‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 58 sur 140 · LARYGITE AIGUE SIMPLE OU MUQUEUSE · texte numérisé non relu

LARYGITE AIGUE SIMPLE OU MUQUEUSE

Caractères anatomiques. — Les seules lésions anatomiques ne consistent qu’en une rougeur de la muqueuse; souvent aussi celle-ci est, en outre, friable, épaissie. Dans ce dernier cas, on constate une diminution dans le calibre du tuyau aérien. Le même effet pourrait être produit si l’inflammation avait occasionné l’infiltration séreuse ou purulente du tissu cellulaire sous-muqueux. Enfin , dans certains cas de laryngite on trouve l’appareil folliculaire enflammé (Cruveilhier) ; ou bien ce sont des ulcérations superficielles ; enfin , des pustules peuvent exister : c’est ce que nous avons vu dans la laryngite aiguë qui survient dans le cours de la variole.

Symptômes. — Dans la plupart des cas , la laryngite aiguë ne détermine que des symptômes locaux sans aucune gravité. La voix est constamment altérée dans son timbre; elle est criarde, inégale, le plus souvent rauque; quelquefois il y a une aphonie complète. Les malades accusent, en outre, un sentiment de chaleur et d’ardeur dans le larynx; ils éprouvent, au niveau de la glotte, un picotement incommode qui excite la toux; celle-ci est souvent pénible en raison de la douleur cuisante qui accompagne l’expulsion brusque de l’air. L’expectoration est nulle ou n’est formée que par quelques crachats blancs et épais. La pression exercée extérieurement, sur le larynx , est quelquefois douloureuse et excite souvent la toux ; il en est de même des mouvements de déglutition , pendant lesquels l’épiglotte est refoulée sur l’ouverture du larynx, qu’elle comprime parfois douloureusement. Il est ordinaire qu’à ce degré la laryngite n’excite ni malaise , ni fièvre , ni dérangement des fonctions digestives.

Cependant, dans une forme plus grave, la gêne vers le larynx est plus grande ; quelques malades ont la sensation d’un corps étranger qui s’oppose à l’entrée de l’air; la voix est éteinte, sifflante, et se fait avec de grands efforts; quelquefois alors on entend à distance ou en auscultant le larynx un râle muqueux trachéal plus ou moins bruyant. Cependant , pour peu que cette gêne de la respiration se prolonge , la figure exprime l’anxiété ; elle est pâle , altérée ; les lèvres sont bleuâtres, les yeux saillants, la peau est chaude, le pouls fréquent, petit. Ces symptômes peuvent aller sans cesse en s’aggravant; d’autres fois il se calment momentanément après que les malades ont rejeté quelques crachats muqueux , opaques ou filants. Cependant ces instants de répit sont très courts; bientôt les accidents s’aggravent de plus en plus, et la n)ort survient presque toujours avant le huitième jour, au milieu des symptômes'd’asphyxie ou de suffocation. Le plus souvent, néanmoins, la maladie a une heureuse issue; les symptômes diminuent alors graduel-

DES INFLAMMATIONS

lement et rapidement de violence ; l’altération de la voix est le seul trouble qui persiste pendant un temps quelquefois très long.

Diagnostic. — Nous dirons plus tard comment on pourra distinguer la laryngite simple des autres espèces d’inflammation du larynx. On ne confondra par la forme grave de la maladie avec un corps étranger dans le larynx, par l’absence de fièvre dan? ce dernier cas, parce que les quintes de toux d’une violence extrême et la suffocation survienent subitement au milieu de la santé, et que les intervalles de calme sont beaucoup plus tranchés que dans les cas d’inflammation aiguë grave du larynx. «

Pronostic. — La laryngite n’est fâcheuse que lorsqu’elle est intense; elle est plus grave chez l’enfant , en raison de l’étroitesse du larynx à cet âge.

Etiologie. — Presque toutes les laryngites sont produites par l’action du froid et de l’humidité; d’autres fois la maladie est consécutive à l’exercice immodéré des organes de la voix; plus rarement elle est déterminée par l’inspiration de vapeurs irritantes, comme celles de l’acide chlorhydrique , ou par l’ingestion de boissons trop chaudes qui enflamment, en passant, l’épiglotte et la glotte. La laryngite est souvent épidémique, mais rien ne prouve qu’elle ait jamais été contagieuse. La forme grave survient quelquefois dans le cours de la variole; elle est l’effet du développement de pustules nombreuses dans l’arbre aérien; j’en ai vu plusieurs cas.

Traitement. — Dans la forme bénigne de la laryngite , on conseille le repos de l’organe malade, au milieu d’une température douce et uniforme. On pourra y joindre l’usage de pédiluves irritants et de boissons pectorales. Ces moyens sont insuffisants dans la forme la plus grave. Ici, en effet, les émissions sanguines sont indispensables; on ouvrira donc la veine, et l’on appliquera simultanément un grand nombre de sangsues sur le larynx. On insistera sur les révulsifs cutanés, et si ces moyens sont insuffisants, il faudra produire unevioleute secousse en administrant un éméto cathartique. Si, nonobstant ces moyens, la suffocation est imminente , et si on ne peut plus recourir aux émissions sanguines , il faut exciter une forte révulsion à l’aide d’un large vésicatoire appliqué à la nuque ou sur le larynx lui-même, et aux extrémités inférieures. Enfin, lorsque la mort est imminente par suite des accidents d’asphyxie, il faut recourir à la laryngo-trachéotomie.

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