DE LA FIÈVRE INFLAMMATOIRE , OU SYNOQUE
Synonymie. — Syooqne simple, synochns imputris^ fièrre ardente (Qniirin);— cohlloente ibflamiMtoire (SeUe)} — sanguine (Seaa<!rt) ; -> septénaire (Plater); — - irrilalive (Hufeland); ~ «nglvttfiil^e (Pinel); — anglocardile (Bouilluud); — inflammatoire (Jos. Franck, Ghomel, etc.).
On donne le nom de fièvre inflammatoire^ ou synoque , à une fièvre continue qui ne se lie à aucune phlegmasie appréciable, qui ressemble beaucoup à la fièviré éphéitière, et se termine à peu près sans convalescence vers la fin du premier septénaire et rarement plus tard.
Nécroscopie, — Je viens de dire que la fièvre inflammatoire ne s'accompagnait d'aucune lésion appréciable dans nos organes. M. Bouillaud a cependant prétendu, après Jos. Frank, que celte pyrexie consistait essentiellement en une inflammation du cœur et des gros vaisseaux. Mais cette opinion ne â'appuie que sur des faits incomplets ou mal interprétés; aussi n'a-t-elle jamais été adoptée par personne. On a, en effet, regardé comme étant de nature inflammatoire des rougeurs formées après la mort, et produites seulement par i'imbibition des tissus. L*histoire anatomique de la fièvre synoquc, telle qu*on la trouve encore dans la Nosographie de M. Bouillaud, n'est donc h Vrai dire qu'un roman.
Le sang recueilli par la phlébotomie ne présente aucune altération. Il résulte en efl'et de buit analyses que Ton doit à MM. Rodier et Becquerel, que le sang, dans la fièvre synoque a sa densité normale et sa proportion d'eau ; si son albumine et ses sels ont légèrement diminué, cela est bien moins le résultat de la maladie même que de la diète à laquelle les malades ont été soumis ; les globules, par contre, sont représentés par des chifi'res qui occupent les limites supérieures de l'état physiologique (1). Dans une ai^lyse de MM. Ândral et Gavarret on voit même que la proportion des globules était augmentée ; mais c'est là un fait accidentel qui n'a rieti de spécial à la fièvre, et qui montre peut-être seulement la prédisposition qu'ont les sujets pléthoriques à être atteints de la fièvre synoque.
Symptômes. — La fièvre inflammatoire se développe le plus souvent tout à coup au milieu de la santé, mais parfois elle est précédée pendant un ou plusieurs jours, et quelquefois pendant une ou plusieurs semaines, par de la céphalalgie , par des vertiges, par des tintements d'oreilles, par des éblouissements, de la somnolence et un état de torpeur, par la perte d'appétit et par les accidents qui accompagnent la pléthore.
Ledébnt delà fièvre est quelquefois indiqué par un frisson, lequel est généralement léger et de courte durée. La chaleur qui lui succède est presque toujours douce et halitueuse ; lo pouls dont la fréquence augmentée s'élève de 80 à f 10 pulsations, est surtout remarquable par son ampleur, mais il est plus communément mou que dur; la face est animée; les yeux sont rouges et larmoyants ; cependant les traits du visage conservent leur expression ; il n'y a jamais de stupeur, et les
(i) Chimie pathologique, p, 135.
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car, ainsi que nous l'avons établi précédemment, la fièvre est par elle-même ii'i cause d'une foule d*allérations secondaires. Un mouvement fébrile, avons-nous dît, d peut naître et persister plusieurs jours, indépendamment de tout travail inflam*' matoire local ; mais pour peu qu'il se prolonge, on pourra voir apparaître diverset' phlegmasics, suivant les prédispositions organiques des sujets. On comprend par là de quelle importance il est d'explorer tous les jours les principaux organes. Cesl, en eiiïct, dans ces phlegmasies consécutives que réside tout le danger de la maladie; car la fièvre inflammatoire, dénuée de toute complication, n'est jamais suivie, , comme je l'ai déjà dit , d'une terminaison fâcheuse. ^
Diagnostic. — Pour établir le diagnostic différentiel, on recherchera si le lïiou* , vement fébrile qu'on observe est essentiel, ou s'il se rattache à quelque phlegmasie ^ locale. On distinguera la fièvre inflammatoire de celle qui précède l'éruption de la variole, de la rougeole et de la scarlatine, en ce que, dans les prodromes de ces exanthèmes, indépendamment de la fièvre, il est quelques autres signes spéciaux que nous ferons connaître plus tard à l'occasion de chacune de ces maladies. On verra aussi plus bas en quoi la fièvre angioténique franche diffère de la forme inflammatoire de la fièvre typhoïde. Disons pourtant par anticipation iqn'on observe rarement dans la synoque la céphalalgie vive et les épistaxis qui marquent le début de la plupart des fièvres typhoïdes; qu'il n'y a point dans la première cette prostration des forces, cette stupeur, ces troubles du côté de l'intelligence et des sens, cette chaleur vive, ces râles dans la poitrine, cette sécheresse et ces enduits bruns de la langue et des dents, cette intumescence de la rate, ce météorisme, ce gar-* gouillement de la fosse iliaque, cette diarrhée, ces taches rosées qu'on observe dans' les cas où les plaques de Peycr sont malades.
Pronostic. — La fièvre inflammatoire est une maladie bénigne qui a toujours une heureuse issue.
Causes. — La fièvre inflammatoire attaque de préférence les hommes jeunes, vigoureux, d'un tempérament sanguin, qui usent d'une nourriture succulente, et qui vivent dans la mollesse et dans l'inaction ; en un mot , elle a à peu près les mêmes causes que la pléthore. Elle débute souvent h l'occasion d'un excès de table ou d'une fatigue, ou après la suppression brusque d'une bémorrhagie constitution* nelle. On Ta vue quelquefois régner épidémiquement, surtout dans les lieux secs et élevés, et {icndant la saison du printemps.
Traitement. — La plupart des fièvres inflammatoires simples cèdent au repos, à la diète et h l'usage des boissons délayantes : cependant il est quelquefois utile et parfois même indispensable de tirer du sang. On préférera la phlébotomie à l'application de sangsues , à moins qu'on ne veuille rappeler une hémorrhagie supprimée. La force du pouls , l'état pléthorique , les congestions vers les viscères importants sont les principales circonstances qui feront recourir aux émissions sanguines. Il est quelques uns des symptômes qui réclament en ou^re des moyens particuliers : ainsi on calmera souvent la céphalalgie par la position demi -assise , en faisant respirer au malade un air frais, en lui appliquant sur le front des compresses trempées dans l'oxycrat froid ; ou en établissant une forte dérivation sur les membres inférieurs 5 l'aide de cataplasmes ou de pédiluves sinapisés. La constipation cède en général à l'usage des lavements simples ; s'ils étaient insuflisants, on aurait recours à l'administration de quelque laxatif doux. Si la fièvre inflammatoire était consécutive à la suppression d'une hémorrhagie constitutionnelle, on tâcherait de la rappeler, ou l'on y suppléerait par une émission sanguine. Si enfin la fih\re sunient chez une jeune fille non encore menstruée, et chez laquelle pourtant la
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de douleurs dans les lombes, les aines et Thyi^gastre, annonce i'exisleuçc
m traTail hémorrfaagîqae, on favorisera celui-ci par Tapplication de sangsues à
BT^e, par les bvements d'armoise chauds, par des fumigations vers les parties
mdkfs et en recouvrant celles-ci de cataplasmes chauds.
D*après l'énomération que j'ai faite des causes qui produisent la fièvre inHam-
Mioire, il est inutile que je dise id quel doit en être le traitement prophylactique.
Xéêire, — On a beaucoup discuté sur la nature de la fièvre inflammatoire ; ruais
otteBatore nous est inconnue. Nous avons prouvé, contre l'école physiologique,
fie h mabdie ne se rattachait à aucune phlegmasie locale. En trouverait-on la rai-
ndaos quelque OMidition du sang, comme Boerhaave, Baumes et beaucoup d'au-
mirant 8oi^X)sé? G*est ce que nous ignorons. Disons toutefois que les analyses du
langnin» faites dans ces dernières années par des expérimentateurs habiles,
pas justifié nne pareiDe supposition.
DE LA nÈVE£ TYPHOÏDE.
UUS1MU. — PhréniUs (Grecs o« Latins). — Fièvre pestilenU, maligee, puiride, bilieuse, muqueuse fnve (de la plmpart des auteurs); fièvre lenle« nerveuse (WiUis et Huxham); fièvre adyaonaique et àfae (ymel); SèTre ente'ro*iDëienlértque (Petit et Serres). — Oothioentérie (Brelouueuu). — Ga&tro-
wlrnle (BrooMais)., — Fièvre ou afleclion typhoïde (Louis, Chomel, Amiral). — > Enlêrito folUculeuse
tCruvadbMr, Forfct).— Entiro-mtfsentérite typhoïde (Booillaud).
Définition. — La fièvre ou aiïection ty^Aoïde est une maladie aiguë, anatomifDement caractérisée par le gonflement et une altération spéciale des follicules in~ Mioaox, ainsi que par l'augmentation de volume, l'injection, le ramollissement, A parfois même la suppuration des ganglions mésentériques correspondants. Ces l6k>as s'accompagnent généralement pendant la \ie d'une fièvre intense, de déloiement, de météorisme, de sensibilité et de gai^ouillement dans la fosse iliaque droite, de déUre, d'un état de stupeur et de prostration, et de l'éruption sur la peau de taches rosées, lenticulaires, et de sudamina.
Parmi tons les noms qui ont été donnés à l'affection que nous allons décrire, ooos préférons ceux de fièvre ou d'affection typhoïde , comme ayant l'avantage de ne rien préjuger sur la nature de la maladie.
Historique et bibliographie. — Nul doute que la fièvre typhoïde n'ait existé de loot temps; c'est ce dont on peut se convaincre en lisant les nombreuses descriptions qne les auteurs les plus anciens nous ont laissées sur les fièvres graves. Étrangers aux recherches d'anatomie pathologique, ne s'en rapportant qu'à l'état sympcomatique, c'est-à-dire aux phénomènes extérieurs, pour caractériser les maladies, ils ont souvent confondu sous la même dénomination des affections essentieUemeot distinctes quant à leur siège et à leur nature ; d'autres fois, d'une même maladie, ils ont créé autant de maladies spéciales que les caractères extérieurs pouvaient revêtir de physionomies diverses. C'est ce qu'on remarque en particulier pour la fièvre typhoïde , qui était appelée inflammatoire, maligne ou putride par Jes uns, bilieuse ou muqueuse par les autres , suivant la prédominance de tel ou tel appareil de symptômes, et sans que la lésion locale fût différente. Mais les médecins dont je parle n'avaient pas su la découvrir. Si de temps en temps quelques uns d'entre eux, tels que Bâillon et Baglivi, ont essayé timidement de localiser les fièvres essentielles; si plusieurs autres ont trouvé des altérations de nature inflammatoire dans les intestins des sujets qui succombaient à ces maladies , il ne faudrait pas s'autoriser de ces vagues indications pour faire remonter la connaissance
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lésions propres à la fièvre typhoïde, je ne dirai pas aut temps les pFus reculés, mais ^ même à une époque assez voisine de nous. Toutefois , dans son Traité des fihres ' graves qui régnèrent à Rocbefort en 169/i, Chirac avait positivement annoncé que, '^ dans toutes les fièvres malignes, la muqueuse gastro-intestinale était profondéoâefit * altérée , et qu'il en était de même du sang ; il donna même ces altérations comme ^ étant le caractère anatomique de la maladie. Cependant Chirac ne fit point de pro- ^ sélytes, parce que, bien qu*ayant énoncé des propositions exactes , il n'avait pour- ** tant pas su les démontrer et convaincre. Il en a été de même de Baglivi , de Spigei, ^ de Stoll et de beaucoup d'autres, qui tous observèrent des lésions intestinales. Ces " renseignements étaient d'ailleurs tellement incomplets qu'ils passèrent , pour b <^ plupart , tout à fait inaperçus. L'ouvrage de Roederer et de lYagler Sur h fièvre ^ muqueuse de Gœttingue , livre qui, d'après nous, ne mérite pas la réputation qu'on i lui a faite , et dans lequel sont mentionnées quelques unes des lésions intestinales i de la fièvre typhoïde , ne modifia pas non plus les idées généralement reçues ; car i les auteurs crurent voir une maladie spéciale, distincte des autres fièvres continues. Il en fut de même de MM. Petit et Serres , qui , dans un ouvrage publié en com- i mun en 181.^, tracèrent, pour la première fois, avec exactitude le caractère aoato- i mique de la maladie , qui, sous le nom de fièvre entéro-me'sentérique , prit place i dans le cadre nosologique, sans rien changer aux doctrines pyrétologiques de Téooie i de Pinel. Sous ce rapport. Petit et Serres furent bien inférieurs à Prost, qui, neuf ans auparavant, avait proclamé la constance des altérations intestinales chez tous les sujets succombant aux fièvres graves (muqueuses, gastriques, adynamiques, ataxiques) ; mais cette idée lumineuse ne fit aucune sensation , et l'ouvrage de Prost t presque mort-né, fut tout de suite oublié (i).
Heureusement, en 1829, M. Louis retrouva et agrandit la même proposition, et, dans l'immortel traité qu'il publia à cette époque, il retraça, non seulement avec une exactitude que nul n'a surpassée les caractères anatomiques de la fièvre typhoïde , mais il eut surtout le mérite de réduire & cette unité presque toute la pyrétologie, en démontrant Tideâtité de presque toutes les formes de fièvres essentielles admises jusqu'à lui , et en prouvant que ces fièvres avaient dans Tintestin une lésion que cet auteur croit constante. Les résultats de M. Louis ont été vérifiés , dans tous les pays , par un nombre immense de médecins , et accei^tés partout comme des vérités incontestables; car M. Louis les avait établis en s'aidant de cette méthode rigoureuse d'observation, dite méthode analytique et numérique, que ce uiédecin a pour ainsi dire créée, et dont ses recherches sur la fièvre typhoïde peuvent être considérées comme étant la plus belle application.
La fièvre typhoïde a été l'objet d'une foule de travaux importants. J'ai déjk cité les ouvrages de Petit et Serres , et celui de M. Louis ; je dois mentionner aosri d'une manière spéciale les recherches de M. Andral , dans le tome I*' de sa C/inique; celles de M. Bretonneau, publiées par plusieurs de ses élèves, et notamment par M. Trousseau , qui donnèrent une description exacte des lésions anatomiques, et les suivirent dans leurs phases successives {Archives, année i826). Chacun connaît les leçons cliniques de M. le professeur Chomd , rédigées par un médecin habile, M. Genest. Dans cet ouvrage , qui a pris un rang si distingué dans notre littérature , l'histoire générale de la fièvre typhoïde est tracée d'une manière parfaite , et l'on y trouve vérifiées et confirmées la plupart des idées émises par H. Louis. Un autre ouvrage non moins important est celui du professeur Forget,
(1) La médecine éclairée par Vobeervation et par Vouvernire du corpu PaHs^ iMâ»