DE LA MÉTRITE CHRONIQUE
à des mucosités transparentes qui sont fournies par la face interne du corps et du col utérins. En même temps les femmes ressentent de la chaleur dans le fond dd Tagin , des pesanteurs incommodes au siège, des tiraillements et des douleurs dans les aines, dans les cuisses et vers les régions lombaire et sacrée. Ces souffrances sont assez grandes, chez quelques femmes, pour les empêcher de se livrer pendant ([uelque temps à la marche, et pour les forcer à conserver la position verticale. Le coït est souvent douloureux, et détermine un écoulement sanguin. La menstruation pent être régulière; mais elle est souvent dérangée, soit pour les époques, qui sont irrégulières, soit pour la quantité de sang perdu, qui est tantôt plus, tantôt moins ronsidérable. Le toucher, dans ces cas, ne fournit presque que des résultats néga^ tifs; il fait constater seulement qail n*existe le plus souvent aucun engorgement do col ni du corps; mais il est rare qu*il fasse reconnaître la lésion dont le musean de tanche est le siège. Parfois, ce|)endant, en promenant le doigt sur celte partie de Forgane, on sent de petites inégalités, ou bien, au lieu d'une surface lisse, unie et résistante, on distingue une surface mollasse et tomenteuse, qui donne, dit M. Cbomel, la sensation qu'on éprouve lorsqu'on touche du velours d'UtreckL Cependant tous les signes que nous venons d'énumérer ne peuvent fournir que qoelqoes présomptions sur la nature de Tahération du col. Pour les reconnaître d'une manière certaine , il faut mettre les parties à découvert à l'aide du spécnlum. Le col se présente alors plus volumineux; les lèvres et l'orifice offrent une coloration d'un rouge vif, formant une plaque ovale ou arrondie bien circonscrite i très distincte de la partie saine , non seulement par sa coloration , mais encore par les petites saillies conflucntes dont sa surface est parsemée, et qui nous l'ont déjà fait comparer à l'aspect de la framboise.
Les ulcères profonds, fongueux, avec des végétations, ainsi que les fissures, produisent la plupart des accidents des ex ulcérations simples ou granulées. Cependant il paraît , surtout d'après les observations de M. Duparcque , que les premières déterminent des écoulements moins abondants ; mais elles s'accompagnent de douleurs plus vives, d'un sentiment de brûlure et de corrosion que les rapprochements sexuels exaspèrent souvent à un point extrême. Le toucher peut les faire reconnaître par la sensation qu'il donne d'une dépression ou d'une échancrure plus ou moins profonde sur un point de la circonférence de l'orifice utérin. Le col est, en outre, considérablement tuméfié, déformé, plus ou moins dévié; tantôt dur, tantôt mou , et comme fongueux. La menstruation est toujours plus gravement troublée, le sang ne s'échappe souvent & chaque époque qu'avec des douleurs très grandes; d'après la remarque de M. Bennett , une des formes les plus graves et les plus rebelles de la dysménorrhée, môme chez les vierges, se lierait k la présence d'nlcérations sur le col de l'utérus. Chez les femmes enceintes les ulcérations, plus rebelles que dans aucun autre cas, deviennent une cause très commune d'avorlement Elles aggraveraient également, d'après le témoignage de M. Bennett, les nausées et les vomissements qui accomi)agnent si fréquemment la gestation.
Marche, — Il est certain que les différentes ulcérations du col peuvent se cicatriser spontanément : cependant l'ulcération granulée est celle qui a le moins de tendance à guérir ; sa durée est toujours très longue. Les ulcérations utérines pendant la grossesse ont également plus de tendance à s'étendre qu'à guérir. Dans I étal de vacuité, on voit les périodes menstruelles les aggraver aussi le plus souvent. Quelquefois, après s'être montrées très rebelles, elles guérissent spontanément à l'époque de la cessation des règles.
UiagnoBtic, — Nous répéterons que les différentes esi)èces d'ulcéraiious ^^ ^
b76 DES XPifLAMMATlONS.
Utérin , notamment la métrite granulée , ne peuvent être diagnostiquées qa*en mettant à découvert la partie malade à Taide du spéculum. Les caractères de Faite* ration , c*est'à*dire la coloration rouge et Tétat granulé de la surface, sans dépres* sion, ne pemiettent pas de confondre la métrite granulée avec aucune autre espèce d*ulcéraliou, et surtout avec les ulcérations syphilitiques et cancéreuses, avec lesquelles, comme on le verra plus tard, elle n*a aucune espèce de rapport
Pronostic. — Les ulcérations du col que nous venons d'étudier ne compromettent pas la vie ; mais plusieurs sont graves par leur opiniâtreté et par les conditions au milieu desquelles elles surviennent La métrite granulée est une affection qui peut bien être incommode , mais elle est constamment bénigne : quelque ancienneté et quelque étendue qu'elle ait d'ailleurs, elle ne produit jamais la dégénérescence cancéreuse. Il faut donc toujours calmer les craintes que presque toutes les femmes éprouvent ; on devra même s'abstenir de désigner leur affection par les noms d^ulcères ou d!ulcération , à cause de l'idée de cancer que ces roots réveillent dans leur esprit. Les ulcérations profondes , celles surtout qui s'accompagnent d'un engorgement du col, sont plus graves, non en raison des suites, qui ne sont jamais fâcheuses, mais à cause de la longueur de la maladie. Ces affectioDs peuvent s'opposer à la fécondation par l'obstacle mécanique qu'elles opposent parfois à l'introduction de la liqueur séminale dans la cavité utérine : MM. Chomd et Emery ont vu des cas de ce genre.
Il ne faut pas oublier non plus combien les ulcérations fongueuses du col sont fâcheuses lorsque la femme est enceinte. L'avortement est, en effet, toujours imminent, et il est à peu près certain lorsque les ulcérations pénètrent dans le coL La fausse couche arrive le plus souvent tout à coup sans cause bien évidente. Il importe donc de prévenir les familles, afin qu'on n'attribue pas au traitement un accident qui est la conséquence de la maladie seule.
Etiologie. — On ne connaît encore que très imparfaitement les causes de b métrite ulcéreuse; ce qu'il y a de certain, c'est que les ulcérations, et surtout b forme granulée ne se remarquent guère que chez les femmes jeunes, c'est-à-dire entre vingt-cinq et trente-cinq ou quarante ans : elles atteignent spécialement celles qui ont eu un ou plusieurs enfants; cependant les recherches faites pir M. Bennctt en Angleterre prouvent que ces lésions sont assez communes chez les vierges, car beaucoup de dysménorrhées et de leucorrhées rebelles paraissent se rattacher chez elles à des ulcérations du col. Quelques personnes admettent que le passage continuel de mucosités altérées à travers le col et leur séjour au fond du vagin pouvaient produire des érosions, et surtout des érosions avec granulations; mais il n'y a rien de prouvé à cet égard : observons d'ailleurs que beaucoup de femmes qui ont un écoulement uniquement albumineux ont des érosions très étendues, tandis que d'autres, avec une leucorrhée qui irrite et la vulve et les cuisses, ne portent aucune ulcération ni aucune granulation sur le col. Le virus véneries est tout à fait étranger à la production de la métrite granulée.
Traitement — Le traitement consiste à calmer l'inflammation lorsqu'elle est très vive, et à favoriser la cicatrisation des ulcérations. Lorsque celles-ci sont très douloureuses, lorsqu'elles reposent sur un fond enflammé, induré, on se bornera à prescrire des bains, des injections mucilagincuses et calmantes, et quelquefob aussi une ou deux émissions sanguines générales ou locales. Lorsque la période d'inflammation est passée, on remplacera les éinollicnts |)ar les résolutif et les astringents : telles sont les solutions d'alun , d'acctale de plomb et de sulfate de zinc; si les tissus sont frappés d'atonie, on injectera dans le vagin quelque sub-
DE LA MÊTRtTE ClIRONlOUE. ft77
statice à h fois tonique et astringente, telle que la décoction de kina, de diOne, de noix de galle, de noyer. Cependant ces moyens ont, en général, fort peu d'action contre les ulcérations granulées, dont on ne peut déterminer le plus souvent la cicalrisatioa qu*en modifiant Fétat des surfaces par la cautérisation. Pour pratiquer celle-ci, on introduit le spéculum, et après avoir mis le col à découvert, on Tabsterge avec des bourdonnets de charpie des mucosités qui le lubrifient , puis on touche la surface ronge et grenue avec un pinceau trempé dans une solution concentrée d'azotate d'argent , ou mieux encore avec ce même caustique solide. U cautérisation doit être généralement superficielle, excepté dans les cas où la surface est mollasse et saignante ; car il importe alors de détruire par une cautérisation plus profonde cette exubérance de tissu. C'est dans ce cas que le caustique do Tienne solidifié peut trouver son application ; cependant, le plus souvent l'azotate d'Higent suffit Lorsque la surface malade est blanchie par l'action du caustique, oo pousse une injection d'eau tiède afin d'entraîner les parties du caustique qui , n'ayant pas agi, pourraient porter leur action sur le vagin ; le spéculum est ensuite retiré. Il est rare qu'une seule cautérisation suffise; presque toujours il en faut un plus ou moins grand nombre , mais il importe qu'elles ne soient faites qu'à une aaei grande distance les unes des autres. D'après les nombreux essais com|)aratib aoxqaek nous nous sommes livré, nous croyons qu'il faut laisser entre cliaqoe cautérisation un intenalle de huit jours. Cette petite opération ne produit rom- ■ranéaient aucune douleur : quelques femmes pourtant accusent un |)eu de cuis» m ; chez beaucoup un petit suintement sanguin a lieu le jour où la cautérisation a été faite, surtout lorsqu'elle est pratiquée pour la première ou pour la seconde feiiL Cbei quelques unes on hâte aussi de plusieurs jours l'apparition des règles. Frcsqne toujours, dès la première cautérisation , on voit diminuer récoulemeot leacorrbéiqne à partir du quatrième on du cinquième jour. Nous sommes dans rhabitude, le jour où la cautérisation est faite, de prescrire un bain li<:de , qud- (|MS injections vaginales et le repos dans la position horizontale. Mais les jwrs nhaots noos voulons que les femmes suivent leur état de vie ordinaire ; et nous ae narioDs approuver ici la pratique d'un grand nombre de médecins qui, (icn* àil des mois entiers, condamnent les femmes à un repos alisolu, ce qui produit mvent chez die des dérangemenu dans les digestions et diiïérenis tniubles ntr^ \mK. Le repos poorlant serait nécessaire s'il existait un engorgement considélabk oo qindqoe déplacement de l'uiénis. Les rapprodKrnienfs seiuels nous panisKat devoir être interdits, ou du moins ils seront très éloignés iiendant toute h dnée dn tiaiiement , qui se prolonge souvent pendant d^iux ou tras mois ci «toe darantaçe.
Bien q«e wm» préférions dans tous les cas ïu/AzUi d'argent aux autnss cauftit|i0, Boos dîrrjss oepevdant que tous les praticiens ne sont fjas de cH avis. Ainfl hamoamp tmç^kÀtni le nitrate acide de mercure, qui non seuktnent n'a aooui ifMage sar k f«Yiziier, mais qui plusieurs fois a excita d^ ttfisaïKio» inurmi' lAkiL D'astres. avoK-ttous dit à^jï. ont conseillé de toociMT la soriace uiaUde ITK le i wn'itn de tienne folidi6é; enfin, 3L Jobert a préconiié dam ce» ^' licrs leaps b caraimsaiion z^tc le fer roogi â bbsc : a: wfAtù est pins *Mmim qieio^HRSL C ^A mtiwii dBcace dam les ukératioM foo:^ueoM:s; mm pour odesqmseai s^iescia z^iLcJées. ncAipréferomâ tr/mlQcam^Jqo*:«kcrav«i
La caasêriBBM vt e/jcvk&t pa§ Kiikmat dam h Bft^trr^ çrasaKe. mais die
dam kïérMMS e< les nAô^t^ bèam. himfi^ %m
&78 DES INPLàMIIATIONS.
pliqués d'un engorgement du col, lorsque les topiques émoUi<mts et détenib ont été impuissants pour eu déterminer la cicatrisation. D'ailleurs, lorsqu'il y a à la fois engorgement et ulcération du col, il faut traiter celle de ces lésions qui prédomine. En général, il faut chercher d'abord à dissoudre l'engorgeaient.
L'état de grossesse doit-il modifier |e traitement des ulcérations fongueuses? Nous ne le croyons pas, mais il ne faut guère compter sur la réussite. La plupart des médecins pensent que les cautérisations légères avec le nitrate d'argent soot insuffisantes et peut-être môme nuisibles, car, forcé qu'on est de les répéter souvent, on doit craindre d'exciter des congestions utériues. Aussi plusieurs conseillent l'emploi de caustiques plus énergiques, les uns préférant le fer rouge, d'autres, avec MM. Boys de Loury et Costilhes, le caustique Fiihos (1) (caustique de Vienne en cylindre) ; mais il résulte |K)urtant des recherches que M, le docteor Coffin a consignées dans sa thèse (2), que tous les traitements conseillés jusqu'à ce jour échouent le plus souvent. Ce sujet mérite donc de fixer l'attention des observateurs.
D« l'ovarite.
On désigne sous le nom à*ovarite ou d'oop/write l'inflammation du tisMi des ovaires.
Caractères anaiomiques. — L'ovaire enflammé a presque toujours acquis m volume triple , ou quadruple de celui qu'il a à l'état normal ; il a quelqoefoîi les dimensions d'un œuf d'oie ou du poing d'nn adulte. Il est alors arrondi oo ovale ; son tissu, mollasse, friable, est d'un rouge plus ou moins foncé ; à l'intérieur, il est infiltré d'un liquide séreux ou séro-albumineux ; on y remarque quet> quefois aussi de petites collections sanguines. Â une époque un peu plus avancée, on y reconnaît du pus infiltré , puis réuni en un ou plusieurs foyers. Lorsque l'ovaire est très volumineux, non seulement il dévie l'utérus, comprime le reGtnoi la vessie, les vaisseaux et les nerfs (lelviens, mais encore il déborde plus ou moins le rebord du détroit supérieur. Ces rapi)orts nombreux, que l'ovaire contracte avec plusieurs organes, rendront compte plus tard des différentes voies par lesquells les abcès ovariques peuvent se \ider. Enfin, pour terminer ce qui a rapporté l'anatomie pathologique, nous diious que l'ovariie coexiste fréquemment avec d'autres altérations récentes ou anciennes de l'utérus, des ligaments larges, dei trompes, du vagin ou du péritoine. Les caractères anatomiqucs de l'ovarite chnh nique ne sont pas encore suffisamment connus.
Symptômes. — Presque toujours l'ovarite débute par une douleur vive M obtuse que les malades rapportent profundènient derrière l'une des arcades enraies. Cette douleur, qui augmente par la pression , rend la marche pénible, et s'accompagne, le plus souvent, de malaise, de fièvre, et quelquefois de nausées et de vomissements. Cependant, bientôt on constate une tumeur plus ou moins vohh mineuse : d'abord cachée profondément dans le bassin, elle ne tarde pas à atteindre la hauteur du détroit supérieur ; souvent même elle se prolonge dans la im iliaque, beaucoup plus rarement dans la région lombaire, ou bien le long de b ligne blanche, jusqu'à l'ombilic. Celte tumeur, a^ant la forme d'un ovale alloogé, est placée presque toujours obhquea)eni; elle est dure, rénitente, compléteme&t mate et très douloureuse. Par la palpation et la percussion on détermine facilement
(i) Thèse (le Paris, auoée 1863, n^ 163 ; et Gazette médicale de 18^5. ^2) Thèse de Paris, année iB5i , n** il3.
DE L'OVARITE. ^79
limites supérieure et latérales; mais il n*en est plus de même inférieurement, où Ton sent qu'elle plonge profondément dans Texcavatiou pelvienne. Si Ton pratique le toucher vaginal, on trouve souvent l'utérus situé plus bas ou bien plus inciioé, ou bien dans un état d*antéversion ou de rétroversion, à cause du refoulement ou du déplacement que la tumeur morbide produit. On s*assure en outre très aisément que les mouvements qu'on imprime au col sont transmis à la tumeur, tt réciproquement, non pas pourtant d'une manière aussi directe que si la tumeur était fonnée par Tutérus lui-même. Enfin, on connaîtra les rapports de la tumeur avec le rectum en portant l'indicateur dans cet intestin.
Marche, terminaisons, — Après être resté pendant quelques jours stationnaire, l'engorgement inflammatoire peut diminuer et même disparaître au bout d'un ou de deux septénaires; on dit alors qu'il y a eu résolution. Rien ne prouve, comme 00 Ta prétendu à diverses époques, que l'ovarite puisse se terminer par métastase, ainsi qu'on l'observe pour certains engorgements des testicules ; on a dit que cette métastase s'opérait tantôt sur l'ovaire du côté opposé , et tantôt qu'elle avait lieu sur le tissu cellulaire parotidien {oreillons), La suppuration est, au contraire, un accident très commun ; elle est annoncée par une recrudescence des symptômes inflammatoires, et, plus tard, par des frissons irréguliers et par des sueurs nocturnes. En même temps la tumeur est plus molle, elle est fluctuante, sinon dans toute son étendue, du moins dans quelques points. C'est alors surtout qu'on note certains accidents, tels que des engourdissements , des crampes , ou l'cedème du menibre pelvien correspondant, ou bien encore des envies fréquentes d'uriqer, de la dysurie et de la constipation, à cause de la compression que l'abcès otarique exerce sur les ncriis, sur les vaisseaux, sur la vessie et le rectum. Il importera de renouveler encore, en cette circonstance, le toucher pac le vagin et le rectum, afui de constater les rapports que la tumeur a contractés avec ces deux OT^ganes.
Les voies par lesquelles le pus s'échappe à l'extérieur sont nombreuses. Le plus souvent l'abcès se vide dans un des organes environnants , spécialement dans le rectum et dads le vagin, moins fréquemment dans le col de l'utérus, et beaucoup plus rarement encore dans la vessie. Ou bien le pus se fraie une issue h travers les parois abdominales; enGn , dans quelques cas rares, le foyer s'étant rompu dans k péritoine , il en est résulté une péritonite suraiguê , et très promptcmcnt mortelle. Ce cas excepté, dans tous les autres l'ouverture de l'abcès est suivie d'un soulagement notable. L'écoulement du pus continue eu général pendant plusieurs jours, puis il cesse d'avoir lieu, soit parce que sa source est tarie, et alors les malades guérissent tout de suite ; soit plutôt parce que 1 ouverture de communication est rétrécie ou oblitérée : dans ce cas, le pus s'accumulant dans le foyer, la tumeur rqirend ses dimensions premières et les mêmes accidents se renouvellent jnsqu'à ce que la matière purulente se soit frayé une nouvelle issue. Ces rétentions et ces écoulements alternatifs de pus peuvent se faire ainsi un grand nombre de fois de suite. Ënfm , il est des malades qui finissent par succon)ber, épuisées par la longueur et par l'abondance de la suppuration. La plupart cependant guérissent complètement ; mais ce n'est guère qu'après plusieurs mois de traitement. Tout en se rétablissant, il est de ces femmes chez lesquelles l'ouverture reste fistuleuse; chez un plus grand nombre on voit persister dans l'excavation pelvienne un noyau d'engorgement , qui ne se résout que fort longtemps après , et qui peut , à des époques plus ou moins éloignées, au bout de plusieurs années, par exemple, tedeveuir le siège d'un nouveau travail inflammatoire qui se termine de la même
/l80 DKS INFLAMMATIONS.
manière que la première fois. Nous avons vu ces récidives être marquées ptusiears fois par des pertes utérines très considérables et très opiniâtres.
Diagnostic, — Nous croyons qu*il sera presque toujours possible de distinguer Tovarite des tumeurs phlegmoneuses ou fluctuantes qui se forment dans les foses iliaques, si Ton se rappelle que dans Tovarite la tumeur est ovoïde, obliquement dirigée, qu'elle plonge profondément dans le petit bassin, qu'elle est souveot mobile, et que les mouvements qu'on lui imprime peuvent être transmis à l'utéms, et réciproquement. Mais il nous semble absolument impossible de pouvoir distinguer, pendant la vie, les abcès des ovaires de ceux qui sont formés dans l'épaisseur des ligaments larges et dans la trompe. Quant au diagnostic différentiel de l'ovarite d'avec les différentes espèces de tumeurs de l'ovaire, telles que kystes séreux , pileux , et grossesses extra-utérines, comme ces lésions ont une marche essentiellement chronique, on parviendra toujours aisément à les différencier des engorgements inflammatoires.
Pronostic. — L'ovarite se termine fort rarement par la mort; cependant on ne doit pas moins la regarder comme une maladie fâcheuse, à cause de la persistance des accidents et des récidives qui ont souvent lieu. On ne saurait oublier non plos que le péritoine peut être consécutivement atteint, et que dans le cas où la maladie s'est terminée par suppuration , il y a un double péril provenant oa de ce qae l'abcès peut s'ouvrir dans le péritoine, ou de ce que la suppuration en se proloogeant peut fmir par épuiser les forces.
Étiologie. — L'ovarite survient très fréquemment après les couches ; cependant , malgré l'assertion contraire de Dugès et de madame Boivin , il est certaÎB que cette maladie est assez commune en dehors de l'état de grossesse et de Téttf puerpéral. Elle se déclare alors spécialement après la suppression brusque da règles, ou bien à la suite d'une violence, telle qu'une contusion de la partie inférieure de l'abdomen. On a surtout regardé l'ovarite comme se développant spécialement sous l'influence de certaines affections de l'utérus et du vagin. Ainsi M. Héiier a prétendu que les ovaires s'enflammaient fréquemment dans le cours de la métrite ulcéreuse, opinion dont nous n'avons pu vérifier la justesse. On a dit aussi que dans la blennorrhagic de la femme l'inflammation se propageait souvent à Tofaire, de la même manière que, chez l'homme, elle atteignait fréquemment le testicule. Sans nier absolument cette proposition, nous croyons néanmoins qu'on l'a un peo exagérée, et qu'en l'émettant on s'est peut-être beaucoup plus laissé guider par l'analogie que par une observation sévère. Quoi qu'il en soit, il est rare que lei deux ovaires s'enflamment simultanément; Tinflammation paraît être beancoop plus commime dans le gauche que dans le droit.
Iraitement. — Si l'on traite la maladie dès son début, il n'y a d'espoir de h voir se terminer par résolution que par l'emploi méthodique du traitement antiphlogistiqne. Rarement les symptômes généraux sont assez graves pour nécesHter une, et à plus forte raison deux saignées générales ; mais of appliquera un grand nombre de sangsues à l'hypogastre et aux aines ; on recouvrira ces parties de cataplasmes : on donnera des bains ; ou entretiendra la liberté du ventre. On joindn à ces moyens quelques frictions mercuriellcs sur la tumeur, et lorsque la période inflammatoire est dissipée, si l'engorgement persiste encore, on produira une forte révulsion à la peau par l'application d'un ou de plusieui-s vésicatoires volants. La supP&ration une fois établie, 11 faut tâcher de l'attirer à l'extérieur. Si la tumeor, proéminant à l'hypogastre ou dans le flanc , soulève fortement la peau , si à sott niveau il existe de l'œdème, et si tout indique que l'abcès a contracté des adbé-
rences avec la paroi abdominale, on le vide par une large incision; dans le cas
contraire, on applique successivement plusieurs morceaux de potasse caustique
solvant le procédé que nous décrirons en traitant des kystes hydatiques di| foie.
^ En pratiquant le toucher par le vagin et le rectum, on reconnaîtra si Fabcès a de
^ la tendance à se porter vers ces organes. S*il y forme une saillie notable, si dans
l cette exploration on constate bien la fluctuation, et si l'on reconnaît que la paroi
t est amincie, on ne devra pas hésiter à pratiquer une ouverture à Taide d'un bis-
' touri, d*an trois-quarts ou d'un pharyngotome. On favorisera l'écoulement du pus
|iar une position convenable, on l'empêchera de stagner en poussant des injections
dans le foyer; il sera possible parfois d'exercer une compression méthodique. SL
le trajet reste Gstuleux , il |)ourra être nécessaire de l'irriter par des injections
iodées, sulfureuses, ou même par une solution de nitrate d'argent. Enlin, dans
les cas rebelles, on a conseillé une nouvelle grossesse, et l'on a presque toujours
rfosBl alors à cicatriser le foyer par suite de la compression que l'utérus développé
exerce sur ses parois.
DE l'inflammation DES TROMPES UTÉRINES.
Les trompes peuvent s'enflammer ; mais cette inflammation n'est pas souvent primitive, ou du moins elle existe rarement seule. Presque toujours, en effet, elle s'accompagne de quelque lésion de même nature ou de quelque autre altération deTovaire, des ligaments larges, de l'utérus et du péritoine. Quoi qu'il en soit , riiflanunation des trompes ne produit, en général , aucune tumeur ; les malades p accoseot, profondément dans le bassin et vers la région iliaque, une douleur plus }f M moins vive. Mais en présence des résultats négatifs fournis par l'exploration, et notamment par le toucher, il est absolument impossible d'arriver au diagnostic delà maladie; il en serait peut-être de même si la trompe, étant oblitérée à ses denx extrémités, et si de la matière purulente s'accuniulant dans sa cavité, venait èframer une tumeur plus ou moins volumineuse et proéminente dans le flanc Noos ne pensons pas qu'en pareille circonstance il fût possible d'arriver au diagnostic dû siège de l'altération ; cela, d'ailleurs, n'offrirait pas ici un grand inconvé&îent, du moins sous le rapport pratique. Dans les abcès de la trompe, le pus peut s'écliapper par les mêmes issues que dans les cas d'abcès ovariques.
X>e la péritonite.
Le mot péritonite signifie inflammation du péritoine.
HiUorique, — Avant les immortelles recherches de Bichat sur les membranes, 00 n'avait sur la péritonite que des idées très confuses, puisque, il y a environ un demi-siècle, la presque généralité des médecins admettaient , avec Portai , avec Pinel et Bosquillon , que la péritonite n'était jamais indépendante de la phlegnasîe des autres viscères abdominaux, avec laquelle elle était confondue. Quoique Johnson, dans sa dissertation sur la fièvre puerpérale (Edimbourg, 1779), et Walter (1785), eussent signalé déjà que le péritoine pouvait s'enflammer séparément, on peut néanmoins avancer que ce fut Bichat qui, le premier, isola cette aSectJooY et en fit une maladie aussi distincte de l'entente et de la gastrite que la pleurésie l'est de la pneumonie. Les recherches pathologiques de Gasc (thè^ de i802)« celles de Laënnec, insérées la même année dans \e Journal de Corvisart^
tardèrent pas à confirmer les opinions de notre grand physiologiste : dès lors ta
T. I. — fl« rfWT. 31
48!2 DES INFLAMJIATIONS.
péritODÎte trouva sa place distincte dans le cadre nosologiqne, et devint Tobjet de travaux ivbji importants, que nous dcvoris surtout à Broussais (1), h MM. Andral (2), Chomel (3), Scoutetten (4). (Voy. plus bsiS PMtonite puerpérale.)
Divisions. — On doit distinguer plusieurs espèces de péritouite : rniie , que nous nommerons spontanée ou primitive, et qui survient chez l'bômmeoa bko chez la femme iiors l'état puerpéral, sous Titifluence des causes qui président ao développement des autres phlegmasies; fa deuxième espèce est la péritonite dite puejpéralcy parce qu'elle affecte les femmes récemment accouchées ; nous nomnierons la troisième espèce Sf/mpfotnatiqué ou consécutive , pai^cc qu'elle se déclare en effet consécutivement à quelque lésion dos viscères abdominaux, et iiotammeol d'une perforation d'un des organes creux contenus dans le ventre; enfin, nom admettrons une péritonite 6'^?*on2^u^. Dans chacune de ces quatre espèces, la pblegmasie peut être générale, c'Qst-à-dire envahir tout le péritoine, on bieD être partielle, c'est-à-dire être limitée à un point plus ou moins circonscrit de b membrane séreuse.
De la péritokiite aiguë simple, on primitive.
L'observation journalière démontre que la péritonite $))ontanéeou primltÎTeeit une afleclion excessivement rare : la pratique de MM. Chomel et Loais confirae pleinement celle opinion.
Caractères anatomiques. — On a dit cjue lorsque les malades soccombaîeot 1 une époque très voisine du début, comme douze ou vingt-quatre heures, on MM* vait seulement le péritoine injecté, rouge, sec ou poisseux au toucher. Cepeniait si, dans ce cas, on examine avec beaucoup d'attention , on rencontrera toojovi . sur quelques points une couche extrêmement mince d'une matière albamineaK» \ demi-concrète, qui fait adhérer les circonvolutions intestinales entre elles. Gellt \ sécrétion est le véritable caractère anatomique de la péritonite ; elle est d'autait plus marquée, et le nombre des circonvolutions intestinales qui adlièrent entif elles et avec les parois alxlominalos est d'autant plus considérable, que la uortctf survenue à une é)K)quc plus éloignée du début. Si la péritonite a duré deux M trois jours, on trouve en outre, épanchés dans le péritoine, de 100 à 500 graaMMi et plus d'un liquide séro -purulent mêlé à une plus ou moins grande quantité dt flocons blancs, ou bien jaunes ou vcrdàtrcs. Dans quelques cas rares, Tépaocbement liquide est formé par du sang pur, qui a été exhalé ; car ou ne trouve pour expliquer sa présence aucune lésion appréciable des vaisseaux. Le péritoine etflammé ne subit aucune grave altération de nutrition : ainsi on ne Je trouve jamaif ni ulcéré ni gangrené ; quelquefois il semble un peu plus friable, et il parait m détacher un peu plus facilement de la surface des intestins , mais il n*e8t jaaaJi épaissi. Lorsqu'on l'isole complètement des concrétions albumrneuses qui se mtH formées à sa surface, on constate qu'il n'a point perdu sa transparence ; enfin, m en détachant les lambeaux sans entraîner le tissu cellnlaire, on peut se convaincif que l'injection l'a très rarement pénétré, et que pres(]ue toujours la couleur ronge, qui semble lui être propre lorsqu'on l'examine eu place , dépend de la coogeition sanguine du réseau capillaire subjacent. Lorsque , au lieu d*avoir une îMe funeste, la péritonite se termine par la guérison, les concrétions albumineuges IB-
(1) Phlegmasies chroniques. — (2) Clinique médicale. — (3) Dictionnaire 4e mudetiatt arUde PituiTOruTB. — (6) Archives, I. III, p. i&97.