DES HYDROPISIES EN GÉNÉRAL
On ne doit comprendre sous le nom ô*hydropisie que l'accumulation de la sérosité dans les mailles du tissu cellulaire ou dans les membranes séreuses. Quelques auteurs ont pourtant étendu la signification du même mot à l'accumulatiou des fluides dans des cavités accidentelles confkne les kystes, ou dans des organes tapissés par des membranes muqueuses, telles que Testomac ou l'utérus : mais nous ne croyons pas, d'accord avec MM. Rayer et Littré, qu'on doive confondre sous la même dénomination des affections qui sont si distinctes les unes des autres. £n comprenant seulement parmi les hydropisies les épanchements séreux du tissu cellulaire et des membranes séreuses, on forme un groupe naturel de maladies affec* tant des tissus identiques sous les rapports anatomique et physiologique ; de plus, nons verrons combien sont intimes les connexions qui lient les hydropisies des membranes séreuses à celles qui ont leur siège dans le tissu cellulaire : aussi les généralités que nous allons présenter s'appliqueront aussi bien aux premières qu'aux secondes, tandis que les épanchements des cavités muqueuses ou de cer«
T. I. -* 6* JlDlT. 44
690 ÛES SI^CRÊtfONS MORBIDES.
tains kystes sont des maladies qu'on ne pcnt pas même rapprocher des i||^|Msies, car elles en diffèrent essentiellement par leurs causes, parleurs symptômes etleor maixhe : les considérations que nous allons présenter ne sauraient donc leur être applicables.
Historique et divisions. — Les anciens ont connu et décrit les principales espèces d'hydropisies, sur la nature et la formation desquelles les idées les plus bizarres en rapport avec les théories régnantes ont été émises. Cependant dès Tenlance de Fart on a essayé d*en rapporter la cause à la lésion matérielle de certains viscères, spécialement à une altération du foie. C*est, en effet, dans ce viscère qu'Ereistrate plaçait la cause unique de toutes les hydropisies. Idée exclusive qui fut victorieusement réfutée par Galien. Cependant Tillustrc médecin de Pergame, regardant les hydropisies comme un vice de la sanguiGcation, et faisant d'autre part jouer au foie un rôle considérable dans la constitution et le mouvement do sang, if arrivait à conclure que cette glande était toujours ou primitivement ou secondairement affectée chez les hydropiques ; ces idées curent cours jusque vers le xvii« siède. La découverte d*Harvey vint les modifier, et Texpérience célèbre tentée en 1623 par Lower, qui, ayant lié la veine cave inférieure et les jugulaires, vît des hydropisies se déclarer aussitôt, révéla le rôle que jouaient les veines dans la prodoctioo de ces maladies ; cette doctrine reçut la sanction de fioerhaave et d'Hoffmaon. Cependant la découverte d*Âselli détourna bientôt Tatteution des pathologistes, et on les vit, dépossédant de plus en plus les veines du rôle qui leur avait été si justement départi, rapporter les hydropisies à une lésion des vaisseaux If aipliatiqQe& Bartholin, Mascagni, Sœmmerring, le grand Hunter lui-même et Bichat, cooiinuèrent à propager cette erreur, qui fut si universellement acceptée, que Ton vit Pincl, dans la dernière édition de sa Nosogrophie, classer les hydropisies dans les lésions organiques des vaisseaux lymphatiques. Cependant une réaction sopén bientôt ; les belles expériences de Mageiidie réliabilitèreut le rôle des veines daas Tabsorption, et presque aussitôt M. Bouillaud, et plus tard M. Raynaud, pubUèreit des travaux pathologiques qui confirmèrent ces données expérimentales. Un gnad progi*ès était dès lors réalisé ; cependant beaucoup d*hydropisies restaient eaaxt inexplicables, lorsque, dès 1828, le docteur Bright démontra que certaines d*eotre elles étaient sous la dépendance d'une altération rénale. Cette belle découverte fat le point de départ de travaux immenses entrepris surtout en Angleterre par Christison et Grégory, en France par MM. Rayer, Martin-Solon, ainsi que par MM. indral et Gavarret, Becquerel et Rodier, etc.
L*hydropisie n*est donc guère considérée aujourd'hui que comme un symplôme de différents états morbides que quelques anciens, guidés par leurs idées spécabtives, avaient indiqués en grande |)artie, mais dont Texistence n*a été déinoolrèe que par les ouvertures des cadavres et par les expérimentations des phyiiologisia Après toutes ces recherches, il est désormais prouvé que presque tontes les hydnH pisies sont symptomatiques , c'est-à-dire qu'elles sont le résultat d'une aitéraiioi dans la texture de certains organes ou d'un changement survenu dans la qnaotiié etia composition du sang. Quelques-unes pourtant sont idiofyatkiques, c'est-à-dire dépendant d'un travail particulier, limité à l'organe même qui est devenu le à^ de l'exhalation séreuse, mais dont les causes sont presque toujours inconniiei Uh dépendamment de la division précédente, on a encore distingué les hydropisies es actives wx sthéniques, et en passives ou asthéniques, l..e8 premières sontci^qii« survenant promptement, ont une marche rapide et s'accompagnent de quelqtcs symptômes de réaction ou d'excitation. On les a regardées comme affectant sfk-
DES HYDROPlSiES EN GÉNÉRAL. 691
cialemei||.ie8 sujets forts, sanguins, et Ton a supposé que la maladie résultait alors d'une augmentation dans la perspiration séreuse, due elle-même à un travail occulte qu*ou a nommé sub inflammation ou irritation sécrétoire. Les hydropisies atoiiiques ou passives, produites par une diminution dans Tabsorption, auraient au contraire une marche lente, et ne s'accompagneraient d'aucun phénomène d'excitation ou de réaction du côté de l'organe qui est le siège de la congestion séreuse. Les hydropisies par obstacle à la circulation veineuse seraient le type de la forme passive, tandisque beaucoup d'anasarqu^, qui se déclarent brusquement dans la convalescence des scarlatines, ou dans la maladie de Bright à marche aiguë, représentent assez bien la forme sthéni(|ue. Cette dernière division des hydropisies, proposée par Breschet, adoptée même de nos jours par M. Bouiilaud, est souvent d'une application très difficile dans la pratique. Nous croyons donc préférable, avec les auteurs du Compendiumde médecine^ de lui substituer une division uniquement basée sur la connaissance des causes, sans néanmoins perdre de vue les caractères sthénique et passif, qui représentent bien quelque chose de réel et peuvent devenir la source de quelques indications précises , mais qui n*embr;.ssent pas toutes les formes des hydmpisies.
Causes des hydropisies, — Une gône au cours du sang veineux est la cause la plus fréquente des hydropisies. Les obstacles à la circulation existent souvent au confluent du système veineux, c'est-è-dire dans le cœur lui-même. Les lésions cardiaques qui produisent le plus facilement l'hydropisie sont les dilatations des cavités et les rétrécissements des orifices. Le cœur se vidant alors incomplètement, le sang veineux y afflue avec plus de difficulté, de là stagnation de ce liquide dans les tissus; cette lenteur dans la circulation a pour résnltai la production de divers épanchements séreux. On comprend que le péricarde et Thydropèricarde puissent produire le môme effet. Souvent l'obstacle, beaucoupphis circonscritque précédemment, ne gêne que la circulation veineuse d'une partie; il en résulte alors une hydropisie, limitée à ce point du corps : c'est ce qui arrive, \yàr exemple, lorsqu'une veine d'un certain calibre est obstruée ou oblitérée par des concrétions fibrineuses on^pseudo-membraneuses, ou par la compression que quelques tumeurs extérieures exercent sur elle, dette cause d'hydropisies partielles, démontrée d'abord expérimentalement par Lower, comme nous l'avons indiqué plus haut, admise comme réelle par Boerhaave, par Van-Swiéten, par Cullen, etc., a été confirmée de nouveau par les recherches des médecins modernes, s|)écialement par les observations de MM. Bouiilaud (1) et Reynaud (2).
Dans tous les cas qui précèdent , on explique facilement la production de l'hydropisie, si l'on se rappelle que les veines sont les agents principaux, sinon excluails de l'absorption , et que cette fonction doit être troublée toutes les fois que le sang circule difficilement dans ces vaisseaux. Il y a alors un défaut d'équilibre entre Fexbalation, qui reste la même, qui augmente peut-être, et l'absorption, qui est moindre et même tout à fait nulle. Cette manière dinterpréter les phénomènes est i^us rationnelle que celle qui consisterait à regarder le liquide hydropique comme transsudant seulement des vaisseaux ; en effet, la fibrine qui est en dissolution dans le sang existe rarement dans la sérosité qui est épanchée dans les tissus, et d'ailleurs nous dirons bientôt que celle-ci contient plus d'eau et moins d'albumine et de sels que le sérum du sang.
Il faut encore rapporter aux hydropisies par obstacle à la circulation veineuse
(i) Archives^ année 1833. — (2) Journal hebdomadaire ^ annèo \S29,
toutes celles qui survieuueiit dans les cas d'hypertrophie de la rate» oa^Mrsquek foie a augmenté de volume, ou bien, au contraire, lorsque! est atrophié, et le siège de cette altération que nous décrirons dans le tome II sous le nom de cirrhose. La production de l'hydropisie s'explique encore facilement ici par la gêne qu'éprooTe la circulation abdominale, soit parce que les veines se trouvent comprimées pir les viscères hypertrophiés, soit, dans les cas de cirrhose ou d'atrophie da foie, parce que les ramifications de la veine porte, ayant suivi le foie dans son retrait, ont subi uoe diminution plus ou moins considérable de leur diamètre.
Rien ne prouve que les obstacles à la circulation artérielle puissent prodoire rhydropisie. On cite, il est vrai , des cas de gangrène spontanée par obÛtératioa des artères, dans lesquels on vit une infiltration séreuse des tissas ; mais comme les vehies contenaient en même temps des caillots obturateurs, comme d'ailleurs, nonobstant cette circonstance, la circulation veineuse, privée en partie de l'impulsion du cœur, languit dans ces vaisseaux , il n'y a rien d'étonnant qu'un certain degré d'hydropisie se déclare. Si les maladies du système veineux sont une cause très efficace d'hydropisie, il n'en est pas de même des affections des hmphatiques.
(i'est en effet sans motifs qu'on a regardé pendant longtemps les altérations des vaisseaux lymphatiques comme pouvant déterminer certains cpanchements séreux ; c'est ce que prouvent et les faits pathologiques et les expériences sur les animaux. On a vu, en effet, les vaisseaux lymphatiques d'une partie être détruits ou oblitérés ; on a même lié le canal thoracique ; et ces diverses lésions n'ont prodoit aucun épanchement séreux.
Nous n'admettons pas non plus, et cela, contrairement à Abercrombie et àqnelques autres médecins anglais, l'existence d'hydropisies symptomatiques de maladies aiguës ou chroniques des poumons, car personne en France n'a rien constaté de pareil ; et d'ailleurs il serait facile de prouver que les infiltrations et les épanchements séreux qui surviennent dans le cours de quelques-unes de ces affections s'expliquent toujours par une des causes qui produisent habituellement les bydropisies, c'est-à-dire par un obstacle à la circulation veineuse, ou par une altéraâoa du sang.
Il est, eu effet, une classe très importante d'hydropisies qui reconnaît pour cause une altération du sang. On a prétendu que, lorsque ce liquide existe en quantité trop considérable, des épanchements séreux pouvaient se former. Les expériences sur les animaux vivants, tentées par M. Magendie, et postérieurement |>ar Valenlin et par Vogel, ont appris, par exemple, que lorsqu'on injecte une certaine quantité d'eau dans le système circulatoire, on rend l'absorption interstitielle moins active, et que l'inertie de cette fonction est bientôt suivie d'une exhalation séreuse dans diverses parties du corps. C'est ainsi qu'on a expliqué certaines hydropisies se formant rapidement chez des individus pléthoriques, ou chez des personnes qni, s'étant gorgées de boisson, s'étaient mises à peu près dans les conditions de l'anioul dans les veines duquel on injecte une grande quantité de liquide. Cependant les faits de ce genre sont excessivement rares , et d'ailleurs il n'est pas encore démontré que le sang, indépendamment de sa plus grande abondance, n'ait pas saU alors en même temps quelque altération dans ses qualités; car c'est là, en eflet, la cause qui explique le développement d'un très grand nombre d'hydropisies. Celles-ci sont très communes dans les cas où le sang est très appauvri. C'est ce qu'on voit quelquefois après des héinorrhagies abondantes, à une période avancée du scorbut et de plusieurs maladies chroniques, ou bien chez des individus qoi
DBS HYDfiOPlSlES EN GÉNÉRAL. 69;>
Tiveot dans des lieux bas, humides, privés d'air, de lumière, et qurn*0Dt qu*une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité. L'altération du sang, qui produit ainsi le plus souvent et le plus sûrement ées épanchements séreux est la diminution de l'albumine du sérum.
Nous verrons plus tard que telle est la cause des hydropisies qui surviennent si généralement dans le cours de la maladie de Bright, lorsque le rein altéré enlève au sérum une grande quantité de son albumine.
Les altérations du sang et les obstacles à la circulation veineuse se combinent souvent et expliquent le développement de plusieurs hydropisies. C'est ainsi que les collections séreuses, qui sont si communes dans le cours des fièvres intermit" tentes prolongées, reconnaissent non seulement pour cause une gêne dans la circulation, occasionnée par le développement insolite de la rate, mais peut-être plus encore l'altération profonde que le sang a subie. Ceci s'applique également aux affections cancéreuses, qui se compliquent souvent d'hydropisies, dont le développement s'explique aussi bien par l'état de cachexie et de débilité que par une oblitération des veines, produite tantôt par la compression des masses cancéreuses et plus souvent peut-être par la formation dans leur intérieur de caillots mêlés parfois à du détritus cancéreux. Enfin, MM. Becquerel et Rodier ont reconnu que dans les hydropisies symptomaliques des affections organiques du cœur, on pouvait invoquer simultanément pour leur production , et la gêne dans la circulation veineuse, et la diminution de l'albumine du sang (1).
D'apr^'s ce qui précède, on voit qu'il y a manifestement un ordre d'hydropisies qui reconnaît pour cause une altération du sang; cesserait tantôt un vice de proportion dans la quantité de ce liquide^ mais presque toujours il y aurait altération de qualité. Quelques-uns admettent que la défibrination du sang et que la diminution du nombre des globules pouvaient produire des épanchements séreux ; mais hAtons-nous de reconnaître que ces altérations ne sont pas celles qui déterminent le plus grand nombre d'hydropisies ni celles de ces maladies qui sont le plus intenses. En effet, c'est à peine si l'on rencontre un peu de bouffissure dans la chlorose la plus caractérisée, ou bien chez les sujets devenus anémiques après de graves bémorrhagies accidentelles ou provoquées par la défibrination du sang. A quelques chiffres inférieurs que soient descendus et les globules et la fibrine du sang, soit isolément, soit simultanément, ces altérations humorales n'ont pas nécessairement pour effet dé produire l'hydropisie. Il n'en est pas de même quand la proportion d'albumine du sérum vient à diminuer, car alors l'hydropisie semble être une conséquence à peu près inévitable : c'est un point que M. Andral a parfaitement établi. Le savant professeur parait même, jusqu'à un certain point, mettre en . doute qu'il y ait d'autres hydropisies par altération du sang que celles qui résultent de la diminution de l'albumine. Suivant lui, ce serait par suite d'une pareille altération qu'il faudrait expliquer ces hydropisies qui ont quelquefois affecté des populations entières. Telles sont celles que M. Gaspard, par exemple, a vues régner épidémiquement en 1816, dans plusieurs départements du centre de la France, où les habiunts avaient été réduits à chercher leur nourriture dans des racines et les herbes des champs qu'ils faisaient cuire. Bien que l'opinion de ' M. Andral ne soit pas encore démontrée, elle a néanmoins quelque fondement; car, lorsqu'on analyse, ainsi qu'il l'a fait, le sang des moulons qui deviennent hydropiques pour avoir été nourris dans des lieux humides, avec des pâturages de man-
. (W AcUi 4e la Suciclé médicale de» fiôpilaux de Pjris, !•' fascicule, p. 87.
vaise qualité, on tmuve que chez eux il y a beaucoup moins d'albomine dans le sërum du sang. MM. Becquerel et Rodier ont été plus explicites encore, car ils oe reconnaissent, ainsi que M. Requin Tavait lui-même exprimé, que deox espèce! d'hydropisies : les unes par obstacle mécanique k la circulation veineuM, cl cell» résultant d'une diminution de l'albumine. Ils contestent que la diminution des globules et de la fibrine, quelque considérable qu'elle soit, ait jamais le même effet, et s'appuyant sur six expériences, ils affirment que, lorsqu'on voit de l'hydroptsie se déclarer chez les anémiques, c'est qu'il existe en même temps une dimiootkm de propoi'tion de l'albumine.
Il est des hydropisies pourtant qui semblent ne reconnaître aocone des causeï précédemment indiquées et qui paraissent se lier à un état particulier, presque toujours inconnu, des organes dans lesquels la sécrétion morbide s'opère : ce sontfi, à proprement parler, les hydropisies idiopathiques et essentielles. On constate, dans ces cas, un tra\ail morbide, une exagération dans la sécrétion sérense, sans qa'oo puisse rattacher celle-ci à aucune altération d'un solide ou d'un liquide. On a prétendu qu'il y avait alors subinflammation ou irritation sécrétoire; mais, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, il ne faut pas accepter ces mois comme «ipriniant quelque chose de réel, mais seulement comme 4'explication d'on phénomène dont nous n'avons pu jusqu'à ce jour déterminer le mécanisme. Quoi qa'ii en soit, ces hydropisies dites actives ou par inflation sécrétoire se développent quelquefois brusquement à la suite de l'impression du froid. Ainsi on a vu des ascites et des anasarques survenir chez des individus qui, ayant le corps écbauie, avaient été mouillés par la pluie ou bien étaient tombés dans l'eau. Le même effet i, dit-on, été produit chez des personnes qui ont pris, étant en sueur, une bonsofi glacée. Il semblerait que, dans ces cas, les fonctions de la peau ayant été momentanément suspendues, une sécrétion supplémentaire s'est faite dans le tissu cellulaire ou dans une séreuse : c'est probablement de cette manière que surviennent qoelques-unes des hydropisies consécutives aux fièvres éruptives. Mais il ne faut pis oublier que, dans beaucoup de cas, ces dernières se rattachent à l'exist^ice d'une aiïection des reins, et qu'il en est de même pour beaucoup de celles qui ne déclarent brusquement au milieu de la santé, sans cause appréciable ou à la suite d'nt refroidissements On peut lire à ce sujet, dans V Essai (t hématologie^ p. f 57, de M. Andral, l'exemple fort curieux d'un jeune liomme fort, vigoureux, qui, étaot couché, endormi et en sueur, fut inondé d'un pot d'urine froide : il épronva va refroidissement considérable ; dés le lendemain il constata une enflure qni alb en augmentant, et lorsque peu de jours après il entrait à la Charité, il était atteint d'uiie anasarque et d'un coromenceuieut d'ascite; ses urines étaient albumineoseï L'hydropisie avait ici sa raison dans la diminution de l'albumine du sérotn. J'ai moimême observé quelques cas à peu près semblables au précédent. Cependant plasieurs fois il m'a été absolument impossible de trouver une altération quekonqœ du côté des reins; les urines, examinées tous les jours au moins une fois, n'ont jamais précipité d'albumine. Mais faut-il en conclure que la proportion d'albomine du sang n'avait pas alors dimiimé? Je n'oserais l'affiitner; it ne serait p» en effet im|X)ssible qu'on vît chez l'homme ce que M. Andral a rencontfé plosieurs fois chex les individus de l'espèce ovine, savoir : des hydropisies coïncidant avec une diminution de l'albunniie dans le sang, sans que les reins fussait simaltanément malades, et indépendamment de l'écoolement préliminaire de ce principe par l'urine.
Toutefois, nous observerons en terminant que si la diminution de ralbomiie
DKS HYUROPISIKS EN GÉNÉRAL. 695
du sérum est un fait probable, très compréhensible pour ços hydropisies qui surviennent lentement chez des sujets placés dans de fâcheuses conditions hygiéniques, il n'en est pas de même de ces suiïusions séreuses qui suniennent presque subitement en qujBlques heures k la suite d'un refroidissement. Si dans ces cas le9 urines ne sont pas albumineuses, il est difficile de concevoir une destruction aussi subite de Falbumine ; cependant nous sommes loin de contester le fait, puisque MM. Becquerel et Rodier ont pu, dans trois cas d*hydropisie aiguë, constater une diminution notable dans la proportion.de Talbumioe, sans que ce principe eût passé préalabiemeot par les urines.
Anatomie pathologique, — Quel que soit le point du corps où siège Tbydropisie, le fluide épanché se rapproche beaucoup du sérum du sang par son aspect et par ses propriétés chimiques. Il est, en effet, limpide, inodore, incolore, de couleur légèrement citrine et alcalin : Vogel dit Tavoir vu pourtant être plusieurs fois acide par suite de la formation de Tacide lactique, mais c*était peut-être là moins on eflet de la maladie qu'une altération accidedtelle du liquide. La pesanteur spéciGque du sérum hydropique varie entre 1006 et 10()(i (Marcet). Il est formé presque entièrement d'eau, dont la proportion est toujours beauix)up plus considérable que celle du sérum du sang ; si ce dernier, quand il est le pins chargé d'eaUt n'en contient en nsoyenne que 790 parties, il atteint dans la sérosité des hydropisies le chiffre de 986 comme maximum, et 930 comme minimum. Le férum renferme en outre différents sels, tels que Thydrochlorate de soude et de potasse, des sulfates de potasse et de soude, des phosphates de fer, de chaux, de magnésie, dont la quantité est à peu pr^8 celle qu'on trouve dans le sérum du aang. Marcel y a découvert aussi une matière animale particulière, soluble dans l'eau, incoagulable par la chaleur, et qu'il nomme mueo^xtractive. Dans quelques cas, notamment dans les hydropisies symptomatiques de l'affection de Bright, on peut y découvrir de l'urée. EnAn^, en faisant bouillir le liquide ou en le traitant par l'acide nitrique, on y décèle la présence de l'albumine. La quantité de ce produit, ainsi que M. Andral l'a constaté, varie depuis U jusqu'à 66. Il résulte âUBsi des recherches du même auteur que le siège de Thydropisie, conunc la nature de sa cause, n'exerce aucune influence sur l'élévation plus ou moins grande du cbiff^re de l'albumine ; mais il n'en est pas de même de l'état plus ou moins grand d'intégrité de la constitution. Eu effet, plus celle-ci est encore intacte et forte, plus en général la sérosité épanchée contient d'albumine. Une circonstance remarquable, également signalée par M. Andral, c'est que, dans les cas où, chez ttu môme individu, il existe à la fois divers épanchements séreux, les liquides qui les constituent peuvent différer notablement les uns des autres relativement à la proportion d'albumine qu'ils contiennent. C'est ce pixxluit qui rend la sérosité des hydropisies plus ou moins consistante; le liquide sera épais, visqueux et filant, toutes les fois que la proportion de l'albumine s'élèvera à |>lus de 12 pour 100. Jl ya eufm des hydropisies dont le liquide lient en dissolution une plus ou moins grande quantité de (ibrtne : cela |)ourtant n'a guère lieu que lorsqu'il y a eu un travail inflammatoire. Quoi qu'il en soit, la ûbrine peut s'organiser et devenir le point de départ de tissus natmels ou hétérologues, tandis que le liquide hydropique ordinaire qui n'est pas ûbrineux ne peut être le point de départ d'aucun acte organique.
I^a séitwité des hydropisies peut être accidentellement colorée en rouge par
rhématosine, en jaune ou en vert chez les ictériques par la matière colorante
.de l9 bile; quelquefois elle a une teinte blanche, laiteuse, qui est due, d'après
Vogd, OU à de la graisse, ou à des cellules d'épithélinm, ou è de ralbumines^
parée.
La quantité de sérosité épanchée varie beaucoup dans les différeetes espèces d'hydropisies. Si elle est considérable, elle a produit une distension des tîssos; les cavités qui la contiennent sont agrandies; ceruins organes^ ayant été fortement comprimés par le liquide, sont affaissés, flétris, atrophiés. Quelques anteors, se fondant surtout sur quelques faits relatés par Lower, Morgagui et Mascagni, oit prétendu que chez les hydropicpies on trouvait souvent les vaisseaux lymphatiques volumineux et distendus ; mais on a ici évidemment conclu d'après quelques as exceptionnels: l'observation journalière ne démontre, en effet, aucune lésâoe appréciable dans le système lymphatique des individus qui succombent avecooe hydropisie.
' Symptômes, — Les symptômes généraux et locaux des hydropisies varient beaucoup suivant leur siège, et surtout suivant la cause qui les a produites. Dans la pinpart des cas, on constatera une augmentation dans le volume des parties et certaias symptômes dus à la compression que le fluide épanché exerce sur les organes avec lesquels il est en contact Les accidents varient d'ailleius suivant Tabondance de Tépanchement, la rapidité avec laquelle il se forme, et la résistance des parties qoi le renferment Quant aux symptômes généraux, il n'en est aucun qu'on puisse regarder comme spécial à l'existence d'un épanchement séreux : ainsi c'est \ tort qu'on a indiqué une soif intense, l'aridité de la peau et de la muqueuse buccale, h constipation, les urines rares, en un mot la diminution de la plupart des sécrétkNB, comme accompagnant toutes les hydropisies ; car ces différents symptômes n'eiisteoc pas chez la plupart des malades, et, souvent, quand on les rencontre, ib doivent être rapportés à d'autres causes qu'à Thydropisie elle-même.
Marche et terminaisons. — La marche des hydropisies varie : les unes ont une durée courte, puisqu'elles cessent au bout de quelques jours; d*autres, par contre, persistent pendant des mois, ou même pendant des années entières. La terminaisoa peut être favorable ou funeste; dans le premier cas, i'hydropisie cesse tantôt pea à peu, d'autres fois rapidement, et sa disparition coïncide souvent avec un flox considérable d'urine, avec une diarrhée séreuse, ou bien avec une abondaate diaphorèse. Enfm, dans quelques cas fort rares, la guérison s'est effectuée après que la sérosité a été évacuée par une ouverture spontanée de la peau. Les hydropisies idiopathiqùes ne sont pas les seules qui guérissent ; car on voit parfois disparaître auséi celles qui dépendent d'une lésion organique, lors même ique ceUe-d n*a éprouvé aucune amélioration appréciable. Dans ces cas pourtant la gnérisoi n'est que passagère, car au bout d'un temps plus ou moins long Thydropisie reparaît Celle-ci peut également cesser et reparaître plusieurs fois de suite avant de devenir défmitive: cependant il est bien rare qu'après la troisième récidive elle puisse diminuer, et surtout disparaître encore. La mort est la terminaison la pbs ordinaire des hydropisies ; elle a lieu, tantôt par les progrès toujours croissants des maladies dont I'hydropisie est un des symptômes, tantôt par suite de quelqve complication, ou par quelques accidents que produit l'épanchement lui-même : tels sont les gangrènes et les érysipèles phicgmoncux (dans l'anasarque), Tasphyiie (dansi'hydrothorax). Enfin, un certain nombre de malades sont emportés rapidement par divers troubles cérébraux, tels que délire, mouvements convobtfs et coma. Ces accidents parfois précédés de céphalalgie, de torpeur, se déveioppeat en général brusquement ; et ils sont presque toujours précédés d*une dimiootioa considérable de Thydropisie. Le développement des s>inptônies apoplecliqafs