DE LA DIPHTHÉRITE CUTANÉE
dans le follicule lui-même lorigine de la sécrétion spéciale qui forme la concrétion faveuso. Alais en IS^G^M. l.elcnneur,'alors interne distingué des hôpitaux, publia dans sa thèse inaugurale le résultat de nouvelles recherches, et chercha à établir que le siège du favus n'était pas dans le follicule, mais à Textrémité du canal pilifère. Il pensait que les organes primitivement malades étaient les petits cryptes disposés autour du goulot du foliicuie, et qui sont destinés à lubrifier le cheveu. Ces cryptes, par suite d*un travail probablement de nature inflammatoire, sécréteraient une matière consistante qui constituerait les croûtes faveuses, sur la fonnation desquelles nous avons longuement insisté. La localisation de la maladie à l'orifice du canal pilifère expliqullrait et Faltération constante des cheveux, et la facilité avec laquelle on les arrache, et Talopécie incurable qui suit si souvent la maladie D'autre part, on aurait la démonstration que le follicule reste étranger à la maladie quand on "toit les cheveux continuer à être Sécrétés.
Cependant, depuis quelques années, on a émis sur la nature du favus une opinion qui tend aujourd'hui à prévaloir. Ayant soumis la matière faveuse à Tinspection microscopique, on a cru y trouver tous les caractères d'un parasite végétal : cette doctrine a été défendue par Schoenlein et Remack à Berlin, par MM. Gruby (1), Lebert (2), Robin (3) et Bazin à Paris (U). Ce dernier est porté à croire que le champignon prend naissanccâdans la partie inférieure du conduit épidermique du poil, et c'est de là qu'il cUî^jy^it ses irradiations dans l'intérieur du cheveu et d'autre ))art sous l'épiderme. iJBktte doctrine, qui a de grandes probabilités, finit par triompher, le favus devra quitter la place qu'il occupe encore aujourd'hui , et il faudra le ranger dans les affections qui sont caractérisées parla présence d'un parasite, c'est-à-ilire à cote de la gale.
Pourquoi la concrétion fa\eusc se creuse- t-elle en godet? Cette disposition si remarquable, si insolite, a sa raison anatomique dans l'adhérence du cheveu «i l'épiderme. A mesure, en effet, ((uo la matière faveuse s'accumule et se concrète, l'épiderme se prête, se distend, s élargit à la circonférence ; tandis que, retenu au centre par la résistance du cheveu , il forme nécessairement en ce \mni une dépression en godet; celle-ci i)ersisle ensuite nonobstant la chute du |)oil, parce que la matière faveuse, devenue plus concrète, a consené son empreinte primitive.
DE LA IMPHTHÉRrn: CUTANÉE.
M, Bretonneau a consacré le mot de difihtftérite pour dénommer l'inflammation pelliculaire du tissu muqueux, c'est-à-dire cette inflammation contagieuse anatomiquement caractérisée par la formation d'une fausse membrane qui tend sans c(*sse à envahir de nouvelles surfaces,.et dont le croup et l'angine couenneuse forment les espèces les plus graves et les plus fréqueninient observées. Cependant la |)eau peut elle-même, à l'instar des muqueuses, être le siège de pareilles concrétions. M. le professeur Trousseau a, dans les Archives d'abord et plus tard dans le Dictionnaire de imdecine (5), appelé l'attention des médecins sur ce point.
Nous allons présenter dans les lignes suivantes une c^nirte analyse de son travail.
Tue condition qui paraît essentielle pour que la drphthérite cutanée s(* développe,
(1; Comptes rendus des scaiiccs de l'Académie des sciences^ p. 12, iinnèe 1841. — (2) Phy»lo* loffie pathohyique, I. II, p. /i77. - (3; Des végéUiur qui froissent sur l'homme et les animaux, Paris, 1847. — -h) liecherrhes sur ta nature et le traitement des teignes. Pari», 4865. — (5) Archives générales de médecine, l. \XI, p 5ii, el Dictionnaire de médecine^ U X^^^K^
c*cst que la peau soit privée de son épidcnne, qu'elle soit érodée, ulcérée, piail moins profondément M. Trousseau dit avoir vu dans le iwirs d*aiie épkUmieki piqûres de sangsues, de légères coupui*es, des her|H^ sunrcnant 2i b suite ta accès de fièvre, des vésicatoires, des gerçures du sein, des excoriations d« scntum, des oreilles, du cuir chevelu, du nez, de Tanus, des plaies diverses, dmk loccasion du développement de la diphdu'ritc cutanée.
Une solution de continuité quelconque de la peau de^ ient-clie le siège d'imecwttt' tion diphtliéritique, on voit sa surface être d'abord d'un rouge violacé oa bUtrf^ et se recouvrir ensuite d*une concrétion grisâtre, mollasse, et d*aae éftimBÊ variable; les bords de la plaie s'élèvent bicntO^t un ér^sipèle s*éteod parMi Mi autour ; sur la surface de cette éruption l'épiderme |)eut se soulever sur pldrien points, et si l'on crève les vésicules, on voit la surface du derme reconverte d^ d'une couenne grisâtre : C'est de cette manière que la maladie pent s'étendre de proche en proche sur de grandes surfaces : c'est ainsi que M. Trousseau a ti b diphthérite, débutant par une excoriation légère du cuir chevcln ou de b partie postérieure de l'oreille, envahir la peau de proche en proche jnsqu^aaï krnibm Les concrétions dont nous parlons, d'abord assez minces, acquièrent bientôt me épaisseur qui peut s'élever à cinq ou six lignes. Dans ce cas il y a en s^rétioo successive de plusieurs fausses membranes qui se sont s£si superposées les ud<-5 aux autres; la plus interne est unie intimement au denM^nais les plus sn)ieriicielles, baignées par la sérosité et on contact avec l'afff^ ramollissent, noircissent, tombent en détritus et exhalent une odeur tellement infecte, que l'idée de ^ • gangrène vient aussitôt à l'esprit ; mais le plus ordinairement il nVn est ries. M. Trousseau a vu pourtant dans un cas une portion circonscrite de la peaa do bras se sphacéler.
La diphttiérite cutanée peut donc rester circonscrite au point primitbeattt ^vahi et y rester indéfmiment concenti*ée, ou bien s'étendre de proche en pEidie, comme nous l'avons dit, et presque toujours alors de haut en bas; on Uni vfin on la voit se montrer dans des points très distants les uns des autres sur umtei les parties des téguments accidentellement dénudées, et sur qdtdques mnqoeaso comme dans la gorge, dans le larynx, dans la bouche, dans le nez, dans le conAA auditif.
On comprend que l'état général est en rapport avec l'étendue de la maladie. l^M'scpie celle-ci est circonscrite, il y a peu de troubles fonctionnels et la fièvre surtout manque généralement; il n'en est pas de même lorsque la concrétion envahit de nombreuses ou larges surfaces: la fièvre alors peut être vive, les individus sont accablés, et présentent bientôt l'ensemble des symptômes propres aux fièvi^es grav»; ou bien, la maladie ayant une marche chipnique, les malades s*étioleut, maigrissent et tombent dans une sorte de caclicxîe. Cependant la diphthérite cutamt revct fort rarement une gravité pareille. Ou peut môme dire d'une manière générale que cette aiïection, l)ornée à la peau, est presque toujours bénigne ; elle est parfois opiniâtre, mais elle n'a que fort rarement une issue funeste. Cependant elle indique une disposition fâcheuse do l'économie, une infection sp('*ciale, et comnie la même production peut se ré|)éter vers le pharwix ou dans les voies aériennes, 1<* médecin doit soumettre le malade à une surveillance sé\ère et ne pas hasarder un pronostic trop favorable.
Les causes de la diphthérite cutanée sont en générai fort obscures; la mL«M*re. les mauvaises conditions hygiéniques de toutes sortes, en favorisent ceitaincment la pnnluction. Nul doute que la maladie ne soit contagieuse; ce|)endant M. Trous-