DE L^CEDÈME DES NOUVEAU-NÉS
passe légèrement et à plusieurs reprises la pulpe du doigt sur le lieu qui a été comprimé, on distingue un léger enfoncement qui ne tarde pas à disparaître. Lorsque Tœdème est encA'e peu considérable, et qu*il n'occupe que la couche la plus superficielle du tissu cellulaire, on parvient à le constater assez facilement en '-pinçant le peau entre les dernières phalanges du pouce et de Tindex ; on produit de la sorte une dépression caractéristique. C'est là souvent le seul moyen de reconnaître rœdématie conMicuçante de la partie supérieure et inierne des cuisses. .
On oppose à l'œdème le même traitement qu*à l'anasarque. J'ajouterai pourtant qae, dans un grand nombre de cas, une position cx)nvenable, et telle qu'elle bv4)nse la circulation veineuse, suflit pour faire disparaître la maladie. Enfin, la compression à l'aide d'un bandage roulé est un des moyens les plus efficaces pour ^^|ërir Tœdème ou pour l'empêcher d'augmenter aussi rapidement loi*squ*il se rattache à une lésion {yermanente. Dans Tœdème douloUreux de la convalescence, on devra envelopper les parties de fomentations narcotiques. Le docteur Graves, qui a publié quelques recherches sur ce sujet, pense que le meilleur moyen à exposer à cette sorte d*(pdème consiste à promener sur la tuméfaction des membres des vésicatoires volants ; mais ce traitement nous paraît pire que le mal.
L*Gedème sous-cutané offre deux variétés importantes à étudier, qui sont Vœdème des notweau-nés et la pklegmatia alba dolens.
De VmdèuÈe dei noaT6Mi-nés.
STVOtmilE. — Sclërème ; adème dur ; endareittement du Utsa cellnlalré.
Les nouveau -nés abandonnés dans les hospices sont fréquemment atteints, dans les premiers jours qui suivent leur naissance, d'un cedème dur, résistant, limité parfois à quelques parties, inais qui envahit ordinairement presque toute la périphérie du corps. Gomme nous lo dirons plus tard, cette hydropisie ne diiïère pas essentiellement des cedèmes ordinaires.
Lésions cndavériques, — La maladie dont je parle est véritablement un a?déme ; car si l'on incise après la n^ort les points où le gonflement a existé pendant la vie, on fait ruisseler une quantité plus ou moins considérable de sérosité jaune qui n'infiltre guère que le tissu cellulaire sous-cutané, lequel n'oiïre d'ailleurs aucune antre altération (Valleix). Sur les cadavres des nouveau-nés qui succombent à Tcedème, on trouve le tube digestif souvent injecté ; ie système sanguin est gorgé de sang ; les poumons sont souvent hépatisés ; enfin , d'apn*s les recherches que notre ami le docteur Charccllay a publiées en \^lx\ dans le recueil de la Société médicale d' Indre-et-Loire^ les reins seraient presque toujours le siège de quelque altération. Ils seraient tantôt hy|)érémiés, tantôt pâles, anémiques, petits, atrophiés, ou bien durs, résistants, friables; la substance corticale, enfin, serait souvent anémique, jaunâtre, hypertrophiée, d'un aspect granuleux. En un mot, on voit que l'habile médecin de Tours a trouvé chez les enfants succombant à l'oedème du tissu cellulaire quelques-unes des altérations qui caractérisent la maladie de Bright : aussi M. Charcellay établit-il comme proposition générale que l'œdème des iiouveau-nés reconnaît trh souvent pour cause une néphrite albumiiieuse. Plusieurs des faits rapportés par l'observateur distingué que je viens de citer justifient cette manière de voir ; néanmoins, en présence des observations nombreuses recueillies à Paris, surtout par Valleix et par Billard, nous croyons qu'on ne peut invof|uer une affection rénale comme cause d'oedème que dans des cas tout à fait exceptionnels. M» Roger, ayant aussi étudié cette question, n'a jamais non \\m& tcoux^
ISi i>ES SÉCRÉTIONS MORBIDES»
los reins malados. Ajoutons enfin que l'albuminurie du nouvoaii-n^* ne diffère ptt de celle de l'adulte, et ne présente pas dans sa forme extérieure \e^ caractères de l'œdème dur. Quant aux pneumonies et aux autres lé.sn>Ds quon rencunlre Mr quelques cadavres, cène sont que des complications, des altératious accidentelles; c'est donc à tort que quelques |)en»onnes les ont regardées couinie étant la came de roedèine des nouveau-n^s.
Symptômffs, mnrrliP, — l/œdème survient communénfftkt du premier au b«tième jour après la naissance. Au début de la maladie, il y a une cokiralion géoérale livide, un froid marqué de tout le ci>rps, plus considérable aux esiréniiiés,* assoupissement plus ou moins profond ; la respiration est gênée, et les îospinlKMi sont courtes. Bientôt de r<iHième se manifeste aux pieds, aux mains, à la face : il 8*y présente avec les caractères ordinaires, et quoi qu'en aient dit qaém^ auteurs, la pression du dcfigt produit un enfoncement profond, qui disparaît leslemcnt, à moins pourtant que Tœdème no soit peu considérable. i*eu à peu llniltration gagne d'autres parties du corps ; la face «st fiàle, la peau prend une coalcv violette, souvent mêlée à une icinie ictérique ; le refroidissement augmente à oi point tel, que >l. Koger a \u, en pareil c^s, le tberinoinètre mis dans TaissdW descendre à '25, 23, 22 degrés. Le pouls est à peu près imperceptible; le cri oiTrv quelque cliose de particulier : il est aigu, entrecoupé, extremcinent faiUe, sou-
vent étouffé et voilé, pliénomène qui ordinairement ne se rattacbe pas, comme oo l'a prétendu, à un cedèmede la glotte (Valleix). Enfui les enfants succoml)ent par les progrès de l'asphyxie ou par suite d'une maladie intercurreute, et surtfwi d'une pneumonie. (^)uand la guérison survient, la respiration devient plui facile, rassoupisseiiieut cesse, et l'œdème a)inmence à disparaître dans les points qui avaient été envahis lesderniei-s.
Uiagnostic. — il est impossible de confondre iœdème iias nouveau-nés avu' un tfrysipèle œdétnaff-ux : car dans celui-ci la p(>au, d'un rouge foncé, est épaisaù. saillante, dure <'i douloureuse ù la pression. Quelques auteurs out encore i^ufonduavec l'iudème l'endurcissement adi))eux, altération que MM. Uu^va et l>':i:> ont décrite comme une \ariété de l'œdème. Mais, ainsi (|ue lubservent HiiiaiJ t-i Valleix, ces deux affections n'ont rien de commun : car l'induratiou du tissu dàpeux n'est qu'un phénomène cadavéricpie, et s'il 8ur\ient [vendant la vie. ce ue>. que durant l'agonie, et lorsque la ciialcur animale est déjà presque Oieinte. Ma- Billard et \allri\ ont bien souvent constaté que des enfants mort^ depuis pi iLHii:ur> heures, et étant encore dans leur b(TCcau, avaieul les membres souples olnioib. tandis qu'en les examinant le lendemain à l'amjihitliéàlrc on les tniuvait luii; i fait durs.
Pronostic. — L'iedème dvs uouvcau-ués est une maladie très grave, pui^jut presfpic tous les enfants qui en sont affectés succombent très rapidement.
Camoit, — L'œdi'Uie paraii affecter plus particulièrement les enfants ciiêiiLv débiles, nés avant terme. Celte maladie se rencontre raremcnl dans la pratiqu* civile, tandis qu'elli* esl très commune dans les hosj>ices. Les reh*vûs statisii4|ui> de Billard, Valleix, et de M. <:harceliayont pniuvé que l'impression du fmidètAii la cause occasionniîlle la j)Uis fréquente de l'œdème ; c'est ce qui explique pourquoi la maladie est si commune dans les hospices, et pourquoi elle sévit [Kirticulièremenl pendant la saison froide.
Traitewent — I*es émissions sanguines ont paru être à quelques personut^ I' mode de traitement le plus avantageux : ainsi on a dit de mettre une, deux uu trois sangsues pour couiWvu*\tVàVà\io\\\%^isx\^^^ siV 4» \^létliore (Billanl. \al-
DE LA PHLëGMATIA ALBA IK)LENS. 735
leix); inaisceilo médication |)oiitOtre dangereuse quand on l'applique à des enfants débiles, et ci>niine la piiij)art des enfants durs sont dans cette catégorie il b'eusuit que la saignée i% très rarement recommandée. Les moyens les plus souvent applicables consistent à exciter la peau, à réveiller la circulation, la respiration etTinnervation, qui sont dans un état de langueur. Ainsi M. CtiarccUay a obtenu debouseiïets des bains rliauds répétés et prolongés; mais à Paris on a essayé sans avantages réels K^ftage di^ bains de vapeur. On protège les enfants contre le froid en les enveloppant de flanelle, et l'on fait sur la peau des frictions sèches et aromatiques. Enlin, dans ces derniers temps, M. Legroui a conseillé d'exercer ope çspiïce de massage des |>arties infiltrées. Il exerce des pressions énergiques avec leâ mains; en même temps il excite la respiration par des pressions sur les '^|Mrois et à l'épigastre, <ie manière k imiter les mouvements naturels. Enfin, il l3t exécuter aux membres des mouvements ^Iteruatiflf de flexion et d'extension pour favoriser le cours du sang et réveiller la calorification. Le massage est répété loutes les deuv ou trois heures pendant plusieure jours de suite. L'enfant sera convenal)lement alimenté, et si sa faiblesse est telle qu'il ne puisse exercer la succion ou avaler, on introduira le lait dans l'estomac à l'aide d'une sonde qu'on introduit par les narines ou par la bouche.
Nature. — L unième des nouveau- nés n'est peut-être pas toujours une afièction absolument identique. Il est iK)ssiijle, comme le croit M. Cliarcellay, qu'il aoit, dans quelques cas, symptomatique d'une affection rénale ; mais beaucoup plus souvent sou dévelop|)emeut s'explique par la gêne de la respiratiou, et surtout par la stase de la circulation. (Test une espèce d'asphyxie lente, c'est une asthénie générale. Peut-être enfin rœdèmc constitue- t-il, dans bon nombre de cas, une maladie essentielle survenant, comme quelques auasarques qu'on observe k un âge plus avancé, sous l'influence d'un refroidissement, et probablement par suite de la diminution ou de la mippressiun de la perspiration cutanée ; il serait i sou* haiter que le sang fût analysé.
He la phlegmatia aIIm dolens.
Stmohtmie. — OEdcroe doulonrtux, oBdème des f«niini-g en couchas ; engorgerneBU, ou d«p6l UUflox.
Les femmes en couches sont quelquefois afTectées d'un cedème ordinairement borné aux fxti'émités inférieures, 8'accomi)agnant d'une sensibilité très vive des parties où il siège, et se compliquant fréquemment de diverses lésions inflammatoires, surtout des systèmes lymphatique et veineux.
historiffup. — Cette maladie, sur la< nature de laquelle on ne possède encore que des notions |H'U précises, parait avoir été décrite pour la première fois par Mauriceuu, dans son Traîiô des femmes gi-ossrs, Pu%os et Levret, dans leurs ouvrages sur les accouchements, en tracèrent €n tableau plus fidèle ; mais ce ne fut qu'à la fin du dernier siècle que White publia sur celte affection des recherches beaucouj) plus complètes I -. Depuis lors ïàphleymutUi alba dolans a été l'objet de tra\aux im^Kirtauts dans toute l'Europe. Ou doit surtout distinguer ceux de Davis (2), de Lee (W , en Angleterre, et en France ceux de M>L Vel|)eau (4), boudant (j)J)ourhut (6], Ghérard (7).
(4) Inquirîn hiio the tiatiirr ami niufe, elc, 1784. — (2) BÊidico-ehirurg, Tramactiom of Londvu, iS'2^y vt Journal tUëprogiùs, L I. •- (3) Medieo-ckirurg, Trantactiom of l^ndan^ 4B20, et Traité des maiadiet des femmes. — {à) Archives de médecine, t. VI, année 1834. — (3) Bulletins de la Société imatomique, année 1828. — (6) Geuette nsédicale de ParU^ ib^k. — -7) TIicm: de la Faculté de Strasbourg, année 1835.
Anntomie pathologique. — Chez les femmes qui succombent à la maladie, « aurait trouvé des lésions très diverses : ainsi on a signalé des coUectioiis ponlentes disséminées ou diffuses dans le tissu cellulaire sous-cutané, et entre les couches musculaires des membres inférieurs; chez d*autres on aurait \d I»gaglions lymphatiques inguinaux gonflés, ramollis et suppures. On aurait trouvé qoi quefois aussi les lymphatiques volumineux et contenant un pus phi^moneiaw rougeâtre; ce fluide aurait même été rencontré dans le ca ffllf thoracique. D'aotni médecins, tels que Davis et Lee, ont trouvé le tronc des veines crurales (tn branches profondes, les veines iliaques et hypogastriques , enflammés , ranpiiiè caillots et de pus. Enfin M. Veli)eau a vu les symphyses du bassin «Mre phlogah^ pleines de pus, et leurs cartilages ramollis. II n'est pas rare de voir sur le ntaii cadavre plusieurs des lésions que je viens d'indiquer. Que conclure de c^ diversité de lésions ? si ce*h*est qu'on a pit>bablement donné le même ncoi ï h alTections très différentes. Quoi qu'il en soit, aucune des altérations que je via de signaler ne saurait être considérée comnio formant le caractère anatomiqneè la maladie : celle-ci n'a pour caractère constant qu'une infiltration séreuse de membres inférieurs. Les autres altérations ne devaient donc être regardées qs comme des accidents ou des complications. C'est ainsi qu'ayant disséqué areck plus grand soin le membre abdominal d'une femme qui, atteinte d'oedème doaloireux, mourut d'une péritonite intercurrente , je ne pu^ constater aucune Mm dans les vaisseaux. M. Jacquemier cite un fait, et M. Smeets en a publié en 1891 trois autres entièrement semblables. Ces faits pourtant sont pent-Otre exceptioniNb, mais la rareté des autopsies ne permet pas de l'affirmer.
Symptômes. — La maladie survient rarement avant le cinquième jour des couches ou après le vingt-cinquirme ; le plus souvent elle se déclare entre le dîxièiK et le quinzième jour. Elle débute rarement dans les deux membres inrérieorsib fois ; le gauche a paru être plus fréquemment affecté que le droit : il est presque sans exemple que la maladie occupe les membres tlioracîques. Lorsque raflertioi commence, la femme éprouve un sentiment de pesanteur, souvent une doulev vive ou obtuse dans tout le membre ou seulement dans son tiei^ snpérienrrt interne; quelquefois elle est limitée au mollet ou à l'aine, où existent quelqvi ganglions tuméfiés et douloureux. Ce symptôme ne peut trouvent s'expliquer |»v aucun changement extérieur appréciable ; mais bientôt on observe une tumébction qui s'étend progressivement de haut en bas, mais qui, quelquefois pourtant, suit une marche inverse, («e gonnement est souvent précédé, pendant un on deoi jours, de douleurs pliLs ou moins vives dans les points qu'il doit envahir ; mais k plus souvent ces deux phénomènes se montrent à peu près simultanément 1/ membre est lourd , incapable de mouvement ; il est le siège de douleurs spontanées, vives ; la peau est lisse, plus ou moins tendue, d'un blanc laiteux et luisante; sa température est plus élevée; si on la presse, on détermine une vive doulenr, on sent de la résistance , une sorte de rénitenc^ diiïuse ; parfois on distingue de cordons noueux, formés par des lymphatiques volumineux, indurés, et par des veines enilammèes. Si le doigt ne s'enfonce pas comme il le fait dans toute autre partie frappée d'<edème, cola me parait dépendre de la j( ;!:.' <]iiantité de séiositr infiltrée et de ce que celle-ci occupe surtout le tissu ccliulaire profond: de sortf* que, i)our produire une dépression, il faudrait exercer avec le doigt une prcssioo très foi le, mais la sensibilité du membre s'y oppose. La position qu'on donne à b malade ne modifie pas la tuméfaction dont la partie est le siège. Plusieui*s médecins, notamment MM. llaige-Delorme, Duplay, Robert Lee, ont cité, dans ces