ou néphrétiques. Le diagnostic , différentiel de l’hépatite avec les fièvres jaune, bilieuse et rémittente des pays chauds, n’offre aucune difficulté; nous renvoyons d’ailleurs à ce que nous avons dit précédemment aux pages 68 et 69. Les abcès du foie , par les symptômes locaux et généraux qui les précèdent , et en raison de l’empâtement et de l’œdème qu’ils produisent, seront facilement distingués des tumeurs hydatiques ou de celles qui sont formeés par la vésicule.

Pronostic. — L’hépatite est une maladie toujours grave; elle est plus fâcheuse dans les pays chauds, surtout lorsqu’elle y atteint les sujets non acclimatés. Sa terminaison par suppuration doit aggraver le pronostic; l’ouverture de l’abcès à travers les parois est préférable à celle qui se fait dans un organe creux; elle doit être considérée comme une circonstance heureuse.

Etiolorjie. — L’hépatite est excessivement rare dans notre climat; elle est, au contraire, très commune dans les pays inter-tropicaux sans qu’il soit possible de dire si elle dépend spécialement de la chaleur, des variations de température ou bien du, mode d’alimentation. Quoi qu’il en soit, l’hépatite, rare partout avant la puberté, atteint plus souvent les hommes : mais on ignore l’influence exercée par les tempéraments et la constitution. On a dit que les miasmes marécageux , que l’usage des eaux stagnantes, que l’abus des alcooliques et que les passions tristes peuvaient provoquer la maladie; mais il n’y a encore rien de certain à cet égard. Dans notre climat , l’hépatite est presque toujours traumatique, et dans les cas rares où elle est spontanée, elle est communément primitive; rarement elle succède à une phlegmasie gastro-intestinale.

Traitement. — Le traitement de l’hépatite est essentiellement antiphlogistique; on se conduira, pour l’appliquer, d’après les règles ordinaires. Il est généralement utile de combiner les saignées générales aux saignédS locales; celles-ci seront faites à l’hypochondre droit ou à l’anus; on prescrira l’usage de cataplasmes émollients, de bains prolongés, de boissons tempérantes. La liberté du ventre sera entretenue à l’aide de lavements, et mieux encore par l’administration de laxatifs doux. Lorsque la médication antiphlogistique est épuisée , ou même avant qu’elle le soit, on emploiera simultanément, les préparations mercurielles. Ainsi des frictions avec l’onguent napolitain seront faites sur l’hypochondre, et on administrera à l’intérieur le calomel à doses fractionnées (1 , 2 ou h grammes dans les vingt-quatre heures). Lorsque

du pus est formé, il faut essayer d’en provoquer la résorption ou tout au moins l’appeler vers la surface de la peau ; dans ce but on applique des exutoires puissants (cautères et sétons) sur l’hypochondrc , et on insistera sur les purgatifs, pourvu que l’état des organes digestifs le permette. L’abcès devenant superficiel , on n’en pratiquera l’ouverture qu’autant qu’il sera bien démontré qu’ikadhère à la paroi abdominale antérieure; on aura cette conviction si la fluctuation est superficielle, voisine de la peau , et si au moins on constate l’œdème du tissu cellulaire sus-jacent à la tumeur. Pour peu qu’on ait des doutes, en ne devra pas donner issue au pus par l’instrument tranchant, mais on pénétrera dans le foyer avec la potasse caustique, qu’on appliquera suivant les règles que nous exposerons en traitant des tumeurs bydatiques du foie.

DE LHÉPATITE CHRONIQUE.

Il est à peu près impossible, avec les documents que nous possédons actuellement, de tracer l’histoire de l’hépatique chronique, tant sous le rapport de l’anatomie pathologique que de la symptomatologie. Je vais exposer ici le peu que nous savons sur cette maladie qui tantôt est primitive, et tantôt consecutive à l’état aigu.

Analomie pathologique. — Pendant un certain temps, et sous l’empire de la doctrine physiologique, les médecins avaient compris indistinctement, sous le nom d’hépatite chronique, presque tontes les altérations de structure du foie, depuis l’injection , le ramollissement et l’induration, jusqu’à l’atrophie, à l’ulcération , à la dégénérescence graisseuse et aux productions cancéreuses. Cette confusion a cessé d’exister aujourd’hui; mais il est impossible, néanmoins, de préciser à quels caractères on reconnaîtra sur le cadavre l’hépatite chronique. Une congestion sanguine, quelque intense quelle soit, ne saurait sufre, quoique celte lésion puisse à elle seule entraîner le dépérissement et la mort. U en est de même de la diminution de consistance de l’organe, qui est une lésion que nous avons déjà vue maintes fois survenir même à un haut degré, indépendamment d’un travail inflammatoire ; j’en dirais presque autant de l’induration. Néanmoins, si la consistance du foie était devenue considérable, sans pourtant que le tissu cessât de conserver son organisation, s’il offrait en même temps une altération de couleur, si surtout il était vivement congestionné, si son volume était augmenté , on pourrait peut-être rattacher ces lésions à un travail inflammatoire chronique. Mais on ne peut vraiment encore émettre à ce sujet que des conjectures. La suppuration , quand elle existe , est au contraire un signe certain de phlegmasie ; elle peut survenir dans l’hépatite aiguë, comme dans l’hépatite chronique; dans celle-ci, l’abcès est toujours enkysté, la membrane pyogénique est résistante, souvent com-

posée de plusieurs feuillets , et entourée communément d’un tissu très induré, blanchâtre, grisâtre ou rouge.

Symptomatologie , marche et terminaison. — Les individus porteurs d’une des lésions qu’on attribue généralement à l'hépatite chronique, éprouvent pour la plupart une douleur obtuse , gravative; la percussion et la palpation font ordinairement constater une augmentation plus ou moins considérable dans le volume de foie. Les digestions sont presque constamment troublées; elles se font péniblement, s’accompagnent de douleurs et d’éructations; il y a tantôt constipation, tantôt diarrhée ; les matières fécles ont , en général , leur couleur ; quelquefois ! elles sont grisâtres et peuvent de temps en temps contenir du sang. 1 a | peau est blanche, grisâtre ou d’un jaune ictérique , et cette coloration est sujette à de grandes variations. Les malades sont languissants; leur i nutrition se fait mal; ils maigrissent , puis leur ventre se développe par ! suite d’un épanchement séreux qui se fait dans le péritoine. Quand la maladie est parvenue à ce degré, la plupart des individus succombent i sans arriver néanmoins jamais au degré de marasme qu’on rencontre dans beaucoup d’affections chroniques, notamment dans la phthisie. Quelques uns pourtant se rétablissent lentement, mais beaucoup restent sujets à de fréquents dérangements d’estomac; d’autres ont de temps I en temps des flux sanguins par l’anus, et éprouvent quelquefois des récidives de leur mal qui finit par les emporte^ ; c’est ce que j’ai eu la douleur d’observer il y a quelques années sur un de mes meilleurs amis que j’avais guéri, dix-huit mois avant , d’un abcès du foie.

Diagnostic. — L’hépatite chronique pourrait être confondue avec les diverses lésions organiques et les productions accidentelles du foie ; mais en traitant de chacune de ces affections, nous rechercherons en quoi elles diffèrent de la maladie dont nous traitons.

Pronostic. — L’hépatite chronique est une maladie très grave.

Traitement. — Si le sujet est fort, s’il existe des douleurs vives et des signes de congestion, il sera utile de recourir de temps en temps à quelque émission sanguine locale, qu’on fera sur l’hypochondre ou h l’anus. On entretiendra la liberté du ventre avec des purgatifs salins. Si le foie est volumineux , on tâchera de résoudre l’engorgement par l’emploi de pommades et de topiques fondants et résolutifs, tels que les emplâtres de savon , de Vigo, les pommades mercurielles et iodées. C’est dans le môme but qu’on administre à l’intérieur le calomel à doses fractionnées , ne s’arrêtant que quand il excite la salivation. Les alcalins ont été également préconisés; tels sont le savon médicinal à l’intérieur , le bicarbonate de soude donné en boisson , en bains , en douches sur l’hypochondre. On soumettra aussi les malades h l’usage de quelques eaux minérales, telles que celles de Vichy, de Carlsbad, de Néris, de Pougues, de Bourbon-l’Archambault, etc. Dans les cas les plus

DES INFLAMMATIONS

rebelles, on appliquera sous le rebord costal un, deux ou trois cautères ou moxas. Enfin si l’individu habite un climat chaud, il faut conseiller rémigration : c’est ainsi que beaucoup de créoles de nos Antilles, atteints d’hépatite chronique rebelle, et avec ascite, se réablissent en venant en Europe, ou en allant habiter sur le continent américain des pays moins chauds que ceux qu’ils quittent.

INFLAMMATION DES ORGANES D’EXCRÉTION DELA BILE, ET SPÉCIALEMENT DE LA VÉSICULE.

. DE LA CHOLÉCYSTITE.

Les conduits hépatique , cyslique et cholédoque , ainsi que la vésicule du fiel , peuvent s’enflammer isolément ou simultanément. Mais de toutes les parties dont la réunion forme les voies biliaires, la vésicule est celle qui s’enflamme le moins rarement. On a proposé de désigner celte inflammation par le nom de cholécystite.

Caractères anatomiques. — Quand l’inflammation occupe les conduits hépatique, cystique ou cholédoque, ces canaux semblent plus volumineux; leur membrane interne est rouge, gonflée, friable, opaque, quelquefois ulcérée; et si l’ulcération atteint toutes les tuniques, une perforation a lieu. Dans l’inflammation de la vésicule , on trouve , en général , que cet organe eut devenu plus ample ; il est distendu par une bile altérée, mêlée ou non à des calculs, plus rarement on la trouve revenue sur elle-même et contenant du pus; sa membrane interne est rouge, épaissie ou amincie, friable, ulcérée, gangrenée. Ces diverses altérations envahissent presque toujours les autres tuniques : aussi trouve-t-on souvent les parois de la vésicule d’une épaisseur double ou triple, ou bien amincies et ayant la ténuité d’une toile d’araignée , d’autres fois parsemées d’escarres , ou bien perforées par suite d’un travail ulcératif qui a procédé de dedans en dehors. Cette participation de toutes les tuniques au travail inflammatoire se remarque surtout dans la cholécystite chronique. En général , alors, il y a exagération de l’état réticulé de la membrane muqueuse; les parois sont épaissies, et toutes les tuniques confondues en une masse homogène et comme fibreuse; l’organe , revenu sur lui-même est atrophié. Il est probable que beaucoup d’oblitérations et d’atrophies de la vésicule et des conduits biliaires n’ont pas d’autre origine qu’une inflammation aiguë ou chronique. Cette oblitération a lieu tantôt par suite du gonflement des parties, d’autres fois par la cicatrisation d’une ulcération qui fait adhérer entre elles les surfaces opposées. Les voies biliaires, lorsqu’elles sont le siège

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d’une phlegmasie aiguë ou chronique, contiennent presque toujours un plus ou moins grand nombre de calculs.

Symptômes. — Il est impossible de tracer actuellement l’histoire symptomatique de l’inflammation des voies biliaires. Quoi qu’il en soit , voici les accidents qui ont été le plus souvent observés. Les malades ressentent une douleur très vive sous le rebord des fausses côtes , augmentant par la pression et gênant la respiration et les mouvements. Quelquefois on sent se dessiner à ce niveau une tumeur piriformc ; en même temps il y a des nausées, des vomissements, de la constipation et un teinte ictérique, surtout lorsqu’il existe un obstacle permanent au cours de la bile ; enfin la fièvre est plus ou moins vive. La marche de la maladie est le plus souvent rapide ; elle l’est surtout lorsque l’issue est funeste. Celle-ci est produite , tantôt par une péritonite suraiguë consécutive à la perforation de la vésicule; ou bien elle a lieu d’une manière brusque , et dans ces cas elle ne peut pas toujours être expliquée par l’intensité des douleurs. Il existe dans la science au moins cinq ou six observations d’inflammation des voies biliaires ayant ainsi amené une mort subite. La terminaison est favorable , ou bien parce que l’inflammation se résout, d’autres fois parce que la vésicule, distendue par le pus , se vide à travers la paroi abdominale , ou bien par le colon et le jéjunum. En définitive, dans l’état actuel de la science, on pourra quelquefois soupçonner une cholécystite; mais il est impossible de porter à ce sujet un diagnostic certain, et souvent il sera impossible de dire si les symptômes qu’on observe dépendent d’une cholécystite plutôt que d’une péritonite locale ou d’une colique hépatique. Ce que je dis ici s’applique surtout à l’inflammation des conduits biliaires ; d’ailleurs il est d’autant plus difficile de reconnaître ces affections qu’elles sont rarement primitives, puisque, dans presque tous les cas, elles coexistent avec des lésions graves du foie ou avec l’existence de produits morbides, comme des calculs, soit qu’alors la présence de ces corps étrangers, inégaux ou anguleux, ou leur migration d’un point dans un autre, ait enflammé la membrane muqueuse, soit qu’il y ait eu un coup ou une pression trop forte exercée sur l’hypochondre droit, soit enfin qu’un obstacle existant dans le canal cholédoque ou sur son trajet, la bile s’accumule dans la vésicule et 'la distende outre mesure. Il est possible encore que l’inflammation soit quelquefois consécutive à la phlegmasie du duodénum ; mais il n’existe encore à ce sujet que des données fournies par la théorie. Si on pouvait reconnaître une cholécystite , on devrait porter un pronostic très grave.

Traitement. — Le traitement sera essentiellement antiphlogistique; il sera le même que pour l’hépatite. Si la vésicule , très distendue , formait une saillie , on devrait se hâter de l’ouvrir avec le bistouri , si on était certain qu’elle a contracté des adhérences avec la paroi abdomi- I. 19

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nale. Dans le cas contraire, on l’ouvrirait par le même procédé que les abcès et les âcéphalocistes du foie. (Voir Hydatides du foie.)

DE LA PANCRÉATITE.

La pancréatite paraît être une affection excessivement rare ; il est à peu près impossible , en réunissant tous les faits connus , de pouvoir encore tracer l’histoire symptomatique et même anatomique de cette affection ; toutefois voici ce qui résulte de l’étude des observations qui ont été réunies et analysées par MM. Bécourt, Mondière et Raige- Delorme.

Dans la pancréatite aiguë, il y aurait de la fièvre, une douleur constante avec tension et parfois tumeur circonscrite au centre de la région épigastrique ; les selles seraient liquides, séreuses, et plus ou moins analogues à la salive ; enfin dans quelques ca§ on dit avoir vu survenir un ictère. On a admis que la pancréatite pouvait se terminer par résolution , par suppuration , par gangrène ou par induration. Lorsqu’il y a abcès , le pus pourrait s’épancher dans le ventre , ou se faire jour dans l’estomac ou l’intestin.

La pancréatite serait une affection rarement primitive ; mais elle succéderait presque toujours à l’inflammation d’un organe voisin. Elle pourrait aussi être sympathique de l’inflammation des glandes salivaires, et dans ce cas on observerait, dit-on, une sorte de balancement entre la sécrétion pancréatique et celle de la salive .-ainsi, lorsque la salive coule abondamment , les symptômes locaux de la pancréatite , et notamment la diarrhée, diminueraient ou cesseraient, tandis que le contraire aurait lieu dans les cas où l’irritation des organes salivaires viendrait à diminuer. Mais nous le répétons, tout ce qui précède ne doit être considéré que comme de simples assertions ; car on ne sait encore absolument rien sur la pancréatite aiguë ou chronique.

DE LA SPLÉNITE.

L’inflammation de la rate , ou la splénite , est une affection qui paraît être extrêmement rare , et dont nous ne connaissons encore que très imparfaitement les symptômes et les caractères anatomiques.

Anatomie pathologique. — La rate est le siège de diverses altérations dans le cours de plusieurs maladies , et notamment dans les fièvres intermittentes et l’affection typhoïde. Nous avons vu que , dans ces pyrexies , elle augmentait beaucoup de volume , que sa couleur était plus foncée, et enfin que sa consistance était tellement diminuée qu’elle se réduisait en pulpe , en bouillie , à la moindre pression ; mais comme nous l’avons déjà établi , ces lésions si profondes semblent indépendantes

DE LA SPLÉNITE.

de toute inflammation. Nous croyons que les seuls indices certains d’un travail phlegmasique sont la présence du pus ou l’infiltration du tissu de l’organe par une matière fibrino-albumineuse. Nous ne parlerons pas des cas dans lesquels les abcès de la rate , coïncidant avec des collections de même nature dans plusieurs viscères, sont symptomatiques d’une infection purulente du sang ; mais il ne doit être question ici que des abcès idiopathiques. Ceux-ci sont excessivement rares. Quand ils existent , l’organe est ordinairement augmenté de volume ; il tient plus ou moins aux parties voisines par des adhérences récentes , lorsque la phlegmasie s’est propagée jusqu’au péritoine. Dans ce cas , on voit se refléter à travers cette membrane et la tunique fibreuse une couleur d’un blanc opaque, produite par la collection purulente. Le pus phlegmoneux, homogène, ou bien sanieux et mêlé au détritus de la rate, est presque toujours réuni en un ou plusieurs f -vers superficiels ou profonds, libres ou enkystés. Dans la plupart des cas, il n’existe que 10 à 30 grammes de pus; mais on a vu cette quantité s’élever plusieurs fois à plus de 5 ou 6 litres. Le foyer purulent est tantôt isolé, ou bien il communique par une ou plusieurs ouvertures avec l’estomac , l’intestin, la plèvre, le poumon , ou à la surface du corps , ou bien enfin avec le péritoine. Nous avons dit plus haut qu’au lieu du pus il se produisait souvent dans les aréoles de la rate enflammée une matière albumineuse , fibrineuse, concrète, assez consistante, qui infiltre le tissu presque uniformément, et plus souvent encore est disposée par plaques ou par zones. Dans les splénites partielles , nous avons vu ces concrétions établir la ligne de démarcation entre les parties saines et les parties malades.

Symptômes , marche et terminaison. — La splénite peut débuter brusquement ou après des prodromes. Elle est caractérisée par une douleur plus ou moins vive , presque toujours obtuse, dans l’hypochondre gauche , s’irradiant quelquefois vers l’épaule et la région mammaire correspondante. Le plus souvent la rate est augmentée de volume : c’est ce que l’on constate par l’inspection qui dénote une ampliation de l’hypochondre gauche , par la palpation qui fait reconnaître que cet organe dépasse ordinairement le rebord costal, mais surtout par la percussion qui permet de le circonscrire. On reconnaît par ces divers modes d’exploration que , dans la sp énite , le volume de la rate dépasse rarement 15 à 18 centimètres; l’auscultation ne donne aucun résultat, si ce n’est dans le cas où l'inflammation , ayant gagné le péritoine , et y ayant produit des fausses membranes, l’oreille , appliquée à ce niveau , y distingue un bruit de frottement comparable à celui que nous entendrons dans la pleurésie. Lorsque l’organe a acquis un volume très considérable, il se forme quelquefois un peu d’épanchement ascitique , et même une infiltration séreuse des membres inférieurs , à cause de la gêne que la circulation veineuse éprouve. Il est encore quelques autres accidents qui

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résultent de la compression que la rate exerce sur les organes voisins : tels sont la dyspnée, la toux et les vomissements. Presque toujours , et pour peu que la phlegmasie soit intense, il existe une fièvre continue et qui offre parfois des redoublements réguliers. On dit même que quelquefois on a observé des accès fébriles franchement intermittents. En général, la splénite ne s’accompagne d’aucun accident grave, à moins qu’elle n’envahisse tout l’organe , et qu’elle ne s’y termine par suppuration. Cependant nous ne possédons encore à ce sujet aucune donnée certaine; nous ne savons rien non plus sur la marche et la durée de la phlegmasie. Celle ci se termine le plus ordinairement par résolution, souvent aussi par suppuration. Les signes de la présence du pus dans la rate sont extrêmement obscurs, et il est rare, à moins que l’abcès ne devienne superficiel, qu’on ait à ce sujet aucune certitude. Les frissons, les sueurs nocturnes, l’amaigrissement, succcdantà des accidents aigus, ne peuvent que faire présumer la présence du pus sans la caractériser. On ne sait encore si le pus, réuni en foyer dans la rate, peut y être résorbé ; mais presque toujours, de même que pour le foie, l’abcès se vide dans l’estomac, dans le colon, dans l’uretère gauche, dans le péritoine, dans la plèvre et les bronches; l’ouverture de l’abcès à travers les parois abdominales est un des modes de terminaison les plus rares. On a encore vu le pus fuser au loin, et s’échapper, par exemple, par un abcès de la vulve ( Schlichting ), ce qui est un fait peut-être unique. Il n’existe aucun exemple aulhen • tique de spléniîe terminée par gangrène. Enfin , quel que soit l’organe ou le point du corps vers lequel le pus se porte , l’évacuation de ce liquide soulage immédiatement, et peut être suivie d’une heureuse terminaison; mais le plus souvent les malades maigrissent , dépérissent et succombent au bout de plusieurs mois, au milieu des symptômes de la fièvre hectique; chez d’autres, la mort suit de près d’évacuation du pus qui se fait au milieu des accidents les plus graves : tel est le cas rapporté dans ■

le 8*2e volume du Journal de médecine , d’un militaire qui , ayant eu dans l’espace de quatorze jours un vomissement abondant de sang et de pus , accompagné d’une syncope effrayante, succomba. On trouva, à l’autopsie, la rate détruite, excepté dans l’épaisseur de 5 millimètres, et convertie en une vaste poche purulente communiquant avec l’estomac par une ouverture large comme une pièce de 6 francs. Nous ne savons absolument rien sur la spléniîe chronique.

Diagnostic. — Une douleur constante et les symptômes aigus feront distinguer la splénite de l’hypertrophie simple de la rate ou des productions accidentelles qui se forment dans ce viscère. La douleur, la matité, qui peut remonter assez haut dans la poitrine, l’affaiblissement du murmure vésiculaire, enfin la dyspnée et la fièvre, pourraient faire confondre la splénite avec la pnemonie, ou bien avec la pleurésie. Mais, indépendamment des signes d’auscultation qui , comme la crépitation , le souffle, la

DE LA SPLÉNITE.

broncophonie ej l’égophonie , manquent tout-à-fait dans la splénite , la percussion fera reconnaître en outre que la matité dépend de la rate, par la place qu’elle occupe , par sa circonscription , parce qu’elle est fixe et ne peut jamais être déplacée par les positibns diverses qu’on imprime au tronc. Nous dirons, plus tard , en quoi la splénite diffère de la péritonite locale.

Il nous paraît à peu près impossible de confondre un abcès volumineux de la rate avec un épanchement ascitique ; cependant l’histoire de l’Académie des sciences , pour l’année 1753, contient le fait unique d’un jeune homme de dix-huit ans, miné par une fièvre hectique, dont le ventre offrait le développement et la fluctuation qu’on observe dans l’ascite. Une double ponction donna issue à plus de 7 litres de pus. Le malade ayant expiré , on s’assura , à l’ouverture du corps , que la rate était tellement augmentée de volume, qu’elle s’étendait de l’épigastre au pubis, en recouvrant tous les viscères abdominaux; elle avait environ 5 décimètres de long sur 3 à A de large; elle était creusée d’une poche qui contenait encore 7 pintes de pus, et qui était tapissée d’une membrane solide. Cette pièce curieuse fut présenté à l’Académie des sciences. Dans un cas pareil , nous croyons qu’il serait facile d’établir le diagnostic différentiel par ie commémoratif, aussi bien que par l’examen du malade. C’est ainsi que l’on apprendra que l’intumescence du ventre , au lieu de se faire de bas en haut, comme dans l’ascite, a , au contraire, commencé par l’hypochondre gauche, et s’est rapprochée successivement du pubis. Dans l’exploration, on reconnaîtra que la fluctuation est plus profonde et plus obscure que dans l’ascite ; on ne peut déplacer le liquide, ni par conséquent la matité, en faisant varier les positions du malade. Le plus souvent, en palpant le ventre avec soin , on pourra reconnaître les limitesdela tumeur à un rebord plus ou moins saillant ; enfin la percussion faite avec un certain soin sur la tumeur et à sa circonférence, démontrera derrière elle la présence du tube digestif, qui n’est pas refoulé vers l’épigastre, comme on le voit dans l’ascite ou dans le cas de tumeurs qui partent de l’excavation pelvienne.

Dans la 11e livra son de son Anatomie pathologique, M. Cruveilhier a publié, sous le nom de Splénite , de Ramollissement aigu de la rate, plusieurs observations fort curieuses d’individus ayant succombé après avoir présenté de la suffocation , de l’angoisse , des nausées, des vomissements, un pouls médiocrement fort et fréquent , et quelquessymptômes de remitlence. La rate fut trouvée suppurée en partie dans un cas , diffluente et grisâtre dans un autre , noirâtre et pulpeuse chez un troisième. J’ai, en 1837, observé avec M. Chomel ce même appareil de symptômes graves a\ec des accidents cérébraux , chez une jeune femme, à l’autopsie de laquelle nous ne trouvâmes qu’une splénite circonscrite , caractérisée par une infiltration fibrino -albumineuse du tissu. Mais

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est-il rationnel de rattacher à cette faible lésion tout l’appareil symptomatique si grave observé pendant la vie ? La splénite ici , comme dans les premières observations de M. Cruveilhier, ne serait-elle pas | plutôt une lésion tout-à-fait secondaire d’une maladie indéterminée? je le présume. Quant aux deux autres observations rapportées par le savant professeur, je serais porté à les regarder aussi comme des cas de {amollissements non inflammatoires, analogues à ceux qu’on voit si » souvent dans les maladies graves , et surtout dans les maladies par infection.

Pronostic. Il est impossible encore d’être bien fixé sur le degré de gravité de la splénite. Cette affection est pourtant très sérieuse lorsqu’elle se termine par suppuration.

Etiologie. — La splénite est rarement primitive, le plus souvent elle est produite par une cause traumatique et surtout par un coup porté sur l’hypochondre gauche. On conçoit facilement, d’après cela, pourquoi des fièvres intermittentes antérieures, en laissant à la rate un volume plus considérable, constituent une véritable prédisposition de la splénite, surtout lorsque l’organe dépasse le rebord costal, car il est alors plus exposé aux violences extérieures.

Traitement. — Le traitement sera antiphlogistique. A moins que la gravité des symptômes généraux ne réclame une ou plusieurs saignées générales , on préférera les émissions sanguines locales, auxquelles on associera les bains, les cataplasmes, les doux laxatifs. Si les accès fébriles étaient régulièrement intermittents ou même rémittents, on administrerait concurremment le sulfate de quinine, comme dans une fièvre périodique ordinaire. Les purgatifs, les préparations mercurielles en frictions, et, dans une période avancée, les vésicatoires à titre de révulsifs , sont encore indiqués.

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